
- Va-t-en de là!
Je me recule.
- Tu ne sais vraiment rien faire, tu es trop bête! Je suis obligée de tout faire moi-même.
J'en ai marre, toujours le même refrain.
- Je ne peux vraiment rien te confier, on ne peut vraiment pas te faire confiance!
Non, pas ces phrases-là, maman! Ce sont celle de papa! Je ne les supporte plus.
Ma mère quitte la cuisine et se dirige vers sa chambre. Maman? Je suis vraiment un incapable? Je ne sais rien faire? On ne m'a jamais rien appris autrement qu'en engueulant mon ignorance! Rien n'est inné, maman! Je ne sais rien faire à la base, et si l'on ne m'apprend rien, je ne saurai toujours rien.
Si tu voulais être fière de tes enfants, fallait mieux nous faire! Comment voudrais-tu avoir des enfants instruits si tu ne leur donnes pas gentiment les instructions à suivre?
Pourquoi devrais-je subir tes états d'âmes? Pourquoi devrais-je subir tout cela alors que ta coiffeuse ne t'a pas fait la bonne coupe! Maman! J'en ai marre, je veux mourir! Je ne suis pas fait pour ce monde-là! Je n'ai pas ma place ici
mais dans l'au-delà.
Je m'occupe de la cuisine tout de même, après tout je n'ai pas le choix. Papa est dans le jardin, ma mère aux fleurs, et mon frère
joue tranquillement dans sa chambre. C'est injuste! Pourquoi ne rien lui dire à lui? Il est de 8ans mon aîné, mais lui, on ne lui dit rien! Pourquoi? Pourquoi s'acharner sur moi? Pourquoi moi?
Tout est prêt, nous sommes en train de manger. Ca n'a aucun goût, je n'ai vraiment pas faim. J'ai fini le premier. Par politesse, je reste à table, et je regarde sans cesse la télé, je ne veux pas croiser leur regard.
Je débarrasse le tout, et fais le ménage avec ma mère. Pas un mot entre nous. Pas beaucoup d'aide de mon frère et mon père. Je les maudis encore davantage de ne pas me sauver de cette situation. Non, ils ne feront rien et disparaîtront lorsque ma mère et moi aurons fini: mon père dans le jardin, mon frère dans sa chambre
comme ce matin.
Elle va se coucher pour faire une sieste, et moi je m'isole dans ma chambre. Tout objet me remet en question. Oui vraiment le sort est contre moi! Si ma sœur n'était pas morte, je n'existerais pas. Mais pourquoi es-tu morte, ma sœur?!! Tu méritais plus que moi de vivre. Notre mère t'aurait aimé davantage que moi. Tu étais une fille. Quoique, elle aurait peut être attendu davantage de toi, car tu aurais été une fille. Comment aurais-tu été? Si comme moi, tu ressemblais physiquement à notre père, alors tu as de la chance d'être dans l'au-delà.
Je me regarde dans le miroir. J'imagine mon visage plus féminin.
Ma sœur
Ma sœur
Non, c'est bel et bien moi devant ce miroir. Comme je me hais. Ces traits grossiers
mon visage
je hais ces yeux qui appartiennent à mon père, ainsi que ces sourcils
ce menton
ces joues-là
mes yeux verts que personne ne partage
mon père est-il vraiment mon père? Ma bouche
trop petite
mes dents
comme j'ai souffert à cause d'elles! A cause de mon père
papa, tu n'es vraiment pas beau, pourquoi est-ce que je te ressemble?
Le sort s'acharne sur moi!
- dis moi miroir! Dis moi la chance que tu as! Même brisé, je t'envie. Car de jours en jours je suis brisé, et personne ne s'en soucie
Le noir
Les ténèbres
Une lumière assez sombre à coté de moi. Mais quelle est cette immense salle sombre où seule la sortie est éclairée? Je m'approche de cette sortie et je me rends compte que ce n'est pas une porte. C'est une espèce de vitre.
De l'autre coté, c'est un paysage que je connais que trop bien. C'est ma chambre. Je vois un bout de mon lit qui est à ma droite et mon armoire à gauche. C'est l'allée où se trouve mon miroir! En face de moi
il y a moi. Est-ce vraiment moi? Je distingue le tout très mal, il fait sombre mais je reconnaît bien; là je me trouve, et là où est mon autre moi. Il le sait. Il me regarde et sourit. Il se recule, s'arrêtant à coté de la porte de ma chambre et allume la lampe. Je le suis dans ses gestes. Je distingue mieux à présent les choses qui m'entourent, de mon coté. C'est ma chambre
mais à l'envers! Je suis à la même place que cet autre moi. Il dirige tous mes gestes, je ne suis plus maître de mon corps.
