Chapitres 17 à 20

XVII


Au village d’Alent, les elfes étaient affairés à l’entretien des jardins, des arbres et de toute la végétation ornant le village. Depuis que Nathan, accompagné de ses deux apprentis Zach et Justin, avait ramené l’artéfact trouvé dans les catacombes, sa malédiction s’était clairement ressentie par l’affaiblissement de la végétation, mais depuis la disparition mystérieuse de Shaddar, cet effet avait immédiatement cessé, les arbres reprenant vie.

- Nous sommes plus que ravis que la détérioration de nos jardins se soit interrompue, dit Hector. Je ne regrette pas l’absence de Shaddar, mais sa disparition ne me dit non plus rien qui vaille.

- En effet, répondit Maya. En temps normal, il reste toujours au village afin de s’assurer que l’on ne transgresse pas ses ordres. Mais à présent, il n’a laissé que deux de ses ignoble sbires, qui ont été livrés à Uther par Bob. Shaddar n’en a visiblement rien à faire, comme si autre chose l’occupait en ce moment.

- Un sombre projet, sans doute… Et pas des moindres, pour nous abandonner de la sorte…

La discussion fut interrompue par l’apparition d’une orbe violacée sur la place du village. Justin apparut le premier.

- Nathan, nous avons ramené la gemme que tu nous avais demandée !

- Bien mes enfants, mais où avez-vous appris à vous téléporter ?

- C’est le pouvoir du joyau. Génial, non ?

- Donnez-le moi, que je le mette dans la boîte avec l’autre relique…

- On pourrait pas le garder ? Son pouvoir est très utile !

- Non, mieux vaut le laisser en lieu sûr.

- Avant que ce garçon ne se vante un peu trop, rajouta Morane qui venait d’apparaître, cela n’aurait pas été possible sans notre aide.

- Comment ça ! vociféra Justin.

- Toutefois je dois souligner que ces gamins se débrouillent plutôt bien, pour leur âge !

Tous racontèrent leur histoire aux alentours du village côtier de Garlan et la lutte qu’ils y avaient menée.

- C’est magnifique que vous ayez remis de l’ordre dans ce village, fit Nathan. Je vois à quel point mes appentis mûrissent.

- Eh oui, répondit Justin. Mais nous, on n’est pas fatigués ! Une autre mission, vite !

- Doucement ! D’abord, votre formation n’est pas terminée. Et vous avez besoin de repos, après votre aventure.

- Mais nous nous sommes déjà reposés à Garlan. Si j’ai bien suivi, il reste une dernière relique à récupérer, pas vrai ?

- Bien sûr. Mais nous l’avons localisée dans une forêt peuplée par le clan des elfes de la nuit. Il s’agit d’une sorte de secte obsédée par la protection de la nature et que la méfiance des étrangers pousse à s’isoler. Nous n’avons pas plus d’informations, car toutes les personnes s’étant aventurées dans cette région n’en sont pas revenues pour donner une description de ce qu’elles ont vu. Comprenez seulement qu’un telle quête ne peut qu’être placée entre des mains plus expertes.

- Bon, d’accord…

Justin et ses trois compagnons s’éloignèrent de la place et retournèrent chez Alia.

- Si je comprends bien, remarqua Morane, nous allons devoir nous aventurer chez ces elfes sylvains dans le but de nous emparer du dernier artefact ?

- Exactement, répondit Hector. Mais nous ne prendrons rien à la légère. Je m’en chargerai en compagnie de Maya. Nous sommes les plus expérimentés dans l’usage des sorts et incantations. Nathan restera au village pour s’assurer de la formation de nos jeunes.

- Ne voudrais-tu pas que je t’accompagne ? insista Bob.

- Je ne préfère pas. Sans pouvoirs magiques, tu ne pourrais rien contre ces elfes. Je doute sincèrement qu’une arme de poing puisse être d’un grand secours.

