
A peine revenu de sa surprise causée par l’arrivée inattendue du père de Chris, Jack, qui s’était trouvé heureusement assez loin de la porte dérobée, avait eu pour réaction immédiate de s’enfuir et d’aller prévenir Bill. L’eau encore laiteuse de l’escalier l’empêcha de voir quoi que ce soit, mais il se souvenait de la direction à prendre. Dans le couloir droit, l’eau était moins brumeuse et il put donc rejoindre la sortie sans encombre. Etant né dans un village d’hommes amphibies, il savait nager depuis tout petit comme n’importe quel animal marin et pouvait progresser très rapidement. Cependant il s’attendait en tout moment à ce qu’on le poursuivît et des adultes de son clan n’auraient aucun mal à le rattraper. Il se hâta vers la surface en lançant des regards vers le fond et vit qu’il ne s’était pas trompé. Deux hommes l’avaient pris en chasse.
Ce fut à cinq mètres de la surface qu’on lui attrapa le pied. Les poursuivants l’entraînèrent à nouveau vers le fond. Mais la réaction de l’enfant fut immédiate, il se débattit d’abord de toutes ses forces, ce que les poursuivants pouvaient contenir. Avec sa main encore libre, il s’empara du kunaï attaché à sa ceinture. Il l’enfonça dans la cuisse de celui qui le tenait : la prise se relâcha aussitôt. Il n’avait cependant pas l’intention de le tuer, mais uniquement de se défendre. L’autre poursuivant se saisit de lui à son tour mais ne parvint pas à se rendre maître de la main qui tenait la lame et fut blessé à l’avant-bras. Sous l’emprise de la douleur lancinante amplifiée par l’eau de mer, il ne put que faire comme son collègues : le relâcher.
Jack put enfin atteindre la surface et le canot par la même occasion. Il devait prendre le temps de vider ses poumons, et épuisé par la lutte qu’il venait de vivre, il n’eut plus la force de se hisser à l’intérieur du canot.
- Bill… aide-moi… cria-t-il d’une voix affaiblie.
L’Ecossais s’était retourné au bruit d’eau et eut le réflexe de se saisir du garçon. Sa force impressionnante lui permit de le soulever sans difficulté. Mais il sentit soudainement une résistance et Jack hurla de douleur. Bill vit des mains qui retenaient le garçon à une jambe. Il comprit aussitôt et se laissa tomber à l’eau, l’enfant avec. Il put sous l’eau aisément distinguer le malfrat qui voulait attraper l’enfant. L’autre, blessé à la jambe, semblait ne pas pouvoir s’en remettre. En apnée, Bill assena un coup de poing sur le plexus solaire de son adversaire qui relâcha à nouveau l’enfant. Il semblait être mis hors combat, mais était toujours conscient. Bill put tranquillement pousser Jack dans la barque et s’y hisser à son tour.
L’Ecossais s’assit et prit le garçon dans ses bras.
- C’est fini maintenant, lui dit-il doucement. Cette crapule ne pourra plus t’embêter.
Jack était toujours conscient, mais sous l’emprise de l’émotion et haletant, il ne put répondre dans l’immédiat. Des larmes roulaient sur ses joues. Ce fut cinq minutes plus tard qu’il put répondre.
- Les autres… sont en danger… Le chef du village… est venu on ne sait comment…
- Mais tu t’es drôlement bien débrouillé, petit, répondit Bill. Pas mal pour un gosse ! Tu n’as rien ?
- Non, ça va… juste la jambe…
Bill examina la jambe, mais rien ne semblait cassé.
- Ce n’est rien. Ca va passer… dit-il enfin. Reste ici et repose-toi, je vais voir les autres…
Il ne put achever sa phrase qu’il entendit plusieurs moteurs. Il vit une trentaine d’hommes en jet ski affluer vers lui.
