Chapitres 1 à 4

Bob Morane

Les reliques du démon



I


La taverne du Chasseur était située dans un village aux ruelles mal éclairées la nuit. Le réfectoire de ce bâtiment, modérément rempli, était un lieu plutôt sombre, car éclairé aux lampes à pétrole et aux bougies. Les murs, peints en blanc, mais qui s’étaient assombris avec le temps, étaient décorés d’armes en tous genres, de l’épée aux vieux fusils de chasse, en passant par les arcs. Les clients assis autour des tables rondes savouraient des mets composés pour la plupart de gibiers, tels que sanglier, chevreuil, lièvre ou faisan, tout en conversant avec leurs compagnons. Rien ne semblait autrement inhabituel.

A une table, située à proximité d’une paroi, un personnage aux cheveux noirs en bataille (qui, en temps normal, auraient dû être courts, coiffés en hérisson) et au corps robuste, ne se distinguait pas des autres occupants de la taverne.

- Hector, dit-il à son compagnon, situé en face de lui. Es-tu sûr que c’est ce fusil datant du 18e siècle, que nous devons obtenir ?

- Il ne fait aucun doute, c’est bien une relique de Valmar : je sens son énergie en émaner.

L’individu qui venait de lui répondre était un étrange personnage fort sympathique, aux longs cheveux châtains et aux yeux bleu-vert.

- Mais comment cela est-ce possible ? Cette arme n’existe que depuis quatre siècles, et les reliques devraient dater de plusieurs millénaires…

- Je ne puis t’en donner la raison.

- Si nous nous en emparons à la vue de tous, je doute fort que le tenancier apprécie, ajouta une voix bourrue. Et l’on viendrait nous chercher des noises. Mais nous sommes habitués à ce genre de situation.

C’était un géant aux cheveux roux qui venait de prendre la parole.

- Bill, ce n’est pas le moment de montrer ta ressemblance avec Robert le Bruce ! Commençons par proposer une offre à l’amiable à notre aubergiste.

- Argh, je vous interdis de vous moquer de mes ancêtres, commandant !

- J’ai aussi pensé à cela, Bob, dit Hector sans tenir compte de l’intervention de l’Ecossais. Mais as-tu pensé à la façon dont tu vas t’y prendre ?

- Oh, j’ai l’habitude de ce genre de situation…

Puis Morane exposa brièvement son plan à voix basse. De toute façon, les autres clients ne prêtaient aucune attention à eux.

Quelques instants plus tard, le Français se leva et se dirigea vers le comptoir.

- Monsieur, fit Bob, cela fait maintenant plus d’une heure que je suis ici et que j’admire les armes qui sont accrochées sur les murs. Sont-elles à vous ?

- Bien évidemment, répondit l’aubergiste, c’est un héritage de ma famille depuis de nombreuses générations. Nous étions des chasseurs de gibier.

- Je vois, je suis moi-même un passionné d’armes de collection, et l’un de vos fusils m’intéresserait.

- Lequel est-ce ?

Morane désigna la pièce en question, mais l’aubergiste secoua la tête.

- Impossible : toutes ces armes sont un héritage de ma famille. D’ailleurs, ce fusil m’est le plus précieux ; en aucun cas, je ne vous le laisserais.

- Allons donc, je vous en offre plus d’une cinquantaine de fois sa valeur. Qu’en dites-vous ? Ecoutez, je suis votre ami, et je…

- Je ne céderai en aucun cas, alors retournez à votre place !

- Bon, d’accord…

Le Français obéit et s’en retourna bredouille, tandis que l’aubergiste soupirait :

- Argh, que ces elfes sont arrogants !

Après avoir regagné sa chaise, le Français ne put s’empêcher d’observer le fusil à plusieurs reprises : c’était une magnifique arme de combat, dont le manche était serti de pierres semi-précieuses. Ce fut là qu’un détail sauta aux yeux de Morane : un des béryls violacés, le plus gros, semblait avoir des inscriptions gravées, qu’aucune des autres gemmes ne possédait. Bob signala alors le détail à son ami elfe, qui répondit :

- Ainsi donc, ce n’est pas le fusil qui est la relique, mais seulement cette gemme ! Voilà qui est plus logique, à présent. Laisse-moi maintenant observer cela de plus près.

Hector se leva et scruta la pierre.

