
1) La fin d'une vie ordinaire
Impa avait toujours eu beaucoup d'affection pour la petite Anju, même si son devoir envers la famille royale hylienne l'éloignait souvent plus que de raison de son village de Kakarico. Pendant ses longues absences, elle laissait la garde de sa maison à la petite rouquine aux cheveux courts qui, depuis son enfance, s'occupait des poules du village. Beaucoup de ses camarades se moquaient d'elle, mais son innocence était telle qu'elle ne s'en rendait même pas compte : elle aimait ses volatiles, leurs manières disgracieuses et maladroites, leur caquettement ridicule, leur esprit de famille si développé... Elle chérissait chaque poussin dès sa naissance, s'assurait que chaque oiseau avait sa part de grain, surveillait parfois des nuits entières le poulailler, dans le froid et le vent, quand un renard affamé rôdait dans les parages en hiver. Quand un villageois venait pour tuer une poule afin de la manger, Anju partait se réfugier dans la maison d'Impa pour y verser toutes les larmes de son corps. Et ses yeux rougis ajoutaient encore aux railleurs. Pourtant, elle poursuivait sans relâche ni repos cette tâche qui consumait toute sa vie, sans jamais se plaindre. Elle était pour ces volailles peu élégantes et particulièrement malhabiles la mère qu'elle n'avait jamais eu.
Les plus voyageurs des habitants d'Hyrule comparait beaucoup l'amour des poules de la jeune fille à celui de Malon pour ses chevaux. Mais là où la belle Malon recevait éloges et considérations, la modeste Anju n'obtenait que railleries et mépris. Elle était réputée dans tout Hyrule, mais pour être « la fille aux poules » un peu simplette, et si elle était connue de tous, bien peu de gens lui accordaient réellement la moindre attention. Parmi ces rares personnes, il y avait Impa, la sheikah chargée de la protection de la princesse Zelda en personne, mais aussi Link, qui percevant son coeur pur et sa détresse, l'avait aidé plus jeune à retrouver ses chères petites cocottes égarées. Elle l'avait aidé en retour, sept ans plus tard, toujours reconnaissante malgré les années écoulées et l'ombre depuis tombée sur Hyrule, et son soutien avait été la première étape d'une longue quête pour récupérer la fameuse Epée de Biggoron, d'une puissance fabuleuse. Elle n'avais jamais quitté Kakariko, et les seules choses qu'elle savait de l'extérieur, c'était ce qu'Impa et Link lui racontaient lors des trop rares soirées qu'ils passaient en sa compagnie. La sheikah lui contait la cour et la magnificence du château d'Hyrule, l'hylien lui parlait des Bois Perdus noyés dans leur lumière vert émeraude, de la Grande Plaine aux couleurs changeante selon l'heure de la journée, ou encore du bleu profond du lac Hylia. Mais elle, elle ne disait presque rien. Lorsqu'un de ses interlocuteurs lui posait des questions personnelles, elle les esquivait ou demeurait vague, trop pudique et trop timide pour considérer sa petite vie comme quelque chose d'intéressant pour autrui. Malgré le pincement au coeur que cela leur provoquait, Link comme Impa respectaient cela, là où les autres n'y voyaient que signe de stupidité.
