
Raxah tenait Makaya par la main, et Pallillah sur son dos. Il n'était même pas rose de toucher Makaya ; Seulement bleu foncé, car la peur qui l'envahissait lui faisait oublier tous ses autres sentiments. Makaya aussi était totalement bleue foncée. La peur permanente ne les empêchait cependant pas d'avancer.
Au loin, toujours ces pas, qui se rapprochaient doucement, menaçants.
Tous couraient depuis à peine vingt minutes, mais les ogres, aussi grands qu'ils étaient, ne sentaient pas la fatigue les prendre. Ils couraient, tant gros que mal, gagnant sans cesse du terrain sur les jeunes Kolopps qui fuyaient sans relâche une mort certaine.
Mais les ogres progressaient… et les enfants, épuisés, surtout Raxah, qui de surcroît avait Pallillah sur le dos, ne purent plus tenir la distance.
Vidé, Raxah s'écroula par terre. Makaya s'arrêta, posa Pallillah contre un rocher et se pencha sur lui :
-Raxah ! Non, relève-toi ! Sinon t'es mort !
-Maka… Dit celui-ci en essayant vainement de reprendre son souffle, va-t'en Maka… Trouve un coin, cache-toi et ne ressors que lorsqu'ils seront deux heures plus loin de ta cachette…
-Non ! Pas sans toi !
-Maka !
-N'insiste pas ! J'ai dit que je ne partirais pas sans toi !
-Maka… Va-t'en, c'est un ordre !
-Tu n'as pas à me donner d'ordres !
Une larme coula sur le visage de Makaya. Elle descendit le long de sa joue, caressa ses lèvres et tomba sur celles de Raxah… C'était tellement beau, mais tellement triste en même temps…
Ils allaient mourir, c'était certain… Ils allaient disparaître à jamais de la vie de leurs familles respectives, ils allaient servir d'entrée à des ogres horribles, ils allaient tout perdre, sans avoir eut la chance même de construire, ils allaient mourir, sans avoir même pu… s'aimer.
Makaya regarda Raxah. Leurs yeux brillaient. Et malgré que la situation les ait sans cesse faits bleus, ils devinrent roses. Tous les deux. Ensemble, par ce lien profond qui les unissaient et les uniraient toujours : L'amour.
Makaya sourit tendrement à Raxah qui n'en revenait pas. Makaya était rose ! Elle l'aimait ! Même si elle avait encore du mal à le reconnaître. Mais il aurait tellement voulu que cet instant tendre entre eux se passe à un autre moment ! Là… là ils allaient mourir, et Raxah n'aurait jamais l'occasion de l'aimer, de l'embrasser, de sentir la douceur, la chaleur de ses lèvres sur sa peau…
Mais les ogres approchaient. La terre, devenue boue à cause de la pluie, gardait, profondément encrée en elle, les empreintes des dizaines de géants affamés.
Leur odeur monstrueusement affreuse leurs remplissait les narines comme un poison. Ils approchaient, petit à petit, détruisant tout sur leurs passages, de par leur taille. Tout finissait arraché, décimé. Tout, depuis ce qu'ils avaient parcouru, depuis la pyramide, avait été détruit ; Sans ménagement, par ces immenses bêtes sans pitié, pour qui seul importait le dîner de Kolopps qu'ils allaient faire d'ici peu.
Arrachant arbre par arbre, les ogres, à moitié aveugles et sourds étaient à présent à moins de cinq mètres des enfants ; Leur odeur défiant toutes les horreurs du monde.
Makaya se mit à pleurer doucement. Toujours effondrés de fatigue sur le chemin, les jeunes Kolopps prirent Pallillah, doucement, et la cachèrent dans un buisson malheureusement trop petit pour trois personnes. Ils avaient décidé d'un commun accord que s'il fallait sauver quelqu'un, se serait Pallillah, car aucun des deux jeunes amoureux ne voulait survivre pour mourir à petit feu car l'absence de l'autre était insupportable.
En plein milieu de la forêt, deux êtres minuscules face à des géants, se tenaient dans les bras. Makaya pleurait contre l'épaule de Raxah qui avait du mal à se retenir, lui aussi. Il pris sa tête entre les mains, et doucement, l'embrassa. Son premier et dernier baiser.
-Je t'aime Makaya, murmura-t-il.
-Moi aussi, tellement fort… Adieu.
-…