
Disclaimer : Les personnages appartiennent à Masami Kuramada et l'univers de "Love Mode" à Yuki Shimizu.
Rating : M
Genre : Romance/Amitié/Suspens
Spoiler : Univers Alternatif. Fic écrite en collaboration avec Scorpio-no-caro. Nous avons placés les personnages de Saint Seiya dans l'univers de "Love Mode". Amour, complot, trahison, amitié, chacun a son histoire qui se recoupe avec celles des autres. Il y aura de nombreux couples inattendus. Nous espérons que vous aimerez.
ATTENTION : Il y est question de prostitution masculine puisque que "Love Mode" se déroule dans ce milieu.
Notes : Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ou peu "Love Mode", c'est un manga Yaoi. Vous trouverez des informations sur le site de http://mimiyuy.free.fr dans la rubrique "Scantrad"
Chapitre 10 : Où les jumeaux décident de quitter le sanctuaire !
Dimanche 22 Avril
Arrivé au Star Hill, Saga monta rapidement dans sa chambre, priant pour ne pas rencontrer quelqu’un qui l’aurait noyé de questions. Ses prières ne furent entendues qu’à moitié car il avait à peine fermé la porte que son cadet lui sauta dessus en l’accueillant en vrai héros.
- Saga ! Comme ça fait plaisir de te voir! Laisse-moi te regarder… Tu es devenu vraiment très beau, tu sais !
- Arrête de m’ennuyer Kanon ! Tu parles comme si ça faisait des mois qu’on ne s’était pas vu.
- Mais c’est tout comme ! Alors, on dirait que tu ne t’es pas ennuyé, champion !
- Mais qu’est ce que tu racontes encore ?
- Tu te rends comptes, tu t’es fait dix huit mille euros en deux jours à peine, avec un seul client. Même avec trois clients je n’arrive pas à faire aussi bien que toi.
- Trois clients ? C’est qui, le troisième ? demanda Saga, choqué par cette désinvolture.
- Ah hier soir j’ai passé la soirée avec Ikki Sakashita, tu te rappelles ?
- Je pensais qu’il n’était pas membre du Sanctuaire…
- Apparemment, il vient d’adhérer, et j’étais son premier hôte.
- Et… ça a été ?
- Carrément ! Il est très viril mais très doux. Pas comme cette brute de Radamanthe ! s’écria Kanon en riant. Alors ? Tu ne m’as pas raconté ce qui s’était passé avec Kouros. J’étais persuadé que tu allais refuser la deuxième offre… D’après ce que j’ai appris c’est un dieu au lit…
- Kanon !
- Ne fais pas cette tête. Je plaisantais…
- Toi alors !
- Plus sérieux, Shion et Dohko aimeraient nous rencontrer en fin de matinée, pour faire le point. D’après ce que j’ai cru comprendre, ils vont nous faire une proposition. C’est super, n’est-ce-pas ? demanda Kanon avec beaucoup d’enthousiasme.
- …
Saga n’eut pas besoin de parler, son frère comprit tout de suite que quelque chose n’allait pas.
- Ne me dis pas que… ? Pourtant je pensais… je croyais que… Ca ne s’est pas bien passé avec Kouros ?
- Si…
- Alors… ? Qu’est ce que … ?
Saga prit une longue inspiration, puis prit son visage entre ses deux mains.
- Je pense que… Je n’ai pas envie de recommencer…
- Pourquoi ? Je ne comprends pas… Si tout s’est bien passé, pourquoi… ?
- Je… Je ne peux pas expliquer… Je l'sens pas ce job, c’est tout… Je ne suis pas sûr de pouvoir y arriver… Je suis désolé. Et puis, on a gagné suffisamment de d'argent pour pouvoir vivre correctement pendant les six prochains mois, si on fait bien attention. Du coup, je ne suis pas motivé pour recommencer… Je suis désolé Kanon… Dis-moi que tu ne m’en veux pas !