- Eh ben… ne manquait plus que ça… Bon je crois bien qu’il va falloir s’occuper du Commandant plus tard…
***
Parmi leurs assaillants, un d’entre eux, qui avait pour rôle de guider ses hommes, les devançait d’un centaine de mètres. Celui-ci, avant même que Bill ne puisse parvenir à mettre le moteur en marche, aborda le canot. Bill se mit aussitôt en position de combat et l’attaquant sauta dans le canot, s’apprêtant à frapper son adversaire. Bill ne fit ni une, ni deux ; il se saisit d’une bouteille de plongée et l’assomma d’un seul coup. Ce fut loin d’être fini, car les autres assaillants en motos des mers avaient encerclé le canot dans un rayon de trente mètres. Leurs ennemis étaient constitués d’hommes et de femmes.
- Mon garçon, je crois que nous allons changer d’embarcation. Grimpe sur mon dos…
L’Ecossais s’accroupit pour laisser Jack obéir et sauta sur le jet ski resté à proximité de la barque pour s’y asseoir.
- Maintenant, petit, accroche-toi bien, ça va secouer…
Bill mit les gaz et fonça sur les assaillants qui n’avaient laissé aucune issue.
- Mais qu’est-ce que tu fais ! T’es malade ou quoi ? s’écria Jack.
- On va voir s’ils tiennent à la vie…
Aucun des ennemis ne s’attendait à la réaction de Bill, qui relevait de la folie. S’accrochant à la vie, deux jet ski s’écartèrent et laissèrent les fuyard s’échapper.
- Tu voix, mon garçon, les gens de ta tribu sont comme tout le monde. C’est incroyable comme on tient à sa propre vie !
Bill dirigea son jet ski vers la côte, alors que ses assaillants s’étaient lancés à ses trousses. Bill fila aussi vite qu’il le put.
Chris savait que tout était fini pour lui ; son père avait levé son sabre en l’air, prêt à l’abattre sur lui d’un instant à l’autre. A ce moment-là, le chef dit encore :
- Si je suis obligé de faire ceci, c’est par ta propre faute ! Il est toujours temps de te repentir…
- Jamais !
Ce fut à cet instant que quelque chose d’incroyable se produisit. Les motifs imprimés sur la peau du jeune garçon rougeoyèrent, pour ensuite virer au jaune.
- Que t’arrive-t-il. Non, ce n’est pas possible !
- Un signe divin peut-être, répondit Bob. Aux Etats-Unis, si quelque chose ainsi arrive, on épargne le condamné.
- Foutaises.
Les motifs émettaient à présent de la lumière.
- Vas-y, qu’est-ce que t’attends ? lui demanda un de ses deux compagnons. Fais-le avant qu’il ne soit trop tard !
Le chef fit aussitôt ce qui lui avait été suggéré… et abattit sa lame… Mais la tête du jeune adolescent ne se détacha pas de son corps. En entrant en contact avec la gorge, la lame avait littéralement fondu.
- Mais c’est impossible ! s’exclama-il, effrayé.
Dans sa colère, il prit un poignard qu’il tenta d’enfoncer dans le cœur de sa victime, mais comme précédemment, le métal de la lame fondit et il ne resta que le manche dans sa main. Justin se mit à rire comme il ne l’avait jamais fait depuis longtemps.
- Chris ne peut pas mourir ! Il est trop gentil pour ça !
- S’il suffisait de cela pour ne pas se faire tuer… lui répondit Morane.
- Toi… petit elfe insouciant, je ne pense pas que tu seras autant protégé quand mes homme se chargeront de toi. Alors tu ferais mieux de ne pas rire.
- Ils ne le feront pas, parce que Chris vous en empêchera ! Regarde, ses forces se décuplent… il a réussi à faire péter une sangle !
Le souverain impie se retourna et constata avec effroi qu’il disait vrai. Chris se débattait de toutes ses forces et réussit enfin à se libérer. Il se tenait à présent debout, ses tatouages toujours lumineux.