- Il ne fait aucun doute, confirma-t-il. C’est bien de ce béryl que provient l’énergie que je sens. Nous n’avons donc besoin que de celui-ci.

- Un détail me frappe encore, poursuivit Morane. L’aubergiste prétend avoir hérité d’armes de chasse. Or ce sont bien là des armes de combat.

- C’est bien la preuve que les habitants de ce village perdu sont loin d’être les plus honnêtes que nous pouvons rencontrer. Si nous ne pouvons nous emparer de ce fusil de manière courtoise, nous tenterons de dessertir ce joyau en toute discrétion. Nous ne sommes pas des voleurs, mais les circonstances actuelles ne nous en laissent pas le choix.

- C’est un peu risqué, commandant, intervint Bill. Vous êtes les seuls debout et tout le monde peut vous voir.

- Bill, cela est vrai dans un certain sens. Mais ces gens ont plutôt l’air de s’être noyés dans les nombreux pichets de vin qu’on leur a servi. Leurs réactions ralenties nous laisseront un certain temps.

En effet, nul ne s’était aperçu des occupations des compagnons. Pour l’instant, ils n’avaient pas encore entrepris le dessertissage de la gemme. Cependant, la voix de l’aubergiste s’éleva :

- Vous, les elfes, vous vous croyez tout permis ? Quand je dis non, c’est non !

- Nous n’avons pas l’intention de vous prendre ce fusil, nous ne faisons que l’étudier ! mentit Hector.

- Ce n’est pas parce que vous êtes des elfes qu’il faut vous croire plus malins que nous les humains ! Vous ne pouvez nier vos actes ! Chers clients, nous avons là trois voleurs aux oreilles pointues ! Attrapez-les !

C’est alors que tous les occupants de la salle, sans exception, se levèrent et se ruèrent sur les compagnons.

- Commandant, je vous l’avais pourtant bien dit…

Bob et Bill esquivèrent sans mal les clients qui chargeaient, et leur réponse fut on ne peut plus précise. Trois assaillants furent frappés au plexus solaire, alors que deux autres étaient projetés sur des tables par les bons soins de l’Ecossais. La rixe ne les faisait cependant pas souffrir, tant les attaques de leurs adversaires étaient pitoyablement maladroites. Quant à Hector, il était resté en retrait, occupé à s’emparer de la vieille arme à feu. Après cela, il lança un sort d’étourdissement aux ivrognes pour venir en aide à ses amis. Le tenancier, effarouché par la force incroyable de ses voleurs, se précipita hors de la taverne, dans la rue, et cria :

- Azazel ! Des forbans elfe se sont permis de semer la pagaille dans ma taverne et m’ont volé mon précieux…

- Je m’en occupe, répondit une voix glacée.

Sans se préoccuper des évènements à venir, les trois compagnons elfes se précipitèrent à leur tour dehors et virent, non loin du tenancier, un être grand et filiforme, aux longs cheveux noirs de jais.

- Vous ne vous en tirerez pas ainsi ! reprit ce dernier de cette même voix cauchemardesque.

- Un elfe noir, s’exclama Hector, fuyez, mes amis !

Bob et Bill comprirent aussitôt, et prirent leurs jambes à leurs cous ; mais il était déjà trop tard. L’elfe impie lança un sort aux deux fuyards, qui se mirent à tituber, perdirent l’équilibre et tombèrent. Ce fut pour eux une expérience sans conteste peu enviable, car pour eux, la chute sembla durer plus d’une heure, et le quartier sombre qui les entourait était devenu flou et semblait osciller.

Cependant Hector avait esquivé le sortilège et avait riposté par une boule de feu. Il savait, en effet, que ces créatures ne supportaient pas le feu. L’elfe noir s’enfuit la queue entre les jambes, les vêtements enflammés.

Le calme était revenu dans la rue, mais Hector imaginait bien que cela n’allait pas durer. Il se dirigea vers une fontaine et aspergea d’eau ses compagnons, qui reprirent connaissance.

- Qu’est-ce que c’était, comme sorcellerie ? demanda Bill. Je voyais le monde disparaître de lui-même…

- Je t’expliquerai plus tard, lança Hector. Pour l’instant , quittons ce village maudit.

Ils sortirent alors du village et se dirigèrent vers la forêt par les sentiers battus. Hector ne s’était pas trompé : d’autres individus s’étaient lancés à leur poursuite. Cependant ils se trouvaient à une centaine de mètres derrière les fuyards. Bob eut une idée :

- Bon, puisque c’est comme ça, on va leur rendre leur fusil.