- C’est pas grave. Je ne m’attendais pas à ce que tu craques aussi vite mais… tant pis… On ira rouler notre bosse ailleurs, déclara le cadet d'un ton résigné en haussant les épaules.
- Je suis désolé Kanon… Si tu savais comme je m’en veux de te faire vivre ça !
- Ne t’inquiète pas… Ca va aller. Tu devrais aller te reposer…tu dois être fatigué.
- Tu es sûr que tu ne m’en veux pas ?
- Idiot, comment pourrais-je t’en vouloir ! Je m’y attendais un peu de toute façon. On ira les voir à ton réveil. Ils seront un peu déçus, mais je suis sûr qu’ils comprendront.
La Balance sentit son téléphone vibrer dans la poche de son pantalon alors qu'il s'habillait. On était dimanche, mais pour le propriétaire du Sanctuaire, il n'y avait ni week-end, ni jours fériés. Il prit la communication tout en faisant son possible pour ne pas tomber en enfilant ses chaussettes en équilibre sur un pied.
- Allo ?
- Bonjour, Andréas Kouros à l'appareil....
La voix était calme, mais grave. Dohko ne put s'empêcher de froncer les sourcils
- Oui. Bonjour Andréas.
- Je ne vous dérange pas j'espère ?
- Non pas du tout! C'est juste que je ne m'attendais pas à vous entendre. C'est bien ce matin que vous rentrez en Grèce, n'est ce pas?
- Hélas oui... C'est avec plaisir que je serais resté mais des affaires importantes m'attendent. Je tenais à vous remercier pour la compréhension dont vous avez su faire preuve à mon égard ...
- Mais je vous en prie, c'est tout naturel...
- Les frères Siramidis ont été parfaits. Tout à fait à la hauteur de ce que nous attendions du Sanctuaire, à tel point que je regrette de ne pas avoir fait appel à vos services plus tôt. Mais mieux vaut tard que jamais, n'est ce pas ?
- Comme vous le dites!
- J'ai demandé à Pandore de régler tous les détails concernant mon adhésion à votre club. Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, elle prendra bientôt contact avec vous...
- Je serais très heureux de vous compter parmi les membres du Sanctuaire...
- Kanon et Saga ont été d’une très agréable compagnie. J’espère pouvoir encore… abuser de leur temps lors de mes prochaines visites…
- Tout dépendra de leur emploi du temps, mais oui, pourquoi pas ?
- J’espère que nous trouverons un terrain d’entente à ce sujet qui me tient particulièrement à cœur.
- Mais bien entendu, nous en rediscuterons plus calmement, au moment opportun.
- Exactement, rien ne presse après tout. Une dernière question. Vos hôtes, leur arrive-t-il de se déplacer à l'étranger ?
- Bien sûr, mais vous comprendrez que le tarif soit en conséquence.
- Cela va de soit. J'ai été ravi de faire affaire avec vous. Au revoir !
- Tout le plaisir a été pour moi ! A très bientôt !
Un sourire de satisfaction étira les lèvres de Dohko. Mais maintenant le plus dur restait à faire. Conserver un tel client. Il composa le numéro de téléphone de Shion, il fallait qu'ils préparent l’entrevue de l’après-midi avec les jumeaux. Il fallait coute que coute chercher à les retenir.
Lorsque les jumeaux entrèrent dans son bureau, vingt minutes plus tard, Dohko comprit immédiatement, que quelque chose n'allait pas mais fit comme si de rien n’était.
- Je viens d'avoir Kouros au téléphone, il est sur un petit nuage ! Son collaborateur aussi !
- C'est une bonne nouvelle, répondit Kanon d'une voix qui manquait visiblement d'entrain. Rien à voir avec celui qui avait passé une soirée avec Mime de Benetnash. Que lui cachaient-ils ?