- Tu vois, père, pendant la séance, le tatoueur m’avait sans cesse bassiné avec ses histoires, que nos tatouages avait un pouvoir mystérieux sensé nous protéger. C’est ce qui m’arrive maintenant.
- Mais c’est impossible, je vénérais nos traditions bien plus que toi, qui les méprisais ! Tu n’as jamais voulu croire à nos dieux ! Il a fallu que je t’envoie de force pour te faire tatouer… Je méritait bien plus que toi de…
- Et ben non ! Justement, tu vénérais de bien sales traditions. Ton sale trafic, tuer des innocents. Maintenant, c’est toi qui dois être châtié !
Le chef entra dans une nouvelle colère et frappa son fils. Il l’assena de coups de poing aussi violents que sa puissante musculature lui permettait.
- Ha ! Même pas mal ! ironisa Chris. Maintenant à mon tour de répondre…
Chris cogna à son tour dans le plexus solaire et son maudit père fut littéralement projeté contre un mur. Encore conscient, mais profondément affaibli, le chef héla ses compagnons.
- Mes amis… fit-il faiblement. Qu’attendez-vous, vengez-moi !
Ses deux sbires obéirent, prirent chacun une grosse massue et la dirigèrent contre Chris. Mais le garçon fut plus rapide, et les esquiva facilement.
- Ha, vous avez besoin de vous mettre à deux pour vaincre un enfant ! Que vous êtes faibles !
Chris n’eut à nouveau qu’à administrer un coup de poing à chacun de ses adversaires pour les envoyer rejoindre son père. Par une force mystérieuse, il avait sauvé sa propre vie et celle de ses compagnons. Le combat terminé, ses motifs revinrent progressivement à leur teinte noire habituelle.
- Whaouw ! s’exclama Justin, comment t’as fait ça ?
- Heu, je n’en sais rien. Je me suis soudainement senti en pleine forme et…
- Je pense avoir compris, répondit un des elfes emprisonnés. Il doit s’agir de la transe. Cela arrive très rarement et aléatoirement à nous les elfes. Pour ma part, je n’ai jamais connu cela et je ne pensais pas que cela pouvait aussi arriver à un humain.
- N’en débattons pas trop longtemps, intervint Morane. Chris, détache-nous, maintenant.
Le préadolescent s’empara d’un couteau et libéra tous ses amis. Restait à libérer les elfes.
- Le pervers gardait toujours la clé sur lui, indiqua un des prisonniers.
On fouilla les poches du pantalon du corps du père maintenant dans le paradis des boxeurs avec ses compagnons et on trouva une clé ornementée. On prit soin de les ligoter à leur tour.
- Nous les livrerons à la justice, annonça Bob.
- Qu’il en soit ainsi, ajouta l’autre prisonnier. Uther trouvera une sentence bien appropriée.
- Ca va pas la tête ? répondit Chris. Après ce qu’ils nous ont fait subir, il faut les achever !
- Il en est hors de question, trancha Morane. Nous ne sommes pas des monstres de son espèces et malgré ce qu’ils sont, ils ont le droit à un jugement équitable.
- Bon, puisque vous le dites…
Après avoir été libérés, les elfes racontèrent ce qui s’était réellement passé. En effectuant leur enquête au village, ils étaient à la recherche de reliques elfiques qui avaient été volées. Et Morane donna la raison de leur venue.
- Vous cherchiez donc cette relique de Valmar, dit un des elfes. Elle n’appartient donc qu’à vous. Mais pouvons-nous d’abord l’utiliser pour nous rendre dans notre village afin de demander des renforts à Kaël et à ses ninjas ? Nous avons besoin de ses puissants enchantements.
- Vous venez donc d’Utaï, s’écria Justin intéressé. Dans ce cas je veux venir avec vous ! C’est moi qui préviendrai Kaël, je saurai où lui dire d’aller.
- Comme il te plaira, lui répondirent les elfes souriants…
Bob vérifia les équipements de plongée qui avaient été déposés dans la pièce secrète sans avoir été sabotés.