- Oui, mais sans la pierre, précisa Hector.

Le Français sortit un couteau suisse de sa poche et descella la gemme qui les intéressait. Quant il eut terminé, les assaillants ne trouvaient plus qu’à une vingtaine de mètres derrière eux. Mais la forêt était en pente et les trois fuyards les surplombaient. Bob s’écria :

- Bon, vous voulez absolument le reprendre, alors, nous vous le rendons !

Il leur lança le fusil décoré et celui-ci fut aussitôt ramassé. Avant que les assaillants ne se soient remis de leur étonnement, les trois compagnons s’enfuirent de plus belle dans les bois. Ce que leur nyctalopie leur permettait, contrairement aux poursuivants, qui devaient s’éclairer à la lanterne et avaient un champ de vision réduit dans la nuit. Pour cette raison, ils durent se résigner à battre en retraite.


II


Le lendemain matin, les trois compagnons s’en retournaient à leur village d’Alent. En chemin, ils avaient passé la nuit dans une autre petite auberge, qui leur avait semblé bien plus honnête que la précédente. Bob avait demandé.

- C’était quoi, cet elfe noir ?

- Ce sont des individus de notre race qui se sont regroupés en clans depuis plusieurs siècles et qui sont rompus à la magie noire, expliqua Hector. Ils ont toujours servi leurs propres intérêts, mais sont fort heureusement peu nombreux de nos jours. Il est donc plutôt rare de les rencontrer.

- Je souhaite que tu aies raison, glissa Bill. Je n’ai sincèrement pas envie de retourner une fois de plus dans ces vaps infernaux.

- Nous n’oublierons pas de glisser cette gemme dans la boîte en plomb que nous avons confectionnée, conseilla Bob.

- Si tu es sûr qu’elle ne pourra pas être détectée ainsi…

- Mais si, je te l’assure, les énergies que tu ressens ne sont autres que des ondes électromagnétiques, j’en suis persuadé. Les parois de plomb font un excellent écran face à elles en les absorbant.

- Bien, qu’il en soit ainsi.


***


- Mon cher ami, ton intuition était excellente ; en effet, les vibrations de ce joyau ne me parviennent plus.

Celui qui venait de parler était un elfe à l’apparence d’un jeune humain de 25 ans ; il avait de longs cheveux châtains soyeux et était fort sympathique. Il répondait au nom de Nathan, et il était chargé, dans le village, de la formation des jeunes elfes au combat.

- Alors, fit joyeusement un petit garçon blond ayant dépassé la dizaine d’années, ça veut dire que moi et mes amis, nous pouvons partir d’ici, à la recherche de l’artefact du littoral de Garlan.

- C’est exact, mais je préférerais que tu partes plutôt dans trois jours : je voudrais t’apprendre encore un sort.

- Bon, d’accord, mais je me réjouissais tellement…

L’enfant qui venait de parler était Justin, le fils d’un ami de Bob Morane. Voilà une dizaine de jours, il lui était arrivé une aventure formidable qui l’avait entraîné dans ce village, où il fut transformé en elfe. Fort heureusement, Bob Morane se trouvait dans la région et l’avait rejoint, en emmenant ses amis, bien sûr. Pour espérer revenir sur Terra, ils devaient résoudre le problème du chef du village qui refusait de les laisser repartir. De plus, leur amitié pour les elfes les avait d’ailleurs poussés à rester, car ils désiraient leur venir en aide. L’acquisition d’un objet au mystérieux pouvoir d’invisibilité leur avait cependant permis de retourner dans leur monde, mais c’était uniquement pour y chercher des affaires et permettre à Bill Ballantine d’entrer en action. Leur objectif actuel était de devancer Shaddar, le maître impie des elfes, dans la quête aux reliques que ce dernier désirait s’approprier pour quelque dessein obscur. Il leur restait à présent deux des sept reliques à quérir.

- Le simple fait de voir un enfant capable de manier l’épée et d’accepter des missions comme celle-ci m’impressionne, fit Morane. Lui, si jeune…

- Mais les enfants peuvent posséder un potentiel que vous, les humains de votre monde, avez tendance à sous-estimer, expliqua Nathan. C’est d’ailleurs à cet âge qu’ils doivent le développer. Toutefois, le cas de Justin est particulier : son talent est particulièrement élevé, ce qui explique pourquoi nous nous sommes intéressés à lui.

