Chapitres 29 à 32

XXIX


Cela faisait maintenant plusieurs heures que Justin et ses compagnons évoluaient à l’intérieur du cube flottant. Les pièces dans lesquelles ils passaient différaient les unes des autres, en passant par une fonderie, un manoir hanté et des décors de science fiction. Toutes les péripéties qu’ils y avaient vécu ressemblaient étrangement à des films que Justin et Quentin avaient vu, mais aucune n’avait su stopper leur progression.

A leur réveil, ils avaient profité d’un petit déjeuner apparu comme le repas précédent sur la table. Quand ils furent prêts à repartir, la double porte de chêne massif s’était ouverte, et chacun avait compris que leur route s’y trouvait.

Un détail avait frappé les enfants : le volume de l’ensemble des salles traversées semblait plus important que ce que le cube pouvait contenir, vu de l’extérieur.

- Evidemment, avait répliqué Justin, rien n’est réel, ici.

A présent, ils se trouvaient visiblement à bord d’un vaisseau interstellaire. Alors qu’ils avançaient le long d’un couloir, ils aperçurent des œufs de cinquante centimètres de hauteur.

- Eh ben, il ne manquait plus que ça ! fit Quentin.

- Quoiqu’il arrive, vous deux, n’approchez pas des œufs ! recommanda Justin.

- Mais pourquoi, ils vous font peur ? demanda Zach.

- Parce qu’ils vont s’ouvrir, si vous êtes trop près, et des araignées vont vous sauter à la figure.

- Mais nous pouvons tout à fait combattre des araignées, si je pense qu’elles ne peuvent pas être plus grandes que ces œufs ! répondit Huub.

- Oui, mais c’est trop long à vous expliquer, je pense qu’il vaut mieux lancer des sorts à distance, proposa le garçon blond. Par exemple, je peux lancer des boules de feu où des éclairs.

-Justin, nous pouvons lancer des sorts, mais souviens-toi que c’est à toi que Sheila à donné le plus de pouvoir ! Tu auras plus de chance de les détruire, fit Zach.

Justin fit alors une nouvelle démonstration de ses pouvoirs ; par le feu et les flammes, il détruisit la totalité des œufs. Cependant, trois de leur « poussins » avaient survécu et l’on dut les combattre à l’épée. Le sang verdâtre qui s’écoula de leurs dépouilles causa des trous béants au sol.

- Ouf, c’était moins une, s’exclama le blondinet. Mais si on rencontre des aliens, on est fichu !

Le sang corrosif avait sérieusement endommagé leurs épées.

- Il nous faudra absolument trouver de nouvelles armes, remarqua Huub.

Tous passèrent alors le couloir dégagé et poursuivirent l’exploration du vaisseau. Il visitèrent le poste de pilotage (constatant au passage qu’il se trouvait dans l’espace interplanétaire), différentes cabines et habitacles, tous déserts, sans y trouver quoi que ce soit d’intéressant. Mais ce fut à l’intérieur d’un vestiaire que Justin s’empara d’un objet métallique cylindrique de dix centimètres de long, posé sur un banc. Il l’examina avec curiosité.

- Justin, pourquoi t’intéresses-tu à cet objet ? demanda Zach. Tu ne crois tout de même pas qu’un simple morceau de métal pourra nous aider.

- Attends. C’est peut-être…

Lorsqu’il appuya sur un petit bouton poussoir situé sur le côté, un faisceau de lumière bleutée, d’un demi-mètre de long, jaillit du cylindre.

- Génial, c’est un sabre laser, c’est un sabre laser ! s’écria-t-il joyeusement.

- Ben ça alors ! fit Quentin. Je peux essayer ?

- Fouillez bien les casiers, les gars. Je suis sûr qu’il y en a d’autres.

- Mais ils sont tous cadenassés…

- Attendez !

Justin fit sauter tous les cadenas à l’aide du sabre lumineux, faisant partiellement fondre les métaux qui les constituaient. Il ne s’était pas trompé, car une dizaine de cylindres semblables s’y trouvaient.

- Maintenant, servez-vous ! Et prenons les tous. Comme ça, si on en perd un, la force sera toujours avec nous !

- Ça, tu l’as bien dit, lui répondit Quentin.

Puis ils continuèrent l’exploration de lieux. Ils purent tester leur acquisition sur des robots crabes qui s’étaient interposés. Après avoir passé une porte métallique, ils basculèrent dans un autre décor. Justin reconnut l’intérieur d’un temple hindou.

- J’ai l’impression que l’on va devoir maintenant jouer les Indiana Jones ! fit Quentin.

Le terme était bien exact, car le caveau était truffé de pièges, tels des piques d’acier, des grilles se refermant. Mais aucun ne pouvait arrêter la progression des Jedi ! Ils atteignirent finalement une antichambre aux parois décorées de fresques gravées. En son centre se trouvait un autel sur lequel trônait un objet ciselé. Derrière cet autel flottait un amas de vapeur. Cette salle n’avait aucune autre issue.

- Ainsi la visite du cube flottant avait pour but cet objet ! fit Zach.

- J’en ai bien l’impression, répondit Huub.

Ainsi tous s’approchèrent de l’autel, puis avec précaution, Huub s’empara de l’objet, qui était une clef.