Shion étudiait leurs faits et gestes avec beaucoup d’attention, tout en préparant les boissons. Il n'était que dix heures du matin, mais il servit quatre whisky secs et sans glace. Kanon sirota le sien, Saga n'y toucha pas, Dohko vida son verre d'une traite.
- J'ai le sentiment que vous ne nous dites pas tout, intervint Shion, s'immisçant dans la conversation qui était plus un monologue de la Balance qu'un réel échange.
- Non, les choses…, commença Kanon
- Nous partons demain matin, le coupa Saga. C'est un peu déprimant parce que nous avons énormément apprécié notre séjour parmi vous et nous ne vous serons jamais assez reconnaissant de ce que vous avez fait pour nous. Mais il est temps pour nous de faire ce que pourquoi nous sommes venus au Japon.
Dohko et Shion se regardèrent, pas vraiment surpris mais plutôt décontenancés. Ils avaient espéré avoir plus de temps pour convaincre les jumeaux de rester.
- Si vous désirez rester plus longtemps, j'ai la possibilité de faire changer les dates de votre visa, leur proposa Dohko espérant qu'avec cet argument, ils réfléchiraient à deux fois avant de disparaître dans la nature.
- C'est très gentil à vous, mais nous devons continuer notre voyage, continua Saga sans laisser le temps à son frère d'en placer une.
- Ah oui ! Votre voyage, c'est vrai ! Eh bien c'est fort dommage, vous allez rater Saori. Elle ne rentre que mardi de France. Je sais qu'elle aurait aimé vous dire au revoir.
- Vous la saluerez pour nous et surtout vous lui direz combien nous lui sommes reconnaissant à elle aussi ! dit Kanon sans quitter Shion des yeux.
Celui-ci comprit sans problème que le cadet voulait leur parler seul à seul.
- Je n'y manquerai pas. J'aimerai vous faire un petit cadeau avant que vous partiez. Je vous offre vos téléphones mobiles. Si jamais pendant le temps qui vous reste à voyager vous avez un souci, je veux que vous nous appeliez, c'est compris ? N'oubliez pas d'emporter les chargeurs.
- Merci beaucoup Dohko, c'est un présent qui nous sera très utile.
- Voici ce qui vous revient. D'après Kouros et Wyvern, vous l'avez largement mérité. Faites très attention, c'est beaucoup d'argent à emporter sur soi. Je sais que vous êtes capables de vous défendre et de vous protéger mais soyez très prudents.
La Balance leur tendit à chacun une enveloppe bien remplie. Les jumeaux se levèrent et après avoir serré la main des deux japonais, ils regagnèrent leur suite.
- Et merde ! jura Dohko quand ils furent sortis. Qu'est-ce qui c'est passé, bordel ? !
- Calme-toi ! Tu auras bientôt des réponses.
- Comment ça ? Kouros les encense, et eux semblent complètement perdus ! Avoue qu'il y de quoi se poser des questions !
- Et tu auras des réponses, sois patient !
- De quoi tu parles ?
- Kanon va tout nous raconter.
- Tu lis dans les pensées maintenant toi ? ironisa Dohko en se resservant un whisky.
- Dès que je suis arrivé, il a capté mon regard, un peu à la manière d'un hôte. Il veut nous dire quelque chose, c'est certain. Il a bien retenu la leçon.
- En attendant, ils vont partir…
- … et nous ne pouvons pas les retenir, nous n'en avons pas le droit. Souviens-toi que se sont des touristes.
- Mouais… soupira-t-il, je sais, t'as raison. Bon sang ! C'que j'aimerais trouver un moyen pour les faire rester !
Au même moment, dans la suite "Athènes"
Kanon referma la porte derrière lui. Il regarda Saga se diriger vers l'armoire et sortir leurs sacs de voyage. Il devina aisément que son frère voulait ainsi tourner la page sur la dernière mission et penser à autre chose. Il ne savait pas quoi lui dire. Il le suivit dans sa chambre et s'assit sur le lit, le suivant du regard en train de s'affairer à plier ses affaires. Une idée lui traversa l'esprit.