Après la chute du Roi Noir, les visites de Link se firent de plus en plus rares, jusqu'à cesser complètement lorsque ce dernier quitta Hyrule. Impa, plus que jamais impliquée dans la sécurité de la princesse Zelda, espaça également ses visites, jusqu'à ne plus revenir à Kakariko. Anju n'osa cependant pas s'installer définitivement dans sa maison, et continuait de se considérer comme une gardienne temporaire. Désespérément seule, elle, qui avait toujours rêvé d'avoir des amis, se replia sur elle-même, ne parlant pratiquement plus, restant jours et nuits auprès de ses chères poules. Cette marque de tristesse attisa encore les sarcasmes dont elle était la cible sans même le savoir. Cela dura des mois et des mois, jusqu'à faire une année entière. Dévouée, endurant son isolement, elle s'occupa encore d'avantage de ses volailles, leur donnant leur grain, changeant leur paille, réparant leur enclos, chassant les prédateurs nocturnes, veillant le volatile souffrant ou blessé, jusqu'à tomber elle-même malade d'épuisement et du froid de l'hiver. Et cette pauvre fille, fiévreuse, délaissée des siens, abandonnée de ses amis, mais si généreuse avec ses oiseaux de basse cour et avec qui lui prêtait un peu d'attention, qu'elle en émue les Trois Déesses. Pour récompenser cette âme pure et esseulée, elle décidèrent de lui faire un cadeau à la mesure de son abnégation. Un soir, alors que sa fièvre était toujours aussi forte et que le sommeil battait à nouveau en brèche ses dernières volontés, les fondatrices d'Hyrule s'adressèrent à elle par un rêve.
« Petite fille aux poule, jeune Anju, ne soit pas malheureuse, car si tu es oubliée de tous, Nous ne t'avons pas abandonnée. Couve encore de ton amour sans fin tes petites protégées, car bientôt naîtra un poussin hors du commun. Son plumage sera pareil aux rayons du soleil, sa voix plus douce que celle du rossignol, sa stature éclipsera les plus beaux cygnes. Veille petite fille aux poules, car ce jour arrivera bientôt, et le bonheur te sera accordé. »
A son réveil, avant l'aube, Anju crut d'abord à un rêve de fièvre, pareil à celui des fous, mais elle se rendit rapidement compte qu'il s'agissait de bien plus que ça. Ses tremblements avaient cessé, sa température était revenue à la normale, ses sueurs n'était plus que sel sur sa peau. Elle était guérie. Ce miracle passa inaperçu auprès de la population de Kakariko, mais dans son coeur, il avait fait fondre la glace de la mélancolie pour allumer le brasier de l'espoir. Elle attendait avec impatience les prochaines naissances, certaine que les Déesses lui avaient réellement parlée. L'hiver se termina sans que l'oiseau tant attendu ne perce la coquille de son oeuf. Mais Anju ne désespérait pas. Elle croyait en Nayru, Din et Farore. Jamais elles n'auraient voulu se jouer d'elle, elle en était sûre.
Au premier jour du printemps, alors qu'un soleil radieux dardais ses premiers épis de lumière et que le coq sonnait le réveil de la nature, de petits tocs tocs émanèrent d'un oeuf ordinaire qu'Anju venait de poser au panier. Ordinaire, à cela prêt que la poule qui l'avait pondue n'avait pas été honorée récemment par le mâle du poulailler. Anju resta un moment interdite devant cet oeuf stérile qui pourtant remuait et cognait. Bientôt, un bec souleva la coquille, et une petite tête passa du monde embryonnaire à celui de l'immensité. Anju l'aida à se dégager avec douceur, et le nettoya délicatement des restes de son placenta. A la vue du plumage du petit animal, elle émit un faible cri de surprise, et porta ses mains à la bouche. Des larmes coulèrent sur ses joues frêles. Des larmes de joie, car le poussin nouvellement venu au monde arborait un magnifique duvet d'or. Rien à voir avec le jaune caractéristique des poussins. Non. Les petites plumes étaient dorées et brillantes comme la Triforce, du moins de ce qu'Anju en imaginait. Elle prit le petit être dans le creux de ses mains, sans cesser de larmoyer de bonheur. Elle embrassa l'animal avec amour, et le posa prêt d'un petit tas de graines. Le poussin piailla mélodieusement de satisfaction, et commença à picorer sa pitance. Anju décida de nommer l'oiseau d'or d'un nom aussi gracile et léger que lui : Kin.
