
Disclaimer : Les personnages appartiennent à Masami Kuramada et l'univers de "Love Mode" à Yuki Shimizu.
Rating : M
Genre : Romance/Amitié/Suspens
Spoiler : Univers Alternatif. Fic écrite en collaboration avec Scorpio-no-caro. Nous avons placé les personnages de Saint Seiya dans l'univers de "Love Mode". Amour, complot, trahison, amitié, chacun a son histoire qui se recoupe avec celles des autres. Il y aura de nombreux couples inattendus. Nous espérons que vous aimerez.
ATTENTION : Il y est question de prostitution masculine puisque que "Love Mode" se déroule dans ce milieu.
Notes : Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ou peu "Love Mode", c'est un manga Yaoi. Vous trouverez des informations sur le site de http://mimiyuy.free.fr dans la rubrique "Scantrad"
Chapitre 15 : Un de perdu, deux de retrouvés…
Mardi 8 mai 2007, quelque part dans le nord du Japon…
Ils avaient quitté le Sanctuaire et le Star Hill depuis une semaine, mais sans suivre l'itinéraire qu'ils avaient mis au point avec Shion. Empruntant des chemins moins fréquentés, ils s'étaient fondus dans les villes qu'ils traversaient. Pendant cette semaine, ils ne s'étaient pas arrêtés une seule fois pour chercher du travail, ils avaient surtout voulu mettre la plus grande distance possible entre eux et Tokyo. En bus ou en autostop, ils n'avaient pas un seul instant songé à prendre du repos. Pourtant, là, ils étaient épuisés. Ils se refusaient à prendre le train pour ne pas dépenser trop d'argent. Saga, prudent à l'extrême et considérant son frère trop dépensier, tenait les cordons de la bourse. Ils avaient également appelé Saori pour donner de leurs nouvelles comme ils l'avaient promis, sachant pertinemment que c'était elle qui leur poserait le moins de questions.
Comme tous les soirs, ils prirent une chambre avec deux lits dans un petit hôtel. A mesure que les jours passaient, leurs sacs leurs paraissaient de plus en plus lourds bien qu'ils n'y mettent rien de plus dedans. Les courbatures de leurs jambes s'étaient estompées et ils sentaient qu'ils avaient pris un certain rythme. Ils dînèrent rapidement dans la salle à manger et montèrent dans leur chambre. Il n'était pas vingt et une heures.
- Saga, tu veux prendre ta douche d'abord ? demanda Kanon à son frère.
- Non, vas-y ! fit-il, en lui montrant la cigarette qu'il venait d'allumer.
L'aîné ouvrit la fenêtre et s'accouda au balcon. La nuit était claire, un peu fraiche mais agréable. Pendant un moment, il regarda les volutes de fumée s'élever du bout incandescent, il s'amusait à faire des ronds, mais bien qu'il soit là physiquement, son esprit était ailleurs. Il entendit Kanon sortir de la salle de bains et jeta sa cigarette par-dessus la rambarde.
- Ah ! Ça fait du bien ! s'exclama son jumeau en séchant ses longs cheveux avec une serviette éponge.
- Demain, faudra qu'on trouve une laverie, lança Saga avant de fermer la porte.
- Suffit d'demander à la réception ! cria son jumeau pour se faire entendre.
Enfilant un boxer, Kanon se laissa tomber sur le lit. Il croisa les bras derrière sa tête et tenta un petit exercice de relaxation que Shaka leur avait enseigné. Respirer calmement, profondément, vider son esprit de toute préoccupation… Plus facile à dire qu'à faire ! Comment ne plus penser aux raisons qui les avaient menées ici ? Pourraient-ils un jour rentrer en Grèce ? Il passa ses mains sur son visage, d'un geste empli d'une grande lassitude. De plus, il sentait que Saga n'était pas bien. Il voyait bien qu'il faisait des efforts pour ne pas le montrer, mais rien, ne le concernant, n'échappait à Kanon. Il le connaissait trop bien. Son frère était pétri de remords. Il avait voulu absolument quitter le Sanctuaire, ce lieu où ils avaient trouvé des personnes chaleureuses, sympathiques, absolument adorables et pas du tout curieuses, pour partir à l'aventure et se perdre dans un pays où ils ne baragouinaient que quelques mots. Ils avaient vite compris que sortis du monde du commerce ou du tourisme, la plus part des gens ne parlaient pas l'anglais. Et pour se faire comprendre, ça n'était pas toujours facile.
Il aurait bien voulu questionner Saga, lui demander ce qui le mettait dans cet état de déprime, mais il craignait qu'il ne se ferme comme une huitre. Et il serait d'autant plus sur ses gardes à la moindre question.
Un son persistant, assez faible, avait fini par déchirer les voiles de son sommeil. Kanon ouvrit un œil, puis l'autre. Se demandant ce qu'il avait bien pu le réveiller, il se tourna sur le dos et écouta le silence. Pas très longtemps. Un gémissement venant du lit voisin du sien lui fit comprendre que son frère devait faire un rêve. Un râle lascif le renseigna sur la nature de ce rêve.
- Ben mon cochon, songea-t-il en souriant dans le noir, t'as l'air de t'éclater aux pays des songes !
- … dréas… hmm…
Sa respiration se bloqua dans sa poitrine. Avait-il bien entendu ? Son frère rêvait d'Andréas Kouros ? Impossible ! Ils n'étaient restés qu'un week-end ensembles ! Saga ne pouvait pas être tombé amoureux aussi vite. Que ce type lui plaise, d'accord ! Mais de là à en rêver… Saga semblait s'être calmé après avoir eu un dernier gémissement. Le cadet se retourna et se rendormit rapidement.
Le lendemain matin, ils prirent leur petit déjeuné pendant que la blanchisserie de l'hôtel s'occupait de leur linge. Il était presque dix heures lorsqu'ils reprirent la route. Il faisait beau, marcher était agréable. Ils avançaient à bonne allure sur une route qui devait les mener dans la banlieue d'Hokkaido.