- Mais cette clef ne serait pas… ? bredouilla-t-il.

- Mais bien sûr, c’est la clef du temple souterrain ! s’exclama Justin. Cette double porte scellés n’était pas là pour rien, j’en suis sûr !

- Non, mais attends, cela voudrait dire que nous allons devoir peut-être rebrousser chemin jusqu'aux mines de charbon, commenta Quentin. Encore faut-il pouvoir revenir en arrière, mais quand je pense aux portes qui se sont refermées derrière nous !

- Bah, il nous est toujours possible de les défoncer au sabre laser ! ajouta Zach. Mais quant à la barque qui est partie vers le…

- Dans ce cas, revenons en arrière, je suis sûr qu’on trouvera quelque chose, qui nous permettra de passer.

Tous se retournèrent vers l’entrée de la salle, mais une vois féminine retentit.

- Les enfants, il n’est pas du tout nécessaire de vous fatiguer pour cela !

- Sheila ?

Mais la voix ne répondit pas. Les jeunes elfes demeurèrent pensifs.

- Cela voudrait dire qu’il existe un autre chemin pour sortir ? se demanda Justin.

Tous examinèrent la salle à nouveau, puis s’approchèrent de la masse de vapeur qu’ils n’avaient oser toucher, avec curiosité.

- On dirait un nuage, fit Justin.

Le jeune garçon osa le tâter, et constata, outre le fait qu’il ne représentait aucun danger, qu’il était consistant. Il posa alors le pied dessus.

- Mais on peut grimper dessus ! J’ai compris, il faut qu’on grimpe tous dessus.

Au moment où les quatre elfes furent sur le nuage, celui-ci s’éleva en l’air, traversa le plafond avec ses passagers, puis sortit du cube rouillé. Il s’envola à haute altitude, d’où les enfants avaient une vue imprenable sur la vallée.

- Whaouh ! c’est magnifique ! s’exclama Quentin.


***


Bob Morane et ses amis ne pouvaient estimer le temps que dura le traquenard dans lequel ils étaient fourrés. La Jaguar estropiée avançait aussi vite qu’elle le put. Il fallut cinq minutes au tyrannosaure pour reprendre la poursuite infernale, et ils furent à nouveau rejoints en peu de temps. Bob tira quelques balles de son Luger, et parvint à fait hurler le montre mais sans pouvoir le mettre hors d’état de poursuite. Bill Ballantine avait marmonné : « pourvu que la baraka soit avec nous ! »

Cela dura encore jusqu’au moment où une foudre s’abattit sur le monstre, puis plusieurs autres. Morane jeta plusieurs regards en direction du ciel et vit un étrange rapace de taille gigantesque. C’était de lui que provenaient les éclairs. Quatre autres coups terrassèrent la créature du passé.

Soulagé, Bill arrêta la voiture, et tous en sortirent pour reprendre leur souffle.

- Eh bien, Commandant, on peut dire que la baraka est toujours avec nous !

- Je ne te le fais pas dire, Bill. Nous devons notre salut à ce gigantesque oiseau, répondit Morane en pointant son doigt vers le ciel, tandis que la créature s’éloignait à l’horizon, vers une montagne.

- Oh, Bob, geignit Sophia, ce cauchemar va-t-il durer encore une éternité ?

- Je l’ignore, mais j’ai l’impression que nous avons fini d’en découdre avec les dinos : je n’en vois aucun à l’horizon, à part cette carcasse fumante.

- Peut-être, mais je pense que nous ne devrions pas rester sur ses plaines, conclut-elle. Allons donc vers cette montagne d’où provient notre mystérieux sauveur.

- Bien sûr, fit Bob.

Tous montèrent à nouveau dans la Jaguar. Bob prit le volant à son tour et roula durant vingt nouvelles minutes à faible allure. Cette durée passée, l’avant de la voiture s’était enflammée et ils durent s’arrêter.

- J’aurais dû m’en douter, s’exclama Bob. Nous avons poussé ma Jaguar dans ses extrêmes limites, et voilà le résulta. Le moteur a surchauffé. Nous n’avons d’autre alternative que de l’abandonner, avant qu’elle ne risque d’exploser.

Ce fut ainsi que tous descendirent et prirent leurs affaires. Ils marchèrent durant une demi-heure avant d’atteindre la base de la montagne. Ce fut à cet endroit qu’ils rencontrèrent Hector et Maya. Tandis que Morane narrait son aventure et celle de ses compagnons, Maya expliqua c’était elle qui avait invoqué l’oiseau du tonnerre, Golgotha, qui les avaient sauvés lorsqu’ils se trouvaient à mi-hauteur de la montagne, d’où ils avaient pu apercevoir la scène.

- Mais qu’avez-vous vécu jusque là ? demanda Morane.

- Des souvenirs arrangés tout comme vous, c’est compliqué à expliquer. Mais sache que nous, les elfes, nous étions retrouvés assez rapidement les uns les autres et que nous nous sommes regroupés dans une sorte de village abandonné formé d’habitations à moitié détruites, qui suffisaient pour notre refuge. Mais nous n’étions pas au complet et attendions les autres, dont vous trois. Ne les voyant pas revenir, nous nous sommes désignés volontaires pour arpenter cet étrange monde à leur recherche, et nous voici. Nous sommes soulagés de vous avoir retrouvés, mais il nous reste encore quatre enfants manquants, Huub, Justin, Quentin et Zach. Bien que Sheila, qui nous est apparu, prétende que tout va bien pour eux, les savoir livrés à eux-mêmes dans ce cauchemar ne me rassure guère.

