Chapitre 3 : Partie 1

CHAPITRE TROIS, PREMIÈRE PARTIE.

1975.

Maïa.

 

 

L'ambiance des ces derniers jours est plutôt maussade (Moroz, même, comme me l'a gentiment fait remarquer James, en veine de vannes pourries), et ce malgré que les vacances soient pour bientôt (comme l'a encore fait remarquer James en bossant sur ses Enchantements). La neige tombe en rideaux épais tandis que le thermomètre subit une chute plutôt brutale et inquiétante de son mercure : nous sommes passés de dix degrés maximum à moins un, moins deux et on pourrait presque jurer qu'il y a une corrélation entre le rafraîchissement du temps et celui de l'ambiance du château.

Inutile de préciser que tout le monde cherche des puces à tout le monde et qu'on a tous -ou presque- une seule chose en tête : retrouver celui qui a fait voler en éclat notre précieuse quiétude en assassinant Shania.

Quand je jette hâtivement ces mots sur mon parchemin, je suis en Métamorphose. Le professeur McGonagall me foudroie du regard et je pose ma plume, écoutant ses explications concernant les sortilèges d'Apparition et de Disparition. D'habitude, je boirais ses paroles mais aujourd'hui, le cœur n'y est absolument pas et je ne suis pas la seule... Regardez plutôt Lily, Sirius, James & Cie ! Une bande de mollusques, tout simplement. J'ai beau avoir recherché le bouton "Mode poulpe/off", je n'ai eu aucun résultat. Étonnant, n'est-ce pas ?

Pourtant, nous sommes au milieu du mois blanc; décembre bat son plein ici à Poudlard. Cette période immaculée devrait être annonciatrice de bonheur, de cadeaux et de batailles de boules de neiges enfiévrées mais il n'en est rien, malheureusement. Il ne suffit jamais de grand-chose pour que la peur et la discorde apparaissent et c'est à mes yeux l'une des plus grandes tares de l'homme.

Les cours de potions, bien évidemment, sont exécrables au possible : ça se défie du regard, ça fait exploser les chaudrons, ça se prend des retenues par Slughorn et ça recommence, inlassablement. Quelque uns hurlent, sans qu'on ne puisse jamais les repérer "À mort les Sangs-de-Bourbe" et cela déclenche des rixes absolument incroyables où tous semblent plus proches de l'animal que du sorcier civilisé, se s'invectivant et jetant des maléfices à tire la Rigaud.

Nous sommes aujourd'hui le vendredi 12 décembre 1975 et il est près de minuit à l'heure où je trace ces lignes, la main tremblante et le cœur battant à tout rompre après ce qui vient de se passer. Nous avons failli avoir un autre cadavre sur les bras suite à un lynchage collectif. Je suis dans le dortoir des filles et pourtant j'entends d'ici Lily sangloter alors qu'elle est dans la salle commune. La voix douce de Remus y a beau lui assurer que les jours de Severus Rogue ne sont désormais plus en danger, elle ne peut s'empêcher de pleurer, encore et encore. J'ai essayé de lui dire que j'étais mille fois désolée, je n'ai réussi à m'attirer qu'un regard de hibou avant qu'elle se recroqueville sur le canapé. Mustiwolf m'a assuré que Lil' comprendrait vite, je n'en suis pas moins malade de me voir rejeter alors que je n'ai rien fait.

Je vous entends d'ici, avec vos "Allez ! Accouche et dépêche-toi, qu'est-il arrivé à Severus ?!", vos râles de mécontentement et d'impatience. Ne vous inquiétez pas, tout vient à son heure, même la dernière que vous passerez ici.

Il y a un peu moins d'une semaine, mon petit frère et moi avons reçu un mot inquiet de notre aîné. Broderick nous priait de le rejoindre dans la plus grande discrétion dans la Salle de sortilèges au troisième vers vingt-et-une heures moins le quart. Il y précisait de ne dire à personne où nous allions ni qui nous allions voir car ce que Broderick avait à nous dire n'était pas bon pour toutes les oreilles. Pas de soucis à se faire pour le retour dans nos dortoirs, notre frère se servirait de son insigne si jamais un professeur nous trouvait dans les couloirs une fois le couvre-feu passé.

