
Disclaimer : Les personnages appartiennent à Masami Kuramada et l'univers de "Love Mode" à Yuki Shimizu.
Rating : M
Genre : Romance/Amitié/Suspens
Spoiler : Univers Alternatif. Fic écrite en collaboration avec Scorpio-no-caro. Nous avons placé les personnages de Saint Seiya dans l'univers de "Love Mode". Amour, complot, trahison, amitié, chacun a son histoire qui se recoupe avec celles des autres. Il y aura de nombreux couples inattendus. Nous espérons que vous aimerez.
ATTENTION : Il y est question de prostitution masculine puisque que "Love Mode" se déroule dans ce milieu.
Notes : Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ou peu "Love Mode", c'est un manga Yaoi. Vous trouverez des informations sur le site de http://mimiyuy.free.fr dans la rubrique "Scantrad"
Notes 2 : Voici la deuxième partie de notre fic. Nous espérons que vous apprécierez et que nous ne vous avons pas fait trop attendre. Merci pour votre fidélité… et vos reviews !
Chapitre 14 : Lorsque le passé rattrape le présent…
Samedi 5 Mai, Star Hill, Tokyo…
Un jour banal, comme un autre... L'air est lourd et les fines gouttelettes de pluie commencent à tomber... Un enfant aux cheveux mauves qui joue sous la pluie. Une odeur agréable, un parfum d'innocence et de terre mouillée. Puis... un bruit... une détonation... Les fines gouttes laissent place à une averse torrentielle qui ravage tout sur son passage. Le petit ange se retrouve vite emporté dans cette mare sans fond qui tourne au rouge sang. Il a beau crier, pleurer gémir... Les gens qui flottent autour de lui sont déjà plongés dans un silence éternel. Une odeur de cadavre, de peine et de mélancolie... L'enfant décide alors de se résigner à son triste sort. La petite crinière mauve disparaît progressivement dans le lac pourpre. Il fait froid et sombre, la fin est proche... L'enfant baisse ses paupières, il n'a aucun regret... Mais tout à coup, un rayon de soleil le frappe en plein visage, l'oblige à ouvrir les yeux. Des bras s'enroulent autour le lui et un sourire chaleureux lui donnent le courage de se relever... Si l'eau lui arrive maintenant au niveau des genoux, tant il a grandit, elle n'a pas perdu sa couleur écarlate. L'odeur de la mort et toujours là, mais elle est moins forte.... celle de l'amour l'atténue. Guidé par son cœur impatient, le beau jeune homme suit aveuglement la lumière. Il pense à ces bras, à ces yeux tendres qui l'encouragent, ce corps contre lequel il aimerait se blottir pour l'éternité. Ne plus souffrir, ne plus rester seul, vivre réellement...
Mais le bonheur est de courte durée... La lumière disparaît progressivement, les ténèbres apparaissent, les yeux tendres deviennent malins, les belles dents blanches se transforment en crocs, les ongles deviennent des griffes, et la main caressante lui ouvre brusquement la poitrine. Encore une trahison... Notre homme aux cheveux mauves regarde tristement son bourreau s'en aller, et porte la main au trou béant dans sa poitrine. Il peut déjà entendre, au rythme des battements accélérés de son cœur, le son de l'eau écarlate...
Mu ouvrit brusquement les yeux et portant la main à sa poitrine. Un regard autour lui fit comprendre que la mare de sang dans laquelle il baignait n'était plus. Au lieu de cela, il était couché dans sa chambre... ses appartements pour être un peu plus précis, parce que les quelques centaines de mètres carrés qui lui servaient de pièce étaient plus comparable à une suite qu'une chambre. Sur ce plan, la famille Kido s'efforçait, depuis des années de procurer à ses hôtes une qualité de vie irréprochable. Dès leur entrée au sanctuaire, ils baignaient dans une atmosphère de luxe et d'opulence telle, qu'ils finissaient par y prendre gout et s'y habituer, au point de ne plus vouloir quitter cet endroit, malgré la difficulté de leur métier.
- Encore un cauchemar, pensa-t-il en se recroquevillant sur lui-même.
Prenant sa tête dans ses mains, il ferma les yeux et de fines larmes de rage s'échappèrent de ses yeux fermés. Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Il avait déjà traversé l'enfer, il avait perdu tout ce qu'il aimait et tout ce qu'il possédait... Et maintenant qu'il pensait enfin gouter au bonheur mérité, voici que le sort s'acharnait encore sur lui. Car il n'avait pas besoin de Dohko pour savoir qu'il n'était pas ultra-motivé en ce moment. Mais ce qu'il n'avait pas soupçonné, c'est que cela affecterait autant les évaluations et donc, susciterait les soupçons quelque peu discutables de son patron.
Après avoir reprit son calme, le jeune homme se glissa lentement hors de l'immense lit en bois massif et se dirigea vers les énormes rideaux de velours bleu. Ces derniers repoussés, Mu se laissa baigner dans la lumière couleur or que le soleil semblait lui avoir livré personnellement. Le japonais se sentit apaisé. C'est fou comme le moindre rayon de soleil réussissait à chasser temporairement, mais à chasser quand même, tous ces horribles souvenirs enfouis au fond de lui.
Cette seule pensée suffit à lui glacer le sang et un long frisson d'angoisse le parcourut de haut en bas. Son cœur s'accéléra à nouveau et une sorte de vertige le fit vaciller.... Sa vision se troubla et autour de lui, le décor familier s'évanouissait progressivement pour laisser place à une scène plus macabre. Une mare de sang, un enfant au centre, pleurant en tenant dans ses bras un cadavre... la vue de cette scène était insupportable, tout autant que les pleurs et les cris... Puis, plus rien, le noir total, juste une voix...
- Mu?
- …
- Mu, tu m'entends ?
Lorsque le jeune homme revint à lui, la vision avait disparut. Il était de nouveau dans ses appartements, plus exactement dans sa salle de bain, assis à même le fond de la baignoire. Son visage et ses cheveux étaient mouillés, comme si quelqu'un lui avait passé de l'eau sur la tête. Son crâne lui faisait horriblement mal comme s'il s'était cogné contre quelque chose. Il se frotta légèrement les yeux pour vérifier qu'il ne rêvait pas, puis passa sa main sur son visage en signe de lassitude.
- Ça va mieux ? lui demanda une voix familière.