- Quant à nous autres, nous partirons d’ici par où nous sommes arrivés, si Bill et le canot se trouvent toujours à la surface. Dans le cas contraire nous attendrons dans ce temple. Quoi qu’il arrive, nous laisserons nos prisonniers ici en attendant.
Ils quittèrent la maudite chambre, tandis que les elfes examinaient l’artefact.
- Bon, son énergie est à son maximum, grâce à notre mana. Voyons. Il faut tenir la boule de la main gauche et penser au lieu où aller… Vas-y mon enfant.
Justin obéit et pensa à la maison qui les avait hébergés à Utaï. L’orbe sombre apparut, et le garçon se plaça en son centre.
Quelle ne fut pas la surprise de Hayate et sa compagne, tranquillement occupés à boire du thé, de voir apparaître une orbe noire violacée dans leur salon, et d’apercevoir Justin en slip de bain en sortir, en compagnie de deux elfes qu’ils n’avaient plus revus depuis six mois.
- Est-ce que Kaël est par là ? demanda Justin.
- Il vient de nous quitter à l’instant. Tu devrais pouvoir le rattraper dehors. Mais quelle est cette magie ?
- Trop long à expliquer… On a besoin de lui à Garlan, et vite !
- Je vais tout vous expliquer, dit un des elfes. Cet enfant est un peu survolté… mais il sait ce qu’il veut faire.
- Vous deux ! dit Justin. Vous avez besoin de vous reposer. Vous en avez besoin après ce qu’on vous a fait subir. Restez tranquilles, je m’occupe de tout !
- Le pire, c’est qu’il a raison, en plus !
Justin sortit de la maison et put apercevoir le grand elfe blond qu’il cherchait. Il courut vers lui et parvint à l’atteindre.
- Kaël, on a besoin de toi et de ta puissante magie à Garlan ! s’écria-t-il.
- Mon enfant. Calme-toi et explique-toi. Tu es venu ici tout seul ?
Justin raconta brièvement, de manière un peu confuse, comment il était arrivé ici et ce qui s’était passé à Garlan. En lui passant la main sur l’épaule, Kaël finit par répondre.
- Je te crois sur parole. Laisse-moi juste prévenir mes compagnons ninjas, et nous viendrons à votre rescousse !
***
La course acharnée menée par Bill sur son jet ski dura encore une vingtaine de minutes. Aucun de ses poursuivants n’était parvenu à réduire la distance qui les séparait des fuyards. La côte n’était plus très loin, à présent. L’Ecossais dut ralentir pour ne pas s’y fracasser. Une fois sur la plage à proximité de la caverne qui les avait abrités la nuit dernière, il débarqua, toujours avec Jack sur son dos. Huub et Zach, qui n’avaient pas quitté la caverne, se précipitèrent à leur rencontre.
- Mais où sont Bob, Justin est les autres ? s’écria Zach
- Je ne sais pas, répondit Bill. Je serais bien allé les sauver, mais ces enflures ne m’en ont pas laissé l’occasion. J’en conclus donc qu’ils doivent à présent s’être tirés tout seuls d’affaire. Je connais mon Commandant mieux que quiconque…
- Mais que s’est-il passé ? insista le jeune elfe.
Bill ne put répondre, les assaillants avaient eux aussi mis pied à terre ; et l’un d’eux ordonna :
- Vous nous avez échappés très facilement jusque là ! mais maintenant, c’est fini ! Maintenant, rendez-vous, car vous n’avez aucune chance !
Nul ne savait comment réagir.
- Prenez vos arcs ! suggéra Jack.
- Contre toute une armée, tu plaisantes ? lui répondit Huub.
Leurs ennemis s’avancèrent progressivement, prêts à capturer leur prise. Cependant, quelque chose de surprenant se passa. Une orbe noire aux reflets violets apparut sur la plage. Justin en sortit le premier, puis Kaël, suivit de cinq combattants aux traits asiatiques.
