Ne pas suivre ce lien !

Fanfic Fr

Publiez et gérez vos fanfics en ligne

 Créer un compte | S'identifier.

Sommaire

Version mobile



Accueil


FANFICTIONS


Lecture


Entre Vous


Divers


Internet & Liens



Derniers Blogs Modifiés


Derniers liens


Partenaires

Coupon GeekMeMore

Le 1er site de rencontre 100% Geek !


Appels à Textes


Publicité


Publicité

Votre campagne ici

Accueil des Fanfics Liste par Auteurs/Date Recherche Coup de cœur Hasard...

Animes-Mangas

 > 

Fairy Tail

Memento Vivere Auteur: Linksys Vue: 6884
[Publiée le: 2015-01-28]    [Mise à Jour: 2017-01-20]
R  Signaler Romance/Action-Aventure/Amitié Commentaires : 51
Description:
[Souviens-toi que tu dois vivre.]

Gray et Juvia s'aiment, et ont décidé de s'installer ensemble. Cependant, le doute s'installe avec eux et, pour se prouver leur amour, ils décident de s'embarquer pour un long voyage ... Un long voyage qui les mènera aux confins de royaumes étrangers, dans des régions arides et désertes. Ils y découvriront beaucoup de choses sur eux-même, et découvriront qu'ils s'aiment bien plus qu'ils ne le pensent. Juvia apprendra à accepter ses orgines et son ascendance, plutôt que de la craindre. Gray apprendra à ne plus avoir peur de ce que Juvia meure par sa faute. Ils feront aussi de nombreuses rencontres inattendues ... Mais ça, ils ne le savent pas encore.

NEWS 20/01 : après un an de branl ... occupation intellectuelle intense, j'ai terminé et publié la partie IV !

♦ AVANCEMENT :
Partie V : ░░░░░░░░░░ 0%
Crédits:
Tout l'univers appartient à Hiro Mashima ainsi que les personnages, à l'exceptions de lieux et personnages de ma propre création.
<< ( Préc ) ( Suiv ) >>
  Commenter ce chapitre 

ODI ET AMO [Je hais et j'aime]

[4048 mots]
Publié le: 2015-10-14Format imprimable  
Taille du Texte: (+) : (-)
Commentaire de l'auteur Odi et amo. quare id faciam, fortasse requiris?
nescio, sed fieri sentio et excrucior.
Je hais et j'aime. Peut-être que tu te demandes pourquoi ?
Je ne sais pas, mais je le sens, et c'est une torture.
- Catullus LXXXV
Sur ces mots de sagesse, voici venir le trente-troisième chapitre ! Bonne lecture !

Chapitre 33 : ODI ET AMO


Il faisait gris, aux alentours de Kaer Ys, ce jour-là, quoi que le ciel semblait se dégager au nord. La terre se transformait en boue sous les bottes, et les allées du campement n'étaient guère plus que des bauges. Une brume venue de l'océan gênait la visibilité, et du milieu du camp, on voyait à peine les murs de la cité, pourtant à un jet de flèche de là. Cela dit, le climat avait beau être démoralisant, il n'empêchait pas les soldats d'être très occupés à préparer leur équipement. Le départ en guerre était imminent, selon les généraux. Ce serait une guerre rapide, une guerre de domination totale. Une guerre contre l'ennemi, de l'autre côté du détroit. Un ennemi ancestral et mortel, dont l'élimination était nécessaire au bonheur national. Cet ennemi atavique, c'était Fiore, et les généraux inspectaient le camp pour s'assurer que les soldats étaient bel et bien prêts à mener la guerre. Du moins, c'était la rumeur qui se répandait parmi la soldatesque, à mesure que le peloton d'inspection progressait entre les rangées de tentes en toile brune.

- Vu l'état des soldats, j'ai bien peur qu'ils ne suffiront pas à enrayer l'action des révolutionnaires, murmura Madrazo, à l'oreille de Gómez.

