
DEDOUBLEMENT
Chapitre 1 :
Je courais dans la rue haletant, sans raisons apparentes par une journée ensoleillée qui aurait dû être apaisante, mais aussi endiablée par je ne sais quelle folie. Pourtant personne ne me donnait la chasse, du moins me semblait-il. Je courais cependant comme si tous les démons de l’enfer et des ténèbres réunis étaient à mes trousses avec l’intention de me prendre mon corps et mon âme. Les autres personnes qui marchaient me semblaient statiques, au ralenti, voir figés sur place. Quand cela vous arrive, certains s’arrêtent pour vous suivre du regard, surpris de voir quelqu’un courir aussi vite, pour aller quelques parts ou s’éloigner de l’endroit d’où ils viennent. La question me vient à l’esprit : allais-je vers quelque chose ou étais-je en train de fuir quelque chose d’hostile ? Ce n’était pas de toutes façons une raison pour qu’ils me jettent des regards comme si j’étais un meurtrier ou un voleur. Comme je tournais au coin de la rue je sentis mon cœur cogner violemment, je continuais pour remonter rapidement le pâté de maisons. Qui étais-je ? un voleur ou un meurtrier ? un violeur des corps et de l’esprit ? L’un ou l’autre, les deux à la fois. Que fuyais-je ? Je ne le savais pas, la seule chose que je savais c’était que je devais courir et courir encore. Je me concentrai sur cette action alors que mon esprit alternai les pas et les idées, voleur, meurtrier, riche, pauvre….comme pour faire la cadence du corps du corps et de l’âme ! Comme un automate, je suivis le trajet, traversant la rue, continuant sur l’autre trottoir, jusqu’à la devanture du magasin. Une partie de mon subconscient me stoppa net devant une porte, je vis alors où j’étais et qui j’étais car mon nom était écrit sur la porte, et c’était bien un trousseau de clés que j’avais dans la main.
J'ouvre délicatement la porte et je fouille partout vérifiant dans chaque placard, derrière chaque porte que personne n'est caché dans un coin sombre à l'affût de mes moindres gestes. Le plus drôle dans l'histoire c'est que je ne sais même pas pourquoi je suis si parano. Après mon inspection générale, qui ne m'a pas tellement rassuré mais qui a au moins eu le mérite de me faire repérer deux, trois sorties de secours au cas où, je me décide à allumer la télé. Je zappe de chaîne en chaîne sans vraiment m'intéresser à ce qui est dit, je passe d'un dessin animé racontant l'histoire de Picsou aux prises avec Mystique qui essaie une fois de plus de lui piquer son sou fétiche à un téléfilm allemand racontant l'histoire d'un homme qui meurt pour renaître afin de faire respecter la loi sous le masque du clown. Mourir pour renaître, quelle chance ! Je songe à la vie que je voudrais avoir si cela était possible, je rentrerais du boulot tous les soirs à la même heure, je serais chimiste, j'arriverais dans ma grande maison ; je serais accueilli par mon chien et le rire des enfants, j'en aurais deux, un garçon, Antoine et une fille Jessica. Puis j'irais dans la cuisine et j'embrasserais ma femme qui préparera le dîner. Les week-end nous partirons à la campagne, j'apprendrais à mes enfants à monter à cheval. Cette vie me fait rêver jusqu'à ce que les paroles d'une journaliste me ramène sur terre : « C'est la consternation dans ce petit village d'à peine une centaine d'habitants où ce matin a été découvert le corps du père Erwan ». Un mort ! Pour je ne sais quelle raison, j'ai l'impression d'être concerné par cette histoire, pourtant je ne connais ni ce village ni ce cet abbé, je décide donc de continuer à écouter ce reportage : « Pour l'instant la police est dans l'impasse, en effet, c'est un village tranquille et personne ne voit qui pourrait en vouloir à cet abbé qui se dévouait corps et âme à défendre les gens dans le besoin. D'ailleurs écoutons le témoignage de cette jeune maman qui s'en est sortie grâce au père Erwan :
– Je ne comprend pas comment ça a pu arriver. C'est horrible, tant de gens comptaient sur lui, celui qui a fait ça devait être un monstre. Un monstre ! Et si c'était moi, c'est peut-être pour ça que je me sens si concerné. Assassins ces mots résonnent dans ma tête jusqu'à ce que j'entende un policier parler :
– Un témoin dit avoir vu un homme s'enfuir de l'église en courant. Nous portons tous nos efforts sur cet homme car si ce n'est pas le meurtrier c'est peut-être un témoin. Donc si cet homme regarde la télévision nous lui demandons de se manifester. »
Il me fait bien rire ce type car au fond de moi je sens bien que j'ai un rapport avec cette histoire mais je me vois bien allé au commissariat pour leur dire que j'ai peut-être fait quelque chose car je fuyais et que j'ai eu une impression bizarre en regardant les infos, ils risqueraient de m'enfermer.