- Ce n’est pas si sûr. Durant mon existence, j’ai rencontré beaucoup de tribus aux pouvoirs et aux traditions étranges, mais aucune d’entre elles ne m’a prise au dépourvu. Pour ma part je suis curieux de voir à quoi ressemblent ces elfes de la nuit. Bill et Sophia viendront aussi. De cette manière vous ne serez pas seuls face au danger.

- Comme tu voudras, mais je t’aurai prévenu !

- Inutile de vouloir m’épargner, j’en ai vu bien d’autres ! Ceci dit, quand partirons nous ?

- Je pensais partir demain, mais vous qui rentrez tout juste de quête…

- Pas de problème, nous sommes tous prêts pour une nouvelle aventure !

- Pareil pour moi ! renchérit Ballantine. Avec moi, rien ne peut arriver au commandant !


***


Deux jours après leur retour au village, Justin et Zach avaient repris leur entraînement, tandis que Quentin s’initiait au maniement de l’épée non sans difficultés. En réalité, l’arc ne lui convenant guère mieux, il avait préféré suivre son ami. Nathan lui avait expliqué à maintes reprises qu’il n’avait pas de talents particuliers, et qu’il ignorait s’il parviendrait à faire de lui un bon combattant.

- Mais pourtant, avait répondu Quentin. Je pratique le karaté depuis l’âge de cinq ans, je ne comprends pas…

- Crois-tu qu’il est nécessaire de pouvoir se battre à mains nues pour savoir brandir l’épée ? Pas du tout. Sache seulement que je ne voudrais pas te faire de la peine…

Une heure plus tard, alors qu’ils prenaient une petite pause, Justin demanda :

- Dis, Nathan. Est-ce que tu connais Kaël, l’elfe que nous avons rencontré à Utaï ?

- Bien sûr, nous avons été formés ensemble, lorsque nous étions enfants. Sache, qu’il était aussi prometteur que toi à cette époque. Pour tout te dire, tu lui ressembles un peu…

- Ça veut dire que je vais devenir aussi fort que lui ? répondit le jeune garçon en riant.

- Très certainement. Dans le cas contraire, Sheila n’aurait pas vu en toi un immense potentiel.


***


La nuit suivant cette journée, Justin fit à nouveau un étrange rêve où il rencontra Sheila. Cette fois il s’était retrouvé seul dans sa demeure.

- Justin, tu es incroyable, tes progrès vont même au-delà de mes attentes.

- Que voulez-vous dire par là ?

- Ton dernier voyage le prouve. Ce que tu as fait pour Garlan est vraiment remarquable. De plus il me semble que tu es devenu plus mûr depuis la dernière fois qu’on s’est rencontrés.

- Vous en dites un peu trop. Si Bob et Bill n’étaient pas arrivés à temps, nous aurions tous été foutus. Sans leur aide, tout ça n’aurait pas été possible.

- Je le sais bien. Mais il suffit seulement de te voir agir…

- Parce que vous êtes capable de voir tout ce qu’on fait ?

- Oui, d’une certaine manière. Cela est possible, depuis que je suis parvenue à m’introduire dans ton esprit durant ton sommeil. Mais rassure-toi, je ne l’ai fait que de temps en temps, au moment où tu passais à l’action. Je ne cherchais point à t’observer lorsque tu bivouaquais ou t’amusais avec tes amis.

- J’espère bien !

- Ceci dit, je t’ai appelé dans le but de te demander de venir chez moi, pour de vrai, cette fois. J’ai plusieurs autres choses à te confier. J’ai vu que tu était inoccupé en ce moment.

- Pas tout à fait, je poursuis mon entraînement avec Nathan.

- Bien sûr, mais tu as la possibilité de te rendre chez moi.

- Vous voulez que je parte quand ?

- Le plus tôt sera le mieux… Demain au lever du jour.

- Je peux venir avec mes amis ?

- Je préférerais que tu viennes seul… enfin non, tu peux emmener Zach et Quentin avec toi, j’ai aussi des présents pour eux. Porte-toi bien, mon enfant !