- Ça va aller... merci... prononça-t-il en essayant de se relever.
Cependant, un violent mal de tête le cloua sur place. La douleur fut brutale et tellement forte qu'il ne put s'empêcher de s'attraper la tête à l'aide de ses deux mains.
- Tu devrais éviter de bouger. Tu as du te cogner la tête pendant de ta chute. Prends ça, ça devrais te soulager, fit son interlocuteur en lui tendant un verre.
Le jeune homme avala la mixture en faisant une grimace
- Merci... répondit-il simplement, en fermant les yeux. Qu'est ce qui t'amène ici, Shion ? lui demanda dit-il sèchement, se rendant soudain compte de la présence de son ami.
- Comme je n'arrivais pas à t'avoir au téléphone, je suis venu pour te parler de certaines modifications concernant ton contrat.
- Des modifications ?
- En effet, Papillon demande à ce que tu le rejoignes à cinq heures, cet après midi, au Cerulean Tower.
- Celui de Shibuya ? À cinq heures ?
- Oui… j'ai moi-même été un peu surpris vu que généralement les contrats démarrent à sept heures… Mais il a insisté pour te voir avant.
- Concernant le programme alors ?
- Tout ce qu'il y a de plus classique : dîner au restaurant et ensuite…
- Oui je vois… merci, reprit Mu avec un soupir de lassitude.
- Mu, tu es vraiment pâle… Tu es sûr que ça va ?
- Ai-je vraiment le choix ?
- Ecoute je sais que ce n'est pas facile. Mais cette mission est vraiment importante tu sais...
- Je sais…
- Bien… Si je peux faire quoi que ce soit pour toi…
- Merci, tu en as assez fait comme ça ! cracha sans le vouloir le jeune homme, d'un ton haineux.
- Tu peux répéter ? demanda Shion, surpris de sentir tant d'animosité. On croirait voir Camus !
- Laisse tomber…
- Enfin Mu qu'est ce qui se passe ? Qu'est ce que tu me reproches au juste ?
- Ce que je te reproche ?
- Oui, ce que tu me reproches ! Je commence à en avoir assez que tu m'évites ou que tu m'ignores. Si tu as quelque chose à me dire, dis-le-moi franchement, mais pour l'amour du ciel arrête de te comporter comme ça ! Si tu veux tout savoir, Dohko ne m'a jamais parlé de cette histoire d'évaluation, j'ignorais tout de ses intentions ! Comment voulais-tu que je te prévienne ?
- Ne me prends pas pour un imbécile Shion…
- Pourquoi tu dis ça ? Pourquoi est ce que tu ne me crois pas ? Est ce que j'ai déjà eu à te mentir par le passé ?
- Le vrai problème ne se situe pas là, tu le sais très bien !
- Et il se situe où alors ?
- Tu t'es servi de moi, n'est ce pas ?
- Quoi? Mais qu'est ce que tu racontes ?
- Dohko et toi êtes amants n'est ce pas ?
- Mu ! s'écria Shion, surpris.
- Tu savais très bien comment il allait finir par réagir, tu savais très bien à quel point ce boulot était important pour moi...
- Mu !
- Malgré cela tu n'as pas hésité à attiser sa jalousie, en t'affichant avec moi et en le laissant soupçonner une relation entre nous...
- Qui t'as raconté une chose pareille ?
- Ca n'a plus d'importance maintenant. J'ai toujours cru que tu étais sincère avec moi, que j'étais comme un frère pour toi... Mais tout ceci n'était que mensonge, n'est ce pas ?
- Mu... comment peux-tu dire une chose pareille ?
- J'ai été bien stupide de croire tout ça... Encore une fois, la main tendue s'est transformée en poignard ! continua le jeune homme avec des sanglots dans la voix.
- Mu, je ne sais pas qui t'as raconté tout ça mais je te jure que…
- Assez... Quoi qu'il ait pu se passer, je ne t'en veux pas, Shion. Après tout, c'est moi qui me suis délibérément laissé aveugler par ces douces illusions. Je ne t'en veux pas, ni à Dohko d'ailleurs. Mais une chose est sûre. Je ne veux plus de ton amitié... je ne veux plus rien avoir à faire avec toi, en dehors du travail bien sûr...
- Je... Mais...?
Shion encaissait les paroles sans vraiment savoir quoi répondre.
- Maintenant, sors d'ici…
- Mu…
- Je t'en prie... Ne rends pas les choses plus difficiles qu'elles ne le sont... Va t'en... prononça douloureusement le jeune homme.
Mu avait pris sa tête dans ses bras et faisait des efforts surhumains pour ne pas pleurer devant son ami. Shion de son côté serrait les poings de douleur, hésitant entre partir ou prendre le dans ses bras pour le consoler. Après quelques secondes, Mu entendit la porte d'entrée se refermer doucement. Aussitôt, il se laissa tomber sur le sol froid de la salle de bain, ramena ses genoux vers sa poitrine et cacha de ses mains son visage baigné de larmes. Des larmes amères, des larmes exprimant la douleur et la solitude. Pourquoi est ce que tous ceux qu'il aimait finissaient par le trahir ? Etait-il aussi transparent ? Ses parents n'avaient pas hésité à se suicider, le laissant ainsi seul au monde, alors qu'il n'avait que six ans. L'image du corps de son père, inanimé, gisant sur son bureau l'avait hanté pendant des années. Puis sa mère, gisant en chemise de nuit sur le sol froid de sa chambre. Désespérée, la pauvre femme avait choisit de rejoindre son mari, en ingurgitant une dose mortel de médicaments. Et puis après... une deuxième trahison, la plus dangereuse de toute, celle qui l'avait poussé, jeté dans ces sentiers tortueux... Et maintenant... Shion... Ses larmes redoublèrent. Pourquoi ? Combien de temps il allait encore pouvoir supporter cette vie morne et sans intérêt ? Combien de temps il allait encore supporter cette douleur vive, cette maladie incurable qui le rongeait sans cesse de l'intérieur ? Embués de larmes, ses yeux quittèrent progressivement le carrelage bleu foncé de la salle de bain pour s'enfoncer dans l'obscurité la plus profonde.