- Ça m'a jamais vraiment gêné de faire des trucs hors la loi, dit Kanon pour faire la conversation, mais là, j'ai un sentiment de danger…
- C'est parce que t'es dans un pays étranger. Chez nous, on connait les lois et ce qu'on risque à les violer ! Ici, c'est différent.
- Tu sais qu'on pourrait se faire contrôler par une patrouille de flics. A leur place, si je voyais deux étrangers chargés comme des mules, j'tire le frein à main pour vérifier leurs papiers !
- Et nos visa ont expiré, je sais ! C'est pour ça qu'on doit trouver un job discret pour bosser tranquille le plus longtemps possible !
- Saga, faut être réaliste ! On va pas pouvoir continuer comme ça pendant cent ans !
L'aîné ne répondit pas. Il enfonça les mains dans les poches de son jeans et continua à marcher, muré dans un silence qui faisait redouter le pire à Kanon. Saga avait bien conscience de tout ce que son frère venait de lui dire, mais il ne connaissait pas la solution.
Plus les jours passaient, plus Saga devenait taciturne. Kanon commençait vraiment à avoir du mal à lui arracher les mots de la bouche. Il pouvait se passer des heures sans qu'il entende le son de sa voix. Il le regardait marcher comme un automate, de son pas souple et régulier, pendant des kilomètres ou bien, lorsqu'ils prenaient un bus, Saga s'asseyait de coté de la vitre et fixait le paysage sans le voir, d'un regard vide. Un soir, dans la chambre d'une auberge, il décida de crever l'abcès.
- Allez viens par là ! J'vais t'faire un bon massage ! dit-il innocemment en passant derrière son frère et posant d'autorité ses mains sur ses épaules dénudées.
- C'est sympa, mais ça va !
- Tsst ! Tsst ! Pas de ça avec moi ! Je vois bien comment tu bouges tes bras pour soulager tes courbatures. J'ai les mêmes !
Et sans écouter les faibles protestations de son aîné, Kanon entreprit de dénouer les muscles puissants des épaules de son frère. Il ne savait pas comment aborder le sujet.
- Ça me rappelle ma soirée avec Mime ! Il avait fait appel à deux masseurs, c'était divin !
- J't'ai retrouvé endormi sur une table de massage au Star Hill juste avant que tu partes le rejoindre !
- Ah oui ! C'est vrai ! Comment tu trouves le mien ?
- Tu t'en sors bien… Aouch !
- Désolé ! Y avait un sac de nœuds à cet endroit ! J'aimais beaucoup le sauna après les séances de musculation ou d'entraînement au dojo.
- Mouais… c'était vachement chouette !
- Tu sais, mon cœur, ça me manque tout ça…
- J'm'en doute… moi aussi ça me manque… ce luxe… ce confort…
- Un coup de fil et on avait c'qu'on voulait… et au moins on vivait pas comme des moines !
- T'es incorrigible ! Tu penses qu'au sexe !
- Ose me dire que tu n'y penses pas ? Tu en rêves même !
- Quoi ? Comment ça ?
Saga s'était vivement retourné et fixait son frère d'un regard flamboyant.
- Tes gémissements me réveillent la nuit et j'ai remarqué sans le vouloir que tes draps étaient tachés…
Saga baissa les yeux, un peu honteux. Kanon contourna le fauteuil et s'assit sur ses genoux.
- Hé ! Y a rien de grave ! On a partagé tellement d'choses toi et moi ! Depuis qu'on voyage, j'ai honoré toutes les salles de bains des chambres qu'on a louées !
- Tu plaisantes ? !
- Pas du tout ! Et comme je sais que tu ne voudras jamais t'occuper de moi parce que tu es un vilain garçon et mon frère de surcroit, eh bien, je me fais plaisir tout seul !
- Et moi je rêve…
- Je sais… Tu prononce même son nom…
Saga fit mine de se lever, jetant presque son frère par terre. Il s'allongea sur le lit et Kanon le rejoignit. Il se cala derrière lui et l'entoura de ses bras.
- T'arrives pas à l'oublier ?
- Non… c'est pas ça… mais, c'est vrai que je pense à lui… de temps en temps…
- Je sais c'que tu ressens. J'suis comme toi.
- A qui tu songes ?
- A Milo !
- Le numéro un, rien qu'ça !
Kanon voyait bien que son frère était fébrile. Il recommença à masser ses épaules, tout doucement. Ses mains se firent caressantes et ses lèvres commencèrent à parcourir la peau douce.
- Kanon ! Arrête ! protesta Saga, mais il ne bougea pas pour se dégager.
- Chut ! Ferme les yeux et imagines que t'es dans les bras d'Andréas Kouros, murmura-t-il en lui mordillant l'oreille.
Un soupir lui répondit, l'encourageant à poursuivre.
- Souviens-toi de ses lèvres humides sur les tiennes… de ses mains si possessives sur tes hanches…
Saga se laissa aller, écoutant les paroles que lui susurrait son jumeau, le faisant glisser lentement mais sûrement dans un monde de volupté.
- … rappelle-toi la chaleur de son corps contre le tien… de son corps dans le tien…
Sans qu'il les contrôle, les mains de Saga descendirent sur son ventre, ses cuisses s'ouvrirent, il soupirait, le désir courait dans ses veines. Kanon dévorait le cou et les épaules de son frère, ses mains caressaient son torse. Lui-même était excité. Il imaginait Milo ainsi, abandonné dans ses bras, contre sa poitrine. Saga finit par se caresser après avoir libéré son sexe de sa prison de tissu, les yeux toujours fermé. Il sentait dans son dos, contre ses reins, le désir de Kanon à travers son boxer. Il songea qu'il faudra qu'il fasse quelque chose pour lui, il ne pouvait pas le laisser ainsi.