Aie pitié, je ne veux pas être esclave
.
On se rapproche du miroir. Il sourit. Il est si beau avec ce sourire. Mes gestes le suivent; le sourire aussi. Mais c'est tellement étrange d'avoir un tel rictus lorsque le cœur n'y est pas. Il s'observe dans le miroir. Je l'observe. Il est si beau. Il a cette beauté que je ne possède pas. Tellement beau que je l'envie. Mais c'est moi! Non, ce ne peut pas être moi. Ce n'est pas moi. Il est ce que je ne suis pas
Il est ce qui conduit mon âme vers la perfection
Il est ce qui me manque pour être parfait, entier, complet
Il est le vide de mon âme
Il est la force de mon âme
Il quitte ma chambre. Je suis seul à présent. Seul dans cette réplique de chambre. Face à la porte. Je ne peux pas la franchir. Sûrement parce que le miroir ignore ce qu'il y a derrière cette porte. Je suis coincé entre ces quatre murs
Je veux éteindre la lumière. Je ne peux pas. Rien de tout cela ne me rend heureux. Je me sens seul dans un autre univers. Tout ça, ce n'est pas ma chambre. Je regarde ma collection de chats. Toutes ces figurines me semblent affreuses en cet instant. Je veux sortir.
Aie pitié de moi!!
J'entends des voix. La mienne
celle de mon frère :
- alors tu l'as regardé ce DVD? Dit mon autre moi enthousiaste.
- Ouais, excellent, ça fait du bien de revoir ce film.
- On te l'avait déjà prêté?
- Mais oui, souviens toi, le prêtre qui veut rencontrer le diable, et qui pour ça, dois faire le mal. A
avec José Maria!!
- Ah oui!!! "Oh c'est puissant"!!
Et ils se mettent à rire. A les entendre, je me remémore le film. Je l'avais bien aimé. Je veux le revoir.
- Faudrait que tu me le prêtes ce soir! Dit mon autre moi.
Oui! Oui!!! Comme ça, je le verrai! Bon à l'envers mais c'est pas grave. Les sons sont les mêmes. Même si je veux sortir de cet endroit avant, cela me rendra moins seul.
- tiens au fait, dit mon frère, j'ai besoin d'un deuxième joueur pour
Pour quoi? Répète!! Je n'ai pas entendu
- OK. Vas-y, j'arrive
dit l'autre moi.
Non! Non!!! Reviens ici! Ne me laisse pas seul.
Je suis attiré par la porte. Encore une fois, il me dirige. Il jette un œil vers le miroir et continue son chemin, devant la télé. Il regarde la Playstation 2 et prends la carte mémoire qui était dedans. Derrière la télé, il prend le briquet. J'entends à nouveau des voix. Mes parents.
- on prend le chien, on va dans le bois. Tu ramasseras le linge?
- OK, dit-il.
Il revient vers le miroir. Mon corps le suit. La porte conduisant au sous-sol se referme. Ils partent. Je ne sais pas si je dois me réjouir. Je me sens seul, soulagé, inquiet, énervé, apeuré
bizarre.
Prends pitié de ma misère.
- alors? Comment tu te sens? Demanda-t-il en fixant le miroir. Seul? Et quand tu pars la semaine à l'école? Hein? Je me fais chier! De temps en temps, ta mère entre dans la chambre mais ça me divertit 2 minutes. Ressens ma solitude!
- Prends pitié
- Non pas maintenant. Laisse moi profiter de ma liberté.
- Mais je
- Je sais ce que tu vas dire! Mais vois-tu, tu es le yin, et je suis le yang.
Il pose sa main sur le miroir comme pour me caresser. Il marque une pose pour savourer cet instant. Je suis ici, comme enchaîné, et lui, libre.
- je vais m'amuser un peu, je pense te laisser quelques jours ici
savoure ces instants magiques!
Non! S'il te plait! Non!!! Ne me laisse pas ici.
Mais il part dans la chambre de mon frère.
Je suis à nouveau seul. Je tourne en rond. Comment sortir d'ici? Je frappe le miroir. Rien. Même pas une douleur à ma main. Comme si je ne l'avais pas toucher. Je pose ma main dessus. Je sais que je le touche, mais je ne sens rien. J'ai perdu le sens du toucher ici. Je m'affale sur le lit. Que puis-je faire?