Lorsque la porte se referma lentement derrière lui, Shion ne put s'empêcher de serrer les poings. Il avait le cœur tellement gros, qu'il en avait du mal à respirer. Même s'il savait que la colère et la déception avait endurci les paroles de Mu, il ne pouvait renier sa part de responsabilités dans l'histoire. En effet, il se doutait bien que Dohko jalouserait sa relation avec Mu, qui était bien plus claire et bien plus franche que celle que les deux dirigeants du sanctuaire avaient. Par contre, il ne se serait jamais douté que le propriétaire irait jusqu'à se séparer d'un hôte aussi compétent que Mu. Ses prestations étaient discutables depuis quelques semaines, mais rien de bien alarmant. Surtout quand on savait à quel point Mu était perturbé.
Ce dernier ne se plaignait jamais mais Shion, ainsi que Shaka d'ailleurs, avaient remarqué que son rayonnement s'estompait de jour en jour, sans que personne ne sache pourquoi. En effet, tout ce que Shion savait de Mu, c'est qu'il avait été adopté à l'âge de dix ans et qu'il avait quitté la maison familiale dès dix-huit ans. Il avait peu de contacts avec ses parents adoptifs, même si ces derniers étaient les uniques bénéficiaires de son assurance-vie. Il n'en savait pas plus et n'avait jamais voulut embêter son ami avec des questions embarrassantes et indiscrètes. Cependant, la scène qu'il venait de vivre l'avait assuré d'une chose, c'était que les blessures de Mu étaient beaucoup plus profondes que les siennes ou même celle de Shaka. Garder toute cette peine au fond de soi, en étant incapable de la partager, pendant tout ce temps… Il ne pourrait jamais imaginer la torture que son ami pouvait vivre en ce moment.
- Shion ?
- …
- Shion ? Qu'est ce qui t'arrive ? Ca ne va pas ?
Ce n'est qu'à ce moment que le mentor des jumeaux renoua avec la réalité. Il était assis à son bureau, regardant sans voir l'écran en face de lui, qui avait finit par se mettre en veille. Ses mains tremblaient légèrement et les larmes contenues jusque là dans ses yeux menaçaient de tomber à tout instant. Inspirant un grand coup, il leva enfin les yeux vers son interlocuteur, prit une mine enjouée et esquissa un petit sourire forcé.
- Dohko ! Excuse-moi Dohko, j'étais un peu distrait. Que puis-je pour toi ?
- Qu'est s'est-il passé?
- Comment?
- Ton visage... Je ne t'ai pas vu aussi triste depuis la mort de..., s'interrompit brusquement le propriétaire.
- La mort de ma mère, tu voulais dire ? demanda Shion, d'un air lointain
- Je suis désolé, je ne voulais pas te rappeler ce genre de souvenir.
- Ce n'est pas grave, tout ça c'est du passé maintenant, n'est ce pas? répondit Shion avec un sourire triste.
- Enfin… Tu sais que je ne supporte pas de te voir comme ça…
- ... alors arrête de jouer au pyromane, puis au pompier ! rétorqua Shion en le fixant droit dans les yeux.
- Quoi ?
- Peu importe à quel point tu dois faire souffrir les autres pour arriver à tes fins, n'est ce pas ?
- Qu'est ce que tu racontes encore ?
- Tu sais très bien de quoi je parle…
- …
- Même si… tu n'avais pas besoin de faire les choses aussi brutalement.
- Peut-être... Mais tu sais aussi bien que moi que Mu n'est pas fait pour rester au Sanctuaire... Autant joindre l'utile à l'agréable ! répliqua Dohko, avec un sourire cruel.
- Dohko, tu....
Un long baiser passionné coupa la parole à notre homme qui, surpris, devient rouge comme une tomate. Content d'avoir ainsi évité une dispute, le propriétaire en profita pour chuchoter à l'oreille de son ami.
- Et lorsque tu sauras réellement qui est Papillon, tu comprendras que je ne le fais pas souffrir pour arriver seulement à mes fins.
- Quoi ?
- Enfin... Garde ton portable près de toi surtout... Ca peut toujours aider.... un ami perturbé !
Le propriétaire sortit de la pièce, laissant son ami dans la confusion la plus totale. Qu'est ce que Dohko pouvait bien avoir encore en tête ?
Il était plus de deux heures lorsque Mu revint à lui. A défaut de pouvoir en parler, pleurer faisait toujours beaucoup de bien et il se sentait un peu mieux. Après une bonne douche, il passa quelques minutes devant la glace à faire disparaitre les cernes et signes de fatigue qui s'étaient installés sur son beau visage. Ceci fait, il démêla ses longs cheveux et les noua à l'aide d'un lien de cuir, enfila un pantalon noir, ainsi qu'un polo col V en coton signé Versace. Une touche de parfum, un blouson en cuir noir, des lunettes de soleil et il était enfin prêt pour sa mission.
Au lieu de se diriger vers le Hall où Geki l'attendait certainement, il descendit jusqu'au cinquième sous-sol du Star Hill, où était garée une superbe Nissan GT-R gris métallisé. Il croisa par hasard Camus, qui venait de rentrer. Comme d'habitude les deux hommes se saluèrent d'un signe de tête. Mais Mu ne s'attendait pas à ce que l'aristocrate, d'ordinaire si distant, l'aborde :
- Une mission ?
- Oui… au Cerulean Tower …
- Avec qui ? Un habitué ?
- Non, pas pour moi en tout cas. Papillon, à ce qu'on m'a dit, tu le connais ?
- Pas du tout... Mais enfin... fais de ton mieux !
- Merci, à demain.
- A demain.
Le Français continua à observer discrètement le Japonais qui s'éloignait et ce n'est que lorsque le ronflement du moteur de la voiture de sport s'évanouit, que Camus se dirigea enfin vers l'ascenseur. Il restait tout à fait calme, mais son sourcil levé témoignait de son mécontentement. Mais qu'est ce qui avait prit à Dohko de jouer un tour pareil à Mu ? Comme d'habitude, il était forcé de constater que les choses ne se passaient pas comme il l'avait calculé. En effet, bien que ce soit lui qui ait livré ces informations au propriétaire, il espérait que ce serait Shion qui ferait les frais de la colère de Dohko. Alors que de ce que Hyoga lui avait expliqué, le patron semblait plutôt avoir une dent contre le jeune Japonais qui n'y était absolument pour rien dans tous ces bras de fer. Camus était sincèrement désolé que ce soit Mu, un garçon charmant qu'il appréciait beaucoup quoi qu'on puisse dire, qui doive quitter le sanctuaire. Et ce petit incident, loin de le calmer, avait exacerbé sa haine pour Shion. Il ne rêvait plus que du moment où il allait l'évincer, l'aplatir, l'étriper... Ce fut sur ces pensées noires qu'il s'engouffra dans l'ascenseur.