- Je voudrais tellement que mon copain de classe Quentin soit avec moi en ce moment, dit Justin, et qu’il participe à cette quête…

- Justin, essaye de comprendre : ton ami est un enfant qui n’a pas ton potentiel. Le former est possible, mais cela me prendrait beaucoup plus de temps qu’avec toi, qui a pu assimiler mes enseignements en seulement quelques jours. De plus, les circonstances actuelles ne m’en laissent malheureusement pas le temps.

- C’est bon, j’ai compris… répondit tristement Justin.

Ce dialogue ne faisait qu’augmenter la détermination de Morane à venir à bout du problème. Certes, Justin était heureux de cette nouvelle vie et s’était fait d’excellents amis chez les elfes, mais il s’était brutalement retrouvé séparé des amis de son village natal, qu’il connaissait depuis longtemps. Il se demandait toutefois comment il allait pouvoir retrouver ses habitudes.


***


La rencontre avec Justin, transformé en elfe, avait particulièrement perturbé Quentin. Il eut du mal à dormir les deux nuits suivantes. Ses parents lui avaient à plusieurs reprises demandé ce qui lui arrivait, mais Quentin s’était contenté de répondre qu’il avait été choqué par une émission sur la scarification en Afrique, qu’il avait vu quelques jours plus tôt. Il se demandait comment on osait faire cela sur de petits enfants en bas âge. Ses parents lui répondaient simplement que c’était normal et que cela ne faisait pas très mal. En réalité, Quentin ne tenait aucun cas à rompre le pacte qu’il avait conclu avec son ami, à savoir de tenir secrète son incroyable aventure. En outre, Quentin désirait tellement l’y rejoindre…

La nuit suivante, le jeune garçon avait nettement mieux dormi, mais il avait vu dans un rêve (alors qu’il était simplement en train d’y piloter des voitures en modèle réduit radiocommandées), une jeune femme étrange lui avait demandé d’aller à un endroit particulier. Quentin ne put cependant dire si cela avait un sens ou non. Il demeura perplexe durant la matinée, puis dans l’après-midi. Après le repas, il prit la décision de se rendre à cet endroit qui, comme il l’avait compris, ne se trouvait pas loin du village. Il demanda alors l’autorisation à ses parents :

- C’est bien, répondit sa mère, va prendre l’air. Tu n’as pas l’air d’aller bien, depuis trois jours. Ah, je suis sûre qu’il y a quelque chose d’autre qui te traquasse bien plus que ce documentaire sur l’Afrique… Tu ne veux pas m’en parler ?

- Non ,maman, c’est bien cette émission ignoble. Puisque je te le dis…

- Bon, vas-y, sors.

Alors, l’ami de Justin enfila une grosse veste et des basquets montantes et se retrouva au-dehors. Quentin n’eut aucune peine à trouver le bon chemin, par les sentiers enneigés, en direction de l’endroit qu’il avait vu en rêve ; tout lui semblait étrangement clair, quant aux indications de la mystérieuse jeune femme. Il trouva alors une paroi rocheuse qu’il reconnut. Aucune autre indication ne lui demandait d’aller plus loin. Il scruta alors les environs, mais sans trouver quoi que ce fut d’insolite. Il finit alors par en conclure :

- Ce n’était donc qu’un rêve, il n’y a rien ici. Mais cette bonne femme ressemblait tellement à…

Quentin s’assit alors sur un petit rocher, et y resta pendant une dizaine de minutes, jusqu’à ce qu’il prît la décision de rebrousser chemin. Il se releva, fit quelques pas… mais s’arrêta lorsqu’il entendit les rochers bouger derrière lui.


III


Un jour s’était écoulé depuis le retour de Bob Morane et de ses compagnons au village d’Alent, la relique en poche. C’était une nouvelle journée d’entraînement pour Justin, qui était désormais capable de lancer de ses mains de petites boules de feu et de petits éclairs, certes peu puissants.

- Je suis en train de me transformer en personnage de Final Fantasy ! se disait-il joyeusement.

La journée touchait à sa fin, et comme les jours précédents, Justin, fatigué de son entraînement, faisait plusieurs fois le tour du village avec Zach et Huub, partageant beaucoup de discussions intéressantes. Peu après, ils retrouvèrent Hector et Morane sur le belvédère.