Sheila disparut, puis Justin partit pour d’autres rêves.


XVIII


- Hector, tu nous décris ces sectateurs comme des individus redoutables dotés de pouvoirs, et leur territoire comme étant étroitement gardé par eux, dit Morane. Mais as-tu seulement pensé à la manière dont nous allons nous emparer de cette relique ?

- Pas réellement, il faudrait d’abord savoir où elle est entreposée. Le première chose est de vérifier si nous avons bien affaire à des elfes de la nuit, car nous croyions tous que cette race avait disparu lors de l’invasion de la Légion Ardente. Nous allons tenter de nous introduire incognito à proximité de leur village, puis de nous infiltrer…

- Tu penses donc la leur voler ? fit Bill. Mais je ne pense pas que ces individus sont du genre à abandonner leur bien sans coup férir. Et nous risquerions bien d’avoir à les combattre.

- Bill à raison, répliqua Morane. Nous ne connaissons pas leur nombre. Avant de leur chercher des noises, ne serait-il pas possible de négocier avec eux et de tenter de leur expliquer le problème ?

- Tu as peut-être raison, fit Maya à son tour. Mais je doute que cela puisse se jouer aussi facilement…

- Avant d’opter pour l’une ou l’autre de ces deux solutions, proposa Sophia, je pense que nous ferions mieux de trouver un poste d’observation sur des hauteurs, une colline s’il en existe, et d’observer aux jumelles les faits et gestes de ce clan… C’est seulement de cette manière que nous pourrons tirer une conclusion.

Cela faisait à présent deux jours qu’ils avaient quitté Alent en direction des bois de Silvermoon. Ils avaient à nouveau effectué une longue marche entrecoupée de pauses dont une dans un petit village humain pour se ravitailler. En ce moment ils s’étaient arrêtés quelque part sur le versant d’une montagne d’où ils avaient une vue imprenable. De cet endroit, ils pouvaient voir la vaste forêt où se trouvait leur objectif. Sophia Paramount avait balayé la région de ses jumelles.

- Pour l’instant, fit-elle. Pas de village en vue…

- Ce clan vit dans la forêt profonde. Impossible de déceler quoi que se soit depuis notre position.

- Le terrain de ces bois forme une vallée, fit remarquer Morane. S’il ne nous reste d’autre alternative que de nous y aventurer pour localiser le village, ne devrions-nous pas y progresser en restant sur ses bords de manière à toujours pouvoir observer le fond de cette vallée ?

- C’est ce que nous ferons, répondit Hector. Mais je crains fort que l’on puisse toujours être repérés… Enfin nous verrons bien…

Leur pause terminée, les compagnons reprirent leur chemin en descendant de la montagne.


***


Il fallut encore une demi-journée pour attendre l’orée des bois de Silvermoon.

- Commandant, je n’aime pas cette forêt. On dirait que des esprits nous surveillent.

- Sans doute tes fameux Korrigans, Bill. Ne soit pas superstitieux !

- Superstitieux ! Mais on ne sait jamais ce qui peut nous attendre dans ce monde bizarre… Si vous voulez mon avis, tenons-nous à ce que nous avons décidé tout à l’heure. Restons toujours au bord, mais sans pénétrer dans les bois !

- Bien sûr, Bill. Mais nous ne faisions que faire quelques pas à l’intérieur pour jeter un coup d’œil…

Tous ressortirent de la forêt et poursuivirent l’expédition en se tenant toujours au bord. Après deux heures de marches, la nuit commença à tomber et ils durent songer à une nouvelle pause. Ils s’arrêtèrent à un endroit d’où ils pouvaient observer la vallée avec aisance, mais aucune trace d’habitation ne leur apparut. Il fallait aussi préciser que la tombée du jour n’arrangeait rien.

- Nous allons bivouaquer ici, proposa Maya. Nous reprendrons les recherches à l’aube. Surtout, n’allumons pas de feu.