- Les amis, annonça le garçon blond. Nous sommes venus vous sauver.
C’était en réalité par pur hasard que lui et les guerriers s’étaient téléportés ici à ce moment précis. Mais ils comprirent rapidement ce qui se passait.
Un des assaillants s’écria à nouveau :
- Sept de plus, c’est tout. Nous sommes toujours une trentaine, et avons l’avantage du nombre. Inutile de jouer au plus fin.
- Vraiment ? fit narquoisement Kaël. Dans ce cas, je vais vous prouver qu’il ne suffit pas d’être plus nombreux…
Kaël composa plusieurs sceaux successivement de ses mains : chat, sanglier, coq, chèvre, dragon, et d’autres encore.
- A présent, regardez derrière vous !
Aucun des adversaires ne parut l’écouter. Un monticule d’eau grandissant s’était formé dans la mer relativement calme. Ce fut seulement au bruit d’eau qu’ils se retournèrent… et constatèrent avec effroi le sort qui avait été lancé. Le monticule avait pris la forme d’un dragon translucide.
- Croyez-vous toujours avoir l’avantage ? demanda le grand elfe.
Les scélérats prirent la poudre d’escampette, mais il était top tard ! L’élémentaire d’eau s’abattit sur eux et les entraîna dans la mer. Kaël savait cependant que son sort n’allait pas noyer ces individus amphibies, mais il voulait juste leur donner une bonne leçon. Les bandits n’étaient que quelque peu assommés, et les ninjas purent tous les récupérer et les ligoter.
Le calme revint, après cette tempête. Zach alla vers Justin et lui demanda où étaient les autres. Il lui répondit qu’ils avaient vécu une grande aventure dans le temple, et qu’ils s’en étaient tous sortis. Bob, Chris, et Quentin ne devraient plus tarder à revenir.
Il ne s’était pas trompé, car le canot à moteur qu’ils avaient loué apparut à l’horizon. On l’attendit de pied ferme. Il accosta, et Bob, accompagné de ses deux jeunes compagnons, débarqua avec trois prisonniers affaiblis. Il s’agissait des deux bandits qui avaient tenté de rattraper Jack et d’un des hommes en jet ski.
Le ménage du village lacustre de Garlan fut on ne peut plus net. On emprisonna les trente complices qui avaient pris Ballantine en chasse, les trois prisonniers que Morane avait ramenés et les trois autres (dont le chef pervers de cette clique) qui étaient ligotés dans le temple englouti. En outre, les ninjas purent capturer dix autres complices au village, aidé des enfants qui avaient hâte qu’un terme soit mis à tout ceci. Ils n’eurent aucun remord à dénoncer leurs parents qui les avaient tant fait souffrir.
Au final, il ne resta qu’une vingtaine d’adultes, ceux qui n’avaient jamais voulu participé aux manigances des leurs… et les enfants du village. Ce fut au tour d’Uther d’être surpris par l’arrivée de l’orbe de téléportation dans son château. On n’eut guère besoin d’un long discours pour le convaincre et il accepta de remplir ses cachots de ces scélérats, en attendant qu’une décision fût prise au sujet de leur sort. Le jeune roi avait lui aussi tant désiré intervenir dans ce village afin d’y mettre de l’ordre, mais les preuves lui manquaient. Toutefois, les ninjas furent déçus de n’avoir trouvé aucune trace de ceux pour qui les bandits travaillaient, leurs pires ennemis : les Yakusas.
Morane fut surpris d’apprendre que leurs ennemis étaient en lice avec cette redoutable mafia japonaise avec laquelle il s’était plusieurs fois confronté par le passé. En aucun moment il n’avait songé, lors de leur capture dans le temple, que c’était pour leur compte que les villageois commettaient leurs forfaits.
Un banquet fut organisé par les villageois restants en guise de remerciement à leur travail. Les héros de l’aventure s’étaient assis l’un à côté de l’autre.