- Tu serais d'accord qu'on leur offre le resto à tous ce soir ? Un dîner d'adieu en quelque sorte, ça nous permettrait de les remercier…
- Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, fit tristement Saga
- Je sais mais… J'dis ça juste pour pas qu'on parte comme des ingrats… ils nous ont tellement aidé… Y vont beaucoup me manquer…
- Je suis désolé, Kanon…
- Ne t’inquiète pas, ça va passer.
Kanon se dirigea vers sa chambre et commença lui aussi à ramasser tous ses vêtements. Au bout de quelques minutes, n'entendant plus aucun bruit, il retourna dans la chambre de son frère et le trouva endormi sur le lit, des traces de larmes sur les joues. Il sauta sur l'occasion.
Il sortit discrètement de la suite, appela Shion et quelques minutes plus tard, il entrait dans le bureau où il l'attendait avec Dohko. Ils s'installèrent sur la terrasse où Shion servit le thé.
- Que se passe-t-il Kanon ? demanda Dohko sans détour.
- Les choses ne se sont pas aussi bien passées que Saga vous l'a dit.
- Comment ça ! Vous avez été brutalisés ? s'inquiéta Shion en stoppant la tasse qu'il menait à ses lèvres.
C'était toujours la première des choses qui lui venait à l'esprit. Les hôtes n'étaient pas à l'abri de ce genre d'abus, c'est pourquoi ils étaient formés aux arts martiaux pour avoir la possibilité de se défendre en cas de besoin. Lui-même en avait fait l'expérience.
- Non, c'est pas ça. De c'coté là, c'était très bien. C'est juste que, je crois plus honnête de vous dire ce qu'il en est de Saga. Il ne le fera pas lui-même mais je veux que vous compreniez. Je lui ai arraché la promesse de faire un essai avec un contrat spécial et lui m'a fait promettre que si ça ne lui convenait pas, on partirait.
- Je ne vois pas où vous voulez en venir, s'impatientait Dohko.
- Je ne sais pas exactement pourquoi il réagit comme ça. Apparemment ça s’est bien passé avec Kouros mais il n’est pas sûr de pouvoir recommencer. Il pense qu’il n’est pas fait pour être hôte.
- Où est-il ? s'enquit Shion qui avait de l'affection pour l'aîné des jumeaux.
- Il s'est endormi. Il se repose en ce moment. J'en ai profité pour venir vous voir.
- Je comprends mieux…
- Je suis désolé. Ca nous ferait plaisir que vous acceptiez de dîner avec nous ce soir au "Versailles" avec tous les autres hôtes présents actuellement. C'est pas grand-chose comparé à tout ce que vous avez fait pour nous mais…
- Ce sera très volontiers Kanon, le rassura Dohko avec un regard bienveillant et un peu triste. Nous serons tous là à vingt heures.
- Je ne sais pas si Mû sera rentré de mission, il est parti pour la journée, mais je l'appellerai pour le prévenir.
A ce nom, Dohko se figea. Il avait réussi à mettre de coté ce que Camus lui avait révélé pour y réfléchir à tête reposée avant de questionner son bras droit, et brusquement, Shion retournait le couteau dans la plaie. Il déglutit difficilement et se composa un masque pour donner le change. Mais Shion connaissait trop bien son patron et s'en aperçut. Il se demandait d'ailleurs ce qu'il lui arrivait. Mais il fit comme si de rien n’était.
- Ne vous inquiétez pas Kanon, reprit l'héritier Kido, nous comprenons vos raisons. Je vous souhaite de finir votre séjour de la plus agréable des façons.
- Si voulez vous pouvez mettre à profit les quelques heures qui vous reste pour vous organiser un itinéraire, proposa Shion. Je me ferai un plaisir de vous recommander quelques endroits qu'il faut avoir vu avant de quitter le Japon.