- Je pense de même, mon amie, répondit le Français. Nous nous contenterons de fruits et de la viande de bœuf que j’ai soigneusement boucanée la veille pour notre frugal repas.

- Qu’il en soit ainsi, fit Hector.


***


- Toujours rien, commandant, c’est à devenir fou !

- Bill, cesse de râler ! Continuons de chercher, et on finira bien par trouver.

- Pourtant cette forêt est peuplée d’esprit ! Commandant, nous filons tout droit dans un traquenard, nous ferions mieux de nous barrer d’ici en vitesse.

- Et laisser l’artefact entre les mains de Shaddar, pas question ! répondit sévèrement Hector. D’autant plus que cette relique-ci dégage une aura impie plus puissante que les précédentes. Nous devons continuer !

Après s’être réveillés de bonne heure, ils avaient repris leur marche. Jusqu’à maintenant, les elfes de la nuit brillaient toujours par leur absence. De temps à autre il faisaient quelques pas dans les bois pour en ressortir immédiatement, sans que cela leur apportât davantage de renseignements.

Après une nouvelle heure de marche, Morane sentit quelque chose lui entraver les pieds. En y jetant un regard, il vit des racines s’y enrouler.

- Quelle est cette diablerie ! s’exclama Bob.

- Des Herbes Folles ! répondit Hector qui se précipita pour trancher les racines avec son épée.

- Commandant, je vous avais pourtant bien prévenu ! Args, ces horreurs s’en prennent à moi !

Avant qu’Hector ne puisse à nouveau réagir, il fut entravé à son tour. Les Herbes Folles immobilisèrent Sophia, puis Maya. Tous étaient à présent privés de mouvements. Une flèche apparut et vint se planter dans le sol à deux mètres d’eux. Ils comprirent.

- De quel droit osez-vous souiller notre sanctuaire !

Plusieurs femmes elfes venaient d’arriver. Toutes avaient de long cheveux noirs et un teint de peau étrangement violacé. Elles étaient équipées d’arcs.

- N’exagérez pas, répondit Hector. Nous ne sommes pas dans votre forêt. Un peu trop au bord, peut-être.

- Il suffit de mentir ! Vous vous êtes introduits sur notre territoire. Vous allez tout de suite comparaître devant notre prêtresse Myria.

- Mais avec plaisir, répondit Morane. Je lui expliquerai très volontiers les motifs de notre venue.


XIX


- De vrais elfes de la nuit ! s’exclama Hector, j’ai toujours pensé que cette race s’était éteinte depuis plusieurs siècles.

- Vous faites erreur, répondit une des elfes de la nuit. Quelques individus ont survécu au massacre et ont fait croire à leur mort pour refonder la race dans le plus grand secret.

- Ce n’est pas la meilleure option qu’ils aient pu choisir. Nous les hauts-elfes étions leurs alliés, et nous aurions pu vous aider dans cette entreprise.

- Non, vous nous avez tous trahis et contribué à notre perte !

Hector n’en rajouta pas. Les compagnons furent emmenés de force vers le fond de la vallée. Leur sens de l’orientation leur permit de se rendre compte qu’on les dirigeait à présent dans le sens inverse à leur progression. Une demi-heure plus tard, ils atteignirent le village, dont les habitations étaient établies dans des arbres de taille impressionnante.

- Autant dire que l’on pouvait scruter la vallée des milliers de fois sans y voir quoi que ce soit depuis les hauteurs, remarqua Sophia.

- Taisez-vous, bâtards ! ordonna une femme elfe.

Ils furent ensuite forcés à gravir de longs escaliers en bois. Les amis purent ensuite constater que les arbres étaient aussi reliés entre eux par des ponts à cordes. Ils aboutirent devant une femme elfe à la chevelure sombre plus longue que celle des autre. Elle portait en outre plusieurs joyaux elfiques. Il s’agissait de la prêtresse, à n’en point douter.

