Une bien étrange jeune femme

par Jawilsia


Arthur attendait dans le couloir. Ils étaient rentrés en urgence à Camelot, inquiets de l’état d’Anya qui était presque aussi pâle que la mort. Merlin était parti avant eux prévenir Gaius.
Cela faisait maintenant deux heures que le médecin de la cour se trouvait dans la chambre où ils avaient installé la jeune femme. Les cinq chevaliers étaient là, ainsi que Merlin qui faisait les cent pas. Lancelot et Elyan étaient assis sur un banc. Perceval s’était adossé contre la porte et sculptait un morceau de bois avec son couteau pour pallier l’attente. Leon était les bras croisés, marchant de long en large dans le couloir. Et Gwaine… Gwaine regardait par la fenêtre d’un air absent. L’attitude du chevalier laissait Arthur perplexe. C’était tout simplement la première fois qu’il le voyait ainsi. Lui, qui n’avait pas son pareil pour dire des choses incongrues dans les moments les plus inattendu et qui avait un talent naturel pour semer la pagaille… Lui qui passait son temps à plaisanter et à tout prendre avec le sourire. C’était un homme différent qu’ils avaient vu dans la forêt. Il avait insisté pour porter Anya sur sa monture durant tout le trajet, ne voulant la lâcher sous aucun prétexte tandis qu’il prenait soin d’elle avec une douceur qu’aucun chevalier ne lui connaissait. Il l’avait transporté jusque dans la chambre sans dire un mot, refusant que qui que ce soit le fasse à sa place. C’était qu’il aurait presque montré les dents s’il l’avait fallu !
Arthur redressa la tête en même temps que les autres quand la lourde porte s’ouvrit sur Gaius. Le vieil homme sortit de la chambre en refermant derrière lui.

«  Comment va-t-elle ? » demanda le prince.

Gaius glissa ses mains dans les manches de sa tunique, geste qu’il avait quand il allait annoncer un diagnostic.

«  Elle a besoin de repos. Cela fait plusieurs jours que cette pauvre enfant ne s’est pas nourri convenablement et ne s’est pas reposé. La course poursuite dans la forêt a été l’effort de trop » déclara le médecin.

«  Elle n’a rien de grave, alors ? » s’enquit Gwaine.

Arthur surprit le regard soucieux de Gaius. Quelque chose n’allait pas.

«  Gaius… Il y autre chose n’est-ce pas ? »

Le médecin hocha gravement la tête.

«  Son corps porte diverses marques de sévices. Je ne sais pas ce que lui ont fait ces hommes, mais elle a de la chance d’en être sortie vivante. J’ai remarqué des hématomes sur ses bras et ses jambes ainsi que des lacérations au niveau de son dos… Probablement laissées par un fouet… »

Arthur ne put s’empêcher de réprimer un frisson. Qui pouvait bien faire subir à une jeune femme une chose pareille ? Ces hommes qui la pourchassaient dans les bois… Ils en avaient après elle et semblaient ne pas vouloir en démordre. Les survivants avaient pris la fuite uniquement car ils étaient inférieurs en nombre et qu’ils n’avaient aucune chance face à des hommes sachant manier l’épée.

«  Il lui faudra plusieurs jours de repos… » conclut Gaius.

Le prince hocha la tête. Il congédia tous ses chevaliers sauf Gwaine, qu’il retint au dernier moment en posant la main sur son épaule. Surprise, le jeune homme se tourna vers lui.

«  Est-ce que ça va ? » demanda Arthur.

Gwaine hocha la tête, le regard perdu dans le vague. Arthur ne l’avait encore jamais vu comme ça et un tel comportement le laissait presque abasourdi par la surprise. Il laissa retomber sa main le long de son corps et hocha gravement la tête, libérant ainsi le chevalier qui s’éloigna.

• • • •

Lancelot observait la partie de carte qui se déroulait entre Elyan et Perceval. Les tâches de la journée étaient terminées et ils passaient donc leur temps libre dans la salle des gardes. Le jeune chevalier ne cessait de songer aux évènements survenu un peu plus tôt. Quelle étrange rencontre ! Il espérait que la jeune femme allait se remettre. Mais d’après le diagnostic de Gaius, il lui fallait seulement du repos. Lancelot releva la tête en entendant Perceval accuser Elyan de tricherie. Ce dernier nia en disant qu’il avait seulement de la chance. C’est à ce moment-là que Lancelot remarqua que Gwaine était absent. Lui qui ne perdait pas une occasion de venir les plumer aux cartes ! Où était-il passé ?