Plus tard, Hôtel Cerulean Tower, Shibuya
Mu avait à peine laissé ses clefs au voiturier, qu'un groom le conduisit dans la salle réservée aux invités.
- Que puis-je faire pour vous, monsieur ? lui demanda une ravissante et agréable hôtesse.
- Mon nom est Mu Jampa et j'ai rendez-vous avec un de vos clients, Papillon.
A l'évocation de ce nom, la jeune dame rosit de plaisir et reprit avec une voix sensuelle.
- Exact, nous avons été prévenus ce matin. Vous êtes du Sanctuaire n'est ce pas ?
- En effet…
- Si vous voulez-vous bien vous asseoir quelques instant, je préviens monsieur Papillon de votre arrivée.
- Je vous remercie…
- Mais je vous en prie... Souhaiteriez-vous boire quelque chose ?
- Non merci.
- Bien, je reviens dans quelques instants...
La jeune dame le quitta, le sourire aux lèvres. Sans le vouloir, Mu avait toujours fait beaucoup d'effet, que ce soit aux hommes comme aux femmes. La réaction de la jeune femme ne le dérangeait pas outre mesure, bien au contraire. Il appréciait réellement la compagnie de gens joviaux et spontanés, peu importe le sexe. Un sourire était similaire à un rayon de soleil pour lui et il ne demandait qu'à être éblouit par ses partenaires. Il patienta donc calmement, jusqu'au retour de la jeune femme, toujours tout sourire.
- Si vous voulez bien me suivre, je vais vous guider vers la suite de Mr Papillon.
- Je vous suis…
Quelques instants plus tard et quelques étages plus haut, le trente et unième pour être plus précis, ils se retrouvèrent devant la porte de la suite.
- Nous voici devant la suite de Mr Papillon. Si vous voulez bien m'excuser.... fit-elle poliment, en s'apprêtant à prendre congé.
- Merci pour tout... lui répondit le japonais, avec un gracieux sourire, accompagné d'un généreux pourboire.
L'hôtesse le gratifia de son plus beau sourire, puis disparut dans l'ascenseur. Inspirant un grand coup, il frappa à la porte et prépara mentalement le sourire, puis le discours qu'il allait devoir faire lorsque la porte s'ouvrit lentement, laissant apparaître une silhouette...
- Bonjour Mu, ça faisait un moment, n'est ce pas ?
Cette voix... ce visage... ces yeux... Comment aurait-il pu les oublier ? Surpris et troublé, il effectua spontanément un mouvement de recul. Cependant, le sourcil dressé du client le ramena brusquement à la réalité. Reprenant ses esprits et s'inclinant respectueusement, il se présenta selon les règles du sanctuaire :
– Ravi de faire votre connaissance Mr Papillon. Mu Jampa, du Sanctuaire, pour vous servir. A partir d'aujourd'hui et pour tous les contrats négociés avec mon agence, je ferais de mon mieux pour vous procurer la compagnie dont vous avez besoin. Autrement dit, vos désirs sont des ordres.
- Pas besoin d'être aussi formel avec moi tu sais. A propos de désirs, si tu commençais par m'appeler par mon prénom, ça me brise le cœur de t'entendre m'appeler Mr Papillon.
- Ce serait avec plaisir, mais mes supérieurs ne m'ont pas donné cette information.
Le jeune homme, un Américain vraisemblablement, perdu un instant son beau sourire. Ses yeux tremblèrent légèrement, puis il se contenta de rajouter, en soupirant.
- Bien... Je me doutais que tu réagirais de cette manière, de toute façon. Ne reste pas là, entre...
Luttant contre une irrésistible envie de disparaître le plus loin possible, le Japonais serra les poings et suivit néanmoins, à l'intérieur de la pièce, la dernière personne avec qui il avait envie d'être en ce moment. Il eut même un mouvement de répulsion lorsque son client voulut l'aider à ôter son blouson.
- Ne vous gênez pas pour moi... Je peux le faire tout seul, expliqua-t-il avec un sourire amer, fuyant désespérément ces yeux séducteurs, qui étaient pour lui l'incarnation même de la malice.
L'autre homme laissa échapper un deuxième soupir puis se dirigea vers le minibar
- Je t'offre quelque chose... Laisse-moi deviner, un martini sec ? demanda t-il en saisissant la bouteille.
- Non merci... Je ne bois plus de martini... De l'eau plate fera l'affaire.
Papillon jeta encore un regard triste à Mu, puis redéposa doucement la bouteille.
- Va pour deux verres d'eau alors. Assieds-toi donc… reprit-il en montrant le salon en cuir à son hôte.
- Merci...
Prenant le verre d'eau que papillon lui tendait, le Japonais s'installa, non sans gêne, sur un des divans de cuir noir. Il fut tout naturellement rejoint par son client qui le fixait d'un regard scrutateur. Ignorant cet état de fait, Mu restait silencieux et regardait, sans réellement voir le vase, situé sur la table en verre, en face de lui. Ses doigts se crispèrent sur le cuir noir lorsqu'il sentit les mains de son client caresser doucement ces longs cheveux mauves.
- Ils sont devenus très longs... toujours aussi beaux... tout comme toi... murmura doucement Papillon à son oreille droite. Tu es bien la seule personne qui soit capable de séduire tout en gardant un tel masque de douleur...
Ça en était trop pour Mu. Ils ne s'étaient pas revus depuis des années, mais comment cet homme faisait-il pour lire aussi parfaitement en lui ? Fallait qu'il s'en aille, et vite, avant que les choses n'empirent. Au diable Shion, Dohko et le Sanctuaire ! Plutôt mourir que de subir une humiliation pareille... Il repoussa brutalement la main de son client et se leva brusquement :
- Mu ? Qu'est ce que tu fais ?
- Ca se voit, je m'en vais !
- Attends Mu, tu ne peux pas faire ça… Le contrat vient à peine de commencer…
- J'expliquerai à mes supérieurs que j'étais incapable de d'assurer mon service. Tu seras remboursé, ne t'inquiète pas...