Des minutes passent. Une éternité. Pas un bruit dans la maison. Ils sont tous partis. Même le chien. Il reste la chatte. Elle est là? De toute façon, que pourrait faire cette bestiole pour m'aider? Me divertir tout au plus.
Un miaulement. Ouais! Elle est là! La chatte est là. Viens, viens!!!! Le miaulement se rapproche. Je me sens encore attiré vers la porte. La tête du chat apparaît. Je prends son apparence. Noire et blanche. Haute comme trois pommes. Miaulant. Non, il n'y a personne dans la chambre, elle hésite. S'installer sur le lit confortable, ou repartir miauler ou s'installer ailleurs? Non, elle vient dans ma chambre, s'installe sur le lit. Se couche. Fait sa toilette. Pour la première fois, je sais ce que l'on ressent en se léchant la queue. Ça pue. Elle s'installe à nouveau. Quelques minutes passent. Elle change de position. D'autres minutes passent. Elle refait sa toilette. Se recouche. S'endort.
Dans le sous-sol, j'entends la porte qui mène à la chambre de mon frère s'ouvrir. Il revient! Ma chatte l'entend, elle ouvre les yeux et tend ses oreilles. Il monte les escaliers et lorsqu'il ouvre la porte, ma chatte se précipite vers lui. Miaou, miaou
- dégage toi, ce n'est pas toi que je viens voir, saloperie! Dit-il.
Il entre dans la chambre et va directement vers le miroir. Il avait un peigne dans la main, il se recoiffe devant moi. Evidemment mes gestes le suivent, avec un peigne qui est apparut dans ma main lors de son entrée ici. Le chat entre. Je sens mon corps se diviser. Je suis à présent le chat, et moi. Il continue de se coiffer; le chat miaule et monte sur le lit pour se frotter contre lui. Il grogne, le chat est en train de lui laisser des poils sur les vêtements. Je suppose que j'en ai aussi sur le pantalon. Il s'observe. Ah qu'il est beau. Mais vraiment, comment peut-il être aussi beau en possédant le même corps que moi?
C'est une question de force d'âme.
- bon, mon coco, moi je vais voir ta copine. Dit-il en me faisant un clin d'œil.
- Mais!! Je n'ai pas de copine!
- Pas encore.
Il part encore. Il ne reste plus que le chat. Saloperie, dégage! Je veux être libre de mes mouvements dans cet endroit! Vire de là!!! Dégage!!!! DEGAGE!!! Mon âme s'effondre. Elle pleure. Ce chat va me détruire. Mais qu'il s'en aille!!
Pitié!
Des heures passent. Le chat dors. Il n'avait pas quitté cette pièce. Moi je ne dors pas, mais j'erre parmi mes idées de fuite. Les yeux clos, je ne me souviens plus trop la forme de ma chambre. Cette position est inconfortable, mais la chatte dort, elle s'en fout.
La haine s'installe en moi.
Je veux tout détruire. En commençant par ce miroir maudit
Les jours passèrent sans que je sois libéré. Mes parents partirent chez des amis. Ils allaient manger là-bas. Mon frère était partit chez des amis. Je suis seul dans la chambre, l'autre, lui, était sorti de la maison, mais ne l'a quittait pas. Il entre à nouveau. Se dirige vers la salle de bain, se parfume et s'arrange au mieux. Il se fait tard, je vois la nuit tomber.
Une sonnerie. Des invités? Il va ouvrir la porte. Une voix de fille se fait entendre. Puis plus rien. Puis il parle à nouveau. Je ne distingue pas leurs paroles, comme s'ils ne voulaient pas que j'entende.
Attiré par la porte, je me divise en deux, pour le laisser apparaître avec la fille. Brune, yeux bridés. Plus petite que moi, soit environ 1m60. Elle regarde le miroir. Non! Ce n'est pas possible!! Saeko
celle dont je n'ai jamais réussi à conquérir le cœur
il s'approche d'elle et l'embrasse. De mon coté, j'embrasse mes deux parties. Quelle horreur! Ils s'enlacent, se couchent sur le lit, se caressent, s'embrassent encore et encore, se déshabillent et font ce que j'ai toujours désiré faire avec elle. Je suis dégoûté. C'est lui qui l'aura obtenu, lui qui lui donne ça
et moi je fais la même chose avec une partie de moi-même. C'est écœurant. Mon amour pour elle se désagrége, puis petit à petit, disparaît, jusqu'à la haïr. Comment? Mais comment peut-elle?
