L'Intouchable

Chapitre Un : L'Intouchable

 

 

 

Le voilà ! Illumination de ma vie ! Soleil de mes nuits ! Tendresse sauvage, sourire doux, regard mystérieux… Il est là, calme, posé mais bouillonnant d'une curiosité souriante. Comment pouvait-on être si paradoxal et si… parfait en même temps ? Il traverse la cour et tout disparaît. Il ne reste que lui et son sourire serein, son regard doux…

 

Mon cœur bat à mille à l'heure, chaque battement résonne dans tout mon être comme une souffrance, chaque battement amène une douce chaleur qui enveloppe mon corps et mon esprit… Souffrance de le voir là mais de ne pouvoir bouger, de ne pouvoir lui parler.

 

- Lilou !

 

Je sursaute. Mon cœur bondit et je me retourne sur le qui-vive. Eclatement de rire de ma meilleure amie.

 

- Encore en admiration béate devant l'Intouchable ? sourire ironique habituel…

 

« L'Intouchable », le nom stupide qu'Amélie avait donné à Théo… Il n'était pas intouchable ! Il était juste… sacrément beau…

 

- Mais qu'est-ce que tu racontes encore ? Je me dirige vers Amélie, la prend par le bras et la maudit intérieurement en la poussant dans un endroit plus discret.

 

- Moi ? Mais rien du tout ! La vérité ! Sourire encore ironique d'Amélie. Tu me connais j'aime la discrétion ! Eh puis j'en ai marre, il faut que ça change ! Je vais te trouver un moyen pour qu'il apprenne ce que tu ressens pour lui…

 

- Mais arrête donc ! Tu sais très bien que je n'ai aucune chance, il a déjà pleins de prétendantes et il n'en a pas besoin d'une de plus !

 

- Attends, tu as vu les pouffiasses que c'est ses « prétendantes » ? Tu as toutes tes chances !

 

- S'il te plaît Amélie, évite d'utiliser des termes comme ça, répondis-je en soupirant.

 

-Oui madame l'Ange ! Tu me fais bien rire avec ton langage limite châtié, quand même ! Il y a des jours où je me demande si tu ne viens pas d'une autre époque ma p'tite Lilou… Allez, viens ça va bientôt sonner et il vaut mieux arriver à l'heure avec ce prof…

 

Amélie me tire sans vergogne à travers les couloirs du Lycée et continue de parler comme à son habitude, sans que je n'y fasse attention. Après une marche un peu trop longue à mon goût, nous nous retrouvons enfin devant ladite salle, Amélie toujours continuant sa dissertation philosophique sur l'Amour et ses aléas.

 

Peu à peu les autres élèves de notre classe arrivent et la « discussion » est coupée court lorsque le professeur montre son bout du nez au bout du couloir. Le silence se fait immédiatement dans les rangs… Il est assez incroyable de constater combien ce professeur peut avoir de l'autorité sur des élèves apeurés…

 

Il ouvre la salle et nous rentrons, toujours en silence, avant de nous asseoir à nos places attitrées. Ce professeur faisait vraiment froid dans le dos et moi, si passionnée par l'histoire, je me voyais mal supporter une année avec ce professeur même s'il enseignait la plus belle matière du monde…

 

La journée s'écoula tranquillement sans que je ne pu revoir Théo. Amélie avait évité, dans sa plus grande bonté, d'en parler et je l'en remerciais intérieurement.

 

 

Le soir même…

 

Couchée sur mon lit, suçant le capuchon de mon stylo, j'essaye de me concentrer sur mes devoirs et de repousser l'image revenant sans cesse d'un Théo magnifique et divin.

 

Pathétique… Voilà le mot exact pour définir ma situation. Comment pouvais-je être si attirée par un garçon ? Moi qui avais toujours accueilli les histoires amoureuses de mes amies avec un rire moqueur ? Eh pourtant Théo m'avait tout de suite tapé dans l'œil lorsqu'il était arrivé au Lycée à la rentrée. Il venait d'on ne sait où et il parlait peu de sa vie avant d'arriver ici, c'est pourquoi il avait la réputation d'être très mystérieux mais cela ne l'empêchait pas de s'être fait beaucoup d'amis en peu de temps.

 

Je soupire et me remet à ma dissertation de philosophie, qui, ironie du sort, a pour sujet « Qu'est-ce que l'amour ? ». Oui… Qu'est-ce que l'amour ?... Un sentiment d'attirance, d'union… Plus encore… Une décharge électrique qui nous amoindrie, nous fait souffrir et qui pourtant, est tellement agréable lorsqu'elle se répand dans notre corps et créée un frisson qui remonte jusqu'à l'échine…

 

J'ai encore dérapée ! constaté-je avec dépit et horreur.

 

Je me lève et décide de sortir un peu dans l'air frais du matin, pour me changer les idées. Je descends les escaliers à toute vitesse, pique une veste au passage et claque sans faire exprès la porte d'entrée. « Espérons que papa n'ait pas entendu, sinon je vais encore me prendre un savon… ». Je me dirige vers le parc à côté de chez moi, comme je le fais à chaque fois que j'ai besoin de prendre l'air. Je passe la petite grille en fer qui couine lorsqu'on la pousse et vais m'asseoir sur un banc, en face du bac à sable.

 

Je pose ma tête sur le rebord et ferme les yeux en inspirant profondément.

 

Tout à coup une décharge d'électricité me traverse, je relève la tête, saute sur mes pieds et recule lentement vers le portail sans comprendre ma réaction. L'impression de danger augmente au fur et à mesure que les secondes passent et lorsqu'une forme vaporeuse prend forme à quelques pas de moi, je me retourne et commence à courir à perdre haleine…

 

PAF !

 

Des voix, tout est flou. Le noir m'envahit et je perds connaissance….

 


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