What's happen ?
2. What’s happens ?
27 septembre 1998, 7h33, Raccoon City
Lorsque je repris mes esprits, je mis un certain temps avant de me souvenir de ce qui s’était passé. Distrait que j’étais par mes lugubres pensées, mon aiguisé 6e sens n’avait pu me prévenir. Au moment où je traversais le carrefour, la voiture folle m’avait tout simplement percuté à pleine vitesse. C’est seulement à ce moment que je réalisais que le conducteur – ou étais-ce une conductrice ? – n’avaient pas arrêté de me klaxonner, m’ayant visiblement vu mais ne pouvant m’éviter.
En fait non, mon 6e sens m’avait bien prévenu d’un danger, si grand qu’il en occultait ce simple accident.
Ma voiture s’était renversée, formant une véritable coque au-dessus de moi. La portière gauche était entrouverte, et me laissait voir l’autre véhicule, encastrée dans un poteau d’éclairage publique et dont le moteur fumait. Sans que j’en sois absolument sûr, il me semblait qu’il y avait une silhouette à l’intérieur. Je remuais, endolori par quelques contusions bénignes. Sans trop savoir pourquoi une telle pensée me venait, je savais qu’il me fallait maintenant m’extirper seul. Aucun secours ne viendrai, j’en étais persuadé.
Quand j’y repense, c’était un miracle que je sois encore en vie après un tel choc, et surtout indemne. Mais à bien y réfléchir, il aurait mieux valu que j’y reste…
Mon instinct me poussa à chercher mon arme avant de tenter de me dégager, las sans succès : le choc avait du la projeter au loin. Je glissais jusqu’à la portière, gêner par la taule froissée et les sièges écrasés, puis prenant appui de mon mieux, je me mis à pousser de toutes mes forces. Raclant le sol avec fracas, le battant d’acier s’écartait de quelques centimètres à chacune de mes impulsion. Après quelques minutes de lutte, je réussissais à ouvrir un espace assez grand pour pouvoir m’y glisser. Avançant à plat ventre, je m’extrayais de la carcasse de mon automobile. Aussitôt sur pied, j’accourais vers la berline accidentée et m’avançais côté conducteur. Je vis immédiatement que le pare-brise était défoncé côté passager, et qu’un corps gisait dans une mare de sang contre le mur de l’immeuble de briques rouges à quelques mètres, la tête complètement éclatée. Je ne pouvais plus rien pour cet homme. Dans l’épave, une femme dont le visage était contre le volant. Il y avait un peu de sang qui coulait, mais je ne pouvais voir dans quelle mesure elle était blessée, ses longs cheveux blonds tombant de part et d’autre de sa figure. J’essayais d’abord d’ouvrir la portière par la poignée, mais celle-ci était tordue et ne remplissait plus son office. Sans réfléchir, je montais sur le capot et m’attelais à faire tomber ce qui restait du pare-brise, prenant garde de ne pas meurtrir d’avantage la malheureuse. Une fois cet obstacle de verre déblayé, je me penchais et soulevais délicatement la tête de la conductrice. Elle était inconsciente et avait une vilaine coupure à la tempe, mais ne semblait pas devoir en mourir. Lui donnant quelques petites claques et l’interpellant, je parvins à la réveiller assez vite. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle se mit d’abord à hurler et à se débattre comme une démente, et il fallut une gifle musclée de ma part accompagnée d’une injonction sonore pour qu’elle se calme.
« - Vous allez bien maintenant ? Ça ne sert à rien de se mettre dans un tel état.
- Je suis navrée… J’ai cru que…
- Cru quoi ?
- Que vous étiez comme les autres.
- Les autres ?
- Vous n’êtes pas au courant ?
- Au courant de quoi ? »
Mon 6e sens me hurlait de fuir, de la laisser dans sa voiture, de laisser cette ville, de ficher le camps, même à pied. J’aurai du l’écouter ce 6e sens qui m’avait déjà tant de fois sauvé la vie au front.
Elle me regarda dans les yeux, incrédule, comme si ne pas savoir ce qu’elle savait était impossible. Elle me saisit l’avant bras avec une force que je ne soupçonnais pas, avant de me répondre.
« - Il faut fuir ! Fuir cette ville de cauchemar !