- Ils les ralentiront suffisamment, cependant, répondit le lord régent. De toutes manières, s'ils apportent bel et bien avec eux le Liquid Gear, ils sont perdus. Les sortilèges de sujétion sont prêts depuis des années.

Lawrence marchait trois pas en arrière, la tête baissée dans son épais foulard et les mains croisées dans le dos. Rien de ce qui se disait devant lui n'échappait à son ouïe aiguisée, pas même le bruit feutré des vêtements des autres.

- Le Liquid Gear, hmmm … soupira-t-il.

De vieux souvenirs heurtèrent sa vieille mémoire, et il revit quelques glorieux moments de sa gloire passée.

- Alors, on est nostalgique ? Dit alors une voix féminine, sur sa droite.

La voix était familière à Lawrence, et pour cause : il s'agissait du troisième général, avec Gómez et Madrazo, et la seule femme de l'état-major.

- Pas vraiment, Hydrangea, pas vraiment … Il y a certaines choses que je n'ai pas oubliées, pendant toutes ces années.

- Oh, tu vas bientôt pouvoir régler tes dettes, ne t'en fait pas. Je le sens.


~


Le départ de Tirne s'effectua sans encombres (ni même aucun oubli de ticket), au plus grand bonheur de Neit, qui redoutait sans cesse un accident. Le trajet ne comportait que deux escales, pour ravitailler le train en charbon et en eau. Pour l'instant, ils en étaient encore loin. Il était près de dix heures, et les trois hôtesses d'une journée étaient très occupées (tandis que les cheminots d'une journée et les contrôleurs d'une journée baillaient aux corneilles, n'ayant plus que des miettes de pain sur la planche). La locomotive était lancée et ne demandait qu'un peu de charbon toutes les quelques minutes, et une vérification des valves. À part ça, les trois cheminots profitaient du paysage, et discutaient entre eux. Les contrôleurs étaient de retour dans la voiture de l'équipage, et jouaient aux cartes. Mais les hôtesses, elles, étaient débordées. Il était l'heure de faire le tour des wagons, pour proposer une collation, ou recueillir les commandes des passagers. Juvia et Elia s'y dévouaient, tandis que Kisima se tenait prête à envoyer tout ce que les passagers pourraient réclamer.

Les passagers étaient très calmes. Il s'agissait pour la plupart d'hommes habillés en noir, bien que quelques femmes faisaient également partie du lot. Certains lisaient le journal, d'autres lisaient des livres, certains étaient occupés à compléter des dossiers. Il y en avait même quelques uns qui dormaient, tête en l'air et chapeau sur le visage. Tout ces fonctionnaires identiques entre eux perturbaient Juvia, qui se sentait mal à l'aise à chaque fois qu'elle longeait la vitre d'un compartiment, en poussant le chariot de nourriture. Pourtant, sa présence n'était quasiment jamais remarquée, sauf lorsqu'elle entrait pour proposer quelque chose. Alors seulement, les visages se tournaient vers elle, curieux. Cela la mettait encore plus mal à l'aise, et l'étroitesse de l'uniforme, qui était plus qu'ajusté à ses formes, n'y réglait rien. N'y aurait-il eu qu'elle et Gray dans le train, elle n'aura pas fait grand cas d'une certaine partie de ses vêtements, mais malheureusement, il y avait près d'une centaine de passagers. Toutefois, les voyageurs qui s'adressaient à elle pour être servis étaient fort courtois, et elle leur en savait gré. S'il s'était agit d'odieux personnages, rien n'aurait garanti qu'elle ne détruise pas la moitié d'un wagon.

Les ennuis se manifestèrent en approchant du bout du train. L'un des derniers wagons était rempli de fonctionnaires, qui semblaient un peu plus heureux de vivre que leurs collègues des voitures précédentes. Une discussion animée avait cours quand Juvia vint frapper au carreau du compartiment. Le silence se fit quand elle entra, et les regards des passagers de la salle étaient comme des points de pression sur sa peau. L'un des passagers avait noué sa cravate sur son front, et la bande de tissu lui pendait sur le nez comme un caroncule de dindon D'une voix qu'elle peina à maintenir, elle demanda :

- Quelqu'un a-t-il envie de quelque chose ?