- Qui êtes-vous, étranger ? Saviez-vous que notre territoire est interdit à toute personne n’appartenant pas à notre race ? commença-t-elle.

- Votre race ? mais elle n’est guère différente de la nôtre, dit Maya.

- Je ne veux pas d’insultes, répondez-moi docilement !

- Nous étions à la recherche d’une relique maudite de Valmar. Nous savons qu’elle se trouve en votre possession, expliqua Hector.

- Vous vouliez donc nous voler cette épée maudite, l’épée d’Astaroth ? Vous ne manquez pas de culot ! Cette épée était autrefois la cause de la quasi-extinction de notre race, c’est pourquoi nous l’avons gardée afin qu’une telle tragédie ne se reproduise pas.

- Je comprends, répondit Morane. Nous cherchons en réalité à récupérer cette relique pour éviter qu’elle ne tombe entre les mains de Shaddar, qui en ferait une utilisation peu scrupuleuse.

Il lui raconta toute la raison de leur venue. Quand il eut achevé, elle dit :

- Vous vouliez donc vous comporter en justicier… très intéressant, venant de la part de hauts-elfes… Mais je n’ose cependant vous faire confiance.

- Mais vous devez nous croire, insista Hector. Shaddar viendra d’un moment à l’autre pour s’emparer de cette épée, et il n’aura aucune pitié envers vous : il ne se gênera pas de vous massacrer jusqu’au dernier s’il le faut pour obtenir ce qu’il désire.

- Il ne le fera pas, notre relique est conservée dans un sanctuaire souterrain peuplé de créatures magiques. De plus, de nombreux enchantements protègent les souterrains.

- Si vous le dites, nous n’avons aucune raison de nous emparer de cette relique. Mais vous prenez une grande responsabilité en voulant la garder jalousement.

- Je n’ai que faire de conseils venant de la part de bâtards dans votre genres. Vous avez osé fouler nos terres sacrées et menacer la nature sauvage et vous…

- Mais pas du tout ! s’exclama Maya. Nous sommes aussi respectueux de notre environnement !

- J’ai horreur de me faire interrompre ! hurla la prêtresse. Qu’est-ce à mentir de la sorte, vous qui abattez les arbres pour construire vos demeures, au même titre que les humains ? Ceci dit, tout comme vos prédécesseurs, vous allez rester dans notre village, et être nos esclaves jusqu’à la fin de vos jours. Mes sœurs, enfermez-les dans le terrier !


***


L’intérieur de la cabane de Sheila était en tout point semblable à celle que Justin et ses amis avaient vu en rêve, mais ce qu’il ne savait pas, c’est que cette dernière était perchée au sommet d’un arbre de taille impressionnante, au bau milieu d’une bien étrange forêt.

La matinée, lorsqu’il s’était réveillé, Justin avait aussitôt informé Nathan de la requête de Sheila, et ce dernier lui avait conseillé de se mette en route sans attendre. L’endroit que les jeunes elfes devaient atteindre n’était qu’à une journée de marche du village, aussi ne leur fut-il pas nécessaire de prendre de nombreuses provisions pour le voyage. Ils étaient cependant toujours équipés de leurs armes.

Par bonheur, ils ne firent aucune mauvaise rencontre, bien qu’on leur eût signalé que la forêt géante était peuplée de créatures magiques. Le bois, tapissé d’une brume blanche, n’avait rien de rassurant. Les enfants s’étaient demandés s’ils allaient réussir à trouver Sheila, ne disposant d’aucun indice pour cela. Fort heureusement, elle était venue à leur rencontre sous la forme d’une colombe et les avait menés (après avoir repris son apparence) au pied d’un des énormes arbres qui ressemblait aux autres, jusqu’au moment où elle fit apparaître des échelons lumineux sur son tronc. Cela leur permit d’atteindre la cabane.

Pour accueillir les jeunes elfes, l’énigmatique Sheila leur avait servi un copieux dîner, après les avoir tendrement embrassés.