- Les enfants, fit Morane, de quel droit vous permettez-vous de guetter nos conversations ?

-Hé, on a aussi le droit de savoir ce que vous voulez faire. Nous sommes tous dans le même pétrin ! s’exclama Justin.

- C’est exact, ajouta Hector. Ces enfants ont du cran et le voyage qui les attend dans deux jours n’est pas forcément de tout repos.

- Soit, lança le Français, mais je trouve qu’on ne devrait pas les laisser seuls. N’envisagez-vous pas qu’ils puissent être tués par une quelconque créature ?

- Bob, Huub est avec eux. Cet adolescent a plus d’un tour dans son sac et aidera ses coéquipiers du mieux possible, il est bien expérimenté.

- Bob, arrête de toujours t’inquiéter pour moi. Tu ne connais pas notre force ! ajouta le garçon blond.

Leur conversation fut interrompue par les cris d’un autre enfant en pleurs.

- Hé, lâchez-moi, je n’ai rien fait !

- La ferme, petit insolent ! gronda une voix à l’accent germanique.

La réaction de Bob et de ses compagnons fut immédiate, car ils accoururent à l’endroit d’où provenaient les cris. C’est alors qu’ils aperçurent les deux gardes du portail entre les deux mondes, Helmut et Jürgen, qui emmenaient de force un jeune garçon du même âge que Justin. L’un des deux le tenait par une oreille.

- Mais, c’est Quentin ! s’exclama Justin, surpris.

- Tu en est sûr ? lui demanda Hector.

- Parfaitement !

Hector et Morane s’élancèrent, furieux, en direction deux ex-nazis.

- De quel droit vous permettez-vous de séquestrer un enfant innocent de l’autre monde !

- Ach, Hector, tu n’as pas idée de ce qu’il faisait devant le portail, il allait violer le secret de notre existence.

- Foutaise, répondit violemment le Français, nous n’avons aucune raison de cacher le secret de ce monde, trop d’hommes le connaissent déjà. Helmut, lâche cet enfant tout de suite.

- Ach, vous me dites « tu » ?

- Lâche cet enfant maintenant, monstre !

- Vous osez vous insurger. Notre maître vous fera payer très cher votre insulte !

- Shaddar est parti hier soir et n’est toujours pas revenu. Vous n’avez aucune raison de vous défiler ! gronda Hector.

- Quelle aubaine ! Quand notre chef s’absente, nous avons tous les droits ! Nous allons garder ce polisson chez nous.

- Cet enfant nous appartient, cria encore Hector. S’il est venu ici, nous lui ferons intégrer note race et le formerons comme tous les autres !

- Pas question, à ce train-là nous serons bientôt surpeuplés. Nous allons le garder dans notre cave et le découper en petits morceaux que nous rôtirons à petit feu… Ouch…

Helmut avait reçu un uppercut en plein visage, mais il se releva aussitôt. Une rixe s’ensuivit entre Bob, Hector et les nazis. En plein combat Morane s’écria :

- Bill, j’ai besoin de toi !

Durant ce temps, Bill Ballantine était occupé à siroter de l’hydromel bien sec en compagnie d’Alia. Cependant, quand il entendit que l’on se battait au-dehors, il sortit pour y voir de plus près. Quand il put voir la scène, il se mit en devoir d’aider son compagnon.

- Avec plaisir, commandant !

Contre deux adversaires de la même taille qu’eux, les ex-nazis avaient pris un net avantage, mais il en fut tout autrement à l’intervention de l’Ecossais, qui les terrassa en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire ! Les nazis se relevèrent, titubant.

- Ach, vous n’avez pas idée de ce qui se prépare. Quand tout sera prêt, vous regretterez d’exister !

Sans se préoccuper de cette dernière phrase, Bob et Bill immobilisèrent les deux vilains pistolets, tandis qu’Hector allait chez lui prendre de la corde. Il revint pour les saucissonner dans les règles de l’art.

- Mes deux vilains cocos, fit narquoisement Morane, vous resterez attachés devant cette fontaine, le temps qu’on puisse vous livrer à Uther. Mais sachez que vous mériteriez encore mieux que cela, que l’on vous livre aux autorités israéliennes.

Morane s’approcha du petit garçon que les nazis détenaient. Celui-ci était assis au sol, la tête repliée contre les genoux.

