Chapitres 10 à 12

X

 

            Ce fut environ une heure plus tard que Bill Ballantine aperçut un jeune homme d’environ vingt-cinq ans pénétrer dans la cours du garage. L’Ecossais, put, de sa position, deviner ce qui se passa. Le jeune discuta avec l’ouvrier, puis monta dans la Ferrari, la fit démarrer. Peu de temps après, Bill démarra la Jaguar et tenta de suivre l’Italienne.  Il ne l’avait pas dans son champs de vision, mais pouvait déterminer sa position grâce au mouchard qu’il avait posé avant.

            Ce fut une dizaine de minutes plus tard que Bill parvint à la rejoindre, alors que la voiture sportive roulait à une allure plus lente. Mais ce fut un spectacle étrange qui s’offrit à Bill. Le jeune conducteur semblait paniqué et excité à son volant, alors que la Ferrari était dirigée correctement. L’Ecossais comprit qu’il ne maîtrisait plus son véhicule et que l’appareillage sophistiqué devait avoir pris le relais. Il suivit encore l’automobile durant un quart d’heure, puis elle s’arrêta à une place de parking. Il l’imita alors à une ruelle plus loin, puis accourut vers la Ferrari, où il vit le jeune se débattre de toutes ses force pour sortir, mais n’y parvenait pas.

- Ma voiture ne m’obéit plus ! hurla le jeune en voyant Bill arriver.

- Je sais, fit Bill. Je vais te sortir de là.

            Toutes les portes étaient verrouillées, tant bien de l’intérieur que de l’extérieur. La Ferrari avait un toit ouvrant en plastique. Bill sortit un couteau de sa poche et se mit à lacérer le toit. A peine eut-il fait une ouverture assez grande que le jeune s’y précipita pour s’y hisser.

- Mais qu’est-ce qu’il se passe ?

- Ta belle mécanique est pilotée à distance par des salauds, répondit-il.

- Hein ! fit le jeune une fois dehors.

- Le garagiste a visiblement ajouté tout un dispositif diabolique pour la rendre dirigeable à distance.

- Comment vous savez tout ça ? Vous délirez ?

            Bill lui expliqua brièvement le fait sans entrer dans les détails.

- Je savais bien que cette histoire d’essieux défectueux était louche ! répondit le jeune homme. Et quand il m’a dit que la réparation n’était toujours pas terminée, hier, juste à la dernière minute, j’ai clairement su qu’il se foutait de moi. Il aurait transformé ma Ferrari comme dans James Bond ?

-  Oui, et il nous faut saboter cet engin de malheur avant qu’il ne soit trop tard, si ce capot veut bien s’ouvrir !

            Il ouvrit le capot et l’Ecossais lui montra l’appareillage bizarre qu’il avait remarqué auparavant, avec les fils électriques dirigés de part et d’autre.

- L’enfoiré, il s’est permis de la défigurer ! Dire que j’ai mis de côté plus de six mois de salaire pour m’offrir la voiture de mes rêves !

- Je te comprends, mais si nous agissons vite, nous pourrons peut-être limiter les dégâts. Voyons quel fil nous pouvons couper…

            Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase que le moteur de l‘Italienne se mit à nouveau à rugir. Bill et le jeune homme durent  fermer le capot et s’écarter car elle effectuait une manœuvre pour quitter la place de parc, puis disparut à l’angle de la rue.

- Dans ce cas… fit Bill.

 

                                                                       ***

 

            Morane et Reagan s’étaient engagés sur l’autoroute en direction du sud, suivant toujours le camion à une centaine de mètres. L’aire de Pratteln n’était plus qu‘à une dizaine de kilomètres ; il fallait donc agir au plus vite.

- Approchons-nous en lui faisait des appels de phares pour l’inciter à s’arrêter sur la bande d’arrêt d’urgence ! suggéra Morane.

            Ils dépassèrent alors le poids lourd et se rabattirent juste devant lui. Reagan actionna la commande des phares arrières à la manière d’un télégraphe en morse. Apparemment, il fallut plus de cinq minutes pour que le chauffeur saisît le message. Ce fut alors qu’il obliqua enfin sur la bande d’arrêt d’urgence. Le Français l’imita alors, puis descendit de la voiture.

            Le chauffeur était lui aussi descendu, et quand Morane s’en approcha, il lui demanda :

- Que se passe-t-il ?

- Il y a un problème avec votre chargement, vous devriez le vérifier.

- On m’a déjà fait une mauvaise farce en Allemagne ! Mais là, ça ne prend pas.