- Moi non plus, fit Bob. Même s’ils peuvent se débrouiller eux-mêmes, à l’heure qu’il est, il nous faut les retrouver. Hector, le village dont tu parles se trouve-t-il loin d’ici ?

- Bien que nous n’ayons pas effectué une très longue marche, il ne se situe pas du tout sur cette montagne. Mais lors de notre quête, nous avons traversé un court conduit souterrain naturel qui débouche à proximité du belvédère d’où nous vous avons aperçus. Mais lorsque nous nous sommes retournés, nous n’avons constaté aucune ouverture sur la paroi, mais un étrange symbole à sa place.

- Ne serait-ce pas une sorte de rosace aux formes géométrique ? demanda Bill.

- Cela ressemblait effectivement à une rosace, répondit Maya.

- J’aurais dû m’en douter, nous sommes dans ce monde pourri d’Ananké ! grogna l’Ecossais.

- Calme-toi, Bill. Mais si tel est le cas, cela signifie que nous ne pourrons pas retrouver ce village, car vous avez traversé un portail à sens unique. La seule issue possible est la poursuite de l’exploration de ce monde.


XXX


Les elfes gravissaient la montagne depuis maintenant deux heures. L’endroit qu’ils avaient atteint sembla familier à Bob et à Bill.

- Les Monts Nagas, s’écria le Français, qui reconnut la contrée de Birmanie qui avait abrité un repaire de l’Ombre Jaune.

- J’espère que vous les elfes, n’avez pas peur des serpents, cet endroit est truffé de cobras ! plaisanta Bill.

- Ce ne sont pas des serpents de Terra qui nous mettront en difficulté. Nous pouvons supporter leur venin en cas de problème. Mais sachez qu’Héra abrite des serpents encore plus redoutables, car ce sont des créatures magiques.

- Voilà qui est très encourageant pour vivre dans votre monde, fit Bob.

- Cependant notre contrée en est dépourvue, rassura Maya. Nos terres sont purifiées par nos soins.

- Dans ce cas, vous pourriez purifier les Monts Nagas, par la même occasion…

L’Ecossais fut interrompu par un cri strident : l’appel des Dacoïts.

- Et voilà, nous sommes passés de Jurassic Park à Dacoït Park ! s’exclama Bill.

Morane expliqua brièvement la situation :

- Nous sommes encerclés par des Dacoïts. Que chacun d’entre nous se tienne prêt à se défendre. Ces individus sont redoutables dans le maniement du poignard et très rapides dans leurs gestes. Evitez donc à tout prix un éventuel corps à corps.

- Vous les connaissez ?

- Oh oui, et trop bien.

- Pour une fois que ce n’est pas M. Ming qui en tire les ficelles, fit Sophia.

Les sectateurs ne tardèrent effectivement pas à se manifester et se trouvaient de toute part autour des aventuriers, tandis qu’ils avançaient. Les elfes comptaient n’attaquer qu’en cas de besoin.

Ce fut lorsqu’ils atteignirent la rive d’un marais que quatre Dacoïts se précipitèrent sur eux, brandissant leurs poignards. La réaction des compagnons fut immédiate. Deux balles de pistolet et deux éclairs suffirent. Ce geste défensif avait poussé les autres Dacoïts à venir à leur tour au front. Hector et Maya comprirent immédiatement qu’eux seuls pouvaient espérer contre-attaquer de leur pouvoir.

Ce fut à ce moment précis qu’une autre menace se montra. Des auréoles vertes étaient apparues dans le ciel assombri. A peine les deux eurent-ils achevé leur incantation, qui enflamma deux sectateurs, que Morane s’écria :

- Sautons à l’eau !

- Mais pourquoi ? demanda Hector.

Il eut immédiatement la réponse. Des auréoles avaient enserré deux Dacoïts qui tombèrent aussitôt. Puis une dizaine d’autres. Il comprit aussi qu’il ne s’agissait pas d’un sort lancé par un éventuel allié, puisque d’autres auréoles s’approchaient dangereusement des compagnons.

- Le seul moyen d’y échapper est de se maintenir sous l’eau ! cria Morane.

Hector et Maya obéirent aussitôt et plongèrent. Ils purent observer les cercles s’éteindre dés qu’ils touchaient la surface de l’eau. Tous attendirent la disparition des auréoles avant de reparaître à la surface.

Ils constatèrent alors le carnage ; à peine cinq Dacoïts avaient survécu aux auréoles, mais ne semblaient pas vouloir poursuivre les aventuriers. Le Français suggéra de poursuivre en restant dans le marais afin de pouvoir se protéger plus aisément en cas d’une nouvelle attaque « xhatanique ».

- Mais quelfrr était cet horrible sortilège ? demanda Maya. Vous deux semblez si bien le connaître, bien que vous m’affirmiez n’avoir jamais vu de magie de votre vie !