J'étais assise dans la Grande Salle à ce moment-là et je levais les yeux pour apercevoir ceux anxieux de Matt, assis à quelques chaises de moi. J'inclinai la tête pour lui faire comprendre que tout allait bien et je lui souris avant de me replonger dans mon petit-déjeuner. Pour plus de précautions, je brûlai la lettre et fit comprendre à Matthew d'en faire autant. Deux précautions valaient mieux qu'une.

Nous étions un dimanche, le 7 pour être précise. Je passai la journée avec Lily et Asphy à faire mes devoirs et à m'avancer un peu histoire de ne plus avoir à suer sang et eau jusqu'à minuit pour un devoir que je faisais la veille au soir. Une fois acquittées de cette pénible tâche, nous descendîmes au Lac où nous avons croisé (Magnifique surprise, il faut bien le dire) les Maraudeurs au grand complet. Pour la première fois depuis un mois, Remus pointait le bout de son nez dehors et s'il n'avait pas l'air extrêmement enchanté d'avoir dû sortir de son dortoir en dehors des heures de cours, c'était tout de même un grand pas de fait. Vraiment. Certes, quelques jours auparavant, les garçons nous dirent qu'ils avaient surpris Remus en train de se remettre à lire (chose qu'il avait totalement arrêtée depuis que ce que nous appelions pudiquement l'Accident) mais nous n'imaginions pas que Mus ressortirait aussi vite de son antre.

A ce moment, trois choses me vinrent à l'esprit. Je pensai d'abord que l'ouragan était passé concernant Remus, que nous étions sortis de son œil pour atteindre des zones encore tourmentées mais plus calmes. J'avais tort.

Ensuite vint l'idée que tout allait cesser d'ici peu dans l'école. La sérénité reprendrait son territoire perdu pendant ces dernières semaines, on trouverait celui qui avait tué Shania et nous pourrions vivre dans la paix relative qu'offrait Poudlard, havre de plénitude échappant aux conflits concernant un certain Lord. Encore une fois je me trompais.

La troisième idée titilla mon esprit un peu plus tardivement que les autres, lorsque James s'exclama que personne ne sortirait s'en dire où il allait, quand et avec qui. Immédiatement je pensai au rendez-vous fixé par mon frère et je songeai que ce qu'il avait à dire devait être extrêmement dangereux et important pour qu'il nous prie de ne dévoiler à personne notre escapade.

Et c'était sur ce point-là que je ne me trompais pas. Bien malheureusement.

Ce fut donc en cette froide et rêche soirée du dimanche 7 décembre 1975 que je scellai une partie du destin de Severus Rogue bien malgré moi.

Je ne conteste pas ma part de responsabilité dans ce qui arriva par la suite : je choisi, ce soir-là, de dire à mes amis où j'allais, avec qui et quand. S'ils ne posèrent pas de questions, je vis leurs regards curieux et intrigués et fus heureuse qu'ils ne me demandent pas de leur raconter ce que j'allais entendre.

Comme beaucoup de gamines, j'étais sentimentale et pleine de convictions. Je croyais, emplie de naïveté et de confiance dans le genre humain, que mes amis allaient respecter la promesse qu'ils avaient formulé d'eux-mêmes : ils ne demanderaient rien, ne me suivraient pas, n'essaieraient pas de savoir ce que dirait Broderick. En grands garçons et filles de quinze ans qu'ils étaient, ils prendraient leurs responsabilités et choisiraient, comme de vrais amis, de se conformer à ma volonté.

Et quelque part, je crois que c'était bien leur idée. Rester chevaleresque jusqu'au bout, s'en tenir aux grandes convictions qu'ils avaient.

Mais la curiosité du chat était piquée et le bon vieux matou serait mort de curiosité s'il n'avait pas eu des réponses à ses interrogations.