- Merci beaucoup, ça nous sera très utile pour ne pas perdre temps, vu qu'il ne nous reste qu'une semaine.
- Quand prenez-vous l'avion ? demanda Dohko.
- Samedi prochain…
Kanon retourna dans sa chambre, son frère dormait toujours. Il ôta ses chaussures, s'allongea derrière lui, l'entoura de son bras et s'endormit à son tour, s'enivrant de son odeur si précieuse pour lui…
Shion avait des courses à faire, aussi laissa-t-il Dohko pour rejoindre le parking et Jabu. L'héritier Kido se sentit soudain bien seul et poussa un soupir. Il repensa alors à ce que Camus lui avait dit la veille. L'aristocrate français avait vu Shion entrer dans la suite de Mû en fin de soirée. Qu'est-ce qu'il avait été y faire ? Et pourquoi Dohko éprouvait-il de la colère ? Ou bien était-ce de la jalousie ?
Deux jours avant, vendredi matin de bonne heure…
Camus avait réglé son réveil à six heures trente. Il voulait prendre son temps pour se préparer, être au meilleur de sa forme et de son charme. Qui sait quelle serait la réaction du patron ? Il mit un costume sport d'un blanc immaculé avec une chemise de soie grise qui rappelait la couleur de l'argent. Il passa la chevalière ornée des armoiries de sa famille à son doigt, certainement tout ce qu'il lui restait de celle-ci, une chaîne en or à maillon forçat autour du cou assortit à la gourmette de son poignet. Il termina avec une eau de toilette, "Jazz" d'Yves Saint Laurent, légère et sophistiquée à la fois. Elle n'était pas agressive mais persistait longtemps dans l'air après que son porteur soit parti.
A huit heures tapantes, il frappa à la porte de Dohko sachant parfaitement qu'il allait réveiller le maître des lieux. Ce qui allait forcément le mettre de mauvais humeur. Parfait. Ce qu'il allait lui annoncer n'arrangerait rien. Bien au contraire.
Vêtu d'un kimono de soie noire, Dohko ouvrit la porte fronça les sourcils. Il était encore complètement endormi, les cheveux en bataille et le regard plus noir qu'une tasse de café.
- Camus ? Quelque chose ne va pas ?
- Je voudrais te parler.
- D'ordinaire tu m'évites et là tu viens me sortir du lit aux aurores ? Entre.
Il s'effaça et laissa passer l'hôte qu'il invita à s'asseoir dans le salon. Camus ne se fit pas prier et s'installa confortablement avec une attitude féline très naturelle.
- T'as pris ton p'tit dej ?
- Non. C'est une invitation ?
- C'est la moindre des choses si j'veux savoir pourquoi t'es là ! grogna le japonais en décrochant le téléphone.
Camus ne se laissa pas démonter par l'humeur massacrante de son patron. Après tout, il avait tout fait pour obtenir ce résultat.
- Tu n'as pas beaucoup dormi on dirait !
- Moins de trois heures. Pour une fois que je comptais faire la grasse mat'…
- Je suis désolé mais ce que j'ai à te dire est très important.
Dohko alla ouvrir au serveur qui apportait leur petit-déjeuner. Le jeune homme poussa la petite table jusqu'au salon et disparut, le tout avec une discrétion à laquelle Dohko tenait beaucoup. Il ne voulait pas que les employés soient trop… envahissants.
- Thé ou café ? demanda Dohko en préparant deux tasses.
- Café. Tu veux un croissant ou des tartines ?
- Tartines beurrées.
Les deux hommes s'occupèrent quelques instants en silence, appréciant leur boisson chaude et le pain croustillant encore tiède sur lequel le beurre fondait tout doucement.
- Alors, je t'écoute ! Qu'as-tu de si important à me dire ?