Murmurant toujours des mots excitant à son oreille, Kanon sentit son frère au bord de l'orgasme. Saga gémit le nom d'Andréas lorsque le plaisir le submergea, maculant son ventre de sa semence. Lentement, il reprit son souffle, serrant les bras de son jumeau autour de sa poitrine. Après s'être nettoyé, il se retourna et planta son regard dans celui de Kanon. Pas de mot, juste un regard pour se comprendre. Ils changèrent de place et Saga fit la même chose pour Kanon. Ils finirent par échanger un long baiser. Rien de passionnel, rien de sexuel, juste un long baiser d'amour fraternel comme cela leur était arrivé si souvent par le passé.
- C'est la première fois qu'on va aussi loin, murmura Kanon, calé dans les bras son jumeau.
- On a rien à se reprocher si ce n'est de s'être murmuré quelques mots à l'oreille.
- Mouais… c'est juste… et on ne pensait pas l'un à l'autre.
- Non, je pensais pas à toi et tu pensais pas à moi.
- Saga… fit-il après quelque seconde de silence.
- Hmm ?
- Ils me manquent… tous… terriblement !
- A moi aussi, avoua-t-il au bout d'un long moment.
- Tu sais, si on rentrait au Sanctuaire, t'aurais peut-être une chance de revoir Andréas…
- Et toi tu reverrais Milo…
- Tu crois que Dohko pourrait changer les dates de nos visas ?
- Certainement. Ils ont beaucoup de… relations parmi leurs clients.
- Si je travaille à nouveau pour eux, je ne pourrais plus voir Milo de la même façon…
- Je crois qu'à partir du moment où ils ne voient rien et que ça n'influe pas sur le boulot, ils laissent courir ! A vous d'être discret.
- Saga, dis-moi qu'tu veux qu'on rentre !
- J'veux qu'on rentre ! Met le téléphone à charger, on les appelle demain !
Kanon se leva d'un bond, trouva l'appareil dans un des sacs et le brancha. Il retourna se blottir dans les bras de Saga qui le serra contre lui.
- Tu crois que tu vas pouvoir toi aussi travailler comme hôte ?
- J'sais pas, mais je ne vois plus les choses de la même façon. Possible que je parvienne à surmonter mes réticences et mes scrupules.
- Si tu n'arrêtes pas de penser à Andréas, ça risque d'influer sur tes capacités. Faudrait pas que tu t'trompes de prénom au moment le plus délicat !
- Je suis pas obligé d'accepter tous les contrats spéciaux qu'on me proposera. Je peux faire les basiques.
- Mais la paye ne sera pas la même…
- C'est sûr…
Saga baissa la tête, conscient que ce geste en révélait plus sur son état d'esprit que toutes les paroles qu'il aurait pu prononcer.
- Saga ? Qu'est-ce qui c'passe ? Je vois bien que tu m'dis pas tout !
- Je… c'est étrange… Andréas est un homme comme j'ai toujours rêvé d'en rencontrer. C'est un amant extraordinaire, mais il est aussi intelligent, il a de l'humour, il est cultivé. Discuter avec lui me fait autant plaisir que faire l'amour…
- Alors où est le problème ?
- Y a pas d'problème ! C'est même trop beau pour être vrai !
- Si tout n'allait pas si bien, ça te paraîtrait plus crédible ?
- On peut dire ça…
- Tu m'laisses dormir avec toi cette nuit ? demanda Kanon, préférant éviter de trop insister et laisser à son frère la possibilité de continuer à se confier s'il le questionnait à nouveau
- Oui, mon ange ! Viens là, plus près… Je crois qu'il va quand même falloir dire la vérité à Dohko et Shion !
- On le fera si c'est nécessaire, en espérant qu'ils ne nous en voudront pas trop de leur avoir menti…
Finalement, ça avait été plus facile qu'il ne l'aurait cru. Avant de s'endormir, un sourire étira les lèvres de Kanon à cette pensée…
De son coté, Saga eut plus de mal à trouver le sommeil. Il essayait de comprendre ce qui l'attirait chez Kouros et ce qui lui faisait peur. Il avait senti quelque chose de sombre, d'inavouable, non plutôt quelque chose que l'homme d'affaire s'évertuait à cacher, comme s'il n'était pas vraiment celui qu'il laisser paraître… L'aîné finit par s'endormir d'un sommeil agité, mais pas assez pour déloger son frère de ses bras… Cette nuit là, ces rêves reflétèrent son état d'esprit. Il courait dans un lieu inconnu, poursuivit par une présence qu'il ne voyait pas mais qu'il sentait ramper sur sa peau avec beaucoup de sensualité. Il avait la sensation que deux yeux d'un bleu profond et voilés de désir, l'observaient de tous les cotés… Mais l'impression de danger était fortement présente également…
Dimanche 13 Mai 2007…
Les jumeaux avaient pris le premier train pour Tokyo après avoir eu Shion au téléphone. Il était presque dix-huit heures lorsqu'ils arrivèrent à la gare. Ils marchèrent un moment sur le quai avant d'apercevoir dans la foule compact une crinière vert clair.
- Shion ! cria le cadet.
- Kanon ! Saga !
Leur mentor les serra dans ses bras en riant, Jabu mit leur sac sur un chariot à bagages et ils partirent en direction de la limousine.
- Qu'est-ce que ça m'a manqué tout ça ! s'exclama Kanon en se laissant aller sur la banquette de cuir blanc.
- J'suis content qu'vous reveniez ! dit Shion en servant trois coupes de champagne. Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis ?
Les jumeaux se regardèrent, complices, se comprenant sans rien dire. Kanon préféra laisser parler son frère.
- En fait, on a pris conscience que notre métier de livreur ne nous apporterait jamais ce que nous avons découvert avec vous pendant quelques jours.