«  Où est Gwaine ? »

Perceval releva la tête vers Lancelot et haussa les épaules. Le comportement de leur camarade était vraiment étrange depuis qu’Anya s’était presque jeté dans ses bras.

«  Il est sans doute allé se souler à la taverne ! » dit Elyan « Il y va souvent depuis que le tavernier a accepté de le laisser y retourner… On va certainement nous envoyer un messager pour qu’on vienne le chercher là-bas, comme d’habitude… »

Il était vrai qu’ils ne comptaient plus les fois où ils avaient du aller chercher leur ami qui était souvent dans un état d’ébriété avancé. Les pintes qu’il ingurgitait l’empêchaient d’aligner deux pas sans tomber et ses camarades étaient sans cesse forcés de le porter.
Lancelot hocha la tête, perdu dans ses pensées. Tout de même… Leur ami était bien étrange par moment…

• • • •

Anya ouvrit faiblement les yeux. Sa tête lui faisait mal et elle avait la bouche pâteuse. Elle dut attendre quelques secondes pour que sa vision ne soit plus brouillée. Elle avait devant les yeux un plafond de pierre. Elle cilla un instant avant de se redresser avec douceur. Dans quel endroit était-elle ? Elle embrassa la pièce richement décorée du regard. Baissant la tête, elle s’aperçut qu’elle se trouvait dans un lit majestueux, avec des draps de la plus riches étoffes qu’elle n’avait jamais vue. Que s’était-il passé ? Elle était dans la forêt pour échapper à ses poursuivants quand…

«  Tu es réveillée ? »

Anya sursauta et leva précipitamment la tête en direction de la femme qui avait parlé. Aussi jeune qu’elle, elle avait la peau mate et ses cheveux bouclés lui encadraient magnifiquement le visage.

«  N’aie pas peur… Je ne te veux aucun mal… Je m’appelle Guenièvre… Mais tu peux m’appeler Gwen »

La femme s’approcha du lit avec un sourire rassurant. Anya se recroquevilla sur elle-même. Il se passa de longues secondes avant qu’elle n’ose enfin demander :

«  Où suis-je ? »

Guenièvre lui sourit à nouveau, trempant un linge dans un seau d’eau posé à côté du lit. S’asseyant auprès d’elle, elle lui tamponna le visage avec le linge humide délicatement. Sans cesser de sourire elle lui répondit :

«  Tu te trouves au château de Camelot. Le prince Arthur et ses hommes t’ont trouvé… Tu t’en souviens ? »

Mais oui ! Elle s’en souvenait ! Elle avait percuté l’un des leurs. Un homme avec des cheveux châtain mi-longs. Celui-ci s’était mis entre elle et ses poursuivants alors que le valet du prince l’emmenait à l’abri. Anya se sentit étrange en repensant aux évènements qui s’étaient déroulés incroyablement vite ! Et surtout en repensant à cet homme qui l’avait retenu quand elle était en train de s’évanouir. Elle se souvenait de son étreinte puissante avant qu’elle ne sombre. Anya dévisagea Guenièvre qui avait terminé. Anya frémit quand elle posa la main sur son bras et se retira, en se recroquevillant davantage. Il était encore trop tôt pour que quelqu’un la touche… Pas après ce qu’’ils lui avaient fait ! Guenièvre sembla surprise mais n’insista pas.

«  Que t’est-il arrivé ? »

Anya détourna le regard et ne répondit pas. Elle avait honte d’elle-même. Et ne voulait pas que ceux qui l’avaient sauvé la considère comme la dernière des catins…

«  Tu peux me faire confiance… »

Anya tourna vivement la tête vers Guenièvre et répliqua sèchement :

«  Vous voulez vraiment savoir ce qu’ils m’ont fait ? Ils m’ont violée, comme si j’étais une chienne ! Tous ! »

Elle avait presque hurlé, son corps se remettant à trembler de nouveau alors que des larmes coulaient sur ses joues. Horrifiée, Gwen porta une main devant sa bouche. Anya se détourna, nullement résolu à affronter son regard compatissant.

« Ils riaient en attendant leur tour… Ils me traitaient de tous les noms. Et si je ne voulais pas écarter les jambes comme ils le voulaient, ils me battaient. Voilà ce qu’ils m’ont fait… » continua-t-elle d’une voix blanche.