- Tu es bien Quentin ?

L’enfant fit oui de la tête. Morane savait que sous le choc, il ne pourrait parler dans l’immédiat.

- Viens, n’aie pas peur, je vais t’amener auprès de Justin.

L’enfant sembla se rassurer en entendant ce prénom. Bob l’emmena sur ses talons auprès des jeune elfes qui s’étaient tenus en retrait durant le combat. Quentin se précipita dans les bras de Justin dès qu’il le vit.

- Quentin, tu n’as rien ? Viens, on rentre chez Alia…

- Exactement, fit Morane. Justin, tu es le seul à le connaître, tu es donc le seul à qui il pourra parler, le temps qu’il se remette. Réconforte-le et dis-nous après ce qu’il a vécu.

- No problem !


IV


Une fois dans leur chambre, chez Alia, Justin et Zach avaient couché Quentin sur un des lits.

- Justin, je suis si heureux de te retrouver !

C’était la première phrase qu’il put dire après son effarouchement.

- Moi aussi ! répondit joyeusement Justin. Ça va ? Tu peux me dire comment tu es arrivé ici ?

- Oui, je crois…

Alors, Quentin raconta comment il avait vu l’endroit du portail en rêve. La jeune fille qui le lui avait montré ressemblait beaucoup à celle qu’il avait vu en rêve en compagnie de Justin à deux reprises.

- Alors c’était bien elle ! fit Zach Elle veut vraiment que vous soyez les deux ensemble, si je comprends bien. Mais alors, comment tu as pu entrer, si le passage était fermé ?

- Il était fermé, j’avais même, pour finir, après y être resté un bon quart d’heure, décidé de rentrer chez moi. C’est alors que j’ai entendu les rochers bouger. J’ai vu qu’une caverne était apparue et ces affreux vilains en sortir. Il m’ont demandé pourquoi je traînais là, ils me faisaient peur. Je leur ai répondu que je me promenais tranquillement, mais ils ne m’ont pas cru et m’ont engueulé en disant que je cherchais à violer le secret de l’existence des elfes. J’ai essayé de fuir, mais ils m’ont rattrapé, et voilà comment je suis arrivé ici. Mais je te jure, un des gros lards me tenait par les oreilles, ça faisait horriblement mal. C’est comme dans les vieilles bandes dessinées.

- Bien sûr, ce sont des Allemands qui ont vécu avec Hitler. C’est ce qu’ils ont dû subir quand ils étaient enfants. A propos d’oreilles, les tiennes ne sont pas encore en pointes, il faut tout de suite arranger ça !

- Alors, je vais aussi être transformé en elfe !

Justin lui lança un de ses larges sourires. Puis il descendit de la chambre.

- Dis Alia, je vais juste un moment chez Nathan et Hector. Tu pourrais préparer la fameuse potion pour Quentin ?

- Pas sans l’autorisation de Hector, tu dois le lui demander !

Justin sortit au pas de course de la maison et se dirigea vers ses compagnons adultes.

- Bob, il m’a tout dit.

- Très bien, fiston ! s’exclama Morane.

Justin rapporta dans les moindres détails l’aventure de son camarade.

- Maintenant, Hector, est-ce qu’on peut le transformer en elfe ?

- Justin, lui répondit Bob, je crois plutôt qu’il vaut mieux qu’on le ramène chez lui, dans l’autre monde.

- Non, il n’a pas fait tout ce chemin pour qu’on le ramène ! Il s’ennuyait de moi…

- Tu te souviens de ce que t’a dit Nathan hier, il n’est pas aussi prometteur que toi, essaye de comprendre…

- Surtout, c’était Sheila qui lui a demandé de venir ici…

- Cher ami Bob, intervint Hector, si Sheila en a voulu ainsi, ce n’est pas sans raison : elle voit sûrement un rôle important pour Quentin.

- Qu’est-ce qui te fait dire qu’elle a forcément raison : son charisme, sans doute ?

- Bob, rajouta Nathan. Cela se voit, qu’elle n’a pas encore pénétré ton esprit. Ne tire pas des conclusions trop hâtives. Je formerai cet enfant, comme mes autres élèves, même si cela doit prendre du temps. Si Quentin a de la volonté, cela ne serait en aucun cas impossible.

- Merci, Hector. Merci, Nathan, s’exclama Justin.