- Parce que tu penses que c'est l'argent qui m'intéresse ? Ca fait un an que je te cherche Mu, maintenant que je t'ai retrouvé, tu crois que je vais te laisser d'en aller comme ça ?
- Ah oui ? Et dis-moi, à quoi tu pensais au juste quand tu as contacté le Sanctuaire ? Que j'allais venir là, que j'allais gentiment écarter les jambes et me prêter à tous tes caprices comme si rien ne s'était passé ?
- Je n'ai jamais dit qu'il ne s'était rien passé !
- Mais alors tu peux me dire pourquoi tu te comportais comme si ?
- Je vois qu'on arrivera à rien de cette manière. Bien, si tu me disais une bonne fois pour toutes, ce tu as sur le cœur, qu'on en finisse ? Peut-être qu'après on pourra discuter plus sereinement !
- Ce que j'ai sur le cœur ? Discuter sereinement ? Tu te moques de moi, Myu ! Tu oses me demander une chose pareille alors que dans toute cette histoire tu t'es moqué du début à la fin de ce que je pouvais ressentir ! Pendant des mois, tu m'as fait croire que j'étais beau, tu m'aimais, que tu ne pouvais plus te passer de moi, que tu avais besoin de moi...
- ….
- Comme un idiot j'ai cru à ces paroles ensorcelantes, à cette musique que toi seul était capable de me faire écouter. Mais tout ceci n'était que mensonge, n'est pas ?
- Qu'est ce qui te fait croire ça?
- Parce que tu n'as pas hésité à me laisser tomber à la première occasion venue… Avec une belle excuse bien sûr… beaucoup de tact même…
- Tu appelles ça la première occasion venue? Est ce que tu sais combien de temps j'ai hésité avant de prendre cette décision, combien de temps j'ai regretté de l'avoir prise ?
- Et alors, c'est du passé maintenant…
- Non ! Pour moi ce n'est pas du passé. Pendant cinq ans j'ai souffert de cette séparation, au point de négliger complètement mon travail, ma santé et ma famille. J'étais fou de douleur parce que je n'avais aucune nouvelle de toi. C'est toi qui es partit sans te retourner Mu, c'est toi qui a coupé les ponts...
- Et comment tu voulais que je réagisse ? Tu te rends compte de ce que j'ai pu ressentir ? Je me rappelle encore de tes mots, du son de ta voix comme si ça datait d'hier... Et maintenant tu reviens pour...
- Pour...?
- Ca m'est égal de toute façon, ce ne sont plus mes affaires !
- Tu plaisantes, tu penses que j'ai fait tout ce déplacement pour rien ? Que tu le veuilles ou pas tu vas m'écouter jusqu'au bout. Et même s'il faut que je te séquestre, que je te ligote, même que je te casse un bras ou une jambe, tu ne quitteras pas cette chambre avant que j'ai terminé.
– Essaie un peu pour voir... Je n'ai plus vingt ans Myu, je ne suis plus aussi malléable et aussi faible qu'avant. Je ne veux plus te voir, encore moins t'écouter. Et je vais maintenant rentrer chez moi, que ça te plaise ou non ! menaça Mu.
Les deux hommes étaient maintenant face à face, à quelques pas de la porte d'entrée et se fixaient d'un regard déterminé. Tout ça était mal embarqué et risquait de mal se terminer lorsque... des bruits de sanglots parvinrent à leurs oreilles. Non loin d'eux, un enfant de quatre ans environ observait silencieusement la scène, prêt à fondre en larmes. Papillon se radoucit presqu'instantanément.
- Ne pleure pas Kiki... Ce n'est rien. Papa était juste un peu énervé mais c'est fini... expliqua-t-il en souriant, pour rassurer l'enfant qui semblait vraiment effrayé.
Mu regarda sévèrement le petit être. Cet enfant, serait-ce alors... Cette pensée ne fit que l'irriter davantage.
- Je suis désolé d'avoir causé cette situation. Si vous voulez bien m'excuser… reprit-il calmement en faisant un pas vers la sortie
- Mu... Attends ! s'écria désespérément Papillon en se forçant à ne pas hausser la voix.
Mais le Japonais semblait ne pas vouloir l'écouter. L'Américain, désespéré, leva les yeux au ciel. Cette fois c'était bel et bien terminé. Il ne pouvait rien faire d'autre. Cependant... le bout de chou s'échappa des bras de son père pour s'agripper à la jambe de l'hôte. Mu ne put s'empêcher de baisser les yeux vers le petit rouquin. Son regard sévère et dur se mua rapidement au contact des yeux larmoyants de l'enfant. Paralysé et impuissant, il s'abaissa doucement, histoire de se mettre à peu près à la hauteur du petit être :
- M.... prononça l'enfant en le fixant de ses grands yeux, comme s'il venait de voir un fantôme...
- Qu'est ce que tu dis ? demanda-t-il doucement
- Ma...? continua l'enfant en touchant son visage, comme pour vérifier qu'il était bien réel.
Surpris et décontenancé, le japonais était incapable de bouger
- Ma... man ! cria l'enfant, en se jetant à son cou et en pleurant à chaudes larmes.
- Mais... commença le Japonais, qui eut du mal à terminer sa phrase.
Il leva alors la tête vers Myu, histoire de comprendre ce qui se passait. A sa grande surprise, ce dernier détourna péniblement les yeux... Quelqu'un allait-il finir par lui expliquer ce qui se passait ?
- Ne... pars... plus... Reste... avec... moi...s'il .... te ... plait ma...man... sanglotait l'enfant. Je... te ... promets... je ... serais... sage... Mais...ne... ne... me... laisse... plus...
La boule qu'il avait au niveau de la gorge, de même que le diablotin qui se serrait contre lui de toutes ses forces empêchaient vraiment notre hôte de respirer. Ces cris, cette douleur, ce besoin flagrant d'amour... tant d'émotions qui se dégageaient de ce corps minuscule. Plus qu'il ne pouvait lui-même le supporter. Les visages et les bruits disparurent... Ce silence... une fois de plus... le submergea.
Cette lumière, chaude et pure, qui le gavait, l'éblouissait de ses rayons couleur or. Qu'est ce que ça pouvait bien être ? Le paradis ?
- Mu…
- …
- Mu ça va ?
Peu à peu ses yeux décryptèrent les masses qui l'entouraient. Oui... il se rappelait maintenant...
