
Dans la rue adjacente au parc, une étrange fille avec un chapeau rose vif moche (il faut bien le dire) faisait les cent pas pendant que son amie parlait
Dans le vent (il faut bien le dire aussi).
- Tu te rends compte ? Quelle conne cette prof !
- Ouais, il est grave, répondit vaguement China en regardant en direction du parc, sautillant de droite à gauche.
- Mais qu'est ce que tu as à la fin ? soupira Lay qui se rendait bien compte que sa meilleure amie était « ailleurs ». T'es toute bizarre depuis ce matin
Et je ne parle même pas de « ça ».
Elle montra avec une expression de dégoût intense, le bonnet rose vif qu'avait décidé de porter son amie ce jour-là.
- Laisse mon bonnet en paix, je vais très bien.
C'était un énorme mensonge, bien sur. Elle avait les nerfs en pelote depuis qu'elle avait mis la lettre dans le casier 123. Et plus l'heure avançait, plus cela empirait.
Elle jeta un énième regard en direction d'un banc (Le seul libre, en fait
) pour constater que Tenshi n'était pas encore arrivé. De là où elle était, elle pouvait voir plus ou moins tout le par cet surtout tous ceux qui se dirigeaient vers le fameux banc.
De là-bas, il ne manquerait pas de la voir (pas de la reconnaître mais de la voir si) elle le savait. Son plan c'était l'attendre en se mettant bien en vue lorsqu'il arriverait. Il viendrait par lui-même et elle n'aurait pas à le regarder. Elle feindrait s'intéresser au passionnant trafic du boulevard d'en face...
D'un côté, elle voulait le voir mais que lui la voit lui semblait tout de suite moins tentant. Peut-être avait-elle encore le temps de fuir vers l'Est ? Piquer un sprint jusqu'à l'arrêt de bus et disparaître dans le 82 qui venait de s'y arrêter ? Elle atterrirait dans un patelin paumé genre « Trou Pourri les Bains » bien loin de chez elle mais elle n'aurait plus à supporter et l'attente et la rencontre et la fatale déception de Tenshi. Car elle était intimement convaincue que lorsque celui-ci la verrait, il serait terriblement déçu et que ce serait lui qui partirai, la queue entre les jambes
Bref vite et loin (vu que l'expression n'est pas très explicite).
- Tu vas arrêter de tourner comme ça ? J'ai déjà assez mal au crâne à cause de cette vieille pie ! soupira Lay, exaspérée pour changer.
- Hein qui ?
Mais qu'est ce qu'il fait ? Il viendra pas j'en suis sure !
Il a peut-être pas eu ma lettre
Il est peut-être absent aujourd'hui ?
- Dis, t'as vu Tenshi aujourd'hui ?
- Mmh ? Ah, ouais je l'ai vu près des casiers. Il était tout bizarre et il lisait un truc. En plus, il m'a même pas répondu quand je lui ai dit bonjour ! Tout le monde est space aujourd'hui
finit-elle par conclure.
- Oké, fit China en essayant de cacher son intérêt.
- Il t'intéresse toujours, hein ?
- Ouais, ouais, répondit la jeune fille d'un air vague. Elle venait d'apercevoir une silhouette familière.
Tenshi se dirigeait avec sa démarche inimitable s'approchait du banc. Ban sang qu'il était beau ! Ses cheveux châtains, ses yeux si bleus (comment ça comment elle peut les voir à cette distance ? Et l'imagination, connaissez pas ?)
BREF UN DIEU !
- Oh je t'ai pas raconté ! Hier je me suis fait aborder par
Lay lui racontait quelque chose mais China n'y prêtait aucune attention, se contentant d'hacher la tête le regard rivé vers le garçon. Ce dernier les cheveux au vent, la démarche nonchalante se dirigeait vers le banc la cherchant des yeux avec son expression de perdu endormi trop craquante. Il arriva au banc, en plein dans la ligne de mire de China et s'assit sur le banc. Elle eut un élan de pitié pour lui, elle n'aurait pas aimé être à sa place. Quelle situation inconfortable !(bien qu'elle en soit l'instigatrice
)
« J'y vais, j'y vais pas ??? »
Face à ce dilemme cornélien, China appliqua une méthode à la fois mature et réfléchie.
« J'y vais, 1
J'y vais pas, 2 »
Elle se tourna vers son amie et l'interrompant totalement, lui demanda :
- Un ou deux ?
Lay soupira. Elle avait l'habitude de ce petit jeu.
- Un.
- Merde ! Non je peux pas !
- Tu ne peux pas quoi ?