Elle était une trainée. Souillée, humiliée… Elle sentit de nouveau la main de Gwen sur son épaule mais n’eut pas la force de se dégager. Elle se tourna vers elle. Sans qu’elle ne se contrôle, elle se jeta dans les bras de Gwen, pleurant à chaudes larmes. Elle sentit sa main caresser doucement ses cheveux roux tandis qu’elle la berçait. Anya pleura longuement sur son épaule. Des larmes amères, sèches. Elle pleurait sur la pathétique fille qu’elle était devenue. Une petite chose craintive qui avait peur de se faire toucher, même par des gens qui voulaient son bien !
Gwen resta avec elle tant qu’elle n’était pas sûre que tout allait bien pour Anya. Elle avait fini par se calmer. La fatigue la submergeait de nouveau. Gwen se retira doucement.

«  Si tu as besoin, n’hésite pas à m’appeler… Demande tout ce dont tu as besoin, Anya… 
- Gwen ? »

La jeune femme s’arrêta et se retourna vers Anya.

« Ce que je viens de te raconter… J’aimerais que tu le gardes pour toi » dit la jeune femme en baissant honteusement la tête.

Gwen fut prise au dépourvu mais hocha la tête. Anya laissa retomber sa tête sur l’oreiller. Elle se rendormit avant même que la porte ne se referme derrière Gwen.

• • • •

Merlin avait terminé d’astiquer l’armure d’Arthur. Le prince ne lui avait rien demandé mais il avait besoin de s’occuper l’esprit et les mains. Il repensait sans cesse à ce qui s’était passé dans la forêt. La détresse d’Anya, sa terreur et les hommes qui la poursuivaient. Gaius avait dit que son corps portait les marques de mauvais traitements. Que lui avait-on fait ? Il était tout particulièrement tenté d’aller la voir. Mais il savait que c’était une très mauvaise idée. Son vieil ami avait insisté sur le fait qu’elle avait besoin de repos.
Se rendant compte qu’il n’avait plus rien à faire, il s’étira longuement avant de se lever pour se dégourdir les jambes. Il rangea soigneusement l’armure d’Arthur, n’ayant nullement envie que le prince lui tombe dessus sous prétexte qu’il avait mal rangé ses affaires.
Il marcha dans les couloirs du château, à la recherche d’un visage familier. Lancelot et les autres devaient certainement se trouver dans la salle des gardes. Son besoin de satisfaire sa curiosité était bien trop fort. Il ne pouvait pas lui résister. Il s’autorisa alors un détour en passant devant la chambre d’Anya. Après tout, il ne ferait que venir aux nouvelles… Tant de questions le travaillaient à ce moment précis. Tant de questions qui avaient besoin de réponses. Il descendit une volée de marche, prit un long couloir et redescendit encore un escalier avant d’arriver devant la chambre d’Anya d’où justement, Gwen sortait. En la voyant, il lui adressa un sourire. Mais ce sourire s’effaça en voyant l’air décomposé de la jeune femme, qui ne l’avait pas vu. Elle le dépassa, toujours sans le voir. Merlin fit volte-face, les sourcils froncés.

«  Gwen ? Cela ne va pas ? »

La jeune femme se retourna en sursautant. Posant la main sur sa poitrine, elle se mit à rire.

«  Merlin ! Tu m’as fait peur … »

Merlin s’approcha doucement de Gwen. Elle avait beau sourire, le jeune homme sentait qu’elle se forçait.

«  Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Les yeux de Gwen se remplirent de larmes alors qu’elle secoua la tête.

«  Rien du tout… Je vais bien… »

Merlin inclina légèrement la tête sur le côté, son visage montrant clairement qu’il n’en croyait pas un mot.
Gwen ne se retint pas plus longtemps. Elle se jeta dans les bras de son ami, pleurant à chaude larmes. Déstabilisé, Merlin ne savait plus où se mettre. Il referma ses bras autour d’elle, posant son menton sur le sommet du crâne de Gwen, la laissant pleurer de tout son seul. Au bout de quelques minutes, elle s’écarta de lui, honteuse. Elle essuya ses larmes du bout de ses doigts.

«  Désolée… Je ne voulais pas… 
- Ce n’est rien la rassura Merlin. Peux-tu me dire ce qu’il y a ? »

Gwen secoua frénétiquement la tête, s’écartant de Merlin.

«  Désolée, je peux pas… J’ai promis de ne rien dire… »

Promis ? A qui ? Merlin voulut interroger Gwen mais il ne voulait pas la brusquer.

«  Si tu veux en parler… Tu sais où me trouver… »

Gwen lui lança un sourire avant de repartir, les pans de sa robe de velours se mouvant avec son corps tandis qu’elle s’éloignait. Le cœur serré, Merlin continua néanmoins sa route.