- Je suis désolé, je ne voulais pas te rappeler de mauvais souvenirs, je voulais juste… s'excusa le client en s'asseyant sur une chaise, près de Mu
- Ce n'est pas grave, ce n'est pas de ta faute…
- Tiens, bois ça, ça va te faire du bien... dit-il en tenant une tasse de thé.
- Merci... fit Mu en essayant de se redresser, lorsqu'il ressentit quelque chose sur son bras. La tête d'un petit ange, dont le sommeil apparemment paisible, s'entrecoupait de hoquets et de reniflement.
Délicatement, il installa le petit dans une position confortable, tout en essayant de ne pas le réveiller, puis se redressant, il se retourna vers son client.
- On dirait qu'il pleure même dans son sommeil ? dit-il avec un petit sourire triste.
- Je suis désolé de t'avoir infligé un tel spectacle... Excuse-moi, répondit Papillon en lui rendant son sourire.
- Ce n'est pas grave ? Mais ... pourquoi ?
- Sa mère est morte l'année dernière, dans un accident de voiture. Pour lui, elle a disparut du jour au lendemain. J'ai beau lui expliquer qu'elle ne reviendra plus, il est trop jeune pour comprendre... Ton visage, tes longs cheveux mauves... Il a certainement dû être capturé par cette charmante illusion…
- Je suis désolé…
- Ne le sois pas... Il y a des choses contre lesquelles on ne peut rien n'est pas ?
- Bien sûr…
Papillon sourit tristement et Mu baissa la tête.
- Ca va mieux ? Tu peux marcher maintenant ? lui demanda gentiment son client.
- Oui... merci..., répondit Mu en posant sa tasse de thé sur la table de chevet.
- Viens avec moi... fit Papillon en se levant du fauteuil sur lequel il était assis, puis se dirigea vers la porte de la chambre.
Mu, le suivant, ne pouvait s'empêcher d'admirer à la dérobée ce corps parfait. On aurait dit que Myu avait encore gagné en sex-appeal pendant ces quatre ans. Le yukata (2) bleu qu'il portait soulignait bien la largueur de son dos et dévoilait plus que de raison son torse et ses jambes musclées. Ses cheveux courts et roux retombaient négligemment jusqu'au niveau de son cou et tout comme Mu, son beau visage était voilé par la tristesse. Seuls ses yeux étaient restés étincelants, flamboyant et brillants de vie...
Lorsqu'ils furent enfin arrivés au salon, il montra un siège à Mu qui se dépêcha de s'asseoir, sentant ses jambes se dérober. Pourquoi fallait-il que son corps le trahisse autant ? C'était bel et bien fini avec Myu. Il ne voulait plus rien avoir à faire avec cet homme, mais pourquoi il sentait une lueur grandir progressivement dans son pauvre cœur torturé ?
Un coup de téléphone le sortit de ses pensées. Puis il se rendit compte qu'il aimait toujours entendre cette voix douce et suave. Même après toutes ces années passées hors du Japon, Myu semblait ne pas avoir oublié sa langue paternelle. Il utilisait fort habilement toutes les tournures et expressions japonaises. C'était un vrai régal de l'écouter, même si ce n'était que pour quelques minutes. Une fois le combiné raccroché, l'Américain se laissa aller dans un divan en poussant un long soupir.
- Des ennuis? Demanda Mu avec un petit sourire...
- La baby-sitter... Elle a un empêchement et ne pourra pas venir aujourd'hui....
- Il n’est pas possible de la faire remplacer ? Tu devrais passer un coup de fil à la réception, ils devraient pouvoir trouver une solution…
- Laisse tomber !! De toute façon, telles que les choses sont parties, je ne me sens pas vraiment d’humeur à sortir ! Tant pis pour le spectacle de Bunraku ! (1) Mais enfin, je ne te retiendrais pas très longtemps Mu, tu peux rentrer chez toi à présent.
Mu ne sut pas pourquoi, mais son cœur se remit à saigner...
- Bien… je vois…
- Ne t'inquiète pas j'expliquerais la situation à tes supérieurs... Ils comprendront certainement. Après tout, un hôte comme toi a bien mieux à faire que de tenir compagnie à un ex-amant détesté et à un petit garçon de quatre ans en manque d'amour maternel.
- Myu !
- Je suis désolé de t'avoir causé autant de soucis. Tu as raison. Après tout ce que je t'ai fait, je n'ai pas le droit de débarquer ainsi et de te demander de …
- …. De me demander de ?
- Laisse tomber, ça n'a plus d'importance maintenant…
- Pourquoi ? Tu as changé d'avis ?
- Non? Non, pas du tout ! Mais j'ai été idiot d'avoir pu penser que tu aurais pu accepter… J'ai voulu croire que tu aurais pu me pardonner, et qu'on aurait pu recommencer à …
- Recommencer à…? Demanda Mu, impatient.
- Tu as devenu tellement beau, tu es tellement… Qu'est-ce qu'une lumière comme toi viendrait faire dans ma vie ? Tu mérites tellement mieux… tu as toujours mérité mieux de toute façon…
- Myu !
- J'ai détesté ma vie à partir du moment où je t'ai quitté. Je ne pensais qu'à toi, je ne voyais que toi, au point de négliger tout ce qui était autour de moi. Ma vie de couple a en tout et pour tout duré trois mois. Je connais à peine mon fils alors que ça fait quatre ans qu'il est né et le pire…
- …
- … le pire c'est que je n'ai pas touché à un bloc de pierre depuis notre séparation…
- Quoi ? ! Mais .... Tu étais si passionné !
- Faut croire que ma source d'inspiration s'est tarie, depuis que j'ai trahi ma muse... Mais enfin... Je ne te retiendrais pas longtemps. Même si nos retrouvailles ne se sont pas passées comme je l'espérais, je suis vraiment heureux de t'avoir revu...
- Tu n'as toujours pas répondu à ma question... Qu'est ce que tu voulais me dire ? insista Mu.
- Je t'ai déjà dit que ce n'était pas la peine…
- Et moi je veux savoir !
- Très bien… Dans ce cas, je ne te le dirais que si tu effectues le contrat jusqu'à son terme, comme convenu.
- Tu te moques de moi ? A quoi tu joues au juste ?
- Détrompe-toi Mu : je ne te demande pas de coucher avec moi, ni quoique ce soit d'autre. C'est juste que, peut-être que si je sens moins de haine dans ton regard, je me sentirais plus en confiance pour me confier à toi.