- Ce n’était pas de la magie. Ces auréoles étaient bel et bien issues d’une science mise au point par un autre vieil ennemi à nous.

- Votre vécu est tout simplement incroyable, pour des gens venant de Terra.

- Je ne te le fais pas dire, répondit Bill.

Tandis qu’ils traversèrent le marais, de l’eau à la taille, l’entrée d’une caverne leur apparut non loin de la berge opposée.

- Réfugions-nous dans cette grotte, proposa le Français, peut-être serions-nous à l’abri des auréoles et des Dacoïts.

- Mais en proie à de nouveaux dangers, ajouta Sophia.

Bob savait que son amie avait raison, mais ne tenait pas à reculer. D’autant plus qu’il sentit, tout comme ses compagnons, que leur voie s’y trouvait. Ils s’introduisirent alors dans le conduit souterrain. Hector usa de ses pouvoirs pour éclairer leur route.

Après un court couloir naturel légèrement sinueux, on perçut une lueur bleutée illuminant la caverne. Plus loin, la lampe psychique d’Hector ne fut plus nécessaire, tant cette lumière ambiante suffisait.

- Commandant, cette lumière ne me dit rien qui vaille.

- Moi non plus, Bill…

Quelques pas de plus les firent arriver dans une salle biscornue parsemée de colonnes naturelles qui contenait la source de lumière : des cristaux bleu-violacé de la taille d’un homme, dont certains se déplaçaient.

- J’aurais dû m’en douter, dit Morane. Nous voilà face à des cristaux anthropophages. Ils sont trop nombreux.

- Bob, dis-moi que ce n’est pas vrai !

- Malheureusement si, Soso ! Nous pouvons soit rebrousser chemin, soit engager le combat. Pour cela, il nous faut des lances flammes, ou sollicité vos pouvoirs, Hecto, Maya.

Morane expliqua la manière dont s’y prendre pour éliminer ces entités.

- Je vois, répondit Hector, mais je doute que nous ayons assez de mana pour liquéfier tous les cristaux. Se réfugier dans cette caverne n’était peut-être pas la solution la plus sage, ressortons.

Ils rebroussèrent alors chemin, mais ils se rendirent compte que le couloir était obstrué par une paroi rocheuse, sur laquelle était gravée une rosace.

- Encore un sale coup d’Ananké ! grogna Bill.


***


Le voyage à dos de nuage émerveilla les jeunes elfes pour environ une demi-heure. Il se déposa à proximité de l’ouverture, par où ils s’étaient introduits dans la vallée. Quand ses passagers mirent pied à terre, il se dissipa aussitôt.

- Si le nuage nous a mené à notre point de départ, nul doute que nous devons retourner au temple souterrain pour y utilisé cette clé, expliqua Huub.

- Parfait, ajouta Justin, ouvrons cette porte de pierre !

Ce fut ainsi qu’ils retrouvèrent la mine de charbon qui avait vu leur réveil. Ils connaissaient parfaitement le chemin à prendre.

Ils traversèrent les vestiaires contenant les tenues de travail où se trouvait le générateur, puis le couloir sinueux recelant des trous du diamètre d’un poing à ses parois. Ce fut à cet endroit que quelque chose d’effroyable se passa.

Un bras sortit d’un des trous et saisit Huub à la taille puis le tira de toutes ses forces. Le jeune homme hurla. Puis une autre main d’un autre trou fit de même avec Zach.

- Mais quelle est cette horreur ! s’écria Justin apeuré.

- Ce… Ce sont des imitateurs, répondit Huub. Aide-moi à me dégager…

Justin réagit immédiatement et, se servant de son épée laser, trancha délicatement l’apparition sans blesser Huub qui le remercia. Quentin délivra Zach de la même façon, mais un autre imitateur saisit Justin et ce fut Huub qui l’en sortit.

- Il nous faut quitter cet endroit au plus vite, s’écria Zach, tandis que d’autres bras empoignèrent Quentin et Huub.

Tous durent se débattre ainsi durant une dizaine de minutes, parvenant parfois à trancher d’autres bras avant qu’ils puissent agir. Ils purent finalement quitter l’endroit. Une fois revenus dans la salle où Justin s’était réveillé, ils retrouvèrent Sheila.

- Mes enfant, expliqua-t-elle, vous avez eu là une terrible épreuve ! Vous faites donc preuve d’un énorme courage, mais j’aurais aimé pouvoir vous éviter de telles choses.

- Ça, tu peux le dire, répondit Zach. Mais ce n’est pas la première fois que ça nous arrive. En effet j’ai déjà vécu ça avec Huub lors d’une de nos aventures d’initiations.

- Comme je vous l’ai dit, j’ai pu effacer les périls lors de votre réveil dans ces cavernes, mais je ne peux les contenir à présent. Tout ce que je peux faire, c’est vous avertir d’un nouveau danger. Evitez tout contact avec les prochaines créatures que vous trouverez, le feu vous aidera.

Puis elle disparut à nouveau. Etonnés par ces paroles étranges, les jeunes elfes poursuivirent leur chemin en direction du temple. Une fois dans la cathédrale, ils aperçurent des individus qu’ils connaissaient bien.

- Mais c’est Bob et les autres ! s’écria Justin.

Puis tous se précipitèrent à leur rencontre.