- Vérifiez-le, je vous dis !

Le routier obtempéra en marmonnant et ouvrit la porte arrière de la remorque. Mais à peine en avait-il vu le contenu qu’il demeura pantois.

- Non ! ce n’est pas possible. Ca ne ressemble pas à ce que j’ai chargé à Mannheim ! Mais comment ? Et ça n’a pas changé au poste de police, à la douane… Maintenant, je transporte réellement des bombes !

- Mais c’est après qu’on vous a modifié le chargement dans votre dos !

- Alors, appelons la police !

- Evidemment, nous allons le faire, mais nous devons mettre votre poids-lourd en lieu sûr, à la prochaine aire de repos.

- La prochaine, c’est celle de Pratteln, souligna Reagan. Ce sera là que la voiture folle foncera dessus…

- Alors, il est temps d’utiliser nos bonbonnes d’azote liquide ! Je m’occuperai de la neutralisation des cocktails Molotov, pendant que le chauffeur reprendra le volant et emmènera le chargement à Pratteln. Et vous, Reagan, prendrez le volant de la voiture.

            Et il en fut ainsi. Tous redémarrèrent en direction de l’aire d’autoroute et Bob se mit au travail. Il lui fallut cinq minutes pour refroidir tous les pains de C4 à bord. Il savait que les explosifs n’étaient pas définitivement neutralisés mais ils ne seraient pas opérationnel avant quelques heures, et ils n’exploseraient pas à l’impact de la Ferrari. Ce fut juste au moment où il eut terminé qu’il sentit que le poids-lourd s’était arrêté. La porte s’ouvrit alors et il descendit.

            Le camion était parqué sur une place réservée aux longs véhicules et la voiture de Reagan non loin. Reagan vint à la rencontre du Français.

- Pff, nous avons réussi… Plus de danger que tout cela explose sous l’arche !

            Il avait à peine achevé sa phrase qu’ils entendirent le vrombissement d’une voiture à pleine puissance. Tous eurent juste le temps de s’écarter pour ne pas être renversés par une voiture de sport débouchant à toute allure, qui heurta de plein fouet la remorque.

 

XI

 

            Fort heureusement, il n’y eut aucune explosion. Les pains de C4 refroidis ne pouvaient détonner. La remorque était couchée sur le côté et le bolide sérieusement comprimé. Morane s’assura ensuite que la Ferrari n’était pas en feu et qu’il n’y avait personne à l’intérieur, comme le lui avait annoncé Ballantine.

- C’était bien la voiture folle qui était sensé déclencher le cataclysme, fit Reagan. Dans ce cas, c’est fini.

- Pas tout à fait. Nous devons encore faire la déposition à la police, et nous expliquer… objecta Morane. Ils ne devraient pas tarder.

            Effectivement, ils ne tardèrent pas, et arrivèrent une dizaine de minutes après l’impact. Entre temps, des badauds s’en étaient approchés. Ce fut Morane qui commença à raconter les évènements qui avaient précédé.

- C’est incroyable ! s’exclama l’un des agents. Mais comment avez-vous su que le camion était rempli d’explosifs ? Et cette voiture de sport ? Nous avions aussi été informés par un usager de l’autoroute qu’une voiture sans conducteur roulait à plus de deux fois la vitesse autorisée en slalomant entre les autres voitures.

            Reagan raconta comment lui et ses amis avaient pris connaissance de ce qui se préparait.

- Pouvez-vous donner un nom à ceux qui ont organisé cet attentat ?

- Bien sûr. Mais il vaudrait mieux que vous voyiez par vous-même, sur mon PC portable. Beaucoup de documents compromettants s’y trouvent.

            Une grande partie des policiers s’étaient occupés de la remorque et de la Ferrari, extrayant tous les pains de C4, et le dispositif de pilotage automatique, tandis que ceux qui conversaient avec Morane et Reagan naviguaient dans le laptop. Au même moment, Bill Ballantine était arrivé sur les lieux avec la Jaguar de Bob, en compagne du propriétaire de la Ferrari.

- Ce serait le Bureau de Prévention des Accidents qui auraient manigancé tout ceci ? J’ai du mal à le croire ! Reagan, je sais que vous êtes le directeur de cette association de motards et également connu pour contester beaucoup des lois de la circulation routière. Etes-vous sûr de ne pas avoir modifié ces documents ?

- Pas du tout ! Mais nous avons tenu à ne pas laisser cet attentat réussir.