- Te confier ?
- Oui... C'est quelque chose de très important pour moi et... si j'ai fait tout ce voyage jusqu'ici, c'est parce que je pense que tu es le seul à...
- Maman… Maman ! cria une petite voix.
- Hum… Mu, il faudra que tu lui expliques que tu n'es pas sa mère…
- Pourquoi moi ? C'est toi son père je te signale, c'est à toi de lui expliquer ce genre de choses.
- Qu'est ce que tu veux que je fasse ? Cet enfant est tellement têtu que j'aurais beau lui expliquer cent fois, il n'en fera toujours qu'à sa tête. Mais enfin si ça t'amuse de te faire appeler maman…
- Myu !
- Plus sérieusement, si tu veux t'en aller c'est maintenant. Parce qu'une fois qu'il t'aura vu, tu ne pourras plus quitter cette pièce.
- …
- C'est ta réponse ?
- Je n'avais rien de prévu de toute façon. Et faut bien que quelqu'un explique à ce pauvre Kiki que je ne suis pas sa mère.
- Je te laisse t'en occuper alors. Je vais commander le dîner.
- Ok !
- Merci…
- …
- De me donner une autre chance...
Mu ne répondit pas à cette remarque et fixa tendrement le petit garçon qui essayait de grimper sur ses genoux. N'était-il pas en train de jouer avec le feu ? Peut-être, mais parfois il se sentait si las... las de se battre contre cet ennemi invisible et imprévisible. Se laisser aller et se laisser bercer par la douce mélodie de l'amour et de l'insouciance ? Pourquoi ne pouvait-il pas se le permettre après tout ? Juste pour une soirée...
Plus tard…
Il était un peu plus de vingt-et-une heure lorsque Mu sortit à pas de loup enfin de la chambre du petit Kira. Il avait presqu’oublié à quel point c’était difficile de mettre au lit un enfant de cet âge. Déjà qu'il avait fallut user de tous les moyens possibles pour lui faire comprendre qu'il ne pouvait pas dormir dans la chambre des parents. Oui... parents parce que sur ce plan aussi, Mu avait passé une bonne partie de la soirée à lui expliquer qu'il était un homme donc il ne pouvait pas être sa maman. Mais le petit refusait cette explication. Pour lui, Mu avait embrassé son papa, se disputait avec son papa, et allait certainement dormir sur le lit du même papa. De ce fait, Mu ne pouvait qu'une maman, sinon que pouvait-il bien être d'autre ? Fatigué et sentant un bout de migraine pointer suite à ces réflexions métaphysiques sur la famille, notre hôte jeta l'éponge en ressortant le fameux "c'est comme ça et puis c'est tout !" Mais là où il triompha vraiment, c'est quand il joua en solo une représentation du "Petit chaperon rouge", en jouant parfaitement tous les rôles, sous les yeux ébahis et les applaudissements incessants du petit ange qui s'endormit avec le sourire cette fois. Il gagna alors simultanément, pour cette performance exceptionnelle le titre de "Oncle Mu", un "Je t'aime très fort" et un bisou.
Ces récompenses lui redonnèrent des forces pour un autre combat contre la bombe sexuelle Papillon. Sculpteur réputé, donc excellant dans le maniement de ses mains et bourreau des cœurs à temps perdu. Pour Mu, cet homme n’était autre de ceux qu’on appelait les terroristes : ils débarquaient dans votre vie un beau matin, étaient prêt à aller très loin pour vous avoir, prenaient votre cœur en otage, et une fois qu’ils avaient eu ce qu’ils voulaient s’évanouissaient dans la nature. Sans vous rentre l’otage bien sûr, sinon ce serait trop beau . Mais enfin…maintenant que le petit était couché, ils avaient enfin pouvoir avoir une conversation sérieuse.
Mais lorsqu’il se rendit dans le salon, le spectacle qu’il vit le désarma complètement. Mu, se tenant debout en face de la baie vitrée ouverte, fixait tristement le ciel étoilé. La douleur, la solitude et le sentiment de lassitude qui se dégageaient de lui étaient tellement forts, que Mu en eut la chair de poule. Se pourrait-il qu’il ait mal jugé cet homme ? Et s’il n’avait pas été le seul à souffrir de toute cette situation ?
Lorsque Myu se rendit compte qu’il n’était plus seul dans la pièce, sa mine changea radicalement il demanda avec un petit sourire et d’un ton enjoué à Mu :
- Il dort déjà ?
- Oui… répondit doucement Mu, mal à l’aise.
- Tu as bien de la chance ! Quand il est avec moi, je dois lui faire toutes les promesses possibles et inimaginables pour qu’il dorme. Continua l’américain en se dirigeant vers un divan.
- Il doit avoir certainement peur…
- De quoi ?
- Que tu t’en ailles aussi… comme sa mère… répondit Mu, qui sentait son cœur s’étouffer…
L’américain ne répondit rien et se contenta de plonger les lèvres dans sa coupe de champagne. Il resta pensif quelques secondes, puis se contenta de rajouter péniblement :
- Ce ne sera pas la première fois que je trahirais ceux qui m’aiment…
A ces mots, Mu se précipita près de lui en le fixant dans les yeux…
- Myu… Tu ne vas pas l’abandonner, n’est ce pas ? Réponds moi, tu ne vas pas… demanda-t-il fébrilement, sans se rendre compte qu’il tirait tellement fort sur la manche de son ami, qu’il risquait de la déchirer.
- Je ne peux pas le garder avec moi, tu le sais bien. Je le rendrais plus malheureux qu’autre chose…
- Mais… mais tu es son père… Et puis, il s’est à peine remis de la mort de sa mère… Tu ne vas pas l’abandonner maintenant. C’est… c’est trop cruel !!!! murmura Mu qui était plus que désemparé. Il avait comme l’impression de revivre ces moments douloureux qui avaient entaché son existence.
- Mu … ne le prend pas ainsi…
- Mais … mais pourquoi ? Tu es aveugle ou quoi ? Il est plus qu’évident que cet enfant t’adore… Pourquoi ? Pourquoi te comportes-tu comme ça ? Pourquoi t’amuses-tu toujours à blesser ceux qui t’aiment ! Pourquoi… ? Tu le détestes à ce point ?