XXXI


Morane et ses compagnons avaient dû se résoudre à livrer combat contre les cristaux. Le plan était simple : comme les deux elfes d’Alent ne disposaient plus que d’une partie de leur magie, il s’agissait de se frayer un chemin.

Pour se faire, Maya invoqua Ifrit, un tigre de feu. Ce n’était pas l’invocation la plus puissante qu’elle possédait, mais c’était l’une des seules qu’elle pouvait lancer en ce moment. La créature légendaire fonça dans le tas et démolit la majeure partie des cristaux sans crainte, mais il se dissipa immédiatement.

- C’était tout ce que ma quantité de mana me permettait de faire, justifia-t-elle.

- Ce ne pas si mal, tu es quand même parvenue à détruire grand nombre d’entre eux ! lui répondit Morane. Nous devrions pouvoir passer, pour autant qu’Hector utilise ses pouvoirs pour détruire ceux qui nous barreront la route.

Ils passèrent alors en vitesse. Au milieu de la salle, des petits fragments de cristaux tapissaient le sol.

- Ce n’est pas bon du tout, fit remarquer Ballantine. Il ne faudrait absolument pas laisser la moindre miette.

- Je n’ai pas la mana suffisante pour faire le grand nettoyage de printemps. Je ne pourrai m’occuper que de ceux qui nous barrent la route… comme celui-là !

- Ne les touchez pas, avertit Morane. Vous seriez contaminés.

Hector enflamma deux autre cristaux qui s’émiettèrent à leur tour. Quelques autres jets de flammes furent encore nécessaires au groupe pour traverser la salle. Ils s’engagèrent ensuite dans un conduit naturel rectiligne, tout en jetant des coups d’œil derrière eux pour vérifier si les cristaux ne les suivaient pas. Ce fut le cas, mais ils étaient heureusement lents dans leurs mouvements. Cela leur permit d’atteindre, au pas de course, une nouvelle salle recelant un lac souterrain vert émeraude.

- Voilà qui est plus poétique, souffla Sophia.

Ils lancèrent à nouveau un regard à l’arrière, mais n’aperçurent pas les cristaux, mais une alcôve avec une paroi close décorée d’une rosace.

- Très bien, fit Morane. Car nous n’avons nullement l’intention de revenir saluer les cristaux.

Ils empruntèrent alors le seul autre tunnel disponible, puis se retrouvèrent dans une gigantesque salle de la taille d’une cathédrale creusée naturellement, illuminée mystérieusement par une lumière ambiante vert émeraude. Un bâtiment semblable à ceux que l’on trouvait dans la Grèce antique se trouvait à leur gauche. Ce fut évidemment cette construction qui attira l’attention des compagnons, puisqu’ils s’y dirigèrent.

Après quelques pas, ils entendirent une voix d’enfant les héler. C’était Justin, accompagné des trois autre jeunes elfes qui couraient à leur rencontre.

- Enfin nous les trouvons, soupira Hector.

Tandis qu’il venait de prononcer ces mots, des cristaux firent irruption dans la salle, de l’ouverture par laquelle ils étaient arrivés, entre les deux groupes.

- Malédiction ! s’écria Maya. Ces horreurs sont quand même parvenues à nous rejoindre !

- Evidemment, rajouta Sophia. Ils ont pu venir ici tout comme nous !

- Les enfants, héla Morane. Ne touchez surtout pas ces cristaux. Ils vous attraperaient !

Justin s’apprêta alors à lancer une gigantesque boule de feu.

- Voilà donc de quoi parlait Sheila, se dit Huub, tout en lançant des petites boules de flamme.

L’autre groupe fut surpris de la rapidité de réaction des enfants.

- Mais, comment ont-ils su… ? fit Bob.

Hector lança de nouvelles gerbes de flammes, seulement deux.

- Les enfants ! Nous n’avons plus assez de mana ! cria Hector, désespéré. Tout repose sur vous, maintenant.

- Dis-moi que ce n’est pas vrai ! s’exclama Bob. C’est nous qui sommes censés sauver les enfants ! Pas l’inverse.

Après deux boules de feu, Justin sentit qu’ils n’avait plus suffisamment de magie pour en lancer une nouvelle.

- Bob, essaye ça, s’écria Justin en lui lançant un objet métallique cylindrique.

L’interpellé ramassa l’objet et le contempla avec étonnement. Les autres jeunes elfes firent de même pour les autres compagnons.

- Pourvu que ça marche contre ces trucs, se dit Justin en approchant un cristal. Normalement, ça devrait…

- Les enfants, n’approchez pas, c’est de la folie ! s’écria Ballantine. Mais qu’est que…

Le garçon blond venait de trancher en deux un cristal de son sabre laser.

- Mais, où ont-ils déniché ceci ? s’exclama Bob, surpris.

Morane comprit alors l’utilité de l’objet métallique qu’on lui avait lancé et le mit en marche, puis détruisit un autre cristal. Après un quart d’heure de combat acharné contre les créatures des berges du temps, toutes ces dernières étaient réduites en miettes. Morane avait veillé à ce qu’aucun fragment ne subsistât en sommant chacun de tout liquéfier au sabre ou avec le peu de mana qui lui restait.