L'un des fonctionnaires demanda une tasse de café. Ce fut le seul à se manifester, les autres restant stoïques à observer la jeune femme avec des yeux brillants.

- Je repasserai d'ici une heure, dit-elle avec difficulté, en se tournant vers la porte.

Parler d'elle à la première personne lui demandait un gros effort de concentration, mais c'était absolument nécessaire pour rester sous couverture. Alors qu'elle s'approchait de la porte du couloir, une douleur perçante se fit ressentir au niveau de la fesse droite. De toute évidence, l'un des fonctionnaires présents venait de lui pincer le postérieur. Par chance, Elia arrivait tout juste et venait d'assister à l'incident, sans quoi Juvia aurait fait un massacre. La barmaid reconvertie en hôtesse se saisit vivement du coupable en entrant dans la pièce (tout fier un instant plus tôt, il ne faisait plus le malin en voyant l'air sévère de l'hôtesse qui le tenait). Juvia, nerveuse, avait reculé jusque derrière le chariot, haletante.

- Va chercher le vigile, lui intima Elia.

La jeune femme ne se le fit pas dire deux fois. Elle s'assura que le chariot était bloqué, et remonta jusqu'à l'avant du train, en quête d'Hiro. En arrivant sur la passerelle qui reliait le premier wagon au deuxième, elle s'interrompit un instant et regarda le paysage défiler sous ses yeux. De hautes haies barraient la vue de part et d'autre, et entre les nombreux trous de la végétation, elle pouvait voir la lande s'étendre. Elle reprit son chemin après quelques minutes de contemplation. Hiro se trouvait dans la voiture de l'équipage, et se leva immédiatement quand elle lui apprit que sa présence était réclamée dans le train.

Elia tenait toujours fermement le pervers, qui pâlit en voyant débarquer le vigile et sa face couverte de tatouages. Hiro fut mis au courant du méfait, et s'empara du pauvre fonctionnaire, qui passa un sale quart d'heure. Il regagna sa place avec un air effrayé, quelques minutes plus tard.

Quand Hiro partit avec le coupable pour lui inculquer quelques leçons de savoir-vivre, les deux hôtesses sortirent du compartiment. Elia plissa les yeux, et remarqua quelque chose qui n'allait pas.

- Je pense savoir ce qui a causé l'incident, dit-elle d'une voix presque amusée.

Juvia, elle, ne suivait pas, et le fit comprendre en haussant un sourcil. Elia lui fit signe de baisser les yeux. Le sort maléfique qui lui avait fait perdre de la poitrine commençait à s'estomper, et, bien que la pression n'était pas encore suffisante pour mettre à mal les boutons du chemisier, les deux pans de l'habit s'écartaient juste assez pour laisser deviner un sympathique aperçu (pour peu d'être dans l'angle) du soutien-gorge de Juvia, en l'occurrence un modèle simple qui remplissait son office tout en étant joliment décoré.

- J'ai oublié de te prévenir que les effets du sort peuvent s'estomper à tout moment, dit Elia. En principe, il y en a pour trois heures, mais comme la Nature a été presque trop gentille avec toi, ça peut durer un peu moins longtemps.

Juvia s'offusqua presque d'entendre qu'elle avait trop de poitrine, elle qui en était justement fière, mais tint compte de l'avis.

- Je suis curieuse de voir comment Gray va réagir, quand il te verra « réduite », sourit Elia.