- Mu arrête… Je sais ce que tu peux ressentir… Je ne déteste pas Kiki, bien au contraire, je souhaite ce qu’il y a de mieux pour lui… Et je suis certain qu’il sera bien mieux avec ses grands parents qu’avec moi. Et puis il est jeune et … Mu qu’est ce qui se passe ?
Sans que l’hôte s’en rende compte, de fines larmes coulaient le long de ses joues. Il savait bien que ce n’étaient pas ses affaires, que c’était Myu le père de Kiki, qu’il avait certainement ses raisons et qu’il n’avait pas à s’en mêler… Mais pour avoir vécu une situation dans ce genre dans son enfance, où ses parents avaient agit sans tenir compte de ses sentiments ; et pour en avoir souffert cruellement jusque là et pendant toute sa vie, il ne pouvait s’empêcher d’avoir de la sympathie pour Kiki. Myu devait être trop submergé par sa propre tristesse, pour ne pas voir celle du petit être en détresse qui ne demandait rien de plus qu’à être aimé… ne plus être transparent. Il l’avait senti dans les yeux de l’enfant, dès leur première rencontre, un besoin d’amour tellement fort qu’il n’avait pu le supporter lui-même. Il n’y avait rien de plus terrible dans la vie que de ne pouvoir exprimer ce qu’on ressent au plus profond de soi ; et il était bien placé pour le savoir…
- Mu s’il te plait… arrête… tu sais que je déteste te voir pleurer… déclara Papillon en le prenant dans ses bras.
- Tu as raison… Ce ne sont pas mes affaires après tout… Si tu veux qu’on couche ensemble, on ne devrait pas perdre plus de temps, tu ne trouves pas ? Je suis un hôte après tout et je ferais de mon mieux pour te donner du plaisir… s’écria le japonais froidement.
- Mu... je t’ai déjà dit que ce n’était pas pour ça que je t’avais fait venir…
- Alors dans ce cas, je n’ai plus rien à faire ici… dit-il en faisant mine de se lever.
- Tu vas encore me regarder comme si j’étais un monstre et partir sans te retourner ? demanda l’artiste en lui prenant le bras.
- …
- Tu penses que ce sont des décisions faciles à prendre ! Tu penses que je ne souffre pas aussi de toute cette situation ?
- Alors pourquoi tu le fais alors ? Tu penses peut-être qu’il faut en rajouter après tous les moments difficiles que vous avez vécus ?
- Je… je pense juste qu’il sera plus heureux comme ça !
- Tu penses… c’est bien ce que je dis ! Mais t’ais-tu déjà demandé ce que lui pouvait ressentir ?
- Ce n’est qu’un enfant ! Il ne peut pas savoir…
- Et alors ? Ce n’est pas une raison pour prendre une décision sans même prendre la peine de lui en parler avant ! Avec toi c’est toujours comme ça, tu en fais toujours qu’ à ta tête, sans te préoccuper de ceux qui sont en face de toi ! Pourquoi ça m’étonne d’ailleurs? Après tout on ne change pas aussi facilement en quatre ans…
- Mu !!!
- Tu as agit de la même manière avec moi. Tu t’es comporté comme si je n’existais pas, en mettant fin à une relation qui représentait tout pour moi, en me donnant des raisons toutes aussi bidon les unes que les autres.
- Comment ça bidon ? A l’époque tu étais trop jeune ! Tu avais à peine vingt ans Mu, et tu n’avais aucune idée de ce que ça pouvait être que de s’engager réellement dans une relation homosexuelle. Rappelle-toi : je pouvais à peine te toucher en public. Sois honnête avec toi-même : tu avais honte de notre relation !
- C’est faux… Je n’ai jamais… Comment tu peux dire une chose pareille ! Je… c’est que…tout ça s’est passé si soudainement ! J’avais jamais eu ce genre d’expérience auparavant…j’avais … j’avais juste besoin d’un peu de temps…
- Pourquoi tu ne me l’as pas dit alors?
- Après que tu m’aies annoncé que tu voulais rentrais aux Etats-Unis ? Que tu me jette à la figure que tu voulais te marier et avoir une famille ? Qu’il n’y avait aucun avenir pour nous… ?
- Arrête Mu, ça suffit. Je me rappelle très bien de ce que je t’ai dit ce jour là.
- Franchement, qu’est ce que tu voulais que je te dise après tout ça ? Que je t’aimais ? Que je voulais vivre avec toi ? Que je n’étais pas un aussi bon parti que la fille d’un riche financier mais que je ferais tout ce qui était en mon pouvoir pour te rendre heureux ? Que je ne pourrais jamais te donner la famille dont tu rêvais mais que t’aimais plus que tout et que je voulais rester à tes côtés, pour toujours ? s’indigna Mu.
Contrairement à ceux à quoi le japonais aurait pu s’attendre, Papillon ne répondit pas. Il se contentait de le fixer sans un mot. Mu baissa les yeux, gêné par l’intense lueur qui brillait dans ce regard. Paradoxalement, il se sentait comme soulagé d’avoir enfin pu dire ce qu’il avait gardé sur le cœur pendant si longtemps. Une douce caresse sur la joue lui fit retourner la tête et là… il reçut un des baisers les plus passionnés qu’il n’avait jamais eu dans sa vie. Un frisson parcourut son corps entier, et il ne put s’empêcher de rougir en rencontrant le regard pétillant de son amant. Par tous les dieux ! Pourquoi, de tous les hommes qu’il avait connu dans sa vie, celui-là était le seul à pouvoir le mettre dans un tel état rien qu’avec un baiser.
- Qu… Qu’est ce qui… t’arrive ? Arriva-t-il à prononcer, tentant de se calmer pour reprendre son souffle.
- Petit cachotier ! Tu as attendu quatre ans avant de me dire ça ! reprit son amant en lui souriant tendrement.
- Est- ce j’avais vraiment besoin de … Ce n’était pas evid… ?
Un deuxième baiser l’empêcha de terminer sa phrase. Il eut à peine le temps de s’en rendre compte qu’il était pratiquement allongé sur le divan, subissant les caresses et baisers passionnés de son amant.
- Pourquoi as-tu attendu aussi longtemps avant de me dire ça ?…prononça-t-il entre deux baisers.
- Comme si ça aurait changé quelque chose … demanda Mu, entre deux baisers aussi
- Je suis tombé amoureux de toi dès le premier regard et malgré la différence d’âge, j’ai tout fait pour me rapprocher de toi…