- Tout ce luxe, ce confort, cet argent, poursuivit Kanon, quand on y a goûté, c'est difficile de s'en passer !
- Je comprends… C'est comme une drogue, mais êtes-vous bien certains de vouloir faire ça ? Je pense surtout à toi Saga !
- Je pense être capable de mettre mes… scrupules de cotés. Et puis, c'est pas comme si j'allais à la mine !
- Non ! C'est vrai ! C'est beaucoup plus agréable ! sourit Shion.
- Comment vont les autres ? s'enquit Kanon dans le secret espoir d'avoir des nouvelles de Milo.
- Tout le monde va très bien et personne ne sait que vous revenez… à part Dohko. Il était avec moi lorsque vous avez appelé.
- Et Saori ? Elle est en voyage ?
- Aux Canaries ! Oui Jabu ? fit Shion en répondant au petit tintement de l'interphone.
- Nous serons au Star Hill dans cinq minutes monsieur.
- Très bien, merci. Vous allez retrouver la suite Athènes, prendre une bonne douche et je vous attends au Versailles vers vingt heures trente. Je dirais aux autres qu'une surprise les y attend. Lorsqu'ils seront tous là, je vous appellerai pour que vous descendiez.
Ils gagnèrent leur suite dans la plus grande discrétion et une fois à l'intérieur. Kanon prit son frère dans ses bras.
- T'imagines pas comme je suis content d'être là !
- Je l'vois bien et ça m'fait plaisir. Moi aussi je suis content d'être de retour ! avoua Saga en s'écartant de lui.
- Allez ! A la douche ! Faut qu'on soit irrésistible !
- Parle pour toi ! Je suis toujours irrésistible !
- Je sais mon ange ! Aaah… si t'étais pas mon frère…
- Putain ! Mais t'es qu'un obsédé, ma parole !
Restaurant le Versailles, un peu plus tard…
- J'me demande c'que Shion mijote encore ? bougonna Angelo assis entre Milo et Shaka.
- Ça doit être important pour qu'il nous demande à tous de venir, renchérit Jacinto qui jouait avec les doigts d'Aïoros posés sur la table.
Camus arriva à son tour, froid, méprisant, guindé, égal à lui-même et s'assit à coté de l'avocat. Il remarqua la pâleur de Shaka à qui il adressa un regard insistant qui ne déstabilisa pas le moins du monde le jeune indien. Celui-ci eut même un léger sourire. Shion et Dohko firent leur entrée très remarquée, comme toujours.
- Tout le monde est là et il reste deux chaises vides ! fit remarquer Milo.
- C'est juste, répliqua Shion d'air énigmatique tandis qu'il manipulait son téléphone.
- Alors ? s'écria Angelo. Qu'est-ce qu'on fait là ?
- Un peu de patience, fit la voix puissante de Dohko par dessus les autres.
Quelques minutes plus tard, telles des stars à la montée des marches du Festival de Cannes, les jumeaux firent leur entrée. Aussitôt tous les hôtes se levèrent pour aller les embrasser à l'exception d'Aïoros qui ne les connaissaient pas et de Camus pour qui cette débauche d'enthousiasme était du plus mauvais goût. Une fois l'euphorie passée, il alla les saluer, les gratifiant même d'une petite tape sur l'épaule, ce qui pour lui était l'équivalent d'un Milo qui vous saute au cou !
Les deux frères furent assaillit de questions auxquelles ils répondirent avec leur gentillesse coutumière. La soirée se termina tard et Dohko leur donna rendez-vous le lendemain dans son bureau en tout début d'après-midi. Ils avaient bien sûr noté l'absence de Mû qu'ils imaginaient en mission, ainsi que le voile de tristesse qui passait parfois sur le visage de Shion. Quant à Dohko, il buvait toujours beaucoup. Finalement les choses n'avaient pas tellement changé en leur absence…
Lundi 14 mai 2007, bureau de Dohko Kido…
Dohko venait de sortir d'un repas d'affaire avec ces plus proches collaborateurs du Groupe et sirotait un whisky lorsqu'un tintement le tira de ses pensées.
- Oui ?
- Saga et Kanon sont là ? fit la voix de Shiryu dans l'interphone.
- Qu'ils entrent !
Une poignée de secondes plus tard, les jumeaux entraient et s'asseyaient sur le canapé devant un Dohko tout sourire, le regard rendu brillant par son taux d'alcoolémie.
- Je suis vraiment très heureux que vous ayez décidé de revenir ! fit-il après les avoir observés un bon moment en silence. Suis-je en droit d'espérer que nous allons désormais collaborer plus longuement ?
- C'est effectivement c'que nous souhaitons, lui confirma Saga.
- Dites-moi exactement c'que vous voulez ?
- Travailler pour le Sanctuaire comme hôtes, fit Kanon à son tour. Le seul problème c'est…
- …vos visas ? le coupa la Balance. Ne vous faites aucun souci. Shion se chargera de ça demain. Pour vos contrats, je vous propose de reprendre les bases que vous aviez avant de partir. Ça vous convient ?
- Pour moi c'est ok ! lança Kanon avec un grand sourire.
- Pour moi aussi ! On aura donc des visas de travail ?
- Tout à fait. Ça ne posera pas de problème pour votre job en Grèce ?
- On enverra notre lettre de démission, répondit Kanon en jetant un coup d'œil à son frère.
- Et votre préavis ?
- Non effectué, non payé. Nos… congés sont… soldés avec ce voyage. Personne ne doit rien à personne ! poursuivit Saga, entrant dans le mensonge de son jumeau.
- Parfait ! J'vais dire à Shiryu de faire le nécessaire. Je vous suggère également d'ouvrir un compte dans une banque de Tokyo.
- Dans quelle banque êtes-vous ? demanda Kanon en se disant que si un établissement était assez bien pour Dohko, il le serait également pour eux.
- La Shinsei Bank entre autres.