- Ben ça alors, fit Justin, je ne savais pas qu’il existait des cristaux vivants.

- Dites les enfants, comment avez-vous su qu’il fallait détruire ces cristaux par le feu ? demanda Maya.

- C’est Sheila qui nous l’a expliqué, juste avant qu’on arrive ici, expliqua Zach.

- Sheila est donc avec vous ?

- Non, elle venait nous donner des informations, puis disparaissait toujours tout de suite après.

- Elle nous est juste apparue une fois, expliqua Hector, mais pas à Bob, Bill et Sophia.

- Et où avez-vous trouvé ces armes de Jedi ? demanda Bob.

Les jeunes elfes racontèrent alors leur histoire, puis Bob la sienne.

- Si je comprends bien, fit Justin. On veut nous faire revire notre passé ou ce qu’on a vu dans des films ou des jeux vidéos.

- Je pense aussi, mais j’ignore dans quel but, répondit le Français. Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons qu’aller de l’avant. Vous dites que vous avez trouvé une clef pour ouvrir la porte du temple ?

- Oui, ça m’a bien l’air d’être ça.

- Dans ce cas, allons y.

Ce fut alors que les aventuriers entrèrent dans le sanctuaire, et ouvrirent la double porte de pierre sculptée.


***


Les compagnons débouchèrent sur un quai, au bord d’un canal, toujours sous cet immonde ciel rose. Différentes habitations du dix-septième siècle le bordait. Une gondole se trouvait amarrée au quai.

- Ah, Venise ! bailla Bill.

- En tout cas, c’est franchement bizarre qu’une barque soit comme ça, à notre disposition, fit remarquer Justin. Et on n’a eu que des trucs comme ça, dans notre aventure dans ce monde parallèle.

- Nous avons aussi vécu des événements semblables, répondit Morane. Pourvu que nous ne tardions pas à connaître le fin mot de toute cette histoire. Cela fait à présent plus d’une journée que nous arpentons ce calvaire !

Tous s’installèrent dans la gondole, et Ballantine se chargea de ramer. Après une demi-heure de navigation, ils rencontrèrent une autre gondole avec un individu la dirigeant lentement.

- Sssuivez-moi, siffla-t-il.

- Mais qui êtes-vous ? interrogea Hector.

- SSSela n’a pas d’importansssse !

Tous dévisagèrent l’individu, et se rendirent compte qu’il n’avait pas de visage. Il s’agissait d’une sorte créature invisible encapuchonnée.

- Mais que nous voulez-vous ? s’écria Morane. Si vous osez nous mener à la mort…

- Comment osssez-vous me parler avec sssssi peu de ressssspect !

- Ou voulez-vous nous menez ? demanda calmement Hector.

- Vers votre dessstinasssion ! Vous recherchiez le maître, je vous y conduirai.

Ce fut alors que la sombre créature les guida à travers le dédale des canaux de Venise, vers un promontoire où se trouvait une orbe de téléportation violacée.

- Sssss’est issssssi, siffla la créature. Allez-y, le maître vous attend !

- C’est sûrement un piège, glissa Justin. Je pense qu’il vaudrait mieux ne pas y aller !

- Mon enfant, n’aie pas peur. Tu dois aussssssi y aller sssssi tu veux accomplir ta dessstinée !

- Allons-y ensemble, suggéra Hector. Si tel est l’objectif de ceux qui nous ont emprisonné dans ce rêve, nous y trouverons peut être la réponse.

Tous durent se résigner à pénétrer l’orbe, vers l’inconnu.


XXXII


Ils furent ainsi déportés vers un nouvel endroit à l’air libre. Cette fois, le paysage était bien différend. Ils se trouvaient quelque part sur des terres dévastées grisâtres, dénuées de toutes formes de vie, sur le flanc d’une quelconque montagne et sous un ciel grisâtre toujours sans soleil. Un détail faisait cependant exception : il y avait une sorte de château, au loin.

- A part cette forteresse que nous apercevons, je ne voix pas d’autres objectifs possibles, suggéra Hector.

- Nul doute que nous atteindrons bientôt le saint des saints, murmura l’Ecossais.

Après environ une heure de marche, presque à flanc de coteau, les elfes atteignirent la base de la construction. En chemin ils avaient aperçu un dragon argenté effectuer des ronds au dessus de la forteresse.

- Il ne fait aucun doute, nous avons trouvé le repaire de Gareth, fit Maya.

- Commandant, j’en ai assez ! je veux sortir de cette matrice !

- Calme-toi Bill.

Les portes du château s’ouvrirent à leur approche et chacun entra avec prudence, prêt à se défendre. L’intérieur du château étaient bien meublé. Il y avait armures, tableaux animés, statues de créatures des ténèbres, tels des cerbères, dragons à deux têtes. Un tapis rouge recouvrait le sol des couloirs, menant à la salle principale du château. Au moment où chacun s’y trouva, le dragon argenté apparut dans la salle. Il se posa en son milieu,et il prit forme humaine.

- Shaddar, c’était donc vous, qui étiez derrière tout cela ? s’écria Hector.

- Exactement, c’est bien moi qui ai créé le monde dans lequel vous marchez à l’image de vos souvenirs.

- Et dans quel but ?

