Mais derriere, il y avait des monstres ...
Et me voila à faire un rêve . Un reve que j'aurais voulu faux, un reve qui me montre subtilement la cruauté d'un monde que je ne connais pas .

Ce monde, je l'affronte chaque jour, et il est ma douleur quotidienne . Ce monde est mon cauchemar, mes chimères, mon histoire.

Ma souffrance .

Et toi, ma bien aimée, mon amour, tu as compris plus tôt que moi que ce monde était peine .

Stark est peine .


~oOo~


Elle était d'une beauté à nulle autre semblable. Je l'avais rencontrée sous les lumières déclinantes d'une taverne, lorsque le feu des lampes se mêlent a la douce aura de la lune, dans un monde fait de rouge luxuriant, et de bleu de nuit .

Le " coup de foudre " est ce qui aurait pu décrire ce que j'éprouvais instinctivement . Ses cheveux d'ombre volaient dans un nuage délicat autour de son visage parfait, et sa robe virevoltait, galbant un corps fin et longiligne, d'une blancheur spectrale .

La beauté faite femme . Jamais une expression n'a été plus juste.

Pourquoi, oh, pourquoi ce fut moi ?

Elle pouvait tout demander. Tout autre chose que moi . D'autres avaient une intelligence plus grande, et d'autres, une beauté que je ne saurais comparer a la mienne, et d'autres encore, un charisme que je suis loin de posseder.

Aussi, lorsque je la serrais dans mes bras, lorsque je la vis s'abandonner, haletante, dans le grenier de l'endroit ou je l'avais rencontré pour la premiere fois...

...Dans la paille d'or qui nous servit de couche nuptiale, éclairée par quelques bougies tremblotantes;

...Dans une piece sordide, et si belle pourtant, seule eglise de notre union;

...Dans les délices d'une nuit de saphir ou notre osmose fut si complete qu'elle ne pouvait être que du domaine du rêve...

Oui, je pensais que je rêvais.

Je n'ai pas pensé une seconde que le lendemain, je me reveillerai en la tenant encore enlacée, car pour moi, elle était une chimere, un but que l'on sait, au plus profond de soi, ne jamais pouvoir atteindre .

Et c'est pourtant ce qui fut.

La description que je pourrais donner de nos jours, de nos mois suivants, n'intéresserait personne, car le bonheur ne peut se raconter. Il est fait de gestes qui comptent plus que tout sur l'instant, de sourires echangés, de regards complices, et il n'y a jamais qu'un amoureux transi pour se rendre compte des changements subtils qu'apporte l'amour.

Lorsqu'elle me souriait, les couleurs du marché d'Arcadia explosaient.

Lorsqu'elle riait, plus rien, Oh, plus rien n'avait d'importance.

Je savais pertinemment qu'elle ne m'aimait pas. Elle était de celles qui ne peuvent donner. De celles, qui, comme Narcisse, ne trouvent d'autre plaisirs que se mirer dans l'eau. Et je pense que c'est pour ça qu'elle m'avait choisi . Car se reflétait dans mes yeux tout l'amour que je lui vouait .

Elle voyait sa propre beauté en me regardant.

Parce que je l'ai aimée . Passionnément, eperduement, à la folie.





~oOo~



Un dicton d'Arcadia dit que lorsqu'on est au sommet, on ne peut que retomber, et ma chute fut rude. La sienne plus encore, car, si ses tourmentes et ses peines étaient les miennes, ce fut elle que le mal frappa .

Un mal que l'on nomme cancer...

Arcadia, terre de magie, et de tous les miracles, ne pouvait rien contre cela . La magie peut faire beaucoup, mais cette maladie qui la rongeait ne pouvait être soignée.

Je le sais, car il n'y a nul rebouteux, nul medecin, nul docteur que je n'ai visité, des espoirs pleins la tête en arrivant, une amertume croissante en les quittant .


~oOo~


Je ne savais pas tout ce que cela allait entrainer, et je ne voulais pas te perdre, cela est ma seule excuse, mon amour ...

Lorsque j'entendis parler de Stark, ce fut pour moi la révélation ; Si notre monde ne pouvait te sauver, un autre le ferait.

Ce qui, je pensais, était une légende, une terre où la science, où la logique humaine remplaçaient la magie, rassembla tout mes espoir le jour où on me parla d'une jeune femme, une certaine April Ryan, qui pouvait passer d'un monde à l'autre sans effort .

Si elle, qui n'avait pas de motifs véritables, pouvait y parvenir, alors, je ne doutais pas de ma réussite.

Mon amour, j'aurais tout tenté. Qu'importe mes faiblesses, mes craintes, mes crimes, si ce monde pouvait te guérir ?

~oOo~


Stark.

Stark, ses grands immeubles, et la vie qui en découlait .

Stark, et son mode de vie si différent du notre, son effervescence, sa modernité, sa science...

En me premenant au gré des rues, je me suis senti perdu comme jamais, et j'exultait. C'était si grand, si imposant, si grandiose que là, il était impossible de douter.

Ils te guériraient.

Le voyage était irréversible, et je savais que nous devions dire adieu a Arcadia, et a nos souvenirs de là bas. Mais qu'importe ?

On pouvait toujours se créer d'autres joies, d'autres souvenirs, du moment qu'on était ensemble ...

... Car ils t'on remis sur pied, mon amour. Il ont reussi a chasser ce mal qui était en toi.

Et alors que je pensais qu'il ne nous restait plus qu'a vivre, alors, les choses ont changé .


~oOo~

Le profond décalage entre la science et la magie est une chose que je n'avais pas compris. J'étais persuadé que la science pouvait résoudre tout mes problemes;

La science, c'était l'avenir, puisque nous abandonnions des terrains mystiques pour ne nous en referrer qu'a notre propre intelligence.

Et ce fut là mon erreur.

Car, a Arcadia, si des charmes et des sorts pouvaient preserver sa beauté parfaite du temps, les cremes et autres produits de "beauté" de Stark ne le pouvaient pas.

Nous avions echappés a un grand mal pour en venir voir un autre, que je jugeais beaucoup plus insignifiant, mais qui pour elle, était pire .

Elle vieillissait, et n'acceptait pas les ravages du temps sur son corps.

Elle qui ne vivait que pour plaire, préféra la mort a la dégradation de son visage.

~oOo~

Ce pont, mon amour, ce pont et l'eau qui y coule, sont a présent ta demeure derniere . Est ce volontaire, cet endroit, qui moi même me fait penser, loin de ces si hautes tours, a la douceur chatoyante d'Arcadia ?

Je ne quitte plus ce pont, et j'y resterai jusqu'a la fin.

Et l'autre jour, j'ai fais un reve. Tu étais là, et tu me souriais, heureuse, courant devant moi, les pieds nus, ta robe rouge suivant tes mouvements .

L'air était pur, le ciel, d'un bleu magnifique, et les arbres s'inclinaient doucement a ton passage. Je te rattrapais et tu riais, tu riais ... Alors que les chenes complices baissaient leurs branches vers nous ...

Je me suis reveillé, et pendant un moment, en contemplant les arbres, je me suis cru a Arcadia.

L'eau coulait en dessous d'un joli pont, et les arbres étaient là . mais derriere, il y avait des monstres, que l'on nomme communément " gratte ciel "






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