- Bien sûr. Mais sachez que vous avez réalisé un travail qui appartient normalement à la police, ce qui est illégal. Mais en même temps, vous avez sans doute sauvé de nombreuses vies. En effet, nous n’avons rien vu venir… Et vous, Morane, êtes reconnu pour avoir aidé la justice dans de nombreux pays autour du monde et avez une excellente réputation. Il faut admettre que votre action était juste.

            Puis les policiers avaient recueilli les témoignages de Ballantine et du jeune homme qui l’accompagnait.

- Parfait, conclut l’agent. Nous allons maintenant interroger les membres du BPA. Sachez que vous allez être appelé prochainement à témoigner au tribunal de ce qui s’est passé.

- Je n’y manquerai pas, répondit simplement Morane.

- Il y a une chose que me turlupine, ajouta Bill. Comment se fait-il que la Ferrari pilotée à distance ait bien atteint son objectif, mais pas à l’endroit exact ? Celui qui la pilotait à distance ne l’aurait-il pas remarqué ?

- Très bonne question, répondit Reagan. En fait, il nous a semblé que ce n’était pas un homme qui pilotait la Ferrari, mais un ordinateur, se basant sur le GPS, la position du camion et celle des autres voitures par des capteurs avant et arrières pour les éviter. Il devait y avoir une certaine marge d’erreur du calcul de la position.

- Fort possible, répondit l’agent. Mais nous allons investiguer sur tout ceci…

 

XII

 

            Deux mois plus tard, l’implication du BPA avait été prouvée. Plus de la moitié des membres furent arrêtés et jugés et l’association perdit définitivement sa crédibilité. En effet, certaines des lois entrées en vigueur sous leur impulsion furent remises en débat.

- C’est une belle victoire ! s’exclama joyeusement Bill devant son verre de Zat 77.

- Je ne te le fais pas dire. Ce ménage était plus que nécessaire, lui répondit Morane.

            En ce moment, tout deux se trouvaient quelque part dans les calanques de Marseille, afin de se reposer un peu. Ils savouraient un plat typique de la région. Quand ils eurent fini, ils payèrent la note et décidèrent de se rendre chez un de leurs amis habitant dans  la région. Ils montèrent alors dans la Jaguar et Bob prit le volant.

            Tandis qu’ils sillonnaient les routes sinueuses de la région en roulant à une allure modérée, une voiture rouge décapotable les talonna.

- Hum, encore un enquiquineur du dimanche… fit simplement Morane.

            Il accéléra, et le cabriolet fit de même.

- Argh ! Commandant, ça recommence !

- Je n’ose pas l’espérer, mais si des organisations font de même en France !

- Mais cette fois, je ne veux pas y être mêlé !

- Hum… Moi non plus, figure-toi !

            Morane tenta ensuite de laisser le coupé le dépasser et vit qu’une femme était à son volant. Une femme qu’il reconnut. C’est Magali Dubuis, le porte parole du BPA ! Alors qu’ils se trouvaient à même hauteur, celle-ci s’écria à l’adresse des deux occupants de la Jaguar.

- Vous deux, vous m’avez brisé la vie ! Vous allez me le payer !

- Ah bon ? lui répondit Bill.

            Ce fut alors qu’un combat s’engagea entre les deux véhicules. Tout en se dépassant alternativement, ils s’étaient entrechoqués à plusieurs reprises. Ce fut à un virage serré que la propriétaire du cabriolet perdit le contrôle de son véhicule. Elle fut alors précipitée dans le ravin où le coupé effectua plusieurs roulés-boulés, avant de terminer sa course dans la mer. Morane arrêta alors la Jaguar et tout deux en descendirent. Il retournèrent à l’endroit de l’accident.

- Voilà ce qui arrive quand on joue au chauffard ! fit narquoisement Bill.

- Ne dit-on pas aussi que qui se bat à l’épée mourra par l’épée ? lui répondit son ami.

            Les rochers avaient été marqués par le coupé à différents endroits, et tachés de sang.

- On ne peut plus rien faire pour elle.

- En revanche, il va de nouveau falloir appeler la police et remplir une déposition. Argh, j’en ai marre, Commandant !

 


Ce chapitre provient de Les fanfictions (fanfic ou fanfiction) de Fanfic FR
http://www.fanfic-fr.net

L'URL de ce chapitre est:
http://www.fanfic-fr.net/fanfics/Livres-Romans/B/Bob-Morane/Les-faiseurs-d-émotions/5894/27914.html