
Chapitre Cinq : Des réponses ?
Lorsque d’une flamme tu trépasseras
Et que la colère t’envahira
Que tes questions restent sans réponse
Cela n’aura plus d’importance
Car ton jardin sera envahi par les ronces
Et ton corps sera transpercé d’une lance.
La Vie, la Mort,
Cela te sera indifférent
Car tu te diras sans tort
Que tu n’as plus aucun droit sur le temps.
Ce souffle rauque, ce rire, cette haine, ce plaisir… Je n’y échapperai pas...
Je cours loin, très loin, je me refuse d’accepter cette vie que je ne connais que trop bien.
Je te refuse toi, même si tu seras à jamais la deuxième partie de mon âme, je préfère fuir...
As-tu cherché ? As-tu essayé de comprendre à cet instant quelle était ta destinée ? Cherche au plus profond de ton être et réponds-moi, franchement…Non… Bien évidemment… Aurais-tu peur de ce que te réserve ce destin si incertain ? Il était tellement facile de vivre simplement avec ce que la vie te donne au jour le jour… Tu es lâche, tu n’as même pas essayé alors que le Destin te tendait la main, te montrait la voie, ta voie. Alors tu as décidé d’oublier, tout simplement, d’oublier ton origine, ton amour, ta vie. Tu t’es renié toi-même ! Lorsque tu les verras, tu ressentiras ce sentiment de honte, oui, tu as choisi la voie de la simplicité, tu verras combien les autres ont travaillé, tu verras l’œuvre qu’ils ont pu accomplir en 17 ans. Croyais-tu pouvoir y échapper ?
…Echapper ?
…chapper ?
…er ?
Le dernier mot résonne dans ma tête alors que je me réveille doucement d’un sommeil profond et lourd. Tout se mélange, je n’arrive plus à reconnaître cette chambre… Ma chambre ? Non, c’est celle d’une étrangère, je ne m’y sens plus chez moi.
Je me lève.
Une douce et puissante chaleur m’envahit lorsque je pose mes pieds sur la moquette. Je ne fais qu’un avec ce qui m’entoure, j’ai l’intime sensation de voir chacun des coins de ma chambre, mon armoire, le réveil, le bureau alors qu’il fait un noir d’encre. Je marche jusqu’à l’interrupteur, en sentant sous mes pieds les infimes écornures de la moquette, à chaque pas.
Je m’arrête devant l’interrupteur et décide finalement de ne pas le tourner, je n’en avais pas besoin. Je vais prendre une douche puis m’habille à la va-vite, j’avais quelque chose à terminer. Je descends les escaliers en trombe et attrape une tartine.
-S’lut ‘man
Je sors et retourne au parc. L’autre soir j’étais restée jusqu’à 23h sur ce petit banc blanc écaillé par le temps au grand dam de mes parents. C’est là que j’ai ressenti cette force alors encore inconnue. J’ai pu ensuite reconstituer à l’aide du souvenir de mes sens, et non de ma raison, l’aventure étrange qui m’était advenue. Le mot pour qualifier mon état d’esprit ? Excitée. Et pourtant quelque chose me disait que ce vers quoi je me dirigeais n’était pas de tout repos et me plongerait bien plus dans la souffrance, l’incertain et la peur que ma vie actuelle. Pourtant, insouciante, je préfère ne pas faire attention à ces étranges rêves et plutôt me concentrer sur la clef du mystère, ce même mystère qui entourait ma naissance.
Que s’était-il passé après l’attaque de ces étranges créatures ? Je me souviens avoir été aspirée en prenant la main de cet homme, puis, plus rien. La redécouverte de ces souvenirs fut très douloureuse, c’est comme si j’avais dû lutter contre une force qui recouvrait cette partie-là de la soirée et je me demandais bien comment j’allais faire pour retrouver la suite car tous mes efforts n’avaient mené à rien jusque là.
Je soupire.
Je sens pour la première fois un manque dans ma vie, une partie de moi me parait cachée par un voile épais mais je n’arrive pas à savoir quoi ni comment la retrouver. Je sais qu’elle est certainement liée à ce que je recherche et pourtant… A quoi rime ma vie ? Je n’arrive pas à en prendre le contrôle comme si mon Destin était tout tracé et j’en éprouvais un malaise très désagréable.
Voltaire, toi qui ne croyais pas au Destin aide-moi à reprendre le dessus ! Je souris à cette idée… Il faut croire que j’écoutais en cours finalement.
Cette pensée me redonna un peu de courage mais j’en étais au même point que tout à l’heure et il fallait l’avouer, c’était désespérant.
Finalement je me décidais à avancer un peu plus dans le parc, restant concentrée sur mes souvenirs perdus et laissant le vent s’engouffrer dans mes cheveux et glisser sur mon visage. Le paysage autour de moi s’effaçait doucement et j’entrais dans un état proche de la transe, j’étais calme mais consciente, totalement concentrée sur cette soirée qui, j'en étais certaine, avait changé ma vie tranquille à tout jamais.
- Dariane ! Mon Dieu ! J'aurai reconnu ton essence entre toutes ! Tu as bien grandi depuis la première fois que je t'ai vu...
Un sourire enfantin et d'une joie chaleureuse, contagieuse illumina le visage de la très belle dame qui se tenait devant moi.
Qui se tenait ? Comment est-elle arrivée ici ?!
- A cette époque tu babillais joyeusement, riant pour un rien.
Elle soupira.
- Qu'est-ce que tu as l'air sèrieuse maintenant... Et pourtant tu n'es pas au bout de tes problèmes ma grande.
Une très grande tristesse venait de recouvrir les traits de la dame aux cheveux blonds et soyeux.
Je réussis enfin à prendre la parole, articulant avec peine :
- Vous devez vous tromper, moi c'est Lilou.
Le même sourire chaleureux revint, emplissant son visage avant d'éclater dans un rire critallin.
- Non non, tu te trompes, mais le nom n'a aucune importance. Si tu souhaites porter le nom que tes parents adoptifs t'ont donnée, tu le peux.
Maintenant, si tu permets, j'ai un certain nombre de choses à t'expliquer avant que ton épreuve commence. Suis-moi.
Elle se retourna et fit quelques pas avant de se retourner.
- Au fait, tu ne dois pas te souvenir de moi, je m'apelle Aera.
- Je... Bonjour Aera.
- Allez, suis-moi, n'ai pas peur, personne ne va te manger, en tout cas, pas aujourd'hui.
Son sourire se fit un peu plus mystérieux.
Je me levais finalement, regardant mes mains, mes pieds, touchant mon visage. Il y avait quelque chose d'étrange, d'inconnu en moi mais pourtant je ne semblais pas avoir changé. Je finis par regarder un peu autour de moi, clignant des yeux à plusieurs reprises pour y voir clair.
A présent j'étais dans une chambre décorée simplement mais qui inspirait la confiance. Elle faisait même plus qu'inspirer, elle sentait la joie, la bonne humeur, la... famille. Le cocon familliale pour être plus précis.
Alors que mes pieds se posaient le sol, j'avais senti l'essence de cette chambre et j'avais l'intime conviction de connaître Aera, elle et son sourire...