- J'ai entendu dire qu'elle avait eu quelques soucis ! dit Saga qui se tenait plus au fait de l'actualité que son frère.
- Elle a été racheté par un groupe étranger et ce genre de transaction ne va pas sans rendre frileux les marchés boursiers. Mais il semble qu'elle tienne le coup !
- Vous en êtes satisfait ? s'enquit Kanon à son tour.
- Tout à fait. Les services qu'elle offre sont excellents. De plus, si je demande à son directeur de vous alléger les formalités d'ouverture de compte, il le fera avec un immense plaisir.
- Un client à nous, je présume ? sourit encore l'aîné.
- Tu présumes bien, répondit Dohko, notant au passage l'emploi du "nous" par Saga. Il se considérait déjà comme faisant parti du Sanctuaire. L'héritier Kido jubilait.
- Eh bien, je pense que cette banque nous conviendra à nous aussi, non, Saga ?
- Mouais, ça me va.
- Par contre, vous allez devoir suivre des cours accélérés pour apprendre le japonais. Le peu que vous parlez peut être suffisant pour l'instant avec des clients qui maitrisent bien l'anglais, mais un grand nombre ne parle que le japonais. Vous allez devoir vous y mettre ! Et concernant votre apprentissage, on passera aux choses sérieuses.
- Comment ça ? sursauta Kanon qui ne voyait ce qu'ils pouvaient apprendre de plus.
- Ce que nous vous avons inculqué ne sont que les bases. Il va maintenant falloir approfondir et affiner cet apprentissage. Nous visons la perfection et pour y parvenir, il faut s'en donner les moyens.
Les jumeaux passèrent le reste de l'après-midi à faire les boutiques. Ils s'arrêtèrent dans un bar pour boire un verre.
- Ben dis donc…, murmura Kanon en s'asseyant.
- Quoi ?
- Si on veut tirer un coup, on n'a que l'embarra du choix !
- Qu'est-ce tu racontes ?
- Regarde discrètement autour de toi. Tout le monde nous mate et c'est pas d'la curiosité !
Saga jeta quelques coups d'œil dans la salle et sourit. De façon plus ou moins réservée, un grand nombre de clients, hommes comme femmes, jeunes et moins jeunes, regardaient et surtout appréciaient les deux éphèbes grecs qui venaient d'entrer. L'aîné sourit.
- Effectivement…
- Tu bois quoi ? demanda le cadet en voyant le serveur s'approcher de leur table.
- Une bière.
- Deux bières, fit-il en japonais.
Le jeune homme s'inclina en souriant et repartit vers le comptoir.
- Alors, poursuivit-il, t'es content d'être revenu ?
- Mouais ! Franchement ouais ! Et toi ?
- J'suis aux anges tu veux dire !
- T'as vu Milo ?
- En coup d'vent ! Il partait pour une mission de quelques jours mais il a eu le temps de me rouler une pelle d'enfer !
- Je suis un peu triste pour Mû ! J'aurais aimé le revoir !
- On pourra toujours l'appeler ! Et puis c'est quand même une sacrée opportunité pour lui !
- J'sais pas ! J'ai l'impression qu'y a autre chose derrière son départ !
- Quoi ?
- Aucune idée ! En tout cas, une chose est sûre, évite de parler de lui devant Shion ou Dohko.
- On demandera aux autres de nous mettre au jus ! Mais comment t'as vu tout ça en si peu de temps toi ?
- T'étais aux toilettes tout à l'heure, j'ai posé la question à Dohko. Shion venait d'arriver et j'ai bien vu leur réaction.
- Et toi ? Si tu m'disais de quoi t'as peur ?
- De quoi tu parles ?
- Cette nuit t'as encore rêvé mais c'était pas très agréable à première vue ! Et tu disais son nom…
- Ah bon ? J'm'en souviens pas ! mentit Saga en détournant le regard.
- J'te crois pas ! s'entêta Kanon, vexé que son frère ne lui fasse pas confiance.
- Si ! J't'assure ! Je me rappelle pas de quoi j'ai rêvé !
- Saga, j'vois bien qu't'es pas à l'aise avec c'que t'éprouves pour ce type. J'suis pas aveugle et j'te connais. T'es attiré par lui et en même temps… on dirait que t'as envie de t'enfuir.
- C'est parce que c'est nouveau pour moi… Je suis… je suis un peu effrayé par c'que je ressens… J'ai pas envie de m'faire des illusions alors je suis prudent…
Kanon vit bien que son frère ne lui disait pas la vérité une fois encore mais il n'insista pas. Il devra y aller en douceur s'il voulait le faire parler sincèrement. Ils finirent leurs bières et rentrèrent au Star Hill à pieds, en se promenant, plaisantant et riant… insouciants ou presque.
Plus tôt, dans le bureau de Dohko Kido…
Shion redoutait de plus en plus de se retrouver seul avec Dohko. Ignorer ce que son ami ressentait pour lui l'agaçait et il ne savait plus sur quel pied danser. Aussi, lorsque les jumeaux furent partis, il prit leurs visas et se leva pour sortir à son tour.
- J'ai une réception ce soir au ministère de la culture et du tourisme. J'aimerais que tu m'accompagnes !
Le ton était autoritaire. Il s'agissait plus d'un ordre que d'une demande. Rassemblant toute sa volonté, Shion se tourna vers son patron.
- Je suis désolé, j'ai déjà quelque chose de prévue. Demande à Angelo ou Camus. Ils n'ont pas d'engagement professionnel avant demain.
- Et qu'as-tu prévu, si c'est pas indiscret ?
- Si ça l'est. Demande à Hyoga de me suivre, comme ça tu sauras !
Shion avait mis tout son mépris dans ces derniers mots et pour Dohko, ce fut comme une gifle en plein visage. Il avait compris qu'il avait été trop loin en faisant espionner son ami mais la jalousie qu'il éprouvait lui faisait faire n'importe quoi. Et l'alcool n'aidait pas à le rendre plus raisonnable. Bien au contraire.