Le temps passe et ils ne se lassent pas. Mes gestes suivent leurs mouvements, maintenant plus rien n'a d'importance. Je suis blasé. Je ne veux plus rien. Si! Une chose! Mourir et disparaître.
Prends pitié de ma longue misère
Ils s'arrêtent et s'enlacent.
- c'est marrant de faire ça devant un miroir. Je vois chacun de mes gestes. Ca m'existe.
- On peut continuer encore et encore
lui murmure-t-il au creux de l'oreille.
Elle sourit... et c'est repartit pour un tour mais cette fois c'est pire. C'est devenu franchement écœurant. Un film X ne me laisserait pas cette tâche indélébile. Cette fissure.
Au bout d'un certain temps ' toujours une éternité à mes yeux ' ils se séparèrent pour qu'elle puisse rentrer chez elle. Elle ne reste pas ici? Chouette!
Il revint encore une fois devant le miroir.
- bon, celle'là, c'est dans la poche. Je nous laisse plus que 3jours et tout sera parfait. Après cela, je te libérerai.
Impossible! J'ai passé des jours et des jours ici, enfin la porte de sortie s'apprête à s'ouvrir. Je n'y croyais plus
Il se couche et s'endort. Pas moi. J'entends mes parents, puis mon frère rentrer. Puis je m'endors. Je sens à nouveau l'envie de vivre m'envahir. Je ne sais pas si je dois bénir ou maudire cet autre moi, mais visiblement, il n'a pas fait que me faire souffrir. S'il tient parole, alors je lui donnerai ce qu'il désire le plus au monde, à part ma vie une seconde fois. Je pense qu'un simple remerciement ne serait pas suffisant.
Les trois derniers jours passent. A une vitesse fulgurante, cette fois. L'heure de ma libération approche. Mon cœur n'est que joie et impatience. Je passais mon temps à imaginer ce qu'il avait fait.
L'instant T. il approche.
- je vais te faire une proposition, dit-il. Veux-tu reprendre la vie telle que tu l'as vécue, en ajoutant ce que je t'ai apporté, ou veux-tu fusionner avec moi pour jouir à jamais de mes atouts.
Je réfléchis. Posséder ce qu'il a me serait d'une grande aide, mais pourtant, m'abandonner à la solution de facilité ne serait pas acceptable. Je peux continuer seul. J'ai vu sa façon d'agir. Je n'ai pourtant jamais entendu ma mère dire quoi que se soit à lui. J'ai besoin de lui. Que faire? Que choisir?
- fusionnons, dis-je pour finir.
J'ai vraiment besoin de lui. Combler le vide mon âme
posséder la force d'âme : l'âme entière.
- Alors c'est ainsi, fusionnons.
Le noir
Les ténèbres
Comme lorsque nous avons échanger nos places
Miroir, tu m'a montrer la vérité
ma vérité
je suis l'homme le plus heureux que la Terre puisse porter. Je vais vivre
je serai parfait
La lumière revient. Je vois le miroir face à moi. Je n'ai plus de reflet. Il n'est plus là. C'est étrange un miroir sans reflet. Bien sur, l'autre partie a fusionné avec moi. C'est peut être ainsi un miroir bénie, celui qui conduit à l'âme parfaite. Comme dieu. C'est un instrument de Dieu, c'était évident
J'admire ce miroir sans reflet, cela occupe quelques minutes puis mes yeux se posent à terre pour admirer mon corps
Mon corps est à terre
Inerte
Mais moi? Où suis-je?
Je n'ai pas de reflet, je ne sais pas où je suis.
Je ne suis pas à terre, ce que je vois ne viens pas de par terre.
Je suis debout
Mais je n'existe plus
Je suis mort
Un fantôme
Mais les fantômes n'existent pas!
C'est une blague!
Ce n'est pas moi qui suis à terre
Qui est-ce?
Ma mère entre. Elle hurle. Elle court vers le corps et fond en larme.
Maman, ce n'est pas moi, je suis là.
Mais je ne la touche pas. Je la traverse.
Je suis bel et bien mort
Depuis le départ, je me trompe. L'âme parfaite n'existe pas.
Maman, papa, mon frère, mes amis
ma famille
Saeko
je ne vous reverrai plus jamais. Je me suis trompé de choix. Je me suis trompé de vie. Mais maintenant, une chose est sûre
Ce miroir n'était pas l'instrument de Dieu
Mais du Diable