A vingt heures trente, je laissai mes amis dans la Salle Commune et pris la direction du troisième étage en compagnie de mon cadet et sans un mot, nous descendîmes les quatre étages qui nous séparaient de la Salle de Sortilèges. Lorsque nous arrivâmes au cinquième étage, près de la statue de Grégory le Hautain que nous avions passée depuis dix bons mètres, un bruit se fit entendre derrière nous. Matt et moi pointâmes immédiatement nos baguettes vers le couloir que nous trouvâmes vide, à notre surprise.

- Peeves, montre-toi !

Rien ne se passa et après avoir guetté le moindre mouvement pendant une bonne dizaine de minutes -d'habitude, l'esprit frappeur répondait aux provocations et j'étais assez surprise qu'il ne se soit pas montré-, nous nous rendîmes vers notre rendez-vous où nous attendait un Broderick passablement inquiet de nous voir en retard. J'eus droit à l'étreinte la plus étouffante que m'ait jamais donnée mon aîné, pourtant pas franchement connu pour être le grand frère le plus câlin du monde. Inutile de dire à quel point il serra notre cadet, petit enfant de treize ans aux joues rondes et à la naïveté exacerbée. L'aîné des Moroz se faisait un souci monstre et nous avons rapidement compris pourquoi.

Broderick s'est installé sur le bureau qu'occupait Flitwick d'ordinaire, Matt et moi prenant les bureaux juste en face du sien. D'un geste calme, il a repoussé la petite mèche brune qui revenait sur son visage, a joint les mains et sans nous regarder, il a commencé à parler.

- En tant que Préfet-en-Chef, j'ai assisté à plusieurs réunions concernant ce qui est arrivé à Shania. Je vous passerai les détails sur tout ce que l'on suppose qui lui est arrivé car nous ne sommes sûrs de pas grand-chose. Seulement de ceci : on estime que ce qu'il lui est arrivé a duré environ un quart d'heure, peut-être vingt minutes et nous sommes certains qu'elle était consciente pendant au moins dix minutes.

Mon frère nous a regardé brièvement et si je ne peux dire ce qu'il lut dans les yeux de Matthew à ce moment là, je sais ce que mes orbes donnaient à voir, c'était de la terreur, de l'horreur sans aucun doute mêlées à la réminiscence de la vision des chairs à vif de Shania. S'il n'y avait que ça, encore.

Broderick a continué son exposé et cette fois, nous vîmes sans coup férir la lueur sombre, inquiète et presque torturée qui agitait les prunelles sans fond de mon frère.

- Celui qui a fait ça n'est pas novice dans le genre, croyez-moi. Nous n'avons pas affaire à un simple plaisantin : elle a été torturée à l'aide de sortilèges généralement indexés dans la Réserve et je ne préfère pas m'étendre sur l'effet de certains d'entre eux. Il y en a même un dont nous sommes sûrs qu'il a été créé depuis peu car aucun des professeurs, même Dumbledore, ne connaît un sort capable de lacérer ses victimes.

- Brod', demanda alors Matt, est-ce que vous avez des idées sur celui qui a fait cela ?

- Oui, souffla-t-il, mais je préfère éviter de vous donner des noms. N'en formulez d'ailleurs aucun, même entre vous. Les soupçons sont vagues et sans fondements, inutile de rechercher le coupable.

- Mais, ne pus-je m'empêcher d'argumenter, pourquoi personne n'a été interrogé ? Pourquoi rien ne s'est passé depuis novembre ? Ils essaient de tasser l'affaire ou quoi ? fis-je en terminant, ma voix vibrant d'une note de colère dans les derniers mots.

- Bien sûr que non, répliqua Broderick d'une voix sourde et basse, mais ne penses-tu pas que les personnes interrogées ne pourraient pas être victimes... D'accidents ? De menaces de la part de certains élèves ? Voire de lynchage collectif ?

Je hochai la tête et déglutis. Visiblement, nous avions eu la même pensée toute simple : un Serpentard (au vu des préjugés contre le sang) qui maîtriserait des sorts de magie noire extrêmement complexes et qui serait tellement haï qu'il risquerait de se faire lapider par toute l'école... Non, vous ne voyez toujours ?

- Maintenant, ce dont je veux être sûr, reprit Broderick en nous regardant droit dans les yeux, c'est que vous vous tairez. Parce que si jamais vous laissez échapper ne serait-ce qu'une bribe de ce que je viens de vous dire, vous pourriez avoir sur la conscience des coups et blessures d'une gravité inquiétante, ou même peut-être un mort sur les bras...

Pas la peine de me le redire une autre fois : je hochai la tête avec ferveur, consciente de la responsabilité que me donnait mon aîné. Je ne pris pas la peine de le lui demander mais j'étais déjà sûre qu'il enfreignait le secret qu'avait dû lui imposer Dumbledore en nous donnant des informations, même si Matt et moi étions ses frères et soeurs. Matthew qui d'ailleurs avait juré le secret, son visage encore un peu rond animé d'une expression si grave et solennelle qu'elle aurait pu en être comique si la situation avait été autre.

Nous restâmes encore un bon petit quart d'heure à parler de tout et de rien (des B.U.S.E., des A.S.P.I.C., des examens de passage de troisième année, de la saison de Quidditch, de l'état de Remus, du temps, de nos parents...) et nous nous décidâmes enfin à quitter les lieux, prenant soin de vérifier qu'il n'y avait personne dans les couloirs, pas même ce que j'avais pris pour étant Peeves une demi-heure auparavant. Broderick, heureusement, n'eut pas à user de son statut de préfet et nous regagnâmes la Tour Gryffondor sans la moindre encombre. Brod' nous salua avant de partir vers l'ouest afin de regagner la Tour Serdaigle.

Mon cadet et moi avions à peine eu le temps d'entrer que déjà, j'entendais une voix légèrement essoufflée qui s'exclamait, moqueuse :

- Et bien, on a fait des folies ce soir ?

- Sirius Black, ça alors, tu me sembles bien à court de souffle, quelle demoiselle a donc profité de ta... Vertu ? rétorquai-je, moqueuse.

Sirius a pouffé mais n'a pas répondu à ma question. Et c'est à ce moment que j'aurais dû insister. Lui demander ce que lui, James, Peter et Asphy avaient fait de leur soirée pour avoir l'air d'avoir couru un marathon dans les couloirs de l'école.

Je n'étais pas trop loin de la vérité en me disant qu'ils avaient couru mais bien évidemment, discrète comme je l'étais, je ne dis rien et vint simplement leur demander si les filles étaient parties se coucher. Matt, lui, en mascotte de l'équipe de Quidditch qu'il était, vint s'asseoir entre James et Sirius, se mettant à discuter Quidditch et stratégie. Matthew est le poursuiveur de réserve de l'équipe et s'il n'a pas un niveau formidable, il est toujours à galoper partout pour aller chercher les balles, donner les tenues, apporter de l'eau, faire le pitre...

Les jours suivants furent presque calmes, par rapport à ce que nous avions vécu ces derniers temps. Candidement, Asphodèle en conclut que tout allait s'arranger et j'eus l'envie foudroyante de lui demander si "tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes". Evidemment, je m'abstins de poser une telle question, surtout qu'en moi-même naissait l'espoir insensé mais tenace que les choses se tassaient un peu.

On ne peut pas dire que fondamentalement, c'était faux. Disons juste que c'était l'éclaircie avant que la tempête ne se mette à déferler sur Poudlard.

Le mardi 9, nous apprîmes avec délice qu'étant donné que notre chêêêr professeur Slughorn avait eu "une incommodité l'empêchant d'assurer ses cours" dixit McGonagall et nous rentrâmes donc plus tôt dans la Tour Gryffondor, vers 16h00. Asphodèle, James et moi sommes partis chercher en cuisine de quoi se faire un goûter digne de ce nom (comprenez : cinq packs de six bouteilles de Bièraubeurre, trois paquets maxi-format de Dragées Surprises et de Chocogrenouilles en tous genre, tout un tas de délicates et merveilleuses petites pâtisseries faites par les elfes de maison et encore plein de gourmandises dont la liste serait inutile et fastidieuse tellement elle me prendrait de temps) et c'est ainsi que nous squattâmes gaiement le canapé en face de la cheminée. Nous étions d'une humeur si légère que James et Lily se sont chamaillés comme des enfants. Remus a même ri et ce rire, aussi fluet et rouillé qu'il était, m'a mise - et je crois que l'a fait aussi pour les autres- du baume au cœur comme il y avait bien longtemps que ça n'avait pas été le cas. Il a un peu parlé, mangé quelques Dragées dont l'une d'entre elles était parfumée aux rognons qu'il s'est d'ailleurs tout de suite empressé de recracher, l'air absolument dégoûté.

- Beuââârk !

Nous éclatâmes tous de rire devant son visage grimaçant et son affairement à se débarrasser du bonbon. Puis, la soirée avançant vers minuit, il ne resta que quatre personnes dans la Salle Commune : Peter, Asphodèle, Lily et moi.

Ne croyez pas que la compagnie de Peter peut être désagréable et qu'il est lent à la détente, non, surtout pas. Souvent, on pourrait croire que le silence qu'il affiche presque tout le temps est signe de balourdise et de crétinerie. Loin de là, en fait... Peter n'est pas un génie, il n'a pas des réflexions rapides et concises : son truc à lui, c'est de réfléchir lentement et méthodiquement afin d'être sûr de ne pas sortir de bêtises. Peter est peu loquace mais généralement, ce qu'il dit peut être pris pour argent comptant.

Ce soir-là, James et Sirius restèrent près de Remus dans le dortoir, histoire d'être là s'il se réveillait en hurlant, chose fréquente d'après ce qu'en disaient les deux garçons. Moins depuis quelques temps, certes, mais pas assez pour qu'on prenne le risque de le laisser dormir seul. D'après ce que j'en compris, ils avaient institué des tours de garde : ils dormaient généralement tous ensemble au même moment mais lorsqu'il arrivait que l'un d'entre eux ait le besoin de passer la nuit dehors, l'un des deux autres était obligatoirement présent avec Remus.

Remus avait sommeil à ce moment-là et comme c'était au tour de James de jouer à la nounou et que Sirius se sentait fatigué, Peter resta devant tranquillement dans le canapé devant la cheminée avec nous.

Lily était un peu moins rétive à tenir une conversation quand James et Sirius n'étaient plus là pour sortir des conneries et elle sembla ravie de pouvoir enfin discuter sérieusement. Dois-je vraiment préciser la teneur de nos propos ou vous vous doutez de quoi nous parlions ?

Peter n'avait pas émis d'avis depuis le début de l'affaire et c'est pendant cette nuit qu'il se décida enfin à révéler le fond de sa pensée longuement mûrie et soupesée. Nous étions toutes les trois tournées, le visage grave et concentré, vers le petit homme qui s'était assis sur le tapis, l'air un peu distrait et lointain. D'une voix lente et mesurée, il commença à nous livrer ses impressions :

- Pas besoin d'être à Serdaigle pour deviner que celui ou celle qui a fait ça en veut aux enfants de Moldus, vu le : «GARE À VOUS, SANG-DE-BOURBES ! » qu'on a retrouvé sur le mur. Nous avons donc affaire à quelqu'un qui nourrit des préjugés sur le Sang. Ensuite, je n'ai certes pas vu le corps de Shania tel que Remus, James et Maïa l'ont trouvé mais la description qui m'en a été faite est assez sanguinolente et macabre. J'ai fouillé rapidement quelques livres de sortilèges pour voir ce qui aurait pu causer de tels dégâts et je n'ai strictement rien trouvé. Donc pas des sorts que les sorciers de premier cycle étudient. Je n'ai certes aucune preuve de ce que j'avance mais je ne pense pas me tromper en croyant à de la magie noire.

Il s'est arrêté un bref instant, nous regardant à tour de rôle pour voir si ce qu'il pensait tenait debout. Il a eu droit à trois hochements de tête et fort de ces approbations, il a continué :

- Après, ce n'est que de la spéculation mais c'est aussi ce qui me paraît le plus crédible. Préjugés sur le Sang, magie noire... On en arrive forcément à des plus ou moins Sang-Pur de par la première donnée. La magie noire inclinerait à penser que le coupable est de Serpentard et comme tous les chemins mènent à Rome, où trouve-t-on le plus Sang-Pur enclins à la magie noire ? Bien évidemment, on retombe chez Serpentard.

- C'est un peu injuste ce que tu dis, répondit Asphodèle, songeuse, tu résonnes comme si tous les Serpentards étaient mauvais, tous les Gryffondors des preux chevaliers et ainsi de suite... La magie noire n'est pas connue que d'une seule maison !

- C'est exact, approuva Peter, mais malheureusement autant regarder la situation en face. Dehors, Tu-Sais-Qui est en train de prendre de la puissance et vu que tu descends d'une famille qui ne compte pas beaucoup de Moldus, tu connais bien le monde de la magie. Pour l'instant, on n'en est encore qu'aux regards en chien de faïence et aux incidents mineurs mais je suis d'avis que ça ne va pas tarder à péter. Deux jours, une semaine, trois mois, un an, je ne sais pas. Mais ça va sauter.

- Pas forcément, non ? fis-je. Le Ministre peut très bien emprisonner ceux qui sont ralliés à Vous-Savez-Qui sous n'importe quel motif, non ? Je veux dire, ce ne sont pas les prétextes qui manquent, et puis le Ministère a rarement de scrupules...

Peter a eu un petit rire sec et sans joie, le genre de chose qui me hérisse et me file la chair de poule.

- Maïa... Tu as connu Lucius Malfoy en première année, comme nous ? Tu ne te rappelles pas son arrogance, ses vêtements hors de prix, les points qu'il enlevait injustement parce que c'était un Préfet-en-Chef ? Et puis il n'y a pas que lui, regarde Bellatrix et Narcissa Black, les cousines de Sirius... Elles sont immensément fortunées, hautaines... On n'arrête pas des gens comme ça avec des prétextes caducs.

Un point pour lui. Les Black, les Malfoy, les Rosier, les Lestrange, les Carrow, les Goyle... Autant de familles de Sang-Pur intouchables. Autant de grandes maisons nobles ralliées, peu ou prou, à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom.

Chouette, hein, surtout quand on sait que ces familles étaient bien plus que celles qui avaient pris parti pour le bien.

Lily a soupiré et a relevé les jambes contre son menton, le regard posé sur le feu mais les pensées divaguant à des centaines de lieues de Poudlard. Je comprenais parfaitement ce qu'elle ressentait : de la déception, de la tristesse, de l'interrogation... Le monde tombait autour de nous, brique par brique, et nous ne pouvions ni nier la réalité ni recoller les pans de murs. Nous ne pouvions qu'esquiver les pavés qui nous tombaient dessus en espérant tenir le plus longtemps possible.

Trois d'entre nous ont tenu environ vingt ans. Le reste a rapidement été écrasé par les pierres qui s'accumulaient autour d'eux.

C'est Asphodèle qui posa la question fatidique à Peter, irritée qu'il n'ait pas encore dévoilé ce que nous voulions entendre :

- Tu as une idée sur la personne ? Les garçons en ont une ?

- Disons que... Oui. Mais rien n'est sûr.

- Roh, Peter, ça va ! Les cachotteries, c'est pour les autres ! Pas de ça avec nous !

- Je suis sérieux, Asphy. Ce ne serait vraiment pas une bonne idée de jeter un nom comme ça.

Arrêt sur image : vous n'avez pas entendu les mêmes propos quelques lignes au-dessus ? Vous aussi, ils vous paraissent étrangement familiers ? C'est normal. Je ne m'en suis rendue compte qu'après. Trop tard !

Le vendredi 12 décembre fut le jour où tout bascula pour Severus Rogue. Ce jour-là, nous nous rendîmes dans les cachots pour notre cours de Potions et passâmes devant une bande de Serpentard dans laquelle était Rogue. Tous nous lancèrent un regard malveillant auquel nous nous sommes empressés de répondre, ravis d'emmerder cette bande de crétins bouseux. James a même sifflé en passant à côté de Severus, mais il ne faisait pas "Sssss", il faisait un "Ssssssnivelussssss" malfaisant, dédaignant le regard haineux de Lily. Je crois que s'ils n'avaient été que tous les deux (Jimmy et Severus, j'entends), ce dernier l'aurait tué à mains nues. La haine pullulait dans ce regard sombre avec une force telle qu'on se sentait obligé de détourner les yeux.

Nombre de pauvres petits première années l'avaient appris à leurs dépends.

Le cours avait été charmant (insultes, explosions, retenues, empoignades) et quand nous en sommes sortis, même Remus était hargneux et de méchante humeur. Tout s'est passé très vite.

Sirius a pris Severus par le col, l'a plaqué contre le mur et a levé sa baguette. Pas assez rapidement car Rogue avait eu le temps de s'exclamer, paniqué, un Sectusempra !, affolé de se voir coincé par une dizaine de Gryffondor avec aucun Serpentard pour lui venir en aide.

Severus peut être très intelligent, sincèrement. Ca m'arrache la bouche de le dire mais c'est vrai. Par contre, qu'est-ce qu'il pouvait être con quand il s'y mettait ! Utiliser de la magie noire après ce qu'il s'était passé ! Franchement....

- ENFOIRE ! a hurlé James, la baguette levée entre les deux yeux de Severus, les mains tremblantes. C'est toi qui a fait ça à Shania, hein ! Le sort de lacération dont on ne savait pas l'origine, c'était toi !

Mon cerveau a refusé de fonctionner pendant trois secondes. Comment savait-il ? Comment savait-il ? Ce n'était pas possible !

Asphodèle a jeté un regard mauvais à James, le genre qu'on envoie à quelqu'un qui n'a pas su se taire. Lily nous a regardé tous, des blessures de Sirius à la baguette de James en passant par ma tête ahurie.

- Dommage, hein, Snivellus... Maintenant qu'on sait que Shania a été victime de magie noire et que c'est ton sort qui a fait ça... Fichu, hein ? Fais tes prières, saloperie !

- Cornedrue ! s'est indigné Remus, sortant faiblement sa baguette.

- Occupe-toi de Sirius ! Il va crever d'ici peu à cause de Snivellus si on ne l'emmène pas à l'infirmerie !

Il n'était pas le seul dans un état aussi dérangé. D'autres Gryffondors étaient là et tous avaient sortis leur baguette, Asphodèle comprise. Remus a soulevé Sirius et s'est dirigé vers l'infirmerie sans un regard en arrière. Avec lui s'envolait la dernière chance de Severus Rogue. Ce dernier avait attenté à la vie de l'un de ses meilleurs amis aussi Remus estimait que Rogue n'avait rien à lui demander et surtout pas son pardon.

- Comment vous savez ça ? s'est exclamée Lily, la baguette levée vers James. Bordel, qu'est-ce qu'il vous prend tous ?!

- C'est Broderick qui l'a dit. fit Peter d'un ton laconique.

Lentement, Lil s'est tournée vers moi. Mon cerveau a brusquement remis à jours ses circuits et il m'a fallu cinq secondes pour tout comprendre.

Ils m'avaient suivie. Peter, Asphodèle, Sirius et James nous avaient suivi, Matt et moi, lorsque nous étions allés voir Broderick. Ce que nous avions pris pour Peeves n'était qu'eux se cognant à une statue. Ils avaient tout entendu. Et Lily pensait que c'était moi qui avais tout raconté aux garçons en toute connaissance de cause. En sachant que cela risquerait de tuer Rogue.

- Bande de cons ! ai-je hurlé en sortant ma propre baguette. Me suivre comme ça, connards ! On est sûrs de rien et vous vous permettez de faire la loi comme ça ! Vous vous rendez compte que vous allez tuer quelqu'un, si vous faites ça ?!

Sur le moment, ils se sont tous figés. Ils avaient beau avoir quinze ans, des hormones à en revendre et de l'orgueil, ils n'en restaient pas moins des enfants comme les autres. Beaucoup s'imagine le meurtre comme quelque chose de peu dur à faire. Un doigt qui appuie sur une gâchette, une formule prononcée et voilà, c'est fait. L'homicide s'accomplit presque naturellement lorsqu'il s'agit de sauver sa propre vie ou de celle d'un autre mais quand une telle situation n'est pas de mise, c'est l'une des pires choses qui puissent exister. Surtout pour des enfants qui, s'ils n'étaient pas purs et tout le tralalala, n'en étaient pas moins des gens biens.

- Ce n'est pas notre intention, a grondé James, les yeux injectés de sang. Tais-toi et va-t-en, Maïa, puisque toi tu as oublié Shania. CASSE-TOI !

- Jimmy ! Ce n'est pas vrai et tu le sais bien, Jim, mais il n'a rien fait, m'exclamais-je, désespérée, en montrant Severus tandis qu'un sixième année me traînait vers les escaliers et le Hall, TU N'AS RIEN, AUCUNE PREUVE ! Lily !! Lily, fais quelque chose !

A peine avais-je dit ces mots que mon amie était à son tour emmenée de force loin de tout ça.

Vous savez, Lil' s'est toujours bien débrouillée lorsqu'il était question de foudroyer les gens des yeux, mais le regard qu'elle m'envoya ce jour-là surclassa tout ce que j'avais pu voir auparavant. Cette fois, ce n'était pas une simple bêtise, une moquerie trop basse ou une critique injustifiée. Lily me tenait pour responsable de ce qui allait arriver à Severus Rogue. Avant que j'aie pu lui dire quoique ce soit, elle était déjà partie chercher des renforts. Et moi, j'étais là, les bras ballants, ahurie, les larmes aux yeux, immobile alors que tout s'agitait dans ma tête à une telle vitesse que je n'arrivais pas à avoir une seule pensée cohérente.

- Maïa ?

Bartemius ne s'en est sans doute jamais réellement rendu compte mais ce jour-là, il sauva très certainement la vie de Rogue. Lorsqu'il arriva vers moi, l'air inquiet, je repris brusquement contact avec la réalité. Je me précipitai vers lui alors que les larmes commençaient à couler sur mes joues et je lui criai d'aller chercher des Serdaigles pour aller aider Rogue, qu'il allait se faire tuer pour rien si on ne faisait rien. Barty a alerté quelques septième années de sa maison, deux d'entre eux sont allés chercher des Serpentards et ils s'engouffrèrent dans les cachots peu avant l'arrivée des professeurs McGonagall et Slughorn que Lily était allée chercher en salle des profs.

J'ai passé Noël loin de la salle commune de Gryffondor. Barty et moi étions tout le temps fourrés dans la bibliothèque, à tel point que Madame Pince ne se formalisait même plus que nous parlâmes un peu trop fort. J'ai tout déballé à Bartemius, tout ce que je savais, tout ce que j'avais vu, entendu. Je m'appuyais sur lui aussi fort que lui l'avait fait sur moi quand son père avait commencé à l'ignorer et à lui faire de l'ombre. Bartemius n'était plus connu parce qu'il était Barty, le Serdaigle sympa qui aimait bien jouer au Quidditch mais Bartemius Jr., fils de. Trop souvent j'avais vu la colère noircir ses yeux bleus foncés, trop souvent je l'avais vu qui n'arrivait à dire clairement que tout ce qu'il désirait, ce n'était pas le dernier balai dernier cri mais juste un père qui lui tape dans le dos et lui dise "Hey, super ça, fiston !" ou même une version Sang-Pur de ce père. Barty a tout fait pour en avoir un et il est descendu très bas pour comprendre qu'il n'en aurait pas.

Triste mois de décembre, hein ?

 


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