Camus se perdit dans la contemplation de son café, réfléchissant rapidement aux termes qu'il allait employer. Il ne fallait surtout pas qu'il y ait de confusion dans l'esprit de Dohko.
- Tu sais que… je me suis toujours efforcé de respecter les règles du Sanctuaire, commença l'aristocrate sans le regarder, et je pense que de ce point de vue, tu n'as rien à me reprocher.
- C'est exact. Tu as eu un comportement exemplaire depuis ton arrivée ici. Mais je ne vois pas où tu veux en venir.
- Je crois qu'il est de mon devoir de te prévenir que ce n'est peut-être pas le cas de tout le monde.
Dohko accusa le coup mais il n'en montra rien. Il savait parfaitement que les hôtes ne respectaient pas toujours à la lettre les règles édictées par son aïeul, mais tant qu'il ne voyait rien, qu'il n'entendait rien et que ça ne remettait pas en cause le bon fonctionnement du Sanctuaire, il n'intervenait pas. Qu'avait bien pu voir Camus pour se décider à lui en parler ?
- Je n'aime pas faire ce genre de chose, se défendit ce dernier, mais je ne peux exclure la possibilité d'un dysfonctionnement au sein de notre organisation.
- Camus, est-ce que tu vas me dire enfin de quoi il s'agit ou je vais devoir t'arracher les mots de la bouche ? commençait à s'énerver Dohko.
Le Français eut un sourire mental. Le patron était à point. Il était furieux d'avoir été réveillé, il était fatigué et énervé de l'attente que lui imposait son interlocuteur.
- J'ai vu Shion entrer dans la suite de Mû hier soir, assez tard. Il le suppliait presque de le laisser le voir.
Il assena ces mots avec un plaisir presque sadique. Du coin de l'œil, il observa son patron et vit celui-ci se figer. Son regard devint inexpressif, comme mort mais il reprit rapidement sa contenance. Pas question de montrer de la faiblesse devant qui que se soit.
- Mais encore ? demanda-t-il d'une voix qu'il espérait calme.
- Eh bien je n'ai pas tout entendu mais Shion disait qu'il avait besoin de voir Mû.
- Tu les espionnais ?
- Pas du tout. Je rentrais chez moi et j'ai entendu des voix. Je ne voulais pas encore croiser Milo ou Angelo et avoir à faire face à leurs sarcasmes qui, soit dit en passant, commencent sérieusement à m'exaspérer. J'ai regardé à l'angle du mur et c'est là que j'ai vu de qui il s'agissait. J'ai attendu que le couloir soit vide et je suis rentré dans ma suite. Je n'en ai malheureusement pas entendu assez pour pouvoir spéculer sur la nature de leur relation. Mais qu'elle soit intime n'est pas à écarter, même si, je le répète, je n'ai rien vu ou entendu qui prouve cela. Je tenais à t'en parler…
- … pour me prouver ta loyauté ? le coupa Dohko d'une voix blanche de colère. Ne me prend pas pour un imbécile Camus, cracha le japonais d'un ton menaçant. Tu détestes Shion pour des raisons qui te sont propres et tu as vu là une occasion de te venger de lui.
Les deux hommes s'affrontèrent du regard un instant, sachant parfaitement que Dohko avait raison. Depuis son arrivée ici, les choses n'avaient jamais fonctionné entre Shion et Camus. Pourtant son ami n'avait jamais eu de mot désobligeant ou blessant, il n'avait jamais eu une attitude impolie ou condescendante envers l'aristocrate. Mais Camus le haïssait. Le français ne se laissa pas démonter par la clairvoyance du chinois.
- Je ne me permettais pas de penser un instant que tu sois un imbécile Dohko. Tu es même tout le contraire. Je vais donc être franc avec toi comme je l'ai toujours été. De combien vas-tu réduire ma dette à ton égard pour une telle information ?