Les semaines et les mois passèrent, et le poussin doré grandit. Son duvet se mut en plumage aux couleurs du soleil, et sa voix mua en un doux chant harmonieux. Et peu à peu, les moqueries des voyageurs se changèrent en admiration pour cette fille qui avait réussie à donner naissance à une nouvelle espèce de poules, rien que par la force de son amour et de sa dévotion. Petit à petit, les voyageurs qui traversaient Hyrule se mirent à visiter Kakariko et sa « fille à la poule d'or » au même titre que le palais royal et le Ranch Lon Lon. Mais les regards ne restèrent pas bienveillants très longtemps, car bientôt, la rumeur se répandit que le volatile était au sens littéral une poule aux oeufs d'or, et que sa gardienne les gardait scrupuleusement à l'insu de tous. Pourtant, le bel animal ne pondait jamais le moindre oeuf. En lieu et place, depuis qu'il n'avait plus de duvet, Kin perdait une de ses belles plumes chaque nuit de nouvelle lune. Cette plume, Anju la ramassait et la conservait précieusement. C'était sa récompense. L'oiseau ressemblait d'ailleurs fort peu à ses chères cocottes. Il était plus petit, élancé et fin comme une colombe, gracieux comme un cygne, et savait voler de la plus belle manière. De son petit bec s'échappait une mélodie qui n'avait rien à envier aux chants des Déesses. Pour une raison que nulle observateur ne comprenait, il suivait Anju partout où elle allait, de jour comme de nuit, refusant d'être séparé de sa maîtresse, sur l'épaule de laquelle il aimait venir se percher.
La jeune fille était heureuse, d'autant plus qu'un jeune homme s'était récemment mis à la fréquenter. Rafrel, puisque tel était son nom, était apparu dans la vie d'Anju peu après la naissance de Kin. Il lui dit venir de Labrynna, un royaume voisin, et être en mission pour son père, riche marchant de son état. Le labrynnien, un garçon ténébreux aux cheveux bruns, accentuait la fréquence et la durée de ses visites à Anju à mesure que Kin grandissait. La jeune rouquine avait le coeur emplie de joie de constater que Rafrel ne s'intéressait guère à l'animal, malgré la majesté que ce dernier acquérait peu à peu, pour porter toute son attention à sa personne. Elle lui parlait de ses poules, de la façon dont elle s'en occupait, et des mille et un détails que le commun des mortels ignorait sur ces volatiles, tandis que lui racontait des histoires sur son pays, si lointain aux yeux d'Anju, retraçait ses voyages, décrivait les gens qu'il avait rencontré. Par ce côté, sa compagnie lui rappelait beaucoup celle de Link, qui avait vécu tant d'aventures pour sauver Hyrule du Malin. Mais au fil de leurs conversations, la « jeune fille à la poule d'or » oubliait peu à peu ses anciens amis, comme on oublie les rêves devenus flous, reportant tout ce qu'elle avait de sentiments humains vers Rafrel. Lorsqu'elle le voyait, son coeur battait la chamade et ses forces l'abandonnaient, ses mains tremblaient et une douce chaleur naissait en son sein. « Est-ce ça l'amour ? » se demandait-elle de plus en plus souvent. Son affection pour lui était si forte qu'elle lui donna en cadeau l'une des deux plumes de Kin qu'elle possédait. Un soir, alors que Kin allait sur ses six mois, Rafrel se montra étrangement bien plus affectif qu'à son habitude. Lui qui n'avait jamais touché Anju, il s'enhardit à lui prendre la main, et à s'asseoir accolé à elle, sur le petit banc jouxtant le poulailler qui servait de théâtre à leurs interminables discussions. Et cette fois-ci, la causerie prit un ton plus solennel qu'à l'accoutumé.
« Anju, tu es merveilleuse, dit-il avec le plus grand sérieux.
« Je ne suis que la fille aux poules, répondit une Anju pourpre en raison de sa gêne.
« La fille aux poules, c'est ce que tout le monde voit. Moi, je vois un diamant dans un écrin de terre, que personne n'est allé déterrer.