- Rien, rien, fit-elle en fixant résolument un caillou.
Soudain Lay se redressa et sourit. Elle tourna la tête de China en direction du parc, endroit que cette dernière cherchait à éviter justement.
- Oh, regarde ! Tenshi ! Fais lui signe !
- KOIKOIKOI ? Nonononononon
Trop tard elle lui avait déjà prit les mains et les agitait en l'air remuant China comme un pauvre pantin.
- Mais je veux pas lui faire signe
protesta vainement le pantin.
Elle s'écarta vivement de Lay et la poussa. Ses yeux se posèrent malencontreusement sur Tenshi. Il la regardait aussi. Pendant quelques secondes bien trop longues pour en être vraiment, ils se fixèrent l'un l'autre, hypnotisés. Jusqu'à ce que China détourne vivement le regard et se mette hors de sa vue, cachée derrière un arbre. Elle essaya de se calmer mais elle mourrait de chaud, manquait d'air et tremblait comme une feuille.
« Qu'est ce que je fais bordel, qu'est ce que je fais ? Et s'il vient ?!? Oui c'est le but mais non, pas prête, bordeleuh !
Bon trouve un truc naturel et cool à dire ma vieille
Un truc cool et naturel
»
- Qu'est ce qui te prend ?
- Il vient ? demanda-t-elle d'une voix essouflée.
- Comment ? Ah ! Non il vient pas, répondit Lay déçue. Il fait un truc à un banc
- Quoi ? Comment ça ?
- Ben regarde idiote !
China risqua un regard qui lui montra Tenshi penché sur le banc. Elle se replaça derrière l'arbre et pesta :
- Mais qu'est ce qu'il fout ?
- Qu'est ce que je sais moi ! Ah, il vient !
- QUOI ???
Il lui fallait fuir. Tout de suite ! Elle chercha une issue. Un choix cornélien (encore) entre mourir écrasée et mourir de honte.
- Ah non, il s'en va. Attends, il fait demi-tour
Non il repart.
- Il vient ou pas ?!?
- Il fait des aller-retour
Il est fou.
- Lay , je t'en supplie, il vient ou pas ?
- Je crois
que non.
Un nouveau regard. Oui, il partait. A la fois soulagée et déçue, China retira le bonnet de sa tête et fixa d'un regard vide le banc où son footballeur de rêve s'était assis
Et elle la vit.
- Oh non
- Quoi ?
- Euh rien, rien, mentit-elle. Ecoute, on se retrouve en face du café là-bas, je te paye un café oki ?
- Euh, d'accord. Mais essaie que ma China soit de retour à ce moment là oki ?
- Mouais
Elle se dirigea vers le banc (devenu sacré en moins d'une minute
) en priant pour que ce ne soit qu'une hallucination. Une fois en face, plus de doute. C'était bien une lettre. Avec « Pour Anonymous » ecrit en grand dessus
Chez elle. Paniquée à fixer l'enveloppe depuis une bonne demi-heure. Après une énooooorme préparation mentale, elle la décacheta et la déplia, la peur au ventre.
Chère (j'espère bien que c'est chère car contrairement à tes soupçons, non, je ne suis pas gay. D'ailleurs on va clore tout de suite ce sujet si tu veux bien. C'est pas le genre de truc qu'on dit dans une lettre comme ça, tu vois ?)
Donc chère Anonymous,
La célèbre Anonymous. Euh une rectification à ce propos, c'est quand j'ai montré la lettre à un ami qu'il s'est mis à jouer les détectives pour savoir qui tu es. Donc, je m'excuse (et on ne se moquait pas de toi, j'étais juste étonné parce que c'est la première lettre qu'on m'écrit
) . Quand j'ai vu ton mot dans mon casier j'ai cru que c'était une erreur parce que hier y avait une fille qui s'était trompé de casier pour mettre un mot ! D'ailleurs pendant un moment j'ai cru que c'était toi, mais c'est stupide hein ? Surtout que je ne t'imaginais pas vraiment comme cette fille. C'est une personne un peu bizarre d'ailleurs. Enfin !
Voilà il est fort possible que je n'ose pas aller te parler. D'abord parce que je suis assez gêné avec les fille et ensuite parce que
Enfin voilà. Donc je pourrais peut-être répondre à tes lettres tu ne pense pas ? Enfin, tu pourrais me donner le numéro de casier et je t'enverrai des lettres ? Ça te tente ?
Enfin si ça te tente pas hein, je comprends
Enfin ce n'était qu'une proposition tu vois
Enfin, donc, euh
Salut !
Tenshi
- UNE PERSONNE UN PEU BIZARRE ?!?