Cela ne fit pas sourire la jeune femme, qui, à cette simple pensée, en frémit. Et si jamais Gray n'approuvait pas ce changement ? Elle se focalisa là-dessus, oubliant sur l'instant que le tour de sa poitrine était bien l'un des derniers facteurs qui changerait la perception de son compagnon. Dans le silence, elles franchirent la passerelle qui menait au dernier wagon du train. À leur surprise, elles n'y découvrirent qu'un seul occupant, qui s'avéra être en réalité une occupante. C'était une femme d'un peu moins de cinquante ans, aux longs cheveux noirs soyeux. Son costume n'avait rien à voir avec celui des autres fonctionnaires : il s'agissait d'un long manteau en fourrure blanche et grise, avec une épaisse capuche. Une large parure d'os polis par le temps était passée autour du cou de la voyageuse, et des perles colorées étaient passées autour de quelques mèches qui encadraient son visage. Elle avait un visage fier, à la peau hâlée. Les mains posées sur la table, elle semblait occupée à contempler des osselets (il y en avait de toutes les formes : longs et fins, ronds et plats, et même deux carrés), jetés en vrac sur un petit tapis de cuir déplié là. Juvia ne remarqua pas l'expression sidérée d'Elia, et elle entra dans le compartiment. La jeune femme se sentit asphyxiée par l'aura magique qui emplissait l'espace libre autour de la passagère, et l'air lui manqua pendant un court instant. Au même moment, comme un robot qu'on rallume, la femme abandonna son analyse, et se tourna rapidement vers Juvia, qui sursauta.

- Veuillez m'excuser, dit-elle avec un étrange accent. Je lisais les signes.

Ses yeux étaient d'un noir profond, mais un reflet coloré s'y trouvait, comme l'irisation d'une plume d'oiseau de paradis.

- Vou … Voulez-vous quelque chose ? Bredouilla Juvia, en présentant ce qu'elle apportait avec le chariot.

La seule réponse de la passagère fut, toujours avec le même accent :

- C'est celle que j'attendais. Une reine, toujours fraîche et charmante bien qu'antédiluvienne.

Elle avait une présence magique absolument écrasante. Face à elle, Juvia se sentait tellement nue, à découvert, qu'elle s'étonna presque de ne pas voir sa peau en baissant les yeux. Elle avait l'habitude de fréquenter des mages disposant d'une pression magique importante, mais ce n'était rien en comparaison de ce qu'elle ressentait en ce moment. La vieille femme restait parfaitement immobile. Rien ne pouvait échapper à quelqu'un qui dégageait une telle sagesse.

- Reine bleue, reine sage … Quels sont vos désirs ?

- Euh … Il n'y a rien que … commença Juvia, stressée, et qui n'avait rien compris aux paroles de la vieille femme.

- Asseyez-vous, reine bleue. La shamane va demander aux esprits ce qu'ils savent sur votre avenir.

- Juvia doit retourner travailler … avança-t-elle, en faisant mine de se lever.

Alors, son regard croisa celui de la vieille femme et elle s'immobilisa, comme tétanisée. La shamane rassembla tout les osselets, polis et couverts de runes, dans la paume de sa main. Après quelques gestes en l'air, elle jeta les petits ossements sur le tapis de cuir. Juvia essaya de déchiffrer ce qui était sous ses yeux, mais cela demandait une science qui lui était occulte. La vieille femme fixa d'un air concentré les osselets pendant près d'une minute, manipulant certains pour mieux observer les runes ou les angles selon lesquels ils étaient tombés.

- Les esprits ont beaucoup à dire, à votre sujet … Ou plutôt, ce qu'ils disent est difficile à déchiffrer.

Après quelques secondes de réflexion supplémentaire, elle commença :

- Vous allez bientôt vivre un grand péril, et les esprits ne savent pas si vous en sortirez vivante ou non. La magie antédiluvienne qui est en vous sera libérée, et ce qui a été oublié, sera remémoré. Vous allez rencontrer votre ancêtre, mais il sera plus jeune que vous. Ceux qui ont été séparés, seront réunis. Le sans-couronne sera de nouveau roi. De trois labeurs, naîtront quatre graines, signe d'une grande fertilité. De l'eau et de la glace naîtra la neige, qui chutera en abondance sur le paradis extérieur qu'un homme inconnu des esprits s’attelle à créer. Et …

La shamane plissa les yeux.