« Rafrel... »
Le jeune labrynnien approcha son visage de celui de l'hylienne, et tenta de l'embrasser. Elle recula d'abord, surprise par le geste, et ne connaissant pas la signification d'un baiser. Mais Rafrel insista, et Anju ne put l'empêcher de joindre ses lèvres aux siennes. Le coeur de la jeune fille bondit alors dans sa poitrine comme jamais il n'avait battu, et son instinct de femme accepta l'acte comme un signe d'amour. Elle n'arrivait plus à penser. Maladroitement, elle lui rendit son baisé, les faisant basculer au sol, elle sur lui. L'obscurité masquait la rougeur qui dévorait les joues de la rouquine, que cette position troubla d'avantage encore. Elle sentait un volume croître sous son entre-jambe, et quelque chose lui disait que cela impliquait bien plus de bouleversements pour elle que le baiser. Une excitation qu'elle n'arrivait pas à discerner émanait de tout son corps, et son entrecuisse se fit de feu. A cet instant, alors qu'ils n'avaient pas encore bougé, Kin s'envola de son petit perchoir et se mit à tourner autour d'Anju en piaillant d'une voix inhabituellement cassante. Dans une sorte d'accès de colère qu'elle ne contrôla pas, la jeune fille repoussa violemment l'oiseau d'une main et lui criant de ficher le camps, ce qu'il fit dans l'instant avec un petit cri plaintif, retournant dans le poulailler.
Alors que sa raison commençait à revenir, Rafrel posa une de ses mains sur ses chevilles, et fit lentement remonter sa longue jupe bleue jusqu'à hauteur de cuisse, avant de s'arrêter sur sa fesse. Sans savoir pourquoi, ce geste langoureux la fit trembler de désir, et son aine se mouilla d'un fluide huileux. Mue par un instinct charnel qui la dominait complètement, elle se jeta en avant pour engouffrer sa langue dans la bouche du jeune labrynnien, sans savoir que la saveur particulière qu'elle y goûtait était celle de l'alcool. Le jeune homme, exalté par le contact de leurs peaux séparées par de minces couches de tissu, osa d'avantage. Il insinua ses mains sous la chemisette auburn d'Anju, et agrippa énergiquement les deux petits seins que nul bustier ne soutenait. La pucelle rousse laissa s'échapper une petite exclamation de surprise. Le contact de la paume de Rafrel sur ses tétons lui provoquait un frissonnement de plaisir inconnu jusque là. Le labrynnien, remarquant se détail, se mit à titiller ces petites cerises du bout des doigts, arrachant des gémissements aigus, tant de délice que de gêne, à la jeune fille. Leur manège de caresses et de baisers continua un moment, avant que Rafrel, sous l'emprise de son désir furieux, exacerbé par les effets de l'alcool, n'arrache d'un coup sec les boutons de sa fine chemise, faisant rebondir les deux mamelles de sa partenaire, apeurée par cette action soudaine. Sans lui laisser de répit, il la renversa, passant dessus, et vivement, lui baissa la jupe jusqu'aux chevilles. Déboutonnant son propre pantalon, Rafrel en fit jaillir son sexe gonflé d'envie. Sans tenir compte des protestations et gesticulations d'Anju, qui avait réellement peur maintenant, il plongea son membre viril dans la fente détrempée de la jeune fille qui laissa s'échapper un hurlement de douleur. Du sang s'écoula de l'orifice meurtri, tandis qu'il était pilonné par les vas et viens frénétiques du phallus dilaté. Après seulement une dizaine de secondes, Rafrel étouffa un « merde », et l'hylienne sentit le pénis se contracté par saccades en elle, en même temps que quelque chose de poisseux se répandait dans son ventre. Haletant, Rafrel eut quelques soubresauts, puis s'effondra sur Anju de tout son poids et s'endormit. La jeune rouquine, en larmes, essaya en vain de se dégager, mais sous l'effet de ces mouvements, du liquide mêlant semence et hémoglobine s'écoula du vagin ainsi souillé. Ce fut dans cette position qu'ils furent retrouvés, le lendemain matin...