- D’accord, Justin, fit Morane, à court d’arguments. Maintenant, occupe-toi de ton pote et après, va te coucher. Il se fait vraiment tard. Un enfant de ton âge a besoin de sommeil.

Justin fronça les sourcils dans sa direction.


***


Le lendemain, ce fut à nouveau un temps ensoleillé qui réveilla le village d’Alent. Chacun de ses occupants se remit à ses occupations habituelles. Les deux ex-nazis avaient été livrés à Uther par les bons soins de Hector et de Maya. Le jeune Quentin semblait s’être bien remis de ses émotions, après avoir dormi en compagnie de Justin et Zach. Après avoir pris leur petit-déjeuner, Justin et Zach s’étaient remis à leur entraînement. Ils devaient, ce jour-là, couper des rondins de bois avec leur épée. Dans un premier temps, Quentin les regarda faire, puis des larmes apparurent sur ses joues.

- Justin, je comprends maintenant comment tu es devenu aussi habile, mais tu l’as fait seulement en 4 jours…

- Une douzaine de jours, rectifia Nathan, tes camarades ne te l’ont peut-être pas expliqué, mais le temps s’écoule quatre fois plus lentement, en ce monde. Ne désespère pas, essaye à ton tour.

Le garçon blond passa son épée à son ami, qui imita son exercice. Son mouvement fut toutefois assez maladroit et il planta la lame à mi-profondeur.

- Ce n’est pas grave, réessaye.

Il fallut une dizaine de nouvelles tentatives pour couper le morceau de bois en deux.

- T’en fais pas, Quentin, j’en étais au même niveau que toi, lorsque je suis arrivé ici, l’encouragea son ami.

- Cela est certain, confirma Nathan. Cependant, Quentin, sache que je ne pourrai pas t’apprendre aussi rapidement qu’à ton ami, tu devras donc faire preuve d’une grande persévérance pour y arriver. Aujourd’hui, je voulais simplement te montrer certaines techniques basiques avec les épées et les arcs, mais comme il se dit, Rome ne s’est pas faite en un jour.

L’enfant ne trouva rien à redire, tandis que Justin ajouta :

- Ça veut dire qu’il ne pourra pas m’accompagner.

- Je crains que tu n’aie pas tord.

- Mais il va s’ennuyer, si on est séparés pendant plusieurs jours… Non, attends… Si, mon copain ne sait peut-être pas encore se battre, mais il fait partie des Scouts, et il à une assez bonne expérience en pleine forêt, il pourrait nous être utile.

- Que veux-tu dire, mon enfant ?

- Je fais maintenant partie des éclaireurs et j’ai fait plusieurs camps, poursuivit Quentin.

- De quoi tu parles ? demanda Zach.

Quentin expliqua en quoi consistait ce groupement de jeunesse et tous comprirent.

- Je comprends, on t’a appris à survivre en pleine forêt, ça pourrait nous être utile. Mais tu ne connais rien aux créatures magiques qu’on pourrait rencontrer.

Nathan réfléchit un moment…

- Justin, tu es espiègle. Tu as encore trouvé un bien solide argument… Je pense que Quentin ne sera pas de trop dans votre quête. Mais je prendrai une position plus précise lorsque je me serai entretenu avec ton ami sur ce qu’il pense.

Nathan laissa de côté l’entraînement de ses élèves pour la journée et conversa avec Quentin pendant plusieurs heures. Vers la fin de l’après-midi, Quentin revint vers ses amis.

- Il est excellent, ce Nathan, fit-il joyeusement. Il ne sait rien sur notre monde et tout ce que je disais l’intéressait. Je lui ai fait quelques démonstrations sur ce qu’on m’a appris, et maintenant, il tient absolument à ce que je vous accompagne !

- Super s’exclama Justin.

La journée se termina sans événement particulier. Quant à Bob Morane, il ne put rien trouver à redire sur la décision de Nathan. « Après tout, jamais deux sans trois » avait-il répondu. Mais le soir venu, en discutant avec Bill et Sophia, il annonça qu’il était déterminé à ne pas laisser ces aventuriers en herbe seuls et qu’il pensait les accompagner incognito.

Cependant, Shaddar, le chef du clan d'Alent, et ses deux autres sbires, brillaient par leur absence depuis maintenant deux jours. Aucun des compagnons ne semblait s’en soucier : après tout, quelle aubaine…



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