- … Les soirs de brume sont mortels.

L'interprétation des trois derniers osselets lui avait été plus complexe que le reste, mais elle était sûre de leur signification. Toutefois, elle ignorait le sens de cette phrase. Tout comme Juvia ignorait le sens d'à peu près tout ce que la shamane avait prédit à son sujet.

- Qu'est-ce que tout cela veut dire ? S'enquit la jeune femme. Magie antédiluvienne, ancêtre, sans-couronne, paradis extérieur, quatre graines ... à quoi est-ce que ça correspond ?

- Cela, seuls les esprits le savent, pour l'instant. Ce que vous pouvez espérer, c'est que tout vous soit révélé en temps utile. Maintenant, si vous le permettez, reine bleue … La shamane aimerait reprendre sa discussion avec les esprits.

Juvia, abasourdie, se releva et sortit du compartiment d'un pas lent. Elia l'attendait dans le couloir, presque angoissée.

- Alors ? Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? S'enquit la barmaid.

Au début, elle avait failli aller récupérer Juvia elle-même pour reprendre le service, mais au final, elle était restée immobile dans le couloir du wagon, à contempler la scène. Les mots étaient gravé au fer rouge dans la mémoire de Juvia, et elle les répéta à Elia, reproduisant jusqu'à l'intonation de la shamane.

- Ça ressemble à une prophétie, observa la barmaid.

- Si c'en est une, Juvia espère qu'elle est bénéfique.

Poussant le chariot presque vide, elles repartirent vers la tête du train. Juvia remarqua le dernier regard qu'Elia jeta en direction de la shamane, ainsi que l'air étonné qu'elle eut.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda la jeune femme.

- Rien, rien, répondit son aînée. Retournons au wagon de service.


Du côté de la locomotive, tout allait si bien que les trois cheminots commençaient à espérer un pépin, tant ils s'ennuyaient. Tout ce qu'ils faisaient était de pelleter un peu de charbon de temps à autre, de régler les soupapes et d'envoyer un peu d'eau. Tengaro fixait le bout de ses chaussures, tandis qu'Ernesto tirait sur le même cigare depuis des heures. Au début, Gray avait l'impression qu'il ne se consommait pas malgré la braise, mais en réalité, le bout reculait petit à petit.

Le paysage qu'ils traversaient valait la peine d'être vu. Au début, la ligne de chemin de fer allait par monts et par vaux, mais plus ils allaient vers le sud, plus le paysage se dégageait. En arrivant dans la région de Kaer Ys, à moins d'une centaine de kilomètres, la ligne s'infléchit vers l'est, jusqu'à se retrouver en vue de l'océan. Longeant falaises et marais salants, chaque tour des pistons les rapprochait un peu plus de leur destination.

Vers midi, les trois cheminots rentrèrent à tour de rôle dans le wagon de service, afin de se sustenter avant le terminus. Malheureusement pour Gray, Juvia était en service dans les couloirs quand il vint prendre son propre repas. Cependant, au moment d'emprunter la porte de sortie pour retourner dans la locomotive, il entendit un bruit de course derrière lui. À peine eut-il le temps de se retourner et de lever les bras que Juvia était sur lui, l'enlaçant au niveau du torse.

- M'approche pas, je suis plein de cambouis, dit-il comme pour justifier qu'il tenait écartées ses mains sales.

- On devrait arriver d'ici trois quarts d'heures, dit Neit qui les regardait faire. Vous aurez tout le temps de vous faire des papouilles une fois qu'on sera descendus.

C'est à ce moment qu'Elia entra à son tour dans le wagon de service.

- Laisse-leur donc un peu la paix cinq minutes, intervint-elle.

Puis, elle se dirigea vers les deux jeunes gens et s'adressa à eux :

- Vous devriez aller faire un tour sur la plate-forme. Le paysage est plutôt sympa.

De toutes manières, Gray s'apprêtait à retourner à la locomotive. Il quitta le wagon, suivit de Juvia.