- Comment peux-tu faire d’aussi bons repas alors que tu n’as pas de cuisine ? demanda Justin.

- Comme tu l’as bien dit, je ne peux pas cuisiner ici. Mais j’ai déjà cuisiné dans ma vie. Par mes pouvoirs, je suis parvenu à mettre en mémoire des hors d’œuvres, et je peux ainsi les matérialiser en échange d’une quantité de mana en tout moment. Pratique, non ?

- Bien sûr, balbutia Quentin.

Après s’être rassasiés, ils discutèrent avec Sheila, qui exposa une nouvelle fois les raisons pour lesquelles elle les avait fait venir chez elle, tandis que les enfants racontaient leurs aventures passées. Elle indiqua qu’elle avait l’intention de leur donner des pouvoirs, surtout à Justin, qui selon elle, pouvait être l’un des rares à les maîtriser.

- Pourquoi je ne pourrais pas les utiliser, par exemple ? demanda Zach.

- Pour la simple et bonne raison que vous deux, vous êtes des elfes comme les autres. Vous pourriez utiliser ces pouvoirs, mais ils pourraient résulter de fâcheuses conséquences sur vous et contre vous. Ce qui n’est pas le cas pour une âme pure.

- Je suis une âme pure ? demanda le garçon blond.

- Justin, c’est la raison pour laquelle j’ai incité Nathan à t’enrôler dans ses apprentis. D’ailleurs, les reliques maudites de Valmar n’ont pas prises sur toi, qui as pu t’en servir sans problème.

- C’est pas vrai ! On a pu tous se téléporter grâce à l’orbe de téléportation. Kaël à pu aussi ouvrir un portail avec…

- Bien sûr, mais en contrepartie, cela sapait une petite partie de la quantité d’énergie vitale et de mana de tes compagnons.

- C’est vrai, Justin, rajouta Zach. A chaque fois que j’ai passé le portail, j’ai senti un petit malaise.

- Moi aussi, fit Quentin.

- Mais pas moi.

- Parce que tu es une âme pure ! Kaël en est aussi une : ma mère défunte lui avait transmis des pouvoirs lorsqu’il était enfant, tout comme toi. Il te ressemblait beaucoup, à cette époque. Ceci dit, je m’occuperai de tout cela demain : à présent, vous avez besoin de sommeil.

La femme elfe leur installa un grand lit où les jeunes garçons s’endormirent presque immédiatement.


XX


Le lendemain fut une journée bien remplie pour les enfants. Après avoir avalé leur petit déjeuner constitué de mystérieuses pâtisseries, ils furent conduits au-dehors de la cabane et au bas de l’arbre gigantesque. Cinq minutes de marche plus tard, ils atteignirent une petite cavité située sous les racines d’un autre arbre.

- C’est ici, déclara Sheila.

Tous descendirent des marches d’escaliers, s’éclairant avec des torches. Un peu plus tard ils atteignirent une petite salle. En son centre se trouvait un gros bloc de pierre sculpté comportant un creux aux dimensions semblables à celles d’un enfant de l’âge de Justin et de ses amis.

- C’est en ces lieux que le rituel de transfert peut être accompli, expliqua-t-elle en allumant les quatre torches accrochées au mur.

- C’est toi qui as construit ce souterrain ? demanda Justin.

- Non, il appartenait il y a très longtemps à un clan de druides. Ma mère a découvert cet endroit abandonné lorsqu’elle était enfant. Plus tard, dans son apprentissage, elle a compris qu’un tel lieu servait à différents rituels, et a eu l’idée de l’utiliser pour expérimenter ses pouvoirs et mettre ainsi au point le rituel de transfert.

- Excellent !

- Pour commencer, je vais m’occuper de toi, Justin. Je m’occuperai de tes deux compagnons après, s’il me reste encore assez d’énergie, mais le transfert sur Justin ne peut tarder. Zach, Quentin, quittez cette pièce pour ne pas gêner le rituel et restez à l’entrée en attendant.