- Fuir ? »
Comme elle avait raison, et comme j’ai été stupide…
Me rappelant soudainement du mort, je baissais les yeux et tournais la tête en direction du cadavre sanguinolent. Sans doute son mari ou son frère. A ma grande surprise, ce fut par un soupir de soulagement qu’elle accueillit la scène.
« - Il en étais lui aussi devenu un.
- Un ? Mais un quoi ? »
S’obstinant à éluder mes interrogations, sa première demande, une fois sortie de son auto, fut de me demander si ma voiture était en état de rouler, ce à quoi je répondis avec dépit par la négative. Sa deuxième question me stupéfia encore d’avantage.
« - Etes-vous armé ?
- J’ai un P226, mais il a été projeté lors du choc. J’avoue ne pas l’avoir encore cherché.
- Alors il faut tout de suite le retrouver ! »
Ne sachant probablement même pas à quoi ressemblait mon arme, elle se mit sans attendre à regarder partout, non sans jeter de trop fréquents coups d’œils aux coins de rues et par-dessus son épaule. En quelques minutes, nous réussîmes à mettre la main sur mon arme, un chargeur et une poignée de munitions qui s’étaient éparpillés autour d’une bouche d’égouts dans laquelle la boîte avait probablement chuté avec l’autre chargeur. Par réflexe plus que par nécessité, cette armé étant très robuste, je la vérifiais prestement. Elle était en parfait état de marche, bien qu’un peu abîmée à la crosse. Alors que je bricolais mon P226, nous échangeâmes quelques paroles.
La femme se prénommait Carole et travaillait au collège de la ville en tant que professeur de mathématique, et c’est tout ce que j’appris d’elle à ce moment. A mes questionnements sur les meurtres et son attitude étrange, elle ne voulut rien me dire d’autre à part qu’elle voulait que nous nous sauvions sur-le-champ.
« - Hors de question que je quitte la ville. Je dois gagner au plus vite les locaux d’Umbrella !
- C’est de la folie pure ! Il faut fuir !
- Hors de question !
- Mais il ne reste que les quartiers autour du commissariat qui soient encore à peu près sûrs.
- Je dois absolument voir le docteur William Birkin !
- En quoi cela vaut-il de risquer votre vie ?
- Excusez-moi, mais c’est mon affaire.
- Très bien… »
Comme elle s’était résignée à me laisser faire comme je l’entendais et arborait une mine découragée, je pensais qu’elle allait partir en courant de son côté pour mettre son idée à exécution, mais à mon grand étonnement, elle préféra m’accompagner, bredouillant quelque chose comme « je ne survivrai pas seule ». N’y voyant pas d’inconvénient majeur, j’acceptais sa compagnie. Sur ses indications, nous primes la route vers le sud, vers le laboratoire local d’Umbrella. Ce qui me frappa vraiment après quelques minutes à peine, c’était le calme morbide qui régnait : nous étions seuls dans les rues. Elle lançait de grands regards inquiets à chaque zone d’ombre que cette nuit finissante se plaisait à faire s’attarder. Je faisais de même, mais de façon plus posée : si quelqu’un nous épiait ou nous attendait pour nous attaquer en embuscade, inutile de lui montrer que l’on soupçonnait sa présence. J’avais dissimulé mon P226 sous les plis de mon pull-over après l’avoir glissé dans mon jean. Inutile également d’étaler tout son arsenal.
Au bout d’un moment, nous fûmes forcés d’emprunter une ruelle étroite et très sombre, car la route principale était coupée par un camion-citerne couché en travers avec des câbles électriques encore alimentés pendants tout près. Si un de ces câble avait la riche idée d’entrer en contact avec la cuve métallique remplie d’essence, on aurait eu droit à un sacré feu d’artifice, aussi la prudence était de mise. Dès que nous entrâmes dans la passée, une forte odeur rappelant lointainement l’œuf pourri nous pris la gorge. Visiblement apeurée par ces émanations, toujours sans que je puisse savoir pourquoi, elle se resserra contre mon épaule. Appréhendant également quelques mauvaises rencontres, je portais ma main gauche – car oui je suis gaucher – dans mon dos, prêt à me saisir de mon calibre 45. Nous étions à la moitié de l’allée nauséabonde et toujours rien, aussi commençais-je à me détendre. C’est alors qu’un bruit de poubelle renversée nous fit sursauter.