- Shion, j'ai fait ça dans l'intérêt du Sanctuaire !
- Si ça peut t'aider à dormir la nuit de croire ça, tant mieux pour toi. Maintenant, si tu veux bien m'excuser…
- Avec qui as-tu rendez-vous ? insista Dohko d'une voix basse, ivre de jalousie.
- Bien que ça ne te regardes absolument pas, je vais t'le dire ! Je sors avec Lilith ce soir. A demain…
Au moment où Dohko allait refermer sa main sur son avant-bras, Shion s'éloigna, échappant à ce contact qui l'effrayait. A chaque fois que son patron se permettait un geste un peu trop familier, ça le mettait dans un état de fébrilité que même une pucelle le soir de ses noces n'éprouverait pas. Il était intoxiqué au dernier degré par Dohko. Accro comme un héroïnomane à sa poudre blanche. C'est pour cela qu'il envisageait de plus en plus sérieusement de quitter le Sanctuaire, sa lettre de démission était toujours dans le tiroir de son bureau. Il ne lui restait qu'à la dater. Et depuis ce qui c'était passé avec Mû, son départ lui semblait être la seule solution pour retrouver un peu de calme dans sa vie.
Il passa la soirée et la nuit avec Lilith. Et bien que la magnifique jeune femme soit une maîtresse accomplie, il s'endormit avec une désagréable impression d'insatisfaction. Il pensait à un autre corps, plus viril, avec beaucoup moins de courbes et de rondeurs, plus carré, plus fort. Il en rêva, même…
Dohko demanda à Angelo de l'accompagner à la réception. Comme d'habitude, plusieurs invités furent curieux de savoir où ils trouvaient ses hôtes et comme d'habitude, il donna les coordonnées de la Balance et du Sanctuaire.
- Tu risques d'avoir pas mal de coup de fils demain, plaisanta l'Italien en mangeant un petit four.
- Ça m'occupera l'esprit !
- Quelque chose ne va pas ?
- Ça concerne le Groupe, rien avoir avec le Sanctuaire ! mentit Dohko en déambulant parmi les convives suivit par son employé.
- C'est grave ? insista Angelo d'un air vraiment intéressé, presque compatissant.
- Non, rien d'insurmontable mais tant que ça s'ra pas réglé, ça va m'tracasser un peu…
- J'allais te proposer mon aide, mais là, j'peux rien pour toi !
- C'est gentil ! Ne t'inquiète pas, ça va aller !
- Tiens ! Regarde ! C'est pas Kouros là-bas ? Où il a trouvé un guignol pareil ? se moqua Angelo en posant un œil dédaigneux sur l'homme qui l'accompagnait.
C'était pourtant un personnage au charisme hors du commun. Il avait une carrure athlétique, mise en valeur par un smoking fait sur mesure. Ses longs cheveux argentés lui tombaient jusqu'aux reins et le métal liquide de ses yeux gris, glaçait le sang. Il était impossible de ne pas le remarquer.
- C'est bien lui. Viens on s'en va !
- Pourquoi ? Tu veux pas le saluer ?
- Non. Y m'inspire pas confiance du tout !
- C'est pourtant Pandore qui vous a présenté, non !
- Tu prends ça pour une garantie, toi ?
- J'croyais qu'tu l'aimais bien celle là !
- Disons que nous avons de très bons rapports professionnels et que nous nous accordons un extra de temps en temps. Mais comme moi, elle navigue dans des eaux dangereuses et l'instinct est très important.
- Je comprends. J'appelle Jabu !
- Attend, il vient vers nous…
Kouros, accompagné d'Hypnos, se dirigeait vers eux, un sourire de circonstances accroché aux lèvres.
- Mon cher Dohko, c'est un plaisir de vous revoir, fit-il leur serrant la main à lui et à Angelo.
Les deux "hôtes" se jaugèrent d'un regard tout en échangeant une poignée de main et l'Italien eut un frisson désagréable en croisant la froideur dure des yeux d'Hypnos. Il comprit que l'homme n'était pas un hôte mais réellement un garde du corps, et pas un tendre. Un rapide coup d'œil à la veste de smoking légèrement déformée, lui confirma qu'il était armé.
- Andréas ! Tout le plaisir est pour moi. Vous avez fait des affaires ce soir ?
- J'ai pris quelques contacts intéressants. Cet homme qui vous accompagne…c'est toujours le Sanctuaire ? poursuivit-il plus bas, sur le ton de la confidence.
- Absolument.
- Comme je vous comprends. J'ai eu l'occasion de faire appel à ses services et cela grâce à vous. Comment pourrais-je vous remercier ?
- Ce n'est rien, je vous assure…
- J'ai pu bénéficier de la compagnie des jumeaux qui vous accompagnaient la première fois que nous nous sommes rencontrés. Ces deux jeunes gens étaient… presque parfaits.
- J'en ai été également très satisfait.
- Et vous, vous passez une agréable soirée ? Les affaires vous attirent dans ce genre de manifestation ?
- Pas vraiment, mais je me fais un devoir d'assister aux réceptions lorsque j'y suis invité. C'est souvent ainsi que l'on conclue les meilleures affaires.
- Je suis bien d'accord. Que diriez-vous de déjeuner ensemble dans les jours prochains ?
- Mais bien sûr… Voici ma carte, appelez moi quand vous aurez un moment de libre. On essaiera d’arranger ça
- Je n'y manquerai pas. Regardez, je crois que le ministre essaie d'attirer votre attention.
En effet, un homme de taille moyenne, les cheveux très courts et grisonnants, avait levé la main vers Dohko. Celui-ci sourit et s'excusa auprès de Kouros. Le Grec lui rendit son sourire et Dohko sentit un frisson glacial lui remonter le long de l'échine. Il discuta un moment avec le ministre puis mis un terme à la soirée. Angelo appela Jabu qui ramena les deux hommes au Star Hill.