- Bob, tu m’avais dit que vous ne vous mêleriez pas d’arrêter mon père, fit Chris les larmes aux yeux. Et tu l’as finalement fait.
- Oh tu sais. C’est par pur hasard que nous l’avons fait, répondit calmement Morane. Nos chemins se sont simplement croisé et…
- Merci quand même.
- Mais à présent, il va falloir vous trouver un dirigeant apte à conduire ce village sans à nouveau entrer dans la délinquance. Y avez-vous réfléchi ?
- C’est en cours de discussion, mais on ne sait pas encore qui va être le chef.
- Mais ça pourrait être toi, fit Justin sur le ton de la plaisanterie.
S’ensuivit un grand silence.
- Mais bien sûr ! s’écria le père de Jack. Il est déjà le chef de la bande de gamins, il me paraît tout à fait convenir pour ce poste.
Chris ne sut quoi dire, puis hésitant, il finit par répondre :
- Mais je ne suis encore qu’un enfant ! Vous ne pensez tout de même pas…
- En te voyant en compagnie de Jack sous notre toi, j’ai toujours été impressionnée par ton sens parfait de l’organisation, lui répondit la mère. En fin de compte, j’ai toujours pensé que tu étais fait pour diriger notre clan un jour.
- Et tu ne seras pas le seul jeune à avoir du pouvoir. Dans certaines contrées, de nombreux rois ont hérité du trône à ton âge, lui expliqua Kaël.
- En ce qui me concerne, fit Uther, je suis entré au pouvoir à l’âge de quinze ans.
Tous les amis du jeune garçon approuvèrent :
- Oui, Chris, tu es fait pour ça depuis toujours, tu peux le faire.
S’ensuivit à nouveau un long silence. Chris fixa narquoisement Justin.
- T’es vraiment un petit malin toi. Tu vois ce que tu as fait ?
- Je plaisantais, c’est tout !
- C’est ce qu’on va voir !
Par sa force impressionnante pour un jeune garçon, Chris prit Justin dans ses bras, alla jusqu’à l’extrémité d’un ponton, et se jeta avec lui dans l’eau. Tous deux s’affrontèrent joyeusement à la surface de l’eau.
- C’est sûr ! fit Bill, c’est bien un gosse qui ramènera le village sur le droit chemin.
***
Cette nuit-là, tout le village avait dormi comme il ne l’avait pas fait depuis longtemps. A l’exception du jeune Chris, qui n’avait pas pu fermer l’œil de la nuit, en raison du pouvoir qui lui avait été si soudainement confié. Le matin venu, il fit les cent pas sur les pontons. Il vit ses amis elfes qui s’étaient vêtus de leurs tenues elfiques. Tristement, il comprit, et se précipita vers eux.
- Vous n’allez pas déjà partir ? s’exclama-t-il.
- Heu… Oui. Car nous devons rentrer à Alent, expliqua Justin. Nous, les elfes, avons un emploi du temps très chargé. Une fois de retour, d’autres missions nous attendent.
- Mais vous ne pourriez pas rester encore un jour ou deux de plus ? On se connaît depuis si peu de temps. Surtout toi, Justin, après ce que tu m’as fait. Tu pourrais au moins m’aider à diriger mon clan.
- T’en fais pas ! le réconforta Jack qui arrivait par derrière. C’est nous qui t’aiderons. Nous autres, y avons tous pensé. On ne te laissera pas tomber, comme tu ne nous as jamais laissé tomber !
- Essaye de comprendre… fit encore Justin. Mais moi aussi je n’abandonne pas mes amis. Je reviendrai ici quand je pourrai…
- Si tu le dis… Mais tu tiens ta promesse !
- Nous pouvons te téléporter si tu veux rendre visite à Jaina pour qu’elle s’occupe de l’effacement de tes motifs tribaux, lui proposa Bob.
- Peut-être, mais pas dans l’immédiat. Maintenant que je leur dois la vie, j’hésite franchement à les effacer.