- Du calme, je vais vous expliquer à l’instant. Sachez d’abord, que vous êtes, tous les elfes d’Alent, en mon pouvoir ! Je savais que vous parviendriez à moi, finalement, mais un peu trop facilement à mon goût.

- Tu m’étonnes, répliqua Justin. Tu nous aidais, aussi, à nous donner des moyens de transport comme ces barques…

- Evidemment, mon objectif était de vous confronter à vos propres souvenirs, sans que vous y succombiez cependant. Le seul problème, c’est qu’une garce a interféré dans mes plans et vous a aidé en adoucissant votre périple. Je n’avais pas prévu cet élément, mais c’est encore un moindre mal.

- Si je ne me trompe, Gareth, et vous Shaddar, ne formiez qu’un ? déduisit le Français. Mais vous nous parliez de Gareth, comme votre ennemi ?

- C’est exact. Le problème était que vous, les hauts-elfes, vous entêtez toujours à combattre soit disant le bien et que vous n’acceptiez que des causes vous paraissant être du bien. J’ai parlé ainsi de ce personnage pour mieux vous engager à me servir, ce que vous avez si bien fait jusqu’à l’arrivé de deux étrangers qui ont poussé mes villageois à s’insurger contre moi. C’est à dire, vous, Bob Morane et Bill Ballantine.

- Et alors, répondit Morane. Il fallait pourtant bien que l’on replace l’église au milieu d’Alent ! Ces elfes sont libres, et comprennent mieux que quiconque la valeur de la vie. Je leur ai juste donné le courage de se battre. Mais vous faisiez bien partie des hauts-elfes, et combattiez pour la même cause, n’est-ce pas ?

- Cela est malheureusement vrai. Durant mon insouciante jeunesse, j’ai cru bien faire, jusqu’au jour où j’ai compris mon erreur en obtenant la première des sept reliques. J’eus une vision dans laquelle un démon Valmar, a été humilié par une honteuse défaite, il y a plusieurs siècles de cela, par l’alliance des hauts-elfes et des humains. C’était une épouvantable erreur de leur part, je l’ai immédiatement compris. Il fallait donc que je le libère.

- Mais tu es un pantin, s’écria Hector. C’est donc sous l’influence d’un démon que tu as commis ces actes répugnants. C’est d’ailleurs ainsi que tu as corrompu et asservi tout un clan d’Orc, dont tu as multiplié leurs membres à ta guise. Après notre intervention, tu t’es permis de tous les massacrer !

- Car ils étaient inutiles, par leur faiblesse, je l’ai constaté immédiatement après. Mais Valmar m’a également averti que son armée, constituée de morts-vivants à ses ordres, allait être opérationnel si je lui apportais ses sept joyaux. Or après cela, voyant votre propre volonté augmenter, je savais que vous alliez quérir vous-mêmes les reliques manquantes. Mes serviteurs, les elfes noirs pensant comme moi, n’avaient donc plus qu’à venir les rechercher, le moment venu.

- Savez-vous ce que vous êtes ? grogna Bill. Une vermine, une salle vermine puante. Oser vous allier à ces immondes elfes noirs. Sachez seulement que vous avez intérêt à nous sortir de la matrice, sinon…

- Que pourriez-vous me faire ? Vous n’ignorez pas que j’ai la puissance absolue. A présent Valmar me confie les commandes de son armée, et j’ai déjà attaqué la ville de Durandal. Cet assaut n’a pas été suffisant, mais ils ne pourront rien contre le prochain, dont les combattants sont copiés de ceux de votre rêve. Pour finir, seul moi peut vous sortir de votre léthargie, mais je ne le ferai qu’à une seule condition.

- Laquelle ? demanda Bill.

- C’est que vous acceptiez sans discuter de servir ma cause ! Je vous offrirai les places de commandants de mes armées de morts-vivants.

- Jamais nous ne nous lierons à vos sombres desseins.

- Oh, je m’attendais à une réponse semblable. Je crains donc de devoir vous laisser un peu plus longtemps dans ce rêve. Cependant, trois d’entre vous sont particulièrement gênants, c’est d’ailleurs par leur faute que vous vous en tirez aussi facilement. Il incombe de les soustraire de l’équation sans tarder.

Le sorcier impie fit apparaître de sa crosse une nouvelle orbe noire violacée au centre de la salle.

- Messieurs Morane et Ballantine. Sautez dans cette orbe immédiatement !

- Et si nous refusons ?

- Vous ne refuserez pas !

Tout d’abord, Bob et Bill ne bougèrent pas d’un centimètre. Gareth alias Shaddar lança de petits éclairs sur les deux compagnons qui furent secoués.

- Bon dans ce cas… glissèrent-ils en cœur.

Ils se résignèrent à passer dans l’orbe. Ils y disparurent l’un après l’autre.

- A présent… déclara le sorcier. Justin, avance-toi vers moi.

- Quoi ? Qu’est-ce que vous me voulez ?

- Avance-toi ! t’ai-je dis. Vous autres, restez en arrière.

L’enfant fit quelques pas en avant, puis Shaddar fit apparaître une barrière magique transparente entre les autres elfes et Justin.

- Vous…vous voulez me tuer ?