- Nous y voilà. Tu perds pas l'nord toi, hein ?
- Les erreurs des uns font les choux gras des autres…
- Dix mille euros, ça te convient ?
- C'est plus que je ne l'avais espéré. Maintenant que je connais la valeur que tu accordes à ce genre d'informations, je serais vigilent.
- Fais ce que tu veux ! Mais la prochaine fois, il te faudra m'apporter des preuves. Pour cette fois, ça ira !
Dohko sortit sur la terrasse de son bureau, un verre de whisky à la main. Il s'avança en plein soleil. Quelques nuages blancs de beau temps traînaient paresseusement dans le ciel d'un bleu cristallin. Le parfum des fleurs se diffusait délicatement au gré des courants d'air qui caressaient doucement le visage du Japonais. Shion et Mû. Sa main se serra sur verre, blanchissant ses articulations. D'un autre coté, il n'avait aucune preuve que ces deux-là entretenait une relation amoureuse. L'ignorance le rongeait. Il se sentait frustré, en colère… jaloux.
Il vida son verre d'un trait et s'en resservit un autre. Il avait conscience qu'il buvait un peu trop ces derniers temps mais c'était le seul moyen qu'il avait trouvé pour l'instant pour se calmer. Peut-être devrait-il aller au dojo ? Ce serait plus sain comme moyen d'évacuer sa tension et son stress, mais les deux seuls qui soient capables de lui tenir tête, l'un était en train de travailler au bar, l'autre était parti faire des courses. Dans l'état où il était, aucun autre hôte ne ferait le poids face à lui, et il ne voulait massacrer personne…
Début de soirée, restaurant "Le Versailles"
Ils étaient onze autour de la table. Kanon et Saga avaient tenu à les inviter tous pour les remercier de les avoir si bien accueilli et surtout de leur avoir donné le moyen de gagner un peu d'argent. Camus, assis entre Mû et Shaka, comme d'habitude était froid et parlait peu. Tous les autres étaient enjoués, même Dohko et Shion qui voulaient donner le change et ne pas montrer la tension qu'il y avait entre eux depuis trois jours et qui ne semblait pas vouloir s'apaiser. Ils restèrent à table jusqu'à tard dans la nuit et Shion leur proposa de les aider à établir un circuit pour terminer leur voyage. En repartant vers leur suite, ils croisèrent Milo qui interpella Kanon.
- Vas-y, lui dit son frère, je vais terminer nos sacs. Prend ton temps, termina-t-il avec un sourire énigmatique.
Le cadet suivit Milo qui le fit entrer dans son appartement. Aussitôt la porte fermée, il plaqua Kanon contre le mur et l'embrassa à lui faire perdre la raison.
- Tu fais plus parti du Sanctuaire, y a plus d'raison pour que je me prive de toi ! gronda-t-il entre deux baisers.
Kanon se laissa faire un moment pendant que le numéro un le déshabillait avec un art consommé pour faire durer les choses. Sa chemise se retrouva au sol et Milo couvrit son torse et son ventre de baisers et de caresses incendiaires. Le cadet des jumeaux ne bougeait pas. Il avait appuyé sa tête contre le mur, les yeux fermés et cherchait son souffle qui se transformait de temps à autres en gémissements d'excitation.
- Je vais te croquer tout cru… lui murmura Milo à l'oreille tout en mordillant le lobe. Depuis le temps que j'en ai envie…
- Ah ouais ? réussit-il à articuler.
- Mouais ! Depuis que vous êtes arrivés, que j't'ai vu au dojo…
Il déboutonna le pantalon et glissa ses mains autour des hanches, jusqu'aux fesses fermes et musclées qu'il caressa et pétrit, arrachant des soupirs de plaisirs à Kanon tout en léchant les tétons qui se dressaient effrontément sous sa langue.