- Mais garde-les ! fit Jack. Je t’ai toujours qu’ils t’allaient à ravir !
Après s’être dit au revoir, Morane, Ballantine et les jeunes elfes s’apprêtaient à sortir du village quand Zach arrêta leur allure.
- Attendez, on a oublié de rendre les équipements de plongée et le canot à moteur. Il faut retourner à la boutique !
- Zut, fit Morane, je l’ai complètement oublié celui-là… Mais pas de quoi fouetter un chat. Je vais dire à nos amis ninjas de s’en charger, et de l’arrêter.
- Mais non ! fit Zach. J’ai laissé mon précieux talisman en garantie ! Il faut absolument que je le récupère, c’est mon père qui me la donné ! C’est tout ce qu’il me reste de lui !
- Ah, c’est très malin ! répondit l’Ecossais. Tu as donc confié ton précieux bijou à un fourbe !
- Je sais… mais c’était le seul moyen de nous procurer de quoi explorer les ruines. Sinon, vous n’auriez pas pu faire tout ce que vous avez fait !
Bob réfléchit quelques instants, puis conclut :
- Voilà ce que vous allez faire : vous allez vous y rendre, et amener l’équipement par vous-mêmes. Prenez la relique avec vous aussi. Une fois là-bas, ouvrez un portail menant jusqu’au village. C’est par là que vous reviendrez et que les ninjas, que j’aurai au préalable prévenu, se chargeront de la besogne.
***
Le tenancier, occupé à fumer tranquillement son cigare, sursauta en voyant les enfants débarquer sur son ponton, avec la totalité de l’équipement en mains.
- Bonjour, fit Zach. Vous voyez, nous nous sommes amusés comme des fous et n’avons rien cassé !
- Félicitations les enfants, répondit-il avec un sourire forcé. A présent, vous pouvez disposer… Je m’occuperai de tout ranger.
- Maintenant, pouvez-vous me rendre mon talisman ? demanda tranquillement Zach.
- Le talisman, bien sûr…
Il fit mine de retourner dans sa boutique, puis se retourna.
- Il y a un petit problème. Un individu désirant louer des équipements, a aperçu cette relique, et a voulu l’acheter à tout prix. J’avais pourtant refusé, mais la somme qu’il m’a offerte… je n’ai pu résister…
- COMMENT CA ! explosa Zach.
- Je suis vraiment désolé, mon enfant… Mais les millions sont toujours là, prends-les en échange.
- Il en est hors de question ! Je veux mon talisman ! C’est un héritage de famille !
- Je t’avais pourtant bien dit de ne pas céder ton pendentif ! lui fit remarquer Huub.
Mais Zach ne l’écouta pas.
- Vous mentez, j’en suis sûr ! Vous savez très bien que vous l’avez toujours !
- Il suffit, sales mioches. Je propose un arrangement et vous osez le refuser. Ah, ces elfes !
- Laisse tomber ! le consola Justin. J’ai une meilleure idée.
Tandis que le tenancier retournait dans sa demeure, Justin alla derrière la maison, assez loin… et fit apparaître une orbe violacée. Il y disparut durant quelques minutes, et revint accompagné de… Bill Ballantine, suivi des ninjas.
Zach retrouva le sourire. « On va voir si le type fait toujours le fanfaron, » pensa-t-il.
- Zach, appela Bill, viens avec moi ! Tu lui reposeras poliment la question et j’insisterai à ma façon.
Le tenancier soupira en voyant les enfants entrés dans la boutique.
- Je vous ai pourtant dit que je ne voulais plus vous voir ! Vous perdez votre temps !
- Nous ne partirons pas d’ici sans mon talisman. C’est un cadeau de mon père.
- Si tu tenais tant à ton joyau, tu aurais du y réfléchir avant …
- Non, parce que vous m’avez promis que vous le rendriez en échange de tout l’équipement.
- Je n’ai rien promis du tout !
L’Ecossais entra à son tour et vint au comptoir.