- Pas exactement… Si je ne m’abuse, on t’a fait intégrer le clan d’Alent parce que tu possèdes des talents prometteurs et des capacités incroyables pour un garçon de ton âge, n’est-ce pas ?

L’enfant ne répondit pas.

- Il n’y a pas seulement ça ! répondit Hector. Shaddar, ne vous avisez pas de toucher à cet enfant.

- Silence, je m’occuperai de vous plus tard.

- Qu’allez-vous faire de moi ? demanda Justin anxieux. Vous allez me tuer, ou pas ?

- Patience, mon enfant. Si tu es bel et bien extraordinaire, pourrais-tu me le prouver ? Je te propose un duel.

- Mais vous êtes dérangé ? Je ne suis pas aussi fort que vous quand même ! Je ne peux pas…

- Voilà ma condition ! Si tu veux avoir une petite chance de survivre, bats-toi ! Je n’utiliserai pas mes sorts les plus puissants, si cela peut te rassurer.

- Vous n’avez pas honte de déclarer un combat à un plus jeune et plus faible que vous ? hurla Sophia Paramount.

- Vous autres, c’est inutile de chercher à aider votre petit compagnon. Touchez cette barrière de mana et vous vous brûlerez !


***


Morane et son ami, après avoir traversé le globe, s’étaient retrouvés dans un nouveau décor, qui n’était autre qu’une ville américaine, sous un ciel verdâtre et nuageux, sans soleil, toujours. Les deux aventuriers se rendirent immédiatement compte qu’ils se trouvaient au sommet d’un immeuble.

- Ce décor me rappelle quelque chose, commandant.

- Bien entendu, tu n’aurais pas dû évoquer la matrice. En fait, à chaque fois que tu pensais à une menace elle se produisait.

- Parce que maintenant, vous me tenez pour responsable de notre cauchemar.

- Ce n’est pas ce que je voulais dire ! Laisse tomber.

Alors que les deux amis contemplaient les alentours, ils savaient que quelque chose les attendait. Cela ne tarda pas, car deux individus tout de noir vêtus et aux lunettes noirs apparurent sur le sommet de l’immeuble. Les compagnons reconnurent les deux sbires de Shaddar qui n’avaient pas été capturés, Kurt et Karl.

- Vous vous croyez intelligents, de vous saper de cette manière, goguenarda Bob.

- Monsieur Morane, sachez, répondit Kurt, que nos portons cette tenue contre notre volonté. C’est uniquement pour rendre la chose plus captivante.

- Et que comptez-vous faire ainsi ? s’écria Morane.

- Comme l’a dit le maître, poursuivit Karl. Vous êtes des éléments trop dangereux pour notre plan. Nous avons reçu l’ordre de vous neutraliser.

- Je n’en attendais pas moins de vous, répondit l’Ecossais. Mais pour cela, il va falloir fighter dur…

- C’est justement ce que nous allions vous proposer, un combat deux contre deux ! Si vous survivez, nous aviserons, mais je doute que cela soit possible.

- Tous mes ennemis m’ont dit la même chose, répliqua nonchalamment Morane avec insouciance. Et je suis toujours en vie…

- Ach, très bien ! fit Karl. Commençons tout de suite !

Ce fut ainsi qu’un formidable combat s’engagea entre les adversaires. Les deux ex-nazis se précipitèrent sur les amis qui tentèrent d’esquiver, mais sans y parvenir, tant ils s’était déplacé avec une incroyable rapidité.

Il fallut quinze secondes au Français pour ce relever. Une fois debout, il prit son Lüger et tira les deux balles restantes de son chargeur sur Karl, mais celui-ci esquiva en se baissant.

- Bon sang ! se dit Morane Je ne savais pas que mes deux compères allaient souvent au cinéma !

- Vous voyez, ricana Karl. Vous n’avez aucune chance de remporter ce combat !

- Je n’ai pas terminé, répondit Morane en dégainant son sabre laser.

Par sa vitesse élevée, Karl parvint à le lui dérober des mains avant que Morane n’ait pu le brandir. Ballantine était parvenu à se relever.

- Commandant, ne vous fatiguez pas !

- Bill, tu es malade !

Bill courut vers le bord de l’immeuble et sauta. Il parvint à atteindre l’immeuble d’en face. Le Français l’imita et le rejoignit.

- Bon sang, s’écria Morane. Cela veut dire que nous pouvons combattre de la même façon !

- Bien sûr, commandant, puisque nous sommes dans la matrice. Mais je crois que le plus sage est de fuir.

Karl et Kurt les avaient rejoints de la même façon.

- Ach, c’est inutile de fuir l’inéluctable !

Morane sauta sur Karl et l’assena de coups de poings, avec la même rapidité d’enchaînement. Bill entama une rixe semblable avec Kurt. Ce combat martial acharné dura vingt minutes sans répit. La lutte sembla finalement tourner à l’avantage des nazis.

Cependant, tout à coup, les deux ennemis hurlèrent de douleur sans que l’on en puisse déterminer la raison, puis ils disparurent dans un rayon de lumière.

- Ah, il est était temps que ce combat se termine, je croyais y passer dans peu de temps… mais que s’est-il passé ?

- Aucune idée, mon ami. C’est peut-être Sheila qui aurait…

Soudain, ils eurent la vision trouble, puis ce fut le noir absolu.


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