- Nnh… Milo… tu m'rends fou…
- Je sais… viens par là…
Il le poussa jusqu'au lit sur lequel il le fit tomber puis le bloqua sous son poids. Mais Kanon, d'un coup de rein, renversa la situation.
- A mon tour de croquer tout cru…
Mais lui ne fit pas dans la tendresse. Il déchira brutalement la chemise de Milo qui cria au scandale en riant. Une chemise en soie signée Yves Saint Laurent, en voilà des façons de la traiter ! Mais il oublia bien vite ce sacrilège quand Kanon commença à embrasser et lécher la peau de son cou, de ses épaules et de son torse en revenant l'embrasser. Leur étreinte était bestiale. Ils avaient tellement envie l'un de l'autre qu'ils étaient frénétiques dans leurs mouvements. Le cadet s'attaqua au pantalon qu'il enleva sans plus de délicatesse ainsi que le sous vêtements. Il s'arrêta un instant et regarda son amant. Milo avait un corps exceptionnel. Tout en muscles parfaitement dessinés, la peau bronzée par les séances d'UV, il était un véritable appel au viol.
Un sourire animal étira ses lèvres humides et il rejeta les bras au dessus de sa tête d'un geste qui voulait dire : "Vas-y, sers-toi ! " Mais Kanon eut un rictus insolent. Il se remit debout et commença à ôter très lentement son pantalon en caressant son corps. Son boxer ne cachait strictement rien de l'état dans lequel il se trouvait mais il voulait faire durer les choses. Après tout, il ne reverrait peut-être jamais Milo. Il conserva son sous-vêtement et s'agenouilla, une jambe de chaque coté des cuisses de son compatriote. Il faisait glisser son regard avide sur ce corps offert. Il sentait l'excitation de Milo s'accroître sous la caresse de ses yeux. Il passa une main audacieuse sur son entrejambe, son compagnon se mordit les lèvres puis brusquement, il se laissa tomber en avant, les mains de chaque coté de sa tête. Leurs yeux se rencontrèrent, remplis d'un désir sauvage et primal. D'un mouvement du bassin, Kanon effleura le sexe tendu de Milo qui gémit.
- Tu veux jouer à ça avec moi ? le provoqua gentiment le numéro un.
- A quoi ?
- A qui va craquer le premier et se jeter sur l'autre ?
- Pourquoi pas ?
- T'as perdu d'avance !
- Ah oui ?
- Oui !
Et sans qu'il ne comprenne ce qui lui arrivait, Kanon se retrouva sous Milo qui l'avait renversé d'un mouvement d'une incroyable rapidité. Il était à califourchon sur lui et lui tenait les poignets au dessus de la tête.
- T'as pas encore assez d'expérience pour ça, mon tout beau !
Il pressa ses hanches contre celles de Kanon, lui arrachant un soupir de plaisir. Il recommença encore, et encore. Le cadet des jumeaux était à l'agonie. Ce simple contact et ces yeux qui ne le lâchaient pas le rendaient fou. Il aurait bien voulu prendre Milo dans ses bras mais effectivement, il serait le perdant. Il se détendit et arrêta de lutter contre son futur amant. L'autre ne s'attendait pas à une reddition si rapide. Dommage, il aurait bien aimé le torturer encore un peu. Il lâcha les poignets et laissa Kanon l'attirer à lui. Ils s'embrassèrent à perdre haleine, un baiser torride, sensuel où leurs langues avaient le rôle principal.
Milo abandonna ses lèvres pour parcourir son corps avec sa bouche, ses mains. Il fit glisser le boxer sur les longues jambes où il déposa des baisers sur toute la longueur avant de revenir sur ventre où il se délecta de la peau douce et frissonnante. Sa joue rencontra une virilité magnifiquement dressée qu'il honora de sa bouche. Kanon eut un soubresaut et se cambra en se sentant soudain envelopper dans se fourreau de soie chaude et humide.
- Tu es si réactif, entendit-il dans un murmