La conquête d'Orgaramir

Chapitre 9 : La conquête d’Orgaramir

 

      - Calme-toi Arya, c’est moi, Eragon, lui murmura le jeune homme d’une voix suave, mielleuse, des plus rassurantes.

- Il ne t’arrivera rien, tu es en sécurité.

Les tremblements de l’elfe, en harmonie avec les palpitations de son cœur, s’atténuèrent peu à peu, délicatement, un bras s’étant enroulé autour de son buste et l’autre en dessous de ses genoux délicats. Ses yeux, d’un vert alors assez pâle, étaient flous, comme masqués par un voile invisible qui les étouffait. Elle semblait lutter pour revenir à la raison, ses pupilles se dilatant avec cet effort. Soudain, elle cria d’une voix perçante, mêlant habilement la peur passée et la gratitude présente :

- ERAGON !

Elle s’agrippa au cou du garçon avec agilité, grâce et célérité de telle sorte que sa manœuvre le surprit et le déséquilibra. Il en tomba à la renverse.

      C’est ainsi que la princesse commença à pleurer. Tout en raffermissant son emprise, elle déversait sur le cou du jeune homme une rivière de petites perles transparentes. Toutes les peurs, les angoisses, mais aussi les responsabilités et les secrets qui sommeillaient en elle s’échappaient d’elle tout comme Eragon avait pu expier le fardeau qui pesait sur lui il y avait quelques minutes de cela après la découverte macabre du corps sans vie de Feu-de-Neige. Elle pleura, encore et encore, et aucun son, aucune parole ne vint troubler ce moment de tristesse certes, mais surtout de paix. Il attendit patiemment que l’elfe se calmât, que ses yeux se tarissent pour lui parler, comme il avait patienté  que Saphira l’autorisât à s’approcher d’elle sur le mont des Œufs Brisés dans l’épisode, avec du recul assez comique, avec Glaedr. Au bout de cinq minutes environ, qui avaient paru une éternité au regard du jeune homme, Arya relâcha doucement son étreinte, ses pleurs se transformant peu à peu en hoquets, puis en légers soubresauts quasi indiscernables. Ses yeux rouges, ainsi que ses pommettes saillantes, trahissaient l’allure altière, digne de l’elfe. Cependant, elle semblait dorénavant sereine, apaisée de tous les maux qui la tourmentaient. Elle posa les paumes de ses mains sur les solides épaules d’Eragon, et, en plongeant son regard dans celui du jeune homme, lui souffla subrepticement un « merci » empli de toute la gratitude qu’elle pouvait lui donner.

      L’esprit du Dragonnier bouillonnait sur place, curieux de connaître le fin mot de l’histoire avant ce simple mais puissant mot. A la place de la harceler de questions, il lui renvoya le sourire qu’elle lui portait, et la laissa se relever et contempler les carnages que le roi avait effectués dans cette cité. Le visage d’Arya se tendit brusquement à la vue des débris, des corps et du désarroi qui animaient les quelques survivants.

« Allez, lève-toi, sinon tu vas prendre racine » lui transmit Saphira, non sans une petite pointe de moquerie.

Eragon, tout en se levant félinement, à la manière des elfes, allait lui répondre quand elle ajouta :

« Je suis fière de toi petit homme », un bleu miroitant, quasi larmoyant, dans les yeux.

Il referma sa bouche, surpris, puis étira légèrement ses lèvres en une sorte de sourire, mais c’était bien assez pour que sa partenaire perçoive la reconnaissance qu’il lui témoignait.

      Les nains s’affairaient déjà à expulser les amas de pierres des rues proches de leur position, démontrant l’incroyable force d’esprit et de corps qui coulait dans leurs veines. Dans un silence de plomb, uniquement rompu par les chocs des roches sur le sol, chacun soulevait dans la limite de ses moyens, des poids plus ou moins importants. Plusieurs « équipes » avaient été constituées : Arya et Eragon vers le chemin de droite, menant aux tunnels reliant Tarnag à Tronjheim ; les nains, dirigés d’une main de fer par Ordarik, sur la voie de gauche, déblayant les éboulis bloquant le passage vers le fleuve d’Az-Ragni. Et enfin, en face, se déchaînant contre la montagne, Saphira expulsait les amas avec une force gigantesque, transportant les plus gros morceaux vers un endroit moins incongru par la voie des airs. Elle réduisait en petits morceaux les gros blocs, de son côté comme celui des nains, les aidant grandement. Le déblayage avança rapidement, et en une heure, voire deux tout au plus, les trois artères principales de la cité reprirent vie. Seule la grande forteresse, reliée par la dernière voie menant au cœur de la ville qu’ils venaient de secourir, restait meurtrie, défigurée par la folie destructrice du roi.

      Eragon était fier du travail accompli. Avec l’aide d’Arya, ils avaient soulevé une quantité phénoménale de débris, puisant s’il le fallait dans les réserves de sa dragonne l’énergie dont il avait besoin pour projeter par magie les blocs de pierre. Des petites étincelles vert émeraude et bleu azur brillaient de ci de là, reluisant la masse sombre des rocs, ce qui semblait les animer d’une vie surnaturelle. Le spectacle avait beaucoup amusé Eragon, et apparemment Arya aussi. Cette tâche leur avait permis de s’évader de l’horreur inqualifiable des récents événements.

      La lune pointait le bout de son nez lorsque tous, humain, elfe, dragon et nains se rejoignirent sur le pavé nacré de la place principale. Sur chaque visage pouvaient se lire l’intensité de l’effort accompli et la fatigue qui s’en suivait. Eragon décida alors de se concerter avec Arya et le chef nain :

- Maintenant que nous avons tenu notre promesse en réoxygénant votre cité, Ordarik, il va nous falloir partir vers Galfni. Un long voyage nous attend, même à dos de dragon.

- Que…COMMENT ?! Vous ne voulez certainement pas dire que nous…que je devrais monter sur ce…cette créature ailée ! Non non non, par la barbe d’Undorok, jamais je n’accepterais.

- Mais c’est pourtant la seule solution, répliqua Eragon très calmement, une petite pointe d’amusement dans la voix.

- Mais enfin cela ne se fait pas ! Renchérit le nain, d’un ton se faisant plus fort. Un nain sur un dragon, voyons, c’est impensable !

- Et pourquoi cela maître nain ? L’interrompit Arya, figeant ses grands yeux verts sur son visage.

- Mais parce que… Il cherchait désespérément un regard amical, compatissant envers qui se tourner. Sa tête se balançait du Dragonnier à l’elfe.

Enfin ce n’est pas raisonnable… Il semblait presque implorer la clémence des deux amis.

- Ecoutez, je sais fort bien que les nains n’apprécient pas de voyager à dos de dragon, l’expérience du voyage vers Aberon avec Orik affirmant mes dires. Cependant il nous faut arriver au puits le plus rapidement possible si nous voulons préserver l’ordre et l’unité de tous les nains des Beors. Votre père, Ûndin, m’a confié une mission, et donc à travers moi il a montré dans son dernier soupir toute la confiance qu’il vous portait, jugeant que vous seriez à même de résoudre cette crise. Ayez foi en vos capacités maître nain, assumez avec fierté et honneur votre devoir, et ensemble apportons la paix à nos frères de sang !

Le discours d’Eragon, très vivant et passionnel, finit par faire céder le nain avec un « Très bien, vous avez gagné, je monterai sur ce dragon de malheur ! »

« DragonNE de malheur ! » rectifia aussitôt Saphira, qui transmit son message dans l’esprit de la petite assemblée.

      Ordarik, malgré son évidente réticence pour ce voyage forcé, pouffa de rire sous la remarque de l’Etincelante, tandis qu’Eragon et Arya, un immense sourire aux lèvres, affichant leurs dents blanches parfaitement alignées, congratulaient la dragonne de sa réplique.

      Tout en gourmandant son Dragonnier de ses yeux  d’un bleu azur parfait, elle lui indiqua qu’elle partait chasser dans les montagnes, quelques soleils s’étant couchés depuis son dernier festin.

« Très bien, envole-toi, ô splendeur de la nuit, va gouverner le ciel qui réclame sa reine ! »

« N’en fais pas de trop tout de même » lui indiqua-t-elle, un air de grande satisfaction dans sa voix.

Eragon sourit alors avec sérénité. Tout semblait rentrer dans l’ordre le temps de quelques instants, et il comptait bien en profiter.

« Fais attention tout de même ma belle. Et ne sois pas trop longue »

Après avoir donné un petit coup de langue affectueux sur la joue droite du jeune homme, Saphira s’élança avec puissance dans les cieux en quête de nourriture.

Arya annonça alors :

- Je pense qu’il est inutile de partir maintenant. Le crépuscule a bientôt exécuté totalement sa marche et nous sommes tous éreintés. Il serait inconsidéré de voyager sur Saphira, qui de plus est absente. Ordarik, pouvez-vous nous héberger cette nuit, et aussi nous faire préparer quelques vivres pour les jours à venir.

- Oui bien sûr Dame Arya. Même si Galbatorix a détruit une partie importante de nos vivres, il nous en reste une bonne partie. Les nains seuls pourraient s’en contenter d’ailleurs, mais il faut aussi compter sur les Vardens. Ce problème devra être réglé rapidement.

- En effet maître nain. Cependant il y a plus urgent.

Tout en acquiesçant d’un mouvement de tête bourru, Ordarik continua :

- La basse ville a été quelque peu épargnée par les ravages du roi et de son dragon maudit. Nous y trouverons sûrement des hôtes pour vous loger et nourrir. Excusez-moi, mais je dois me réunir avec mon second pour discuter de la gestion de la ville durant mon absence.

- Oui je comprends, dirent en cœur, Eragon et Arya, ce qui les mit quelque peu dans l’embarras.

- Alors que cette nuit vous soit aussi douce et réparatrice qu’elle peut l’être, mes amis.

- Oui, à demain Ordarik, conclut le Dragonnier. Retrouvons-nous aux premières lueurs du soleil, ici sur la grand’place.

- Je n’y manquerai pas, leur sourit le nain, même si c’était difficilement observable avec son épaisse barbe rousse.

      Eragon et Arya furent accompagnés par un groupe composé d’une dizaine de nains vers la partie la plus excentrée de la ville, où un semblant d’hôtel se tenait encore à peu près droit. Sa taille s’adaptait parfaitement à celle des nains, mais possédait quelques chambrées à la leur, qui figuraient comme des géants parmi eux. Au seuil du bâtiment, l’elfe retint le bras puissant d’Eragon, et lui dit tout simplement, dans une tonalité emplie de félicitations, mais aussi d’inquiétude :

« Tu as changé Eragon ».

      Elle lui lâcha délicatement son avant-bras, dans une sorte de caresse féline, et se dirigea vers ses « appartements » d’une manière on ne peut plus altière, malgré la hauteur du plafond du bâtiment qui la forçait à se courber. Eragon mit quelques secondes pour sortir de son état léthargique, portant sa réflexion sur les paroles troublantes de l’elfe. Cependant, vu l’heure tardive et la quantité d’événements traversés aujourd’hui, la fatigue prenait le dessus sur tout autre mécanisme de son cerveau, et se résigna avec plaisir à rejoindre sa couche pour s’y loger dans une dernière étreinte. Une fois dans sa chambre, il commença à ressentir les effets du sommeil, anesthésiant peu à peu les douleurs physiques de son corps et les blessures de l’âme. Soudain, une brûlante excitation l’extirpa de son pseudo sommeil, son cœur battant la chamade. Alors il s’en voulut aussitôt.

« J’ai oublié Saphira ! » se réprimanda-t-il. Il ouvrit son esprit sur la globalité de la cité, puis vers les montagnes alentours jusqu’à retrouver sa partenaire qui s’amusait comme une petite folle.

« Mais qu’est-ce que tu fais ? Tu as vu l’heure ? Il y en a qui dorme je te signale ?! »

« Oh et bien c’est gentil de m’avoir attendue » répliqua la dragonne, fermant le caquet de son compagnon.

« Oui je suis désolé, après tout ça j’étais tellement exténué que je t’ai momentanément un peu oubliée… »

« Momentanément un peu oubliée, c’est ça bien sûr…C’est vrai que je ne m’appelle pas Arya… »

« Bon je me suis excusé, tu vas arrêter de me faire tourner en bourrique ! ». On sentait l’impatience, la fatigue  et l’orgueil, vibrer au son de ses cordes vocales.

« Moi je trouve ça drôle ! » le gourmanda-t-elle alors, une intense bonne humeur dans sa voix.

Se calmant, et même s’apaisant d’un seul coup, il lui demanda mielleusement, sa curiosité piquée au vif :

« Tu vas me raconter alors ?... »

« Evidemment ! Oh, c’était GE-NIAL : Je volais tranquillement dans le ciel à la recherche de quelques proies à grignoter – terme qui fit beaucoup rire Eragon quand on pensait que le grignotage en question n’était rien de moins qu’un daim – et vu ma taille et ma magnifique robe ( n’est-ce pas ? ), il m’est difficile de passer inaperçue, surtout à la lueur de la lune ».

« Et je te le répète, tu es la plus belle qui soit ».

« Petit flatteur va ! ». Plus son discours se déroulait, plus on sentait l’engouement et la gaieté rayonner dans le cœur de la dragonne, exaltant tous ses sens, et donc a fortiori ceux d’Eragon.

« Donc je me promenais, et là un groupe de cinq Fanghurs s’approcha de moi, me considérant sûrement comme un fabuleux plat de résistance. Ils m’ont encerclée et ont commencé à piailler leur petit cri suraigu qui nous avait tellement déplu la dernière fois en sortant de Tarnag. Cependant cette fois-ci cela ressemblait à des petits chatouillements qui effleuraient ma conscience, et je me délectais d’avance du sort que je leur réservais ».

Elle enchaîna, trop impatiente pour attendre une réaction de son Dragonnier :

«  Ils s’approchèrent encore un peu, et pour en rire un peu plus, j’ai feint d’être sous l’emprise de leur hypnose mentale, battant avec désordre mes ailes. Ils s’apprêtaient à m’attaquer quand je me suis redressée, envolée à quelques mètres au-dessus d’eux et là, je leur ai envoyé un puissant mugissement féroce, mental mais aussi réel qui les a cloués sur place. T’aurais du voir leur tête déconfite ! Ils piaillaient de surprise et d’horreur, battant des ailes frénétiquement, avec fureur, et ils s’envolèrent dans cinq directions opposées, en étoile, au cas où j’en chasserais un. Leurs mouvements étaient si désordonnés qu’on aurait cru ce que vous les humains appelaient des mariommettes dans un numéro de cirque ! »

« Euh, Saphira ? »

« Oui ? »

« C’est marioNNette, avec deux N comme Nigaude ! »

« Pfff, goujat ! »

A ce moment-là ils éclatèrent de rire, à l’unisson, et cela faisant beaucoup de bien d’être réunis dans un moment de joie, bien trop rare ces temps-ci. Eragon dut employer maints efforts pour se calmer.

« Merci ma belle de m’avoir fait tant rire ».

Elle ne lui répondit pas, mais il pouvait sentir l’émotion qui la faisait tressaillir.

« Tu rentres quand ? »

« Bientôt je pense, mon ventre a presque fini de vibrer comme un immense cor. J’imagine que dans ta couche il n’y a pas de place pour moi, vu la taille des bâtisses ici. Je t’attendrai à l’extérieur demain matin. Endors-toi petit homme, et profite de ce sommeil réparateur. Tu en as bien besoin ».

« Merci Saphira. Toi aussi repose-toi bien, un long voyage nous attend dès l’aube ».

Il rompit leur liaison mentale et se coucha, se laissant bercer dans cet étrange sommeil qu’était le sien depuis le don des dragons.

 

      Eragon était assis en tailleur, sur l’A-pic de Telnae’ir, contemplant avec envie la vie tumultueuse des fourmis. Il observait l’ordre et la régularité implacable de ces « amies » dans leur besogne quotidienne, et cela l’exaltait. Puis il commença à bouger, pivotant de droite à gauche, puis l’inverse. Il se concentrait pour percevoir avec autant d’acuité son environnement, mais ses soudains mouvements le perturbaient.

« Eragon ! »

Avec un effarement total, il observa les fourmis avec un léger effroi.

« Elles m’ont parlé ! » se dit-il, les yeux pétillant sur sa récente découverte. Leur voix était étrange, très caverneuse et gutturale. D’ailleurs cela lui rappelait étrangement l’accent nain.

« Tu vas te réveiller bon sang ! »

Il ouvrit un œil, puis deux, et vit avec horreur une gigantesque touffe de poils se pencher sur lui, prêt à l’étouffer. Il porta sa main au fourreau de son épée avant que celle-ci ne répliquât :

« Oh, du calme mon garçon. Il est l’heure. Il nous faut partir ».

Le voile de brume opaque s’évapora et ses yeux ébahis perçurent enfin les doux rayons matinaux du soleil. Il s’aperçut alors que ce qu’il avait considéré comme une « touffe de poils » n’était autre que la main d’Ordarik qui venait de le secouer comme un pommier. C’était donc lui qu’il avait entendu.

« Non mais quel idiot ! » se dit-il, un petit sursaut de rire s’échappant de ses lèvres.

      Il se leva gracieusement de sa couche et étendit tous ses membres reposés des meurtrissures de la veille. Comme chaque matin depuis son départ de Cithri, Eragon posa un large bol sur la table de chevet accolé à son lit rustique, y versa au deux tiers de l’eau et prononça, en fixant ses pensées sur son cousin, « Draumr Kόpa ». Le liquide se troubla, et le visage de Roran apparut alors. Il était déjà debout, bien que les quelques épis sur sa tête témoignaient de son éveil récent. Eragon reconnut les appartements de son presque frère, et il en fut rassuré. Il stoppa son emprise sur l’eau et répéta le même rituel, cette fois-ci se concentrant sur Katrina, espérant toujours un peu plus qu’elle soit en vie. Cette fois, ses mains ne portaient plus de fers, mais son visage évoquait la souffrance et la solitude, quoique atténuées par les bienfaits du sommeil. Il interrompit la magie, soulagé que rien ne se soit passé pour eux, et donc de pouvoir toujours tenir sa promesse, et il vida son bol. En quelques minutes, il se lava ( bien que le nécessaire en hygiène soit ici assez rudimentaire ), se rasa ( par magie bien sûr ) et revêtit des fourrures assez épaisses pour résister aux morsures du froid des Beors.

« Ah enfin ! Pire qu’une dame de la cour ! » Lui lança Saphira en guise de bonjour.

« Qu’est-ce que tu sais, toi, des dames de la cour avec tes manières ?... » Répliqua-t-il d’un petit sourire narquois.

De cette petite victoire il ajouta : « Bonjour à toi aussi ma chère », en se penchant en signe de révérence, accentuant bien sur SA bonne éducation.

Il n’eut en tout et pour tout qu’un « pfff » hautain, la dragonne le regardant de haut, bien qu’intérieurement cela l’amusait grandement, ce qui n’échappait pas au Dragonnier. Ils étaient dès l’aube plus complices que jamais.

      Ordarik et Arya attendaient son arrivée pour pouvoir monter sur sa dragonne, qui portait déjà les quelques vivres dont ils auraient besoin jusqu’à Galfni. Ils avaient été enfermés solidement dans des sacs de cuir de Feldûnost à l’aide de deux ceintures épaisses. Une poignée dépassait du bagage s’agrippant à l’un des crochets de la selle d’Oromis. Avec nonchalance, le nain grimpa sur Saphira, qui dut porter son cou à terre, ce qui eut pour effet d’exalter l’air bougon d’Ordarik, suivi de près par Eragon et enfin par Arya. Le jeune homme se sentait assez mal à l’aise quant aux bras gracieux et aux mains félines qui effleuraient sa partie abdominale, mais à y réfléchir, cela le serait encore plus en sens inverse. Dans une dernière recommandation à ses amis nains, Saphira s’élança dans les airs avec gaieté, sa puissance et son énergie renouvelées par son repos bien mérité. Ils arpentèrent des vallées, veillant à profiter des maigres rayons du soleil, s’engouffrant dans des sillons profonds pour se réapprovisionner en oxygène.

      Malheureusement pour Eragon, Arya avait retrouvé son aplomb naturel, et donc aussi sa très grande communicativité… Cela faisait déjà une heure qu’ils avaient quitté la cité meurtrie, une longue heure sans qu’aucun son ne vienne effacer celui du vent hurlant dans leurs oreilles. Pour atténuer la tension qu’accumulait le nain à l’idée de ne plus toucher la terre ferme d’au moins une centaine de pieds, sinon plus, le Dragonnier décida de converser avec Ordarik d’un peu de tout et de rien. Malgré la légèreté de leur discussion, allant des exploits du nain dans la chasse aux Fanghurs dans les montagnes proches de Tarnag, aux moments d’ivresse dans la taverne de Tronjheim, dans laquelle Saphira s’était brillamment faite remarquer en vidant d’un seul trait trois barriques d’hydromel – anecdote qui valut à Eragon quelques réprimandes « amicales » de la dragonne – Ordarik paraissait toujours troublé, inquiet des récents événements, et aussi, Eragon s’en doutait, de son abandon de la cité. Le jeune homme essayait toujours de le divertir, mais le nain le coupa, prononçant à haute voix, de sorte que tous le comprennent bien :

- Bon, maintenant que nous sommes loin de la cité, et donc d’ennemis potentiels comme ces moins que rien du Durgrimst d’Anhuin…

- même si le geste de Torgrak est inqualifiable, ne soyez pas si prompt au jugement, probablement aveuglé par la colère et le ressentiment, envers les autres membres de ce clan, l’interrompit la princesse elfe.

Une fois la douche froide passée, il continua :

- Je vais donc pouvoir vous révéler certaines…précisions sur ce qui nous attend au « Puits ».

- Comment ça ? Le questionna Eragon, l’air hébété.

- Comme je te l’ai dit, ce lieu, qui n’est pour la plupart des nains qu’un mythe, et sacré pour les autres, est caché au fin fond de la vallée de Kamidor, au cœur d’une montagne escarpée répondant au doux nom d’Orgaramir.

- Ce qui signifie… ?

- …La dévoreuse d’âme, murmura Arya, quelque peu troublée par les révélations de leur compagnon.

- Tout à fait gente dame. Il n’existe que deux accès pour atteindre le Jardin des Géants, menant au cœur, et donc au Puits. L’un est aussi dangereux que l’autre. Les rares téméraires ayant osé relever le défi, par soif de pouvoir probablement, n’en sont jamais revenus. On dit que la montagne a consumé leur âme…

- D’où son nom, constata Eragon. Vraiment charmant !

- Le premier passage est un passage sinueux, une sorte de grotte emplie de stalactites et stalagmites tranchantes comme des rasoirs, dont l’entrée est à l’extrémité de la ville de Galfni. Il va de soi que vous ne pourrez pas y voler Saphira, cela aurait été bien trop facile ! Cependant le véritable danger ne vient pas de la nature hostile de la caverne, mais de ses habitants. Quelques animaux, des Ormars, y rodent et attendent patiemment leurs prochaines victimes.

« Est-ce une race spécifique aux Beors ? » Interrogea Saphira avant qu’Eragon n’ait pu ouvrir la bouche.

- Oui, et certainement la plus cruelle. Les Ormars sont à mi-chemin entre les tigres pour leurs dents de sabre, leurs griffes redoutables et leur agilité, et les ours pour leur imposante force. Mieux vaut vous prévenir de suite : si nous empruntons ce passage, il nous faudra user de toutes les ruses possibles, même face à un seul de leur congénère.

Saphira émit alors un petit grondement de provocation, mêlant ses pensées aux leurs en proférant, très courtoisement bien sûr, un « qu’ils viennent ! » très amical !

Ordarik allait continuer lorsqu’elle continua :

« Et le deuxième chemin maître nain ? »

- Celui-là est tout aussi réjouissant ! Ironisa le nain. Il paraîtrait qu’il  existe un passage aérien, caché dans la montagne menant au Jardin des Géants. Cependant d’après les légendes des tunnels interminables, escarpés et écorchés parsèment cette voie, de telle sorte que l’entrée ne sera absolument pas facile à dénicher. De plus des colonies de Fanghurs se seraient nichées dans cette montagne maudite.

« Hummmmm, des Fanghurs à la broche ! » gloussa la dragonne.

La réflexion fit rire aux éclats le nain, tandis que l’elfe avait un regard interdit.

« Saphira, as-tu oublié notre conversation lors de ta dernière rencontre avec ces oiseaux ».

« Avant-dernière », pensa-t-elle, petite moquerie qui fit bien sourire le Dragonnier.

Arya resserra brusquement alors ses bras autour de la taille du jeune homme, lui comprimant la cage thoracique assez douloureusement.

« Et toi, ça te fais sourire aussi ? Je te rappelle que les Fanghurs sont une espèce importante pour l’écosystème des Beors, et que… »

«  Et que s’ils veulent mettre nos vies en danger, je n’hésiterai pas une seule seconde à assumer ce sacrifice » répondirent en cœur Saphira et Eragon.

Sur cette avalanche de coups verbaux, Arya s’emmura dans une prison de silence.

Ordarik, après s’être calmé de la plaisanterie, reprit alors :

- Bien sûr, la seconde parait plus attrayante, mais encore faudra-t-il la trouver !

- Nous la trouverons, ne vous inquiétez pas, répondit le Dragonnier.

- Alors soit. Je dois maintenant vous faire prendre connaissance d’une dernière chose, assurément la plus importante : mon père m’a transmis une sorte de prophétie révélant la marche à suivre pour atteindre le Puits. La voici donc :

Toi, qui par la nécessité

La puissance tu viendras mander

Ton épée illusoire deviendra

Quand l’épreuve de force tu passeras

De ta logique tu requérras

Au serment des Quatre, le cœur pur et l’esprit droit

Et une fois tes qualités révélées

Le don de Korgan te sera accordé.

- Je n’en sais malheureusement pas plus que vous maintenant, vous allez devoir y réfléchir sans autre élément avant d’y arriver.

Ces simples vers, lourds de sens, enveloppèrent les quatre personnages d’un manteau de circonspection tendue, aucun n’osait troubler le silence intérieur et l’intense réflexion qui semblaient régner en maître sur l’âme de leurs amis. Pendant des heures le froid mordillait leur peau, le vent, plus cruel que jamais. Malgré le fait qu’ils volaient plein sud, face au soleil, le gel s’invitait parfois dans leur chevelure, et dans la barbe dans le cas du nain. Vers midi, l’astre à son zénith, le groupe décida d’un commun accord de faire une pause pour restaurer leurs forces et se dégourdir les jambes pour certains, les ailes pour une autre. Le terrain où ils se posèrent était vierge, sauvage, de toute beauté. L’atmosphère se faisait plus douce que dans les hautes sphères des montagnes. La brise caressait leur visage tels de doux baisers. Eragon détacha le sac de provision de la selle de Saphira, et distribua quelques vivres à ses camarades, de la viande séchée pour Ordarik, un assortiment d’herbes, de fruits et de légumes pour Arya et lui. Malgré l’ambiance plus chaleureuse du pied de la montagne, l’amertume semblait prendre possession du nain. Eragon décida alors d’intervenir :

- Ordarik, je sais que la situation est difficile, et si vous vous en sentez le besoin, je peux, comme Saphira ou Arya je présume, vous écouter et vous répondre aux questions que vous vous posez.

Laissant son orgueil de côté, le nain s’exprima avec toute sincérité, le cœur meurtri par ces noires pensées :

- Très bien mais commençons pas nous tutoyer.

Eragon hocha la tête en signe d’approbation.

- Comment cela s’est-il passé là-bas, à Farthen Dûr ? J’ai besoin de comprendre pourquoi vois-tu…

- Oui bien sûr. Après la mort de Hrothgar, l’entente entre les différents clans se situait en équilibre sur un mince fil, que le moindre souffle pouvait briser. L’annonce de l’attaque de ta ville a été ce petit souffle qui a déclenché l’un des moments de folie le plus intense de toute l’Histoire des nains.

- Et ensuite Torgrak et ses « amis », déglutit-il avec dégoût, se sont ligués contre vous, Saphira et toi, et tous ceux qui vous défendiez. Je comprends maintenant pourquoi mon père a dû expier son dernier râle. Cependant comment à vous trois avez-vous pu anéantir toute idée de vengeance de la part des autres nains ?

- Mais nous n’y sommes pas parvenus ! Comme la situation s’envenimait, Arya est intervenue, et a commencé à défendre Saphira du groupe de Torgrak qui s’attaquait à elle. Je m’occupais pour ma part de retenir les autres, en invoquant un mur d’air infranchissable entre eux et moi. Et à ce moment une chose que moi-même je ne m’explique pas s’est produite. J’y ai songé pendant de longs moments, mais je n’en tire aucune conclusion. Je ne voulais pas aborder cette épineuse question avec vous, mais comment se fait-il que… ?

« Oui nous aurions dû en discuter avant, et je te demande de m’en excuser, Eragon-Elda » Lui répondit par la pensée l’elfe, une petite pointe de honte dans la voix.

« Quand j’ai dû me résigner à attaquer les nains pour vous protéger, je savais que cette entreprise allait être délicate. Plus Saphira et moi tachions de repousser les assaillants, plus ils devenaient virulents, et, malgré ma maîtrise de l’art de la magie, mes pouvoirs ont des limites. De ton côté tu ne pouvais nous aider, il fallais que tu maintiennes les autres en place pour qu’ils évitent de s’entretuer ».

Saphira aurait voulu disparaître à cet instant, elle avait grandement peur de la réaction de son Dragonnier, ce qui tendit encore plus le jeune homme.

« C’est alors que, sentant la panique s’insinuer en moi à mesure que les autres gagnaient du terrain, j’ai ressenti une conscience toucher la mienne, et à travers ce lien un flot immense d’énergie s’est déversé en moi. Pendant quelques instants je pense que je me suis liée à Saphira comme tu peux l’être à chaque instant ».

L’elfe baissait la tête en répondant mentalement à Eragon, sa voix se confondant en un chuchotement au fur et à mesure de son récit.

Eragon était tout simplement stupéfait, mais il ajouta sans tarder :

« Je vois, et…je t’en suis reconnaissant ».

La réplique, calme, sereine du jeune homme, prit au dépourvu l’elfe, ainsi que la dragonne.

« Mais pourquoi cela ? Je me suis tout de même immiscée entre vous deux, et personne ne devrait…

Contre toute attente, Eragon posa son index sur ses minces lèvres, délivrant Arya de ses doutes, de sa culpabilité et de son désarroi en un seul geste.

« Ne t’inquiète pas, je suis heureux que tu aies ressenti ce lien très particulier qui m’unit avec Saphira. Et puis, si elle ne t’y avait pas poussée, on ne serait sûrement pas ici pour en discuter ! »

Un intense sentiment de gratitude, d’amour et de reconnaissance envahit le cœur du jeune homme, palpitant sous les regards étincelants, quasi larmoyants, d’Arya et de Saphira.

Cela fit bien rire Eragon, attitude accentuée par le regard ahuri du nain.

- Désolé de vous…euh de t’avoir laissé en plan Ordarik. Saphira et Arya ont par la suite uni leur force pour mettre à terre, en lançant un puissant sort, tous les nains belliqueux sans les blesser. Une partie du contingent elfe envoyé par Islanzadi aux Vardens est resté à Farthen Dûr pour maintenir la paix très précaire entre les différents clans.

- Ils ne vont sûrement pas apprécier leur intervention. Il va falloir trouver rapidement ce qu’on est venu chercher, et espérer que ça va nous permettre de calmer leurs ardeurs.

- Oui espérons-le, mais pour le moment, nous ne devons penser qu’à notre objectif, on avisera par la suite le moment venu.

C’est dans un calme serein que tous repartirent vers Galfni. Eragon venait de comprendre pourquoi sa dragonne était si réservée au sujet de son combat avec Arya : elle avait peur de sa réaction si elle lui avait avoué la vérité. Dans un murmure chatoyant, elle lui proclama :

« Je t’aime petit homme », qu’il lui renvoya aussitôt, le cœur léger.

La dragonne folle de joie effectuait quelques mouvements acrobatiques, au grand déplaisir du nain qui devenait blanc comme un linge, ce qui la fit stopper. L’elfe avait retrouvé sa joie de vie, certes réservée, mais elle conversait avec le Dragonnier, le nain ou Saphira avec spontanéité et fraîcheur. L’ambiance était assez bon enfant, se racontant les uns aux autres les péripéties respectives de leur vie. Le soir, tous se camouflèrent sous la fine membrane bleutée de l’aile droite de la dragonne, profitant ainsi du feu intérieur qui sommeillait en elle.

      Le jour suivant, Arya avait repris ses distances, attitude compensée par la grande jovialité du nain, qui s’habituait peu à peu à monter la dragonne, mais surtout qui savait qu’ils étaient bientôt arrivés. A la lueur du crépuscule, Galfni la Recluse montrait les traits de sa silhouette.

 

      Galfni était l’une de ces étranges choses de l’Alagaësia qui valaient la peine de se déplacer pour les admirer : la structure de la ville paraissait tout à fait singulière, à des milles de celles, somme toute assez classique mais néanmoins majestueuse, de Tronjheim ou de Tarnag. Depuis la voûte céleste, chaque maisonnée figurait comme un trait d’une immense figure : les remparts de la cité formaient les contours d’une sorte d’ours, debout, fier, se maintenant au pied de la montagne maudite. Des immenses places ovales assertissaient l’animal d’yeux verts bercés d’un blanc nacré. D’immenses obélisques luisant sous l’éclat de la lune, représentations des pointes vaillantes de ses crocs, faisaient office d’allée centrale menant au château intérieur, possédant de multiples ramures et ouvertures. Tout du long du corps de l’ours-tigre, les habitations et les ruelles s’entrecroisaient, s’épousaient pour mieux se rejeter. Toutes ces fines rainures conféraient à l’ensemble une profondeur, voire une âme. Les lanternes rougeâtres naines se mirent alors à briller de leur éclat chatoyant, et le jeu d’ombres et de lumières donna vie à ce redoutable ennemi qui mettait en garde quiconque viendrait troubler le territoire qu’il gardait. Heureusement pour eux, Ordarik avait eu la clairvoyance de prévenir de leur imminente arrivée Ormar, le chef du Durgrimst Ormar – c’était la tradition de ce clan que le chef porte le nom du clan comme dénomination directe. Seul ce groupe nain dirigeait la ville, aucun autre n’ayant droit d’y résider. C’est pourquoi les autres l’appelaient Galfni la Recluse.

      Dans un vrombissement d’ailes, Saphira piqua du nez en direction du sol de cornaline, entouré par les obélisques qui reflétaient elles-mêmes la lumière que les lanternes délivraient, sans doute en ayant imprégné les glyphes inscrits sur la pierre du sort que les elfes leur avaient appris. La dragonne suivait la piste d’atterrissage avec dextérité et précision, s’engouffrant dans la gueule béante de l’Ormar. Elle gonfla ses ailes, manquant de faire tombe le nain si Eragon ne l’avait pas retenu, et fit crisser les griffes de ses puissantes pattes en touchant le sol.

      Ordarik descendit avec joie, heureux de pouvoir toucher à nouveau la terre ferme, tandis que le Dragonnier et Arya sautèrent félinement, gracieusement de la selle de Saphira. Pour seul comité d’accueil, Argân, le chef en second de la ville, les rejoignit et leur indiqua sèchement :

- Suivez-moi s’il vous plaît.

Eragon s’attendait à ce genre de courtoisie, Ordarik ayant eu l’intelligence de lui indiquer les rapports, quand il y en avait, quelque peu conflictuels avec ce clan, assurément le plus excentrique et le plus borné de tous. C’est ainsi que pendant ces longues discussions, le nain décrivait le caractère de chacun des chefs de clan, leur susceptibilité, leurs fiertés, et il ne fut pas étonné de constater que, d’après ces peintures fort détaillées, Ormar fit parti du groupe de Torgrak lors de la révolte de Tronjheim. Il fallait dont converser avec Argân avec la plus extrême prudence, au risque de s’attirer les foudres de la population d’une ville entière. Ils s’engouffrèrent dans le hall principal du château, constitué de pierre sombre, froide, à l’allure dépouillée. Seules quelques armures et boucliers brisaient la solitude de ce lieu. Le chef les conduisit jusqu’à une salle somme toute assez modeste, assertie d’une table ronde, de la taille des nains cela va de soi. Il leur indiqua de s’asseoir et il commença à parler :

- Bien, comme vous me l’annonciez Ordarik, fils d’Ûndin, et dès à présent chef de votre clan, vos compagnons et vous êtes arrivés à bon port à la date prévue. J’aimerais connaître la raison de votre soudaine visite dans ma cité en ces temps si troubles, surtout en une si étrange compagnie.

Argân regardait alors mauvaisement la tête de la dragonne qui dépassait de la lourde porte d’entrée, dont les gonds semblaient atrocement souffrir.

- Je pense que vous le savez parfaitement Argân.

Les yeux du nain pétillaient tellement il savourait sa supériorité sur ses « invités ».

- Oui j’ai eu vent du tohu-bohu à Tronjheim à l’enterrement de Hrothgar, paix à son âme…*petit rictus*. J’imagine que vous venez pour le Puits de Korgan. Sachez que vous ne trouverez que mort sur ce chemin. Nul n’a pu en ressortir vivant.

- Et pourtant nous n’avons pas le choix. Dans sa grande sagesse, Korgan a confié à deux clans adverses la garde de son secret : le Durgrimst Ormar pour assurer la sérénité de ce lieu sacré, et ma Maison pour protéger les indices pour y accéder. Aujourd’hui la pérennité de notre peuple est en danger, et c’est en tant que nain que je vous demande de nous accorder le droit de passage vers la montagne maudite, ainsi que votre hospitalité pour cette nuit.

- Et vous les aurez tous les deux. Bien que je n’apprécie guère vos manières, force est de constater que vos propos sont emplis de bon sens. Les nains ne peuvent se permettre une guerre intestine après la destruction de Tarnag.

La remarque valut à Ordarik une grimace de dégoût et à Argân un faible sourire mesquin.

- Nous vous avons fait préparer un toit pour vous héberger, à l’orée de la ville, près de la queue de la cité. Suivez dès l’aube le chemin qui s’ouvrira à vous, et il vous mènera dans l’antre de la montagne.

Il se tourna alors vers la dragonne.

- Dragon, veillez à contourner la ville pour atteindre votre camp. Votre race n’est pas très populaire au sein de cette cité, il en va donc de votre sécurité, ainsi que de celle de vos amis.

Malgré la rage qui s’immisçait en elle au son de l’irrespect que lui témoignait le nain, elle se retira avec un quasi inaudible grondement jusqu’à se retrouver sur le terrasse qu’elle avait quelque peu écorchée il y avait quelques instants, en attendant qu’Eragon ne lui envoie les images de sa position future. Le nain, l’elfe et l’humain traversèrent les méandres de la cité, la contournant au maximum en empruntant sa colonne dorsale, voyage orchestré par un guide très peu communicatif. Il avait dû recevoir ses consignes directement auprès d’Argân, qui s’était retiré de ses invités avec nonchalance, à la limite de l’outrage. Le petit groupe, que la population aurait tôt fait de confondre pour des vagabonds encapuchonnés des pieds à la tête dans la nuit noire, parvint jusqu’à deux imposantes portes, noires, de plus de dix mètres de haut, épousant parfaitement les côtes de la montagne. L’une d’entre elles était légèrement ouverte, très certainement pour leur permettre de passer au travers, eux et le matériel dont ils avaient besoin, requête exprimée très courtoisement cela va sans dire, à Argân. En frôlant l’épaisse muraille, dont la largeur devait être d’au moins un mètre, Eragon sentit un frisson hérisser les poils à la base de sa nuque. Cet endroit n’était pas accueillant du tout, voire même malfaisant. Derrière se trouvait plantée une grande tente où ils pourraient sommeiller la nuit et se restaurer avant de marcher sur la montagne. Après avoir communiqué quelques informations au groupe, comme de ne pas s’introduire dans la ville en plein jour ou le conseil de partir aux aurores le lendemain, et bien d’autres réjouissances encore, le nain rebroussa chemin aussi brusquement qu’il avait considéré les voyageurs. Son allure pataude se mariait très bien avec sa personnalité d’ailleurs. Les lourdes portes d’onyx se refermèrent peu de temps après son passage, rendant à la cité son calme apparent, car Galfni était toujours vigilante, montant la garde. Trois couches distinctes avaient été installées en hâte dans leur habitat de fortune, séparées par des voiles opaques.

      Dans un grondement sourd, faisant vibrer le sol, Saphira atterrit près de ses compagnons de route, ses sens mis en alerte. Même si l’entrée du passage souterrain n’était qu’à une demi lieue d’ici, elle se méfiait d’une attaque sournoise d’Ormars. Tout en ce lieu suintait la félonie. Très rapidement, chacun des trois s’engagea dans ses « appartements » et commença à déposer les fourrures et autres armures qui certes les protégeaient du froid et des assauts ennemis, mais surtout les étreignaient douloureusement en cette fin de journée. Après un signe amical bref, le nain se coucha aussitôt. Apparemment l’escapade sur le dos de Saphira avait dû être très éprouvante pour qu’il s’endorme comme une souche. Eragon et Arya, chacun de leur côté, se rafraîchirent avec de l’eau cristalline puisée dans la petite rivière à proximité avant de grignoter un repas assez frugal, puis ils se couchèrent, sans un mot. Ils semblaient tous deux immergés dans leurs pensées. La dragonne quant à elle avait arraché un arbre entier d’un flanc de l’étroite ouverture de la montagne que composait ce passage moribond. Elle l’avait coupé en petits morceaux à l’aide de ses griffes acérées et les avait enflammés de son souffle de braise, apportant la douce chaleur à l’ensemble de l’équipée. Elle se roula en boule à l’entrée de la tente, la tête pointée vers le sillon écorchant le mont, à l’affût du moindre danger.

      Eragon ne pouvait s’endormir : les péripéties récentes l’avaient trop émoustillé pour cela. L’attitude d’Arya pendant le trajet était passée d’une froideur palpable à une inquiétude sourde, en s’arrêtant sur un état de gaieté amicale. Même s’il n’avait pas une grande expérience des femmes, ou des elfes, il se doutait que quelque chose d’assez grave perturbait l’élue de son cœur. Ses révélations sur l’épisode de Tronjheim, où elle s’était unie avec Saphira, l’avaient bousculé émotionnellement. D’un côté il était un peu offensé de cette intrusion entre sa dragonne et lui, mais de l’autre cela la rapprochait encore un peu plus de lui, elle pouvait le comprendre avec un peu plus d’acuité. Alors pourquoi ce revirement ? Pourquoi était-elle redevenue si distante aujourd’hui ? Il repensa alors aux bribes de pensées qu’il avait malencontreusement arrachées à l’esprit de son aimée. Il connaissait le caractère prophétique des vers de ce corbeau blanc, lui-même ayant subi cette épreuve lors de son séjour à Ellesméra. Et comme avant, il n’en comprenait absolument pas la signification. Arya, elle, semblait l’avoir assimilée, vu la peur panique qui la dominait à son réveil. Cet épisode devait la torturer à longueur de temps, il se devait de l’aider à panser cette plaie. Alors, déterminé, il se leva avec ses mouvements de chat, souleva le voile pourpre de ses doigts délicats et pénétra dans l’espace réservé à l’elfe. Il lui murmura alors, pour ne réveiller ni Ordarik et surtout ni Saphira, connaissant son caractère prompt à réprimander :

- Dors-tu Arya ? 

- Comment le pourrais-je ?  Lui répondit l’elfe. N’entends-tu pas les ronflements de notre ami ? 

Eragon était tellement obnubilé par les réponses qu’il attendait qu’il en avait oublié son environnement. Pourtant le bruit qu’émettait le nain était tout sauf discret !

- Dis-moi, ce n’est pas pour cela que ton esprit ne se laisse pas bercer par le doux flot des songes, n’est-ce pas ? 

La réplique, emplie d’une pure vérité, frappa de plein fouet le cœur de l’elfe. Elle aurait juré qu’il lisait dans ses pensées sans les effleurer, ce qui la troublait d’autant plus. Elle baissa légèrement la tête, et fit un signe affirmatif, tout en joignant ses mains pour dégager un temps soit peu le stress qui l’envahissait.

- Je sais que je n’ai pas le droit de te le demander, mais je m’inquiète pour toi. Hier tu riais volontiers, et aujourd’hui tu t’emmures dans un silence de plomb. D’ailleurs le fait que tu te sois énervée contre nous pour l’attaque hypothétique des Fanghurs le prouve et… 

- Mais non je n’étais pas énervée c’est seulement… 

- Laisse-moi finir s’il te plait, coupa le Dragonnier, d’une voix forte mais calme, imposant le silence. Arya en fut décontenancée, ce qui lui permit de continuer.

- Je sais fort bien que tu comprends notre point de vue à ce sujet. Je pense donc que quelque chose d’autre se cache derrière ce pseudo problème. Au début j’ai pensé que c’était à cause de votre union avec Saphira. Mais encore une fois, je te répète  que je n’en ai éprouvé qu’une profonde gratitude à ton égard.

Il avait aussitôt répliqué, voyant l’expression alarmée du visage d’Arya en évoquant ce point.

Il continua alors :

- J’y ai longuement réfléchi, et une autre chose me perturbe : il s’agit des morceaux de vers que Blagden t’a récités quand tu étais plus jeune et que j’ai par hasard entendus. Je…

- Oui en effet, Eragon, il s’agit de cela.

Elle releva la tête, les yeux vert émeraude brillant de milles reflets, une intense émotion dans la voix. D’un ton solennel, son regard planté dans celui du jeune homme, elle lui dit :

- Je suis désolée que tu en aies pris connaissance. Cette…prophétie, comme tu l’appelles, est le plus lourd fardeau que je dois porter, et en même ma plus grande fierté, car en moi repose le devoir de tout mon peuple. Chaque âme elfe a connaissance de ces vers, et personne ne peut le dévoiler à autrui sinon moi.

Après une pause, pendant laquelle on sentait le lourd poids qu’elle devait supporter en voyant se contracter un à un ses muscles, elle reprit :

- Vingt printemps s’étaient écoulés depuis ma naissance lorsque je reçus cette prédiction. A ce moment précis, je ne comprenais pas sa signification. Ce n’est qu’une soixantaine d’années plus tard que j’ai su, et par la même mon peuple aussi. Rappelle-toi que Blagden m’avait précisé que j’hériterai de mon devoir quand je saurai qui je suis. J’ai donc appris mon véritable nom, celui en ancien langage, que nul, à part ma mère, ne connaît, excepté une autre personne, même si elle n’en a sûrement pas conscience…

Eragon buvait la moindre parole de l’elfe, totalement subjugué par ces révélations.

- Pardonne-moi pour m’être comportée ainsi, je te promets de te soutenir comme tu le mérites. Je ne peux cependant pas pour le moment te révéler l’essence même de cette prédiction, car cela nous mettrait tous en danger. Peut-être un jour, quand tout aura changé…

- Mais pourquoi les autres elfes ont le droit de savoir et moi pas ? Ne suis-je pas digne de ta confiance ?

Eragon était excédé, et ne contrôlait désormais plus l’intensité de sa voix, sa colère balayant tout sur son passage. Ses pupilles se dilataient et ses mains vibraient sous la tension qui le dominait.

- Ce n’est pas cela Eragon…

Elle posa alors délicatement sa main sur sa joue droite, comme on peut appliquer un baume sur une plaie cicatrisante. A ce contact, aussi doux que la soie, ses préoccupations s’envolèrent comme un doux parfum peut enivrer les sens sous la brise d’un matin d’été. Elle le regarda quelques secondes, puis elle lui indiqua :

- Je ne peux te le dire car elle te concerne en partie, et que cela influencerait très probablement les choix que tu seras amené à faire. Cependant pour te prouver toute l’estime que je te porte, je puis te dire quelle est cette autre personne qui devrait connaître mon nom.

Elle eut une petite hésitation, mais devant le regard interrogateur du jeune homme, elle reprit, sa voix tremblotante, chuchotant à son oreille. Pour l’une des rares fois dans sa vie, elle était sur le point de révéler quelque chose de sa vie que tout autre ignorait. Cela la soulageait de savoir qu’elle pouvait le lui avouer, mais cela la rendait aussi terriblement vulnérable, peut-être trop…

- Je t’ai dit que j’ai appris quel était mon nom il y a à peu près vingt ans, la même année pendant laquelle j’ai décidé de porter fièrement mon yawë.

Eragon commençait à comprendre, complètement stupéfait, sinon horrifié.

- Il s’agissait de Saphira. J’ai su lorsque j’ai touché pour la première fois son œuf.

 

      Le jeune homme mit une bonne minute pour assimiler l’information. Comment sa meilleure amie, voire même sa conscience, avait-elle pu lui cacher un tel renseignement ? Cela dépassait son entendement, et il comptait bien interroger sa dragonne, même s’il fallait pour cela la réveiller.

- Attends Eragon ! Lui ordonna l’elfe en lui agrippant son bras droit. J’imagine que tu vas voir Saphira, mais comme je te l’ai dit, elle ne doit sûrement pas en avoir conscience. Je ne veux pas que cela t’embrume l’esprit, ou pire, que cela détériore notre ou votre relation. Je te l’ai révélé car j’ai tout simplement foi en toi et en ton pouvoir, et qu’en quelque sorte nos destins sont je pense quelque peu liés. Et de toute façon tu ne te débarrasseras pas de moi comme cela !

      C’était l’une des rares fois où elle parlait de façon si légère, à la limite surjouée, pour détendre un peu l’atmosphère. La surprise qui figurait sur le visage d’Eragon fit alors place à un calme apparent surplombé d’un sourire rassurant. Sur ce il prit congé de l’elfe, des idées plein la tête et décida de se coucher pour se remettre de ces fracassantes révélations. Que diable pouvait encore lui réserver Saphira comme surprise ? Il emporta ces dernières pensées jusque dans les limbes oniriques, laissant son imagination fleurir dans des rêves totalement farfelus.

      Des cliquetis de fer…Une agitation assez étrange…Des murmures dans le silence froid de la montagne…

Les paupières d’Eragon semblaient peser des tonnes, comme si son sommeil n’avait duré en tout et pour tout que quelques minutes. Il se redressa péniblement, se leva et croisa ses amis. Après ce qui ressemblait à un « bonjour », il prit quelques fruits en guise de petit déjeuner – le goût amer d’un pamplemousse le sortant d’ailleurs de sa torpeur matinale – il se lava, s’habilla, et évidemment vérifia que tout allait bien pour son cousin et sa fiancée. Après ce soulagement il étira tous ses muscles fatigués de la veille, et sortit en hâte, plus déterminé que jamais. D’ailleurs ses deux compagnons ne s’étaient quasiment pas adressés à lui, ils ne savaient que trop bien ce qu’il devrait accomplir aujourd’hui. C’est alors qu’il se décida enfin à répondre aux douces suppliques de sa dragonne :

«  Bonjour à toi aussi Saphira. Excuse-moi de ne pas t’avoir répondu plus tôt, mais mon esprit s’était égaré ailleurs. J’imagine que tu as parlé avec Arya de notre discussion d’hier soir ».

« Oui en effet. J’espère que tu ne m’en veux pas trop, mais je ne savais pas moi-même ce qui s’était passé lorsque j’étais dans mon œuf ». Sa voix s’amenuisait au fil de ses pensées.

« Non ne t’inquiète pas ma belle, tu n’y es pour rien et je l’ai compris. C’est juste que ça m’a un peu surpris voilà tout ».

« Un peu tu dis ? »

On sentait le courant entre les deux êtres reprendre de sa superbe d’avant. Saphira avait d’ailleurs donné un petit coup de langue affectueux sur la joie droite bien froide d’Eragon. Après un léger sourire, où leurs regards intenses ne faisaient plus qu’un, il lui souffla doucement :

 « Bon on a du travail aujourd’hui. Allons-y ! » 

 

      Eragon contempla le paysage, et observa un roc assez plat à environ dix mètres sur le flanc droit du passage assombri par l’ombre de la montagne, sous le soleil timide de l’aube. Il grimpa alors en un seul bond sur le col de Saphira, sans la selle d’Oromis qui lui apportait tant d’aisance et de confort lors de leurs escapades. Il s’agrippa fermement autour de son cou, celle-ci ayant pris son envol, dans un fracas de vent faisant souffler poussières et feuilles en un tourbillon éphémère, son long corps écailleux en position quasi verticale, la tête pointée vers le rocher surplombant la queue de Galfni. En deux temps et trois mouvements le Dragonnier était assis en tailleur, calme, serein, sur l’à-pic, et ouvrait son esprit sur son environnement proche comme il aimait tant le faire avec les fourmis près de la cabane de son ebrithil. Saphira quant à elle sillonnait le ciel à la recherche de surfaces irrégulières du mont Orgaramir, où une quelconque brèche pourrait être empruntée pour atteindre rapidement le Jardin des Géants. Car il fallait se hâter. Son esprit vagabondait au gré du vent, caressant les contours carnassiers de la forteresse de glace. A chaque imperfection, Eragon tentait d’appuyer sur les points faibles de la structure pour dégager le passage aérien qu’Ordarik lui avait communiqué. Il fallait le trouver, à tout prix ! La dragonne sentait l’exaspération qui s’insinuait dans son Dragonnier et donc diminuait ses chances de succès. Elle prit alors les devant, et une autre conscience galopa sur les alizés avec Eragon. Arya s’était concentrée, et elle inspectait avec une minutie et une vitesse hallucinantes les parois montagneuses, ce qui atteint quelque peu l’orgueil du jeune homme. S’en suivit alors une course poursuite psychique durant laquelle l’un et l’autre désiraient analyser de prime abord les moindres recoins de la montagne. Ce petit jeu les amusa grandement, laissant pleinement leur audace, leur ruse et leur imagination travailler pour dérober les prises de l’autre. Soudain, Arya canalisa ses pensées envers un point rugueux, assez poli, de la face du mont, à peine éclairée par le soleil levant. Elle tenta d’y faufiler un sursaut d’énergie pour faire vibrer le roc et ainsi révéler le passage si ardemment désiré, mais elle ne parvint, après maints efforts, qu’à faire vibrer la paroi en un résonnement sonore grave. Elle semblait tenir tête à l’elfe, l’observant avec hautain s’attaquer à elle. Eragon, lui, filait sur le flanc nord, et n’avait pas remarqué qu’Arya s’était arrêtée quelque part. Sans doute avait-elle dû abandonner devant son grand talent ! Après une longue minute durant laquelle sa remarque amusante se transformait en une inquiétude grandissante, il arrêta sa course folle et lutta contre sa force d’inertie pour faire machine arrière, et porta cette fois-ci Arya comme cible de recherche. Une autre minute plus tard, il la repéra, coincée dans un repli malin de la montagne, luttant pour sortir de son combat de titan avec la force de la nature.

« Un coup de main peut-être ? » lui lança-t-il d’un ton provoquant.

« Non…C’est bon…Je vais…Y…Arriver… ! »

Des perles de sueur suintaient sur le visage inerte de l’elfe, non loin de la position du corps du Dragonnier au pied d’Orgaramir, perchée sur un petit à-pic. Quelques légères brumes vert émeraude palpitaient de ci de là autour de la princesse, tandis que son esprit proférait à tour de bras des formules d’ancien langage toutes plus complexes les unes que les autres. Eragon l’observait, là, à un ou deux mètres d’elle, sa conscience dans les airs gelés de la cime noire, et s’amusait de la situation à laquelle il assistait, bien trop rare à son goût. Arya se retrouvait impuissante, et donc entêtée comme une mule contre un ennemi qui lui paraissait cependant assez faible.

« Allez, laisse-moi essayer au moins ! Ton charme naturel ne sied pas à la montagne, voilà tout ! Regarde, et apprends ! »

Il sentait la fureur environnant l’espace qu’occupait la conscience d’Arya, ce qui le rendit encore plus fier et arrogant de sa réplique.

« Et bien vas-y, ô puissant monsieur je-sais-tout, expert chasseur de Carvahall et fermier à ses temps perdu ! Tu dois être certainement plus qualifié à faire bouger ce maudit tas de pierre que moi ! »

Elle voulait lui rendre la monnaie de sa pièce en le blessant un peu, mais sa tentative échoua lamentablement au regard de l’air joyeux du jeune homme.

Il prit place au contact de l’irrégularité qui tenait tête à l’elfe, et en déversant légèrement l’énergie qu’il avait accumulée, il brisa les défenses du roc et dégagea un trou perçant les entrailles de la montage maudite, avec une facilité déconcertante. L’air hilare et triomphant du jeune homme faisait contraste avec celui, dépité, de l’elfe, qui unifia derechef son esprit à son enveloppe charnelle. Eragon, lui, cartographiait le passage dégagé par cette explosion, et demeurait bouche bée devant l’architecture qu’il avait devant ses « yeux ». Il rencontrait des niveaux peu hauts, de quoi faire passer deux fois Saphira tout au plus, avec des roches qui entraveraient leur avancée, à la manière d’une ruche et ses alvéoles. Une demie lieue plus loin, après de multiples virages, parfois en épingle, un gigantesque dôme s’ouvrirait à eux, avec de multiples niches cachées dans la paroi. Et enfin, là, à l’autre extrémité de ce gigantesque colisée, se cachait une petite ouverture, d’une texture assez étrange, mais qui ne retint pas l’attention du jeune homme. Il pénétrait dans un espace éclairé par un petit filin de lumière, provenant d’une faible ouverture au sommet du mont. Le pic s’était littéralement coupé en deux, laissant une fine dorsale d’un à deux mètres, comme si on l’avait forcé à ouvrir son cœur. En recevant quelques coups dans les côtes, le Dragonnier dut reprendre connaissance sur l’à-pic. Arya n’avait pas trop ménagé ses gestes pour sortir le jeune homme de son état de transe.

« Et mais ça fait mal ! Il ne fallait pas te sentir obligée de me frapper surtout, un petit geste amical aurait largement suffi ! »

Arya releva la tête gracieusement et tourna les talons en attendant l’arrivée de la dragonne. Eragon, qui savourait chaque seconde comme les délicieuses friandises qu’apportaient les marchands à Carvahall, se releva, et délicatement il murmura à l’oreille gauche de l’elfe, qui ne voulait lui prêter une quelconque attention :

« Je ne te savais pas si mauvaise joueuse… »

Alors elle explosa :

« QUOI !!! MOI, Mauvaise joueuse ! On aura tout entendu ! Tu as réussi à défaire la pierre parce que JE me suis démenée pour l’affaiblir ! Si j’avais continué un peu j’aurais réussi mon entreprise. »

« Peut-être que seul un Dragonnier pouvait y réussir, ou même seulement moi… »

« Pfff »

« J’ai détecté au fin fond du passage une paroi assez étrange, un peu comme celle que je…euh qu’on vient d’exploser, mais j’ai quand même pu la traverser mentalement. Donc peut-être que ça m’était destiné. »

Et Saphira arriva dans un grondement de la roche qui crissait sous ses puissants membres. Elle nota la tension entre les deux amis, et s’en moqua un peu, surtout quand Eragon accepta enfin, après cinq bonnes minutes de bras de fer, de tout lui raconter dans les moindres détails. Cependant elle adhérait aux idées de son compagnon, ce qui le conforta dans son attitude.

- Ah, enfin vous voilà, je croyais que vous vous étiez transformés en statues là-haut ! Bougonna le nain. Avez-vous trouvé le passage aérien ?

- Evidemment Ordarik ! Lui répondit un Eragon enjoué, tout fier de lui. Êtes-vous prêt pour partir ?

Le Dragonnier vit passer un petit voile blême sur le visage du nain à l’idée de remonter sur sa monture, mais ce dernier reprit son assurance, porta sa nouvelle hache – la sienne s’étant brisée sous l’assaut démentiel de Folkvnir, l’épée du roi – à son ceinturon et grimpa ( grâce aux courbettes de la dragonne et à l’aide des bras qui proposaient leur aide…) devant Arya , déjà essoufflé avant leur périlleuse mission. Saphira s’éleva avec puissance et élégance dans les airs vers le passage sinueux qu’avait ouvert Eragon il y avait peu de temps de cela. Tous restaient muets comme des carpes, trop concentrés sur ce qu’ils allaient devoir affronter une fois à l’intérieur de la montagne maudite. A quelques mètres de la bouche de la falaise, Saphira les prévint de bien s’accrocher et surtout d’être toujours aux aguets, car elle ne pourra pas assurer leur protection. Le Dragonnier avait procuré le plan plus ou moins précis des cavernes noires, elle devrait donc utiliser tous ses talents acrobatiques pour leur permettre d’arriver à bon port en un seul morceau. Petit à petit, dans un silence à faire pâlir la mort elle-même, ils s’engouffrèrent dans la brèche. Il y régnait un noir à couper au couteau. Seul le nain semblait aveugle dans cette obscurité, ce qui le rendit d’autant plus angoissé, même s’il ne voulait pas le montrer. Les autres, épaulés par leur sens visuel aiguisé, percevaient les contours sournois des roches avec exactitude, même s’ils auraient apprécié un peu plus qu’un petit filin de lumière comme fil directeur, mais ils devaient s’en contenter, car ils ne pouvaient se permettre de créer une lumière artificielle, à l’aide de magie, et attirer ainsi l’attention des êtres dormant dans les ténèbres d’Orgaramir. Arya avait jeté un sort pour étouffer le son des battements d’ailes de la dragonne pour ne prendre aucun risque. Saphira enchaînait les pirouettes avec souplesse et précision, veillant à ne pas érafler les multitudes  de lances qui s’évertuaient avec acharnement à dévier sa trajectoire, la forçant s’il y avait contact à s’écraser sur l’une des parois tellement sa marge de manœuvre était réduite. Eragon guidait sa partenaire en lui précisant quelle était la marche à suivre et les angles de virage ainsi que l’inclinaison de la voie choisie. Il savait très bien que sa dragonne connaissait tous ces détails, mais cela le rassurait autant qu’elle de le lui rappeler. En une fraction de seconde, Saphira s’engouffra dans le creux de la voie qui faisait un angle de quatre-vingt dix degrés vers le bas, puis un autre leur redonnant une position horizontale. Ce revirement fut si soudain qu’Ordarik, toujours aveugle, poussa un cri rauque lorsqu’il échappa aux prises de la selle d’Oromis, rattrapé heureusement par la vigilance d’Arya. Seulement tous furent surpris par cette vibrante déclaration, dont Saphira : elle s’était déconcentrée, et elle toucha de l’une de ses pattes le fond rugueux de la grotte aérienne. Les pics dentés, tranchants comme des rasoirs, rutilaient de joie au contact de la pluie de sang qui s’écoulait depuis le membre meurtri de la dragonne, qui, malgré la conscience de la haute importance de sa mission, ne put empêcher l’émission d’un grondement rauque résonnant entre ses dents fermées en rangs serrés. Tous retinrent leur souffle, à l’affût du moindre bruit suspect.

Dix secondes s’écoulèrent… Rien ne venait troubler le silence mortel de ces ténèbres.

Puis dix autres… Toujours rien, et chacun se voyait moins tendu, un peu rassuré que ce petit incident n’ait eu aucune répercussion.

Encore dix…Ils avaient repris leur chemin, et enfin l’entrée du dôme géant précédant la sortie vers le Jardin pointait le bout de son nez.

BZZZZ. Un bourdonnement commençait à vibrer de toute part dans la caverne.

BZZZZ. Cette fois-ci il semblait bien plus intense et plus continu. 

« Vole Saphira, vole, dépêche-toi ! » Lui crièrent ensemble Eragon et Arya.

Elle augmenta la cadence, filant à toute vitesse à travers les parois hostiles qui se dressaient devant elle. Plusieurs filins de sang s’échappaient à présent de ses deux pattes mais aussi à l’extrémité de ses ailes. La menace semblait se rapprocher de leur position, les inquiétant d’autant plus. Arya rompit le sort pour camoufler les déplacements de la dragonne, et emplit la place d’une lumière vert émeraude vive, intense, tandis qu’ils pénétraient enfin dans le gigantesque colisée. Un immense lac reposait à son socle, figé et calme, comme si le temps n’avait pas d’emprise sur lui. Et ils apparurent.

Des dizaines et des dizaines de Fanghurs sortirent  du trou qu’ils avaient franchi peu de temps avant, tous piaillant de fureur. Chacun voulait sa part du « gâteau » que constituaient la dragonne et ses passagers. Il n’était d’ailleurs pas étonnant d’en voir certain se battre en eux. Leur cri hypnotique tentait de paralyser leurs futures victimes, en vain : Eragon et Saphira s’en étaient immunisés, ainsi qu’Ordarik lors de ses multiples chasses. Arya en était évidemment insensible de part sa nature d’elfe.

Un gigantesque résonnement frappa alors le colisée dans son éternel silence.

L’arrivée incongrue des nouveaux venus avait réveillé les niches profondes de ces oiseaux de malheur, qui reposaient en masse dans les petits interstices qui parsemaient toute la surface du dôme.

- Comment se fait-il qu’il y en ait tant ?! Et d’ailleurs pourquoi n’avais-tu pas perçu toutes ces petites niches ? 

Arya lançait des boules de feu et tuait à tour de bras les Fanghurs émergeant derrière eux, tandis qu’elle accusait avec un affolement toujours croissant Eragon de son erreur.

- Si tu ne m’avais pas réveillé je l’aurais aperçu ! Lui répondit-il sèchement, lui aussi s’affairant à contrer l’offensive des oiseaux.

- Taisez-vous maintenant, on n’a pas le temps à ce genre de bavardage.

Le nain leur avait cloué le bec, leur ordonnant de se consacrer à leur tâche, et accessoirement de lui sauver la vie en même temps que la leur.

Des milliers de Fanghurs s’échappèrent des petits orifices de la sphère naturelle, pressant l’allure de la dragonne. Celle-ci brûlait quiconque se mettait sur sa trajectoire, tandis que le Dragonnier et l’elfe envoyaient des flammes bleues et vertes dans tous les sens. Eragon puisait sans vergogne dans les réserves de la ceinture de Beloth le Sage, tuant parfois une bonne centaine de leurs congénères en un seul coup. Alors Saphira l’alerta, comme soumise à une soudaine panique :

« Il n’y a pas de sortie Eragon ! Nulle part ! »

« Mais pourtant que je ne l’ai pas inventée ! »

« Ouvre ton esprit Eragon, et cherche, c’est notre seul espoir de survie ».

« QUOI !!! Mais si je me concentre, Arya sera seule à pouvoir nous défendre et… »

« Fais-le tout de suite, sinon nous ne pourrons plus tenir très longtemps »

Il se concentra alors en hâte malgré la tension qui sommeillait en lui, et aperçut, comme la dernière fois très clairement la sortie, droit devant eux. Il coupa nette sa vision pour aider ses amis.

Des dizaines de milliers de Fanghurs s’attaquaient maintenant tel un essaim aux profanateurs de leur lieu de repos séculaire, et aucune sortie visible n’apparaissait devant eux.

« Fonce sur la paroi Saphira, c’est notre unique chance ».

« Mais, on va s’écraser, tu es complètement fou ! »

« Fais-moi confiance ma belle, on va y arriver. Je t’avais signalé que cette issue était étrange : ce doit être une illusion pour repousser ceux qui ne doivent pas avoir accès au Jardin…Enfin, espérons-le ! »

Sur ce, malgré sa réticence, elle se lança à corps perdu vers la surface paraissant pourtant bel et bien dure du fond du dôme, tandis que les autres s’évertuaient à tenir à distance les ennemis. Ils demeuraient cependant trop nombreux pour les repousser tous, et certains goûtaient soit de la hache d’Ordarik quand ils étaient assez proches soit de la chair de Saphira, lui extirpant des cris de douleur sans nom.

Trois mètres… La tension était palpable entre la dragonne et son complice.

Deux… Le nain se demandait ce qu’il se passait en se rapprochant aussi dangereusement de la surface polie à l’extrémité du dôme.

Un… Arya s’ébranla, complètement exténuée par la quantité folle d’énergie qu’elle avait consumée pour tuer les assaillants.

Le nain ferma les yeux, mais rien ne se passa.

Ils avaient traversé, mais les Fanghurs le pouvaient aussi. Dans une rage folle, la dragonne se redressa en une pirouette fulgurante, fit alors face à la paroi illusoire et y déversa un flot de flammes digne de l’enfer lui-même. Les quelques oiseaux qui avaient réussi à passer avant le brasier furent instantanément exterminés par la magie destructrice du Dragonnier, fusionnant sa douleur et sa rage à celle de Saphira. Ils entendaient piailler les assaillants coincés de l’autre côté de la brèche. Après deux minutes où l’Etincelante crachait un flot continu de flammes, comme le lui avait appris Glaedr, on n’entendit quasiment plus aucun son provenant de l’autre côté. La dragonne s’assura que la pierre rougeoyait de milles feux de telle sorte que la chaleur qui s’en dégageait repousserait toute envie de leur part de venir les rejoindre, puis se posa à terre lourdement, fatiguée mais heureuse de s’en être sortie vivante. Ordarik sauta à terre et se dirigea vers l’entrée souterraine qui devait sûrement mener au repaire des Ormars pour vérifier qu’aucun danger ne se présenterait par cette voie. Arya, quant à elle, s’allongea, avec le soutien d’Eragon, sur le doux lit d’herbes gelées proches de Saphira. Elle était éreintée, mais heureuse d’être toujours de ce monde ! Elle voulut s’excuser de son comportement dans le dôme, mais il l’arrêta en lui posant la paume de sa main sur sa joue, lui disant que ce n’était que la peur et l’angoisse de l’échec qui parlaient pour elle. Il se dirigea alors vers les plaies qui recouvraient le corps meurtri de sa dragonne, qui ne pouvait laisser échapper quelques gémissements de douleur lorsqu’Eragon touchait ces zones. Après de multiples « Waíse Heil », et une myriade de remerciements de la part de la dragonne, Eragon se redressa, et contempla avec émerveillement l’étrange paysage qui miroitait devant ses yeux ébahis : d’immenses statues dominaient l’espace, représentant sûrement les dieux nains. Il reconnut parmi eux Helzvog, celui dont chaque frère nain se devait de vénérer pour les avoir créés à partir de la pierre. La tête du Dragonnier n’arrivait qu’au niveau de la cheville de ces statues, mais grâce à sa vue si fine, il pouvait distinguer le moindre détail de ces œuvres d’art. Des plantes, notamment des edelweiss, poussaient ça et là entre et sur les statues, conférant, s’il en fallait encore, de la superbe à ce lieu. Eragon était tout simplement stupéfait et très humble devant cette maîtrise de la nature. Comment les fondateurs de ce lieu avaient-ils pu modeler la montagne à leur guise ? Cela le dépassait.

Bientôt derrière lui ses trois compagnons observaient ce même spectacle, montrant un respect profond et un émerveillement immense à ce chef d’œuvre. Une autre statue, de taille humaine cette fois-ci, se tenait face au Dragonnier. Elle semblait tenir un parchemin. Eragon s’empressa alors d’aller y lire les inscriptions qu’elle devait sûrement contenir.

Toi Elu qui est parvenu jusqu’à notre Jardin

Qui a fait preuve de force courage et d’un esprit malin

L’heure est venue d’affronter ton destin.

Les autres le rejoignirent et lurent attentivement le message adressé de toute évidence à Eragon. Ordarik s’émerveillait devant le visage quasi réel de la statue : c’était celui de Korgan, le fondateur de leur capitale, Tronjheim.

- En effet tu avais raison, tu devais sûrement être le seul à pouvoir ouvrir le passage aérien, glissa subrepticement Arya à l’oreille du Dragonnier pour que lui seul ne l’entende.

Il lui répondit en un simple sourire, mais cela suffisait pour exprimer tout ce qu’il ressentait à cet instant précis.

Il contourna alors légèrement la statue, et un bruit fracassant se fit entendre. Les Géants postés de part et d’autre de l’image de Korgan firent tomber leur hache jusqu’à environ un mètre du sol, leurs bras épousant parfaitement leur nouvelle position. Un léger voile translucide fit alors son apparition, délimité par les deux haches fraîchement ébranlées. Arya tenta de toucher ce fin film, mais, à son contact, elle fut projetée en arrière.

- ARYAAAAA ! S’époumona le jeune homme, qui s’arrêta net devant l’écran qui le séparait de ses compagnons.

La dragonne, telle une furie, crachait son souffle de braise, mais il semblait que l’écran n’en paraissait que plus fort, aspirant l’énergie thermique qu’il recevait abondamment. Voyant que cela n’avait aucun effet elle s’arrêta, mais son angoisse grandissait à mesure que son Dragonnier ne répondait pas à ses multiples suppliques.

- Ecoutez-moi, tout va bien. Je crois que je dois affronter seul cette épreuve. Ne tentez rien mes amis, cela ne servirait à rien.

Il communiqua alors à sa dragonne de vive voix, désirant se donner du courage :

- Ne t’inquiète pas ma belle, je serai de retour en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Une légère angoisse dans la voix, il tenta de leur dire avec une note de fausse assurance :

- Souhaitez-moi bonne chance !

Puis il se retourna, prit son courage à deux mains et marcha alors sur les dalles de pierre qui avaient remplacé l’herbe blanche d’avant la figure de Korgan. Loin, à au moins trois cent mètres, deux Géants se tenaient assez proches, tenant, chacun le bras droit tendu, un manche de hache, elle-même pointée vers le bas. En bougeant légèrement sa vue Eragon apercevait le même type d’écran qui protégeait l’accès aux zones plus avancées derrière cette hache.

C’est alors que les deux Géants se mirent à bouger, et lentement, la hache gigantesque se mit à pivoter autour d’un axe invisible. Et de la brèche créée au sol en sortit ce qui semblait un homme, en armure, muni d’un fourreau étincelant à sa hanche. Il avait un casque doré, avec un étrange emblème qu’Eragon ne put reconnaître. A environ cinquante mètres l’un de l’autre, il stoppa sa marche, et tous deux se concentraient sur son adversaire. Eragon porta sa main au fourreau qu’il ceignait, et en sortit la petite flamberge qu’il avait choisie à l’armurerie de Tronjheim. L’inconnu fit de même, et une longue épée miroitant d’un bleu profond étincelait dans ce lieu devenu soudain assez sinistre. Son pommeau était tout argenté, supportant en son centre ce qui ressemblait à un saphir aussi pur que l’air glacial qu’il inspirait. En inclinant légèrement l’épée, Eragon aperçut soudain les glyphes qui couraient le long de la lame, mais à cette distance il ne pouvait en comprendre le sens. C’est alors qu’il comprit la nature de son adversaire. Il en était décontenancé…

Comment se pouvait-il ?...

      Devant lui se tenait un ennemi redoutable, portant fièrement une épée de Dragonnier.

 


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