Les deux interpellés obéirent, tandis que Sheila donnait d’autres explications confidentielles à Justin.

- Tu dis que je suis important pour l’avenir des elfes et que… Mais pourquoi tu voulais que Quentin vienne avec moi ? Lui qui a moins de talent que moi…

- Parce qu’il a beaucoup d’importance à tes yeux. N’oublie pas que l’amitié est très importante ! Maintenant, ôte tous tes vêtements et allonge-toi dans la cavité de cette stèle.

- Tu veux vraiment que je me déshabille ?

- Oui, cela est important afin de permettre aux sorts de s’introduire dans ton corps !

Justin obéit et se plaça dans la cavité ; le rituel put commencer. Tandis que Sheila prononçait les incantations, les reliefs du roc s’illuminèrent. Le garçon blond sentit ensuite plusieurs secousses électriques lui parcourir le corps. Il hurla de douleurs.

- Calme-toi, mon enfant, je sais que ce n’est pas très agréable, mais c’est le seul moyen de te transmettre mes pouvoirs.

D’autres secousses d’intensité plus importantes fusèrent. Ce fut une dizaine de minutes plus tard que cela s’arrêta.

- Mon enfant, le rituel est terminé.

- Pas trop tôt… répondit Justin transpirant et affaibli.

Il eut un peu de difficultés à se relever, mais y parvint. Il se rhabilla, tandis que Sheila lui expliquait :

- Par ce rituel, je t’ai enseigné quelques sorts élémentaires, ce que je vais aussi faire avec tes amis. Je t’ai également transmis les sortilèges que je te destinais, mais en échange, je les ai oubliés. Il se peut que tu ne parviennes pas immédiatement à tous les maîtriser, étant enfant. Mais ne t’inquiète pas, en progressant, tu finiras par y arriver. A présent, sors de cette caverne et demande à un de tes amis de venir ici. Je crois finalement que je pourrai m’occuper de vous tous.

Quand le jeune garçon se retrouva dehors, ses compagnons se précipitèrent vers lui :

- Justin, demanda Quentin. Que s’est-il passé pour que tu hurles comme ça ? Et tu n’as pas l’air très bien ?

- Descends et tu comprendras… Vas-y, Quentin…

Sheila répéta le rituel pour Quentin, puis Zach, qui furent à leur tous secoués, cependant pour une durée moins longue. Cela fait, Sheila les ramena à sa cabane.


***


De retour dans la demeure de Sheila, les enfants s’étalèrent chacun dans un fauteuil pour se reposer de leur petite séance de torture. La femme elfe était retournée à ses occupations dans l’autre pièce.

Une demi-heure plus, elle en sortit avec un air grave.

- Mes enfants, il vous faut à tout prix retourner à votre village !

- Qu’est-ce qui se passe ? balbutia Quentin.

- Pas de panique ! répondit Justin. Mettons-nous en route sans tarder, mais on n’y sera pas avant tard ce soir.

- J’ai mieux que cela, dit Sheila, je vous y emmènerai plus rapidement. Une fois à Alent, nous nous servirons de la relique pour nous rendre où vos amis sont retenus prisonniers !

- Que veux-tu dire par là ?

- Je parle de Hector et des étrangers qui l’accompagnent dans sa quête.

- Ben ça alors. J’avais voulu les accompagner, mais ils m’ont dit que c’était trop dangereux à cause du clan des elfes de la nuit…

- Ces femmes elfes ne sont pas aussi puissantes qu’elles le prétendent. Ce sont des adversaires parfaitement à ta taille, Justin ! Et pour commencer, les vrais elfes de la nuit se sont éteints il y a quatre cents ans…



Ce chapitre provient de Les fanfictions (fanfic ou fanfiction) de Fanfic FR
http://www.fanfic-fr.net

L'URL de ce chapitre est:
http://www.fanfic-fr.net/fanfics/Livres-Romans/B/Bob-Morane/Les-Reliques-du-Démon/23097/113792.html