Le vent, chargé de l'odeur saline de l'océan, fouettait la lande autour d'eux quand ils arrivèrent sur la plate-forme. Le soleil avait dépassé le zénith, et ses rayons miroitaient sur les mille flaques d'eau de mer qui parsemaient la prairie bosselée qui s'étendait à perte de vue en direction des terres derrière eux, et jusqu'à la mer devant eux. Quelques troupeaux de moutons, épars, vagabondaient çà et là, certains jusqu'aux pieds de la ligne. Les hautes herbes ondoyaient comme de l'eau sous le coup du vent.

- C'est … C'est chouette, fut tout ce que trouva à dire Gray.

Il se sentait comme un adolescent inopinément rejoint par la fille qu'il aimait secrètement, et qui ne trouverait plus ses mots. Il la regardait du coin de l'oeil. Juvia était occupée à contempler le paysage. Il revint lui-même à l'observation du paysage, jusqu'à ce qu'un détail ne revienne à son esprit. Discrètement, il baissa les yeux en direction de la poitrine de Juvia, et se recula pour observer avec une perspective plus ample. Ce qu'il avait pris au début pour une mauvaise interprétation des proportions, était en réalité avéré, là, sous ses yeux : la poitrine de Juvia avait diminué !

- Juvia ?

- Oui ?

- Ta … Tes seins, ils ont …

La jeune femme rougit.

- C'est trop serré, sinon, se justifia-t-elle maladroitement. Ils reprendront leur taille normale !

- La magie d'Elia fait des miracles, lança alors Ernesto par-dessus le bac à charbon, d'un air entendu.

- Tant que les « miracles » peuvent être défaits, je n'ai pas à me plaindre, répondit Gray.

Sa main, qui traînait déjà au creux des reins de Juvia, alla se placer franchement sur les hanches de la jeune femme. Il l'attira à lui. Au moins, le reste de sa personne, et surtout son visage, n'avaient pas changé.

- Qu'est-ce que c'est, au loin ? S'interrogea alors Juvia à voix haute, sans se soucier des vagues caresses de Gray.

- Comment ça ?

- Là-bas, sur l'océan, regarde …

La jeune femme mit les mains en visière, et força le regard aussi loin qu'elle put.

- Je vois rien, dit Gray.

- On dirait des voiles !

- Elle a raison, intervint Ernesto, qui avait tout entendu et guettait lui aussi. Il y a une flotte, à quelques encablures de la côte. C'est difficile d'estimer le nombre, mais je dirais, au moins trente vaisseaux.

- La flotte royale ? Demanda Gray.

- Pour autant que j'en sache, les voiles de la flotte royale sont toutes ornées des armoiries du royaume. Celles-ci ne semblent pas porter le moindre blason.


~


Le vent gonflait les voiles du « Mistral Gagnant », le navire amiral de la flotte de la Saga. Pour une fois, Lago n'avait rien à voir avec la clémence des éléments, et il était en train de défier Æthel à une variante du jeu d'échecs, installé sur le gaillard d'avant du navire. Les yeux plissés, il tortillait la fine barbe qui lui garnissait le menton et les mâchoires, après une semaine sans rasage, et jaugeait la situation sur le plateau de jeu. Il hésitait entre deux actions, sans pouvoir dégager d'avantage significatif pour l'une ou l'autre. De l'autre côté, Æthel avait abandonné l'idée d'attendre le coup de son adversaire, et regardait par-dessus le bastingage.

- Il y a de la fumée, sur le rivage, déclara-t-il après une observation détaillée.

- Sans doute un autre village brûlé par un régiment en vadrouille, répondit distraitement Lago.

Certains marins présents sur le pont avaient eux aussi remarqué le panache de fumée blanche, qui s'élevait juste au-dessus de l'horizon, et guettaient avec intérêt.

- Qu'est-ce que c'est ? Demanda Æthel au plus proche marin, qui regardait lui aussi le phénomène.