Kouros, lui, était ravi. Il serait intéressant d'en savoir un peu plus sur le Groupe Kido de la bouche même de son PDG. Quant à la Balance, il serait toujours temps de l'appeler pour discuter… affaires également… C'est d'ailleurs ce qu'il avait l'intention de faire dès le lendemain. Après tout, il avait un compte à régler avec les frère Siramidis. Il se félicitait d'ailleurs de ne pas à avoir à leur courir après. Quand Zelos lui avait appris qu'ils avaient quitté Tokyo, Kouros avait ressenti de la crainte. Mais était-ce d'avoir à les traquer, ou bien de ne pas les retrouver ? De ne pas le retrouver ? Et deux heures plus tôt, Zelos lui avait dit que les jumeaux avaient regagné la capitale… Ce qu'il ne comprenait pas, c'est pourquoi ils étaient partis pendant quelques jours ? Ils n'étaient pas en mission, alors pourquoi ?
Dans la voiture qui les ramenait au Star Hill, Angelo fit part de ses soupçons à son patron.
- J'ai demandé à Aïoros de se renseigner sur lui, lui confia Dohko. J'ai, moi aussi, une étrange impression.
- Et qu'est-ce qu'il a trouvé ?
- Rien pour l'instant, mais je suis sûr que ce type n'est pas net. Je crois que je vais engager un détective pour qu'il fouine un peu…
Dohko ne trouvait pas le sommeil. Il avait passé un kimono blanc, en soie, et s'était assis dans le canapé de son salon. Un verre de whisky à la main, il imaginait Shion dans les bras de Lilith. Il était bien d'accord pour dire que la jeune femme était d'une rare beauté, mais il savait aussi qu'elle ne parviendrait pas à satisfaire son ami. Depuis la nuit qu'ils avaient passée ensemble, il avait bien remarqué que Shion était terriblement nerveux en sa présence. Il cherchait à l'éviter mais pas à s'enfuir, il se tenait loin de lui lorsqu'ils étaient en public, mais il était là. Pourtant, Dohko savait que son ami avait éprouvé un plaisir incommensurable. Il l'avait sentit impatient et craintif à la fois, malgré ses tentatives pour tout stopper. Comme s'il attendait ce moment depuis longtemps tout en le redoutant.
Dohko ne savait quoi penser. Par moment, il avait l'impression que Shion allait se jeter sur lui, à d'autres, qu'il allait s'enfuir le plus loin possible… de lui. Mais il y avait une chose dont il était certain, son ami éprouvait des sentiments très forts à son égard. Il lui en voulait, de ça il était convaincu, parce qu'il avait écarté Mû en usant de stratagèmes fort peu honnêtes. Mais il devait aussi l'aimer. On ne peut pas rester auprès de quelqu'un autant d'années sans l'aimer un peu. Mais de quel amour s'agissait-il ? Fraternel ? Passionnel ? Ils n'avaient passé qu'une nuit ensemble douze ans plus tôt, mais Dohko aimait Shion depuis bien plus longtemps. Qu'avait-il était pour lui, un client comme les autres ? Un client un peu particulier ? Autre chose ?
La migraine gagnait du terrain et l'héritier Kido n'avait toujours aucune réponse à ses questions. De plus, l'alcool n'aidait pas à la réflexion. Les choses avaient changé, pas forcément en bien, ni en mal d'ailleurs. Elles étaient justes un peu plus complexes. En voulant retenir Shion près de lui, il semble qu'il ait obtenu l'effet contraire. Son ami lui en voulait d'avoir cru qu'il avait une liaison avec Mû, il lui en voulait d'avoir éloigné celui-ci, mais il était certain qu'il avait d'autres sentiments qui l'empêchait de partir. Sans quoi, il l'aurait déjà fait. Shion était quelqu'un de calme et de réfléchi mais il était aussi capable d'agir brutalement sur un coup de tête.
Ces questions tournaient sans répit dans son esprit noyé par l'alcool. Il rejeta la tête en arrière, ferma les yeux. Derrière ses paupières, deux corps se mirent à danser la plus érotique des chorégraphies. Un homme et une femme. Shion et Lilith. Il se mordit la lèvre, crevant de jalousie et de désir, furieux et effondré de tristesse à la fois. Il avait bien conscience qu'il ne devait s'en prendre qu'à lui-même. Son attitude ces derniers temps n'avait fait qu'éloigner Shion de lui. Et le séparer de Mû avait probablement été sa plus grosse erreur. Au fond de lui, il savait qu'il n'y avait jamais rien eu entre les deux hommes, mais il avait vu un rival potentiel dans le jeune Japonais. Son amour pour Shion et sa jalousie l'avait complètement aveuglé et Mû en avait fait les frais. Ainsi que son ami… et lui-même.
- Quel imbécile je suis ! Tu étais là toutes ces années, à mes cotés, me soutenant, m'aidant à gérer le Sanctuaire, à m'occuper de Saori aussi. Je crois bien qu'on soupirait l'un après l'autre sans oser se l'avouer. Tu me tenais à distance pour je ne sais quelle raison, et moi je n'osais pas venir vers toi. Comment je vais faire maintenant pour te récupérer ? A-t-on seulement un avenir ensemble ? Pourras-tu me pardonner mes erreurs et mon aveuglement ?
Mardi 15 mai 2007, vers 09h00…
Shiryu entra dans l'appartement de Dohko après s'être annoncé. N'obtenant aucune réponse, il avança et trouva son patron endormi dans le canapé. Il dormait si bien qu'il n'eut pas le cœur de le réveiller et ressortit.
