prenez vos positionsAprès avoir pris tout ce qu'ils pouvaient dans le magasin, et que l'ogre ait bu toute la bière, la compagnie se décida à se remettre en route. Mais le Nain ne pouvant les suivre, il fallut d'abord le persuader de renoncer à son butin, dont le poids était la cause de son immobilisation. On s'aperçut à l'occasion qu'il comptait garder la caisse du magasin pour lui, mais on n'eut pas le temps de le punir pour cela car déjà des bruits résonnaient dans le couloir.
Le Ranger prit la direction des opérations et ordonna au Nain, au Barbare et à l'Elfe de préparer leurs armes respectives.
- Si tu me tires dessus tu ne pourras plus jamais mâcher une salade, grogna le Nain à l'Elfe.
- Vous, les magiciens, préparez vos sorts de combat, ordonna le Ranger à l'adresse de la Magicienne et d'Ayamé. Le Voleur va ouvrir la porte.
- Et pourquoi dois-je exécuter les tâches ingrates ?
- Parce que tu sais rien faire d'autre, ricana le Nain.
- L'écrivain peut le faire, lui ! Protesta le Voleur.
- Je n'ai plus confiance en ce joli-coeur, fit le Ranger en jetant un regard noir à l'intéressé. Je préfère que ce soit toi, qui as toute notre confiance, qui nous a maintes et maintes fois prouvé sa valeur en ces aventures partagées et qui je suis sûre comprendra l'importance de la tâche qui lui incombe...
- Bon, bon, ça va, je vais le faire, pas la peine d'en faire une mission d'Etat, soupira le Voleur en se mettant en position.
- Et l'Ogre, il n'a pas d'arme ? S'inquiéta le Ranger en lui tournant le dos, oubliant tout aussi soudainement qu'elle était apparue sa subite déférence à son égard.
- Il va prendre le pied de la table, expliqua la Magicienne.
- Et Shiguré, qu'est-ce qu'il fera ? questionna Ayamé.
- Je vais m'occuper de mon ami Hatori qui m'a l'air fort mal en point, répondit Shiguré avec un sourire forcé, passant son bras sous les épaules du dragon pour l'aider à se mettre debout.
- Et toi ? Demanda l'Elfe au Ranger.
- Eh bien... Moi... Je, euh, je supervise la bataille, sourit le Ranger. Ouverture de porte !
En voyant la foule de monstres qui grouillait devant la dite porte, le Ranger battit en retraite en criant :
- Ferme la porte, vite !!
- Mais qu'est-ce que tu fous ? Protesta le Nain.
- Baston !! gronda le Barbare.
- Mais vous êtes fous ! Ils sont trop nombreux ! Nous allons probablement essuyer un cuisant échec, fit le Voleur.
- Quoi ?
- Il dit qu'on va se faire défoncer la gueule, expliqua le Nain à l'attention du Barbare.
- Ah, bon !
- Ce que vous êtes négatifs ! Soupira l'Elfe. On ne pourra pas gagner de l'expérience si on n'essaie pas !
- On peut toujours utiliser la ruse, proposa le Voleur.
- Ouiii ! Quelle idée fantastique ! Je vais faire diversion en leur faisant un strip-tease et ils seront tellement éblouis par ma beauté que vous pourrez vous échapper sans qu'ils le remarquent, s'écria Ayamé.
- Ne dis pas de bêtises, fit Hatori en l'assommant.
- Tiens, tu vas un peu mieux, toi, fit l'Elfe.
- C'est grâce à mes soins diligents et à mon dévouement sans limite et... s'empressa Shiguré mais il se tut en voyant le double regard d'Hatori et du Ranger.
- Bon alors, comment on ruse ? Demanda Ayamé en grimaçant, se frottant le crâne où pointait une bosse.
- C'est quoi la ruse ? Demanda le Barbare.
- Je n'en ai aucune dans mon sac, en tous cas, fit l'Elfe.
- Mais c'est quoi cette équipe de meeeeerde ! S'énerva le Ranger.
- Je vais leur expliquer, proposa Shiguré.
- Non, laisse-moi, s'avança le Voleur. La ruse, c'est un moyen de gagner sans combattre.
- Les gens de mon peuple appellent ça la peur, fit le Barbare.
- Chez moi, on dit chier dans son froc !
Le Barbare avait des scrupules à ruser, croyant que Krom le jetterait hors du Walhalla, mais il se décida à s'échapper par la trappe découverte par la Magicienne lorsque la porte menaça de céder aux assauts des monstres.
La Magicienne dut s'occuper du plan car Shiguré portait toujours Hatori qui avait essayé de faire quelques pas seul mais avait renoncé, chancelant, au bout de deux mètres.
- Bon, c'est assez étroit, il faudra avancer en ligne. Prenez vos positions, fit le Ranger.
- C'est quoi nos positions ? Demanda le Nain.
- Le Barbare en premier, ensuite le Nain pour la baston. Ensuite l'Elfe pour utiliser sa vision, suivie par...
- Moi ! S'écria Shiguré.
- Je ne vais pas derrière ce nabot, fit l'Elfe.
- Je ne veux pas qu'elle me plante une flèche dans le cul, renchérit le Nain.
- Bon, la Magicienne, puis l'Elfe. Puis...
- Moi ! Fit Shiguré plus fort.
- D'accord, soupira le Ranger. Puis l'autre zigoto, et derrière toi, l'Ogre.
- Mais il sent la mort ! S'indigna Ayamé en se reconnaissant dans « l'autre zigoto ».
- Bon, alors le Voleur, puis l'Ogre.
L'Ogre émit un son que la Magicienne traduisit en pouffant de rire.
- Il est déçu de ne pas pouvoir être aux côtés la belle jeune fille.
- Eh bien moi, je ne suis pas déçue du tout ! Fit l'Elfe dégoûtée.
- Ce n'est pas de toi qu'il parlait, mais d'Ayamé, expliqua la Magicienne en ne se retenant plus de rire.
Ayamé ne répondit pas et se mit en marche, vexé.
- Eeh ! Garde ta position ! Le héla le Ranger qui faisait l'arrière-garde.
- Je veux m'éloigner le plus possible de cet énergumène, lâcha Ayamé en s'arrêtant toutefois.
- Rien à foutre.
- La barbe du Nain gratte mon dos !
- Rien à foutre.
- L'Ogre marche sur ma cape !
- Rien à foutre.
- J'arrive pas à suivre, je dois porter Hatori, moi !
- Rien à...
- Non, attends ! Tu ne peux pas faire la sourde oreille à un ami si dévoué, si attentionné, qui fait tant d'efforts pour soutenir ce pauvre... le défendit l'Elfe.
- Je suis heureux de voir que tu es toute prête à m'aider, sourit Shiguré.
- Eh, oh, dis tout de suite que je suis un fardeau, aussi ! fit Hatori vexé.
- Euh qu'entends-tu exactement par « aider » ? se méfia l'Elfe en voyant le regard sournois du chien.
- Surtout faites comme si je n'étais pas là...
- Tu veux bien le tenir quelques secondes ? Demanda Shiguré en souriant de plus belle.
- Eh, non ! Shiguré !!
Hatori se transforma dans les bras de l'Elfe bouche bée, et Shiguré le récupéra en essayant de garder son sérieux.
- Merci ! Dit-il en reprenant la marche.