- C'est sans doute l'Orion Express, Vot' Majesté. Le fameux train, qui ne dessert que les officiels du gouvernement. Sauf vot' respect …

Le matelot se détourna, et reprit son observation, les bras croisés sur le bastingage. Lago sentit une volonté issue de l'éther s'infiltrer en lui, et le pousser à se lever, ce à quoi il ne put résister. Une fois arrivé au bastingage, il se pencha autant que la sécurité le permettait, et guetta. Il apercevait distinctement la silhouette du train sur l'horizon, juste après les prés salés qui s'étendaient jusqu'au littoral. Un sentiment étrange s'insinuait en lui, à mesure qu'il regardait le train progresser vers le sud - dans la même direction que la flotte. La première pensée structurée qu'il eut fut une vision de son bouclier en bois, lequel n'avait rien d'extraordinaire, à par sa fantastique résistance et la peinture qu'il avait lui-même faite dessus. C'était l'image d'une fille qui hantait ses rêves depuis l'enfance, et avait grandi en même temps que lui. Une grande nostalgie s'emparait de lui à chaque fois qu'il pensait à elle.

- Juvia … Comment nos vies auraient-elles été, si nos parents avaient vécu, et toi aussi ? Se murmura-t-il à lui-même.

Le souvenir de cette nuit-là était encore très net dans sa mémoire. Ce qui l'était moins, c'était comment sa sœur - sa jumelle, puînée de quelques minutes - avait quitté sa vie, très peu de temps après. À vrai dire, il n'avait strictement aucun souvenir du mois qui avait suivit l'assassinat de ses parents, et très peu de souvenirs de sa sœur avant cela - alors que tout le reste était intact. À chacun de ses anniversaires, il s'imaginait comment sa sœur avait vieilli. Et, bien qu'il n'était pas intéressé par les femmes, le résultat qu'il en avait imaginé, au bout de vingt-neuf ans d'existence, était fort charmant.

- Encore à penser à ta sœur ? Demanda Æthel, qui avait compris de quoi il en retournait.

- Oui. Lago se demandait comment les choses auraient tourné, si personne n'avait été tué ce soir-là …

- On referait le monde, avec des si, tu sais.

Lago revint s'asseoir à la table où se déroulait la partie d'échecs, et tenta du mieux qu'il put de chasser de son esprit la pensée de sa sœur, en se recentrant sur le jeu. Bien sûr, il ignorait que la sœur qu'il croyait avoir perdu était dans le train qu'il avait observé avec tant d'attention, et qu'ils faisaient route vers une seule et même destination : Kaer Ys.


Commentaire de l'auteur Les grands esprits vont bientôt se rencontrer ... J'espère que vous avez hâte de voir ça ! Le lecteur attentif aura remarqué quelques indices dissimulés dans le chapitre, et s'amusera à conjecturer le sens de la prédiction de la shamane ... Un conseil, pour ceux qui réfléchissent déjà à ce qu'est la magie antédiluvienne, pensez au rasoir d'Ockham !
La suite est en très bonne forme, il ne me reste quasiment plus que les détails à concevoir. Tout le climax est prêt dans ma tête et couché sous forme d'estimations de taille, ne reste plus qu'à écrire tout ça au propre ! Il y aura pas mal de swing ! Merci d'avoir lu, merci d'avoir patienté, et à la prochaine ! Banzai !

PS : Je le précise car j'ai laissé quelques incohérences à propos des sept années perdues de Tenrô, mais c'est à cause de cela que Lago a vingt-neuf ans, là où Juvia n'en a que vingt-trois (physiquement parlant), alors qu'ils sont bel et bien jumeaux (Lago étant l'ainé de quelques instants). Le choix de ne pas compter les sept années dans l'âge des personnages est contestable, mais j'ai fait ce choix dès la conception de la préquelle (Memento Audere Semper) et c'est maintenant trop tard pour faire machine arrière ;-;
  Commenter ce chapitre 
<< ( Préc ) ( Suiv ) >>



© Fanfic Fr 2003 - 2018 / Mentions légales