L'héritier Kido souleva une paupière, il était presque onze heures du matin. Il eut un sursaut mais se ravisa. Il passa ses mains sur son visage puis ébouriffa ses cheveux. En retard pour en retard, il n'était plus à cinq minutes près. Il terminait de s'habiller lorsqu'il entendit la porte de son bureau se refermer.
- Dohko ? fit Shion en entrant et posant des documents sur la table.
- Je suis là, répondit-il, frissonnant au seul son de cette voix.
Il sortit de son appartement, les cheveux encore humides et finissant d'attacher les boutons des manches de sa chemise.
- Shiryu m'a dit qu'il t'avait trouvé endormi sur ton canapé. T'as passé une mauvaise nuit ?
- Horrible ! Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il en désignant le dossier de la tête.
- Les visas des jumeaux avec leurs contrats de travail.
- T'as vu le ministre de l'intérieur ce matin ? fit Dohko assez surpris qu'un homme tel que lui ait pu être si rapidement disponible.
- Non, son secrétaire particulier. Tous deux ne peuvent rien nous refuser, tu le sais. Il s'est chargé lui-même de l'affaire sans poser d'question.
- C'est parfait. Première nouvelle de la journée et elle est bonne. Et toi, ta soirée avec Lilith ?
- Excellente. J'dois mettre en place les plannings des jumeaux. Ils doivent bénéficier de la formation en totalité…
- … et apprendre le japonais rapidement. C'est indispensable maintenant. Ça nous permettra d'avoir un plus grand choix de missions à leur confier.
- Je m'occupe de tout ça. Et ta soirée au ministère ?
- Rien d'extraordinaire. Y avait Kouros, on a discuté ensemble quelques minutes. Tu veux déjeuner avec moi ?
Shion avait déjà fait demi-tour et se dirigeait vers la porte. A la question, il se figea. Il ne s'y attendait pas et n'avait aucune excuse pour refuser. Ce tête à tête allait être une véritable torture. Etre simplement à proximité de Dohko était une véritable torture. Tout ce qui se rapportait à son ami était une véritable torture.
- J'voudrais pas te déranger…
- J't'l'proposerais pas si ça m'dérangeait ! Comme ça, on discutera de Kanon et Saga. Ils ont un énorme potentiel et il faut leur mettre tous les atouts en main pour l'exploiter.
- Sur ce point je suis d'accord avec toi. Très bien, tu veux que j'commande ?
- Mouais ! J'ai envie d'un repas traditionnel, dit-il sachant pertinemment que c'était la cuisine préférée de Shion.
Ce dernier décrocha le téléphone et composa le numéro du room-service…
Jeudi 17 mai 2007
Depuis plusieurs jours, Camus déprimait un peu. Il savait pertinemment qu'il était à l'origine de l'éloignement de Mû et par effet de conséquences, de la détérioration des rapports entre Shion et Dohko. Il n'avait pas du tout pensé que révéler à Dohko ce qu'il avait surpris dans ce couloir irait jusqu'au départ de Mû. Il était peut-être temps d'aller consoler la Balance, de lui faire oublier les deux Japonais, cela lui remonterait le moral. Alors qu'il marchait dans les allées du centre commercial, trois paquets dans chaque main, il s'arrêta brutalement. Sur l'escalator, un homme qu'il n'oublierait jamais discutait avec un couple. Son cœur battit des records de vitesse, ses jambes lui semblèrent deux tiges de coton. Combien de chances y avait-il pour qu'il le rencontre à nouveau ? Une sur… mille ? Sur un million ? Lui qui croyait avoir réussi à ranger dans un tiroir fermé à triple tours dans le fin fond de sa mémoire ces quelques jours de sa vie, voilà que le cadenas explosait et que les souvenirs lui sautaient à l'esprit. Cet homme, une vieille connaissance, son premier client…
Il baissa la tête et bifurqua dans une autre allée pour ne pas le croiser. C'est presque au pas de course, le cœur battant à tout rompre, qu'il gagna le parking et monta dans sa voiture après avoir jeté ses achats dans le coffre. Il se mit à réfléchir à toute allure pendant qu'il s'engageait dans la circulation. Il fallait avant tout qu'il se calme et qu'il fasse le point. Après tout, cet homme avait parfaitement le droit d'être au Japon. Il y était en vacances ou en voyage d'affaire, mais c'était son droit ! La seule chose à faire, s'était de refermer ce tiroir et se consacrer à la conquête du cœur de la Balance. Oui, voilà ce qu'il fallait faire. Comment faire oublier Shion à Dohko ? Il allait devoir déployer des trésors de douceur et de subtilité. Dohko était loin d'être naïf. Il l'avait clairement percé à jour la fois où il lui avait parlé de ce qu'il avait surpris entre Mû et Shion. Il devra user de toute sa ruse et de tous ses talents de séducteur. Ça faisait bien longtemps qu'il n'avait pas désiré un homme comme il désirait Dohko. Il n'avait pas envie de ses clients, il leur en donnait juste l'illusion et il était passé maître en la matière. Bien malin celui qui pourrait dire que Camus simulait. Le seul moment où il ne pouvait pas mentir, c'était quand il prenait son plaisir. Il imaginait que c'était Dohko qui lui faisait l'amour. Et le client n'y voyait que du feu. Mais cela faisait une éternité qu'il n'avait pas était réellement satisfait. La simulation finirait par avoir raison de lui. S'il n'avait pas eu une dette envers Dohko, il y a longtemps qu'il aurait quitté le Sanctuaire.
Sauf que maintenant, une nouvelle option s'offrait à lui. Prendre la place de Shion dans le cœur de Dohko et dans le Sanctuaire. Il avait assez d'expérience pour gérer les plannings, choisir les clients et éventuellement superviser les formations des nouvelles recrues si besoin était. Il n'y avait rien de bien compliqué dans tout ça. Mais il ne fallait pas mettre la charrue avant les bœufs. D'abord, Dohko !
A suivre…
Nous espérons que vous avez aimé.