- Mon vieux ! Fais ce que ce gamin te demande ! ordonna Bill d’un ton ferme. Rends-lui son talisman, ou je me fâche tout rouge !
- Heu, monsieur… Je l’ai déjà dit… le talisman n’est plus ici…
- Non, votre nez s’allonge démesurément ! Rendez-nous ce joyau, sinon…
Bill montra ses poings, ce qui intimida sérieusement le marchand.
- Vous avez gagné, le talisman se trouve encore ici, mais pas pour longtemps… J’ai menti, mais il y avait du vrai dans mes mensonges… En fait, la vente est en cours de négociation… en bas dans la cave… c’est mon frère qui s’en charge… mais sachez seulement que ce talisman, vous ne l’obtiendrez jamais !
- Bien… Vous vous êtes finalement montré docile, mais les crapules de votre genre… méritent ce qu’elle méritent…
Bill fit signe aux ninjas d’entrer et leur demanda de saucissonner le scélérat. Ce qui se fit sans tarder. Puis tous se dirigèrent derrière le comptoir, puis dans la cave par les escaliers. Le sous-sol de la maison était un petit caveau, mais suffisamment grand pour permettre à quatre individus de converser ensemble. L’un d’entre eux ressemblait au malandrin précédent ; il portait les mêmes tatouages indiquant qu’il s’agissait bien de son frère. Les trois autres étaient de personnages de la cinquantaine, aux traits asiatiques. Un détail sauta aux yeux des compagnons. Tous avaient au moins une phalange manquante, ce qui indiquait leur appartenance aux Yakusa. Le frère tenait le joyau de Zack dans ses mains, tandis que l’un des mafieux s’affairait à remplir un chèque d’une banque suisse. Tous se retournèrent aux paroles de l’Ecossais.
- Vos manigances sont finies ! Je vous ordonne de nous rendre ce pendentif ! Il ne vous appartient pas !
- Rien que cela ? répondit mécaniquement le Yakusa. Ah, vous êtes des elfes ! C’est donc vous qui avez causé la perte de nos précieux alliés ?
- Vous êtes donc en même temps responsables de la perte de plusieurs millions de dollars par an ! poursuivit un autre. Vous avez ainsi démantelé Garlan, mais croyez-nous, vous ne parviendrez jamais à démanteler notre puissante organisation, vous les elfes !
- Cela n’est pas dans nos projets, répondit Bill. Nous voulons juste de récupérer ce qui appartient à ce gamin !
- Ce joyau est notre seule contrepartie à notre gigantesque perte. Nous en avons donc grand besoin ! Il nous appartient !
Les Yakusa empoignèrent chacun un pistolet, dans le but de tenir les elfes en respect. Mais des Shuriken volèrent et finirent leur cours sur les pistolets, que les mafieux lâchèrent aussitôt. Ils provenaient des ninjas qui avaient fait irruption à leur tour. Aucun des scélérats ne fut assez rapide pour ramasser son arme, car les ninjas se précipitèrent sur eux, et donnèrent des ordres en japonais, dont leurs ennemis se moquèrent. Ils prirent leurs jambes à leur cou et coururent à travers… une paroi. Les ninjas ne purent faire autant : le mur était réel !
- Xssô ! Ils nous échappent encore !
Le frère du scélérat fut attrapé et ligoté à son tour. Bill prit le talisman et le posa au creux de la main de Zach.
- Voilà, petit. Ces crapules sont vaincues et n’ont pas pu faire disparaître ton trésor !
Zach acquiesça en guise de remerciement. Les guerriers examinèrent attentivement la cave et conclurent :
- Nos ennemis sont diaboliquement rusés, ils ont créé un portail qu’ils sont les seuls à pouvoir emprunter. A présent vous pouvez tranquillement rentrer chez vous. Nous nous occuperons des prisonniers et de cette maison qui sera désormais sous notre contrôle. Nous vous remercions du plus profond du cœur pour votre aide.