
CHAPITRE UN : PREMIÈRE PARTIE.
1975.
Maïa.
Octobre.
Les jours ont commencé à raccourcir de plus en plus et la température n'a eu de cesse de chuter. Moi, ça m'a plu.
Lily a pris très coeur son rôle de préfèteCa m'a serré les entrailles de voir que cette place que je pensais pour moi lui est revenue. Mais bon, Lil' s'est vraiment montrée discrète quant à ça, alors finalement, je ne peux pas lui en vouloir.
Je n'avais pas pensé la cinquième année aussi difficile. Même ces chers Maraudeurs ont dû s'accrocher pour pouvoir suivre. Sauf Remus, peut-être. Lui, il bossait bien avant de commencer cette cinquième année.
La saison de Quidditch a commencé. Premier match : Serdaigle/Gryffondor. Mon frère Broderick, du haut de son mètre quatre-vingt-voire-beaucoup-plus et de son statut de poursuiveur de Serdaigle, m'a souvent sourit d'un air narquois. Je l'ai fréquemment vu faire des clins d'oeils à James et ses coéquipiers, moqueur comme pas deux, ses lèvres étirées sur ses dents comme un chien les montrerait pour narguer. Brod a toujours été ainsi, provocateur et taquin, et James s'est empressé de rentrer dans son jeu, ravi de trouver une andouille qui avait les mêmes délires que lui. C'est un peu con, les garçons, mais voir Broderick soulever Jamesie pour le plonger dans le lac avant d'y passer à son tour était quelque chose de tellement rare et tellement tordant que personne n'a songé à leur dire de se calmer. Surtout pas Sirius qui s'était empressé de photographier les deux garçons alors que Brod' tenait James comme une mariée. Même Lily, hilare, a été demander à mon frère si cela signifiait qu'il avait viré sa cuti et qu'elle pouvait enfin espérer voir James plus tranquille.
Tu rêves, Lil' !
Hier, nous nous sommes rendues à Pré-au-Lard. Nous, c'est-à-dire Lily, Asphy et moi. Nous sommes allées prendre quelques Bièraubeurres, des friandises à s'en éclater la panse, une plume d'aigle royal pour l'anniversaire de Broderick. Puis on a acheté des sandwiches (les Moldus n'ont pas toujours des idées formidables mais pour avoir inventé ça, on devrait leur foutre la paix) au fromage et autres et on s'est affalé à côté de la Cabane Hurlante. Ne prenez pas ce "à côté" pour un ou deux mètres, hein. Il y a quand même un périmètre de sécurité de quatre-cinq mètres à respecter. L'avantage à être ici, c'était la vue plongeante sur le village, la Cabane ayant été construite sur une colline qui surplombait la ville.
Depuis là où nous étions, je n'ai eu aucun mal à voir Peter attraper mon petit frère Matt pour lui faire peur. Matt (Matthew Audric Scotty Duncan Moroz de son nom complet, si ça vous intéresse) n'est pas un peureux, non. C'est juste quelqu'un qui a une extraordinaire capacité vocale.
-AAAAAAAAAAH PETER NOOOOOOOOOOON !!
Dommage que mon frère n'ait pas une voix harmonieuse. C'aurait pu être le futur Pavarotti.
Lily coiffait distraitement les cheveux presque noirs d'Asphy. A ce moment-là, elle faisait une fixette sur les nattes africainee et Lily, pas susceptible pour deux sous, lui a fait sa coiffure. On est resté ainsi, à contempler depuis la butte le paysage, la vie qui grouillait à nos pieds. De temps à autre, je fredonnais quelques chansons moldues. J'ai toujours aimé la musique et je trouvais que les Moldus étaient vraiment taillés pour ça, à l'instar de Robert Plant et de Led Zeppelin.
- "There's a lady who's sure, all the glitters is gold, and she's buying her stairway to heaven..."
Je n'ai pensé à personne, lorsque j'ai prononcé ces mots. Peut-être aurais-je dû.
On était affalé là, et pas une de nous ne songeait aux tensions de dehors. A ce Lord menaçant, à ces peurs qui rongeaient les sorciers du Ministère.
Peu importait. Il n'y avait que Lily, Asphodèle, le monde de Poudlard et moi. Rien ne pouvait nous atteindre.
Nous sommes rentrées à la nuit tombée, le derrière taché de terre et de boue. Pour une fois, James avait une excuse pour mater le popotin de Lil'.
Je suis monter me changer en quatrième vitesse, ai coiffé du mieux que j'ai pu mon carré châtain foncé en enfilant ma robe de sorcière la plus propre. J'ai chipé une paire de boucles d'oreilles et sa montre grise à Lily puis je suis descendue le plus vite possible dans le parc, à côté du lac. Je me suis arrêtée en essayant de reprendre mon souffle, ai regardé les derniers rayons roses de la journée sur le lac immobile. C'était magnifique.
Le soir est rapidement tombé. J'étais arrivée depuis à peine dix minutes que le ciel commençait à prendre une teinte bleue foncée. Je ne me suis pas inquiétée d'être seule, il arrivait souvent que l'un de nous deux ait un peu de retard.
- Maïa !
Je me suis retournée juste à temps pour finir entre ses bras. Encore une fois, il venait de se jeter sur moi pour m'effrayer, avec cette ardeur qui était sienne.
- Bartemius Croupton Junior ! me suis-je faussement indignée, tu m'as fait peur !
Il m'a sourie et m'a embrassée.
Bartemius avait deux ans de moins que moi. Il était beau, grand, mature et très responsable. Nous étions ensemble depuis trois semaines, peut-être moins. Broderick et Matt n'avaient cessé de me taquiner avec ça, tout comme le reste des Gryffondors et des Serdaigles, naturellement. Mais nous avons toujours souri de ça.
J'aimais l'attitude de jeune chien foufou de Barty, son ardeur, ses projets ambitieux pour sortir de l'ombre de son père. J'aimais l'innocence relative à son âge qu'il dégageait.
Il m'a fallue du temps pour comprendre. Trop, sans doute.
DEUXIÈME PARTIE.
1995.
Jake.
Il faisait froid, en cette toute fin de septembre. Je n'aimais pas le vent et la pluie fine qui entouraient Poudlard en cette période.
Lee a été malade. Il nous a réveillésles jumeaux et moi, les traits tirés, le visage plus pâle que je n'aurais jamais pu l'imaginer. On l'a fait léviter tandis que ses mains s'agitaient de spasmes et que Fred testait tous les antidotes fabriqués pour les besoins des Boîtes à Flemmes dans l'espoir de stopper les crises de Lee.
Emma s'est précipitée vers l'infirmerie lorsqu'elle a su ce qui lui arrivait. Tard dans la soirée, Hermione, Harry, ma soeur, les Weasley, Dean et moi sommes allés rendre une petite visite à notre convalescent, les bras chargés de Bièraubeurres, confiseries et pâtisseries en tous genres.
- Autant de bouffe pour moi ? Je suis flatté ! s'est écrié Lee lorsqu'il nous a vus rentrer.
Finalement, ce n'était rien de grave d'après Mme Pomfresh.
Cet épisode nous a seulement permis de voir une chose : Ginny et Dean étaient ensemble. Inutile de décrire la tête de Fred, George et Ron. Surtout le dernier, j'ai cru qu'il allait dégommer Dean à coups de petite cuillère rouillée, sans rire. Mais dans la mesure où Dean attendait son argent de poche du mois de novembre pour passer une grosse commande de Boîtes à Flemme, je préférais qu'on évite de l'abîmer . Et puis, j'aimais bien Dean et les superbes dessins qu'il faisait pour encourager l'équipe de Quidditch. Ce type était quelqu'un de bien.
Ron était furieux, il roulait de gros yeux à l'intention de Ginny dont j'ai admiré le culot : elle a serré la main de Dean dans la sienne, mettant son frère au défi de faire quoi que ce soit. Fred et George ont semblé se résigner, l'air un peu triste de voir leur petite soeur grandir. Mais bon, il fallait bien qu'ils se fassent à cette idée.
J'ai chopé Ron lorsqu'on a pris congé de Lee et Emma, j'ai laissé les autres grimper l'escalier et j'ai planté mes yeux gris dans ceux marrons du Ronnie.
- Tu es obligé d'accepter que ta soeur grandisse et qu'elle ait des petits copains. Ce n'est certes pas facile, mais franchement, comment crois-tu que j'ai fait quand Altaïr a commencé à être avec Dubois ?
J'ai préféré éviter de souligner que j'avais été à deux doigts de refaire le portrait d'Olivier, mais bon. Cela aurait cassé toute mon argumentation.
Ron m'a regardé d'un air dubitatif mais a acquiescé. Nous sommes remontés en salle commune et s'il n'a pas adressé la parole à sa soeur mis à part pour lui demander le sel pendant le repas, il ne lui a pas fait la gueule. Tant mieux, les frères jaloux ne sont pas les choses les plus faciles à supporter.
Je me rappelle bien de ce que j'avais ressenti lorsque j'avais vu les lèvres d'Olivier sur celle de ma soeur. J'étais resté figé, choqué. Je m'étais levé directement, furieux comme jamais. Je crois que si Fred et George ne m'avaient pas pris chacun par un bras pour m'emmener en dehors de la Grande Salle, j'aurais dévissé la tête d'Olivier, qu'il soit mon capitaine de Quidditch ou non.
Mais dans la mesure où Altaïr m'a pratiquement fait une scène le jour où j'ai dragué Katie Spinnet, je pense qu'on a été quitte, non ?
- D'ailleurs, comment va Olivier ? a demandé Fred, soudain inspiré par le devoir de potion qu'il rédigeait.
Les yeux noisettes de ma soeur ont accroché les miens dans un appel au silence tandis qu'elle répondait :
-Le club de Flaquemare lui convient vraiment très bien.
Forcément, ça aurait moins été classe si j'avais dit qu'en ce moment, Flaquemare était au bord de la relégation et qu'Olivier était dans un pays de l'Est au nom imprononçable pour un stage de remise à niveau... Mwahahahaa.
La soirée s'est bien finie, après coup. Nous avons fait un grand poker et nous avons été chercher quelques bières et autres en cuisine. D'ailleurs, un certain Dobby nous regardait d'une manière assez bizarre, il donnait la chair de poule.
Nous aurions dû lire la Gazette du Sorcier dès qu'Hermione nous l'avait proposé dès cette fin de mois. Je regrette chaque jour un peu plus, à présent, de ne pas y avoir jeté un coup d'oeil. Comment, mon Dieu, comment ai-je pu passer à côté de quelque chose pareil ?
Un détail. Infime. Si seulement quelqu'un d'autre qu'Hermione l'avait vu... Peut-être n'en serions nous pas là.
En tous cas, octobre s'est achevé avec un parfum de neige et de pudding. Octobre est parti en laissant derrière lui les derniers jours de soleil et nous sommes entrés dans la période que j'ai toujours appréhendée : l'hiver. L'hiver, le froid, la neige, la dépression, les réminiscences.
Cela aussi, ç'aurait dû nous faire comprendre certaines choses. Seulement, on n'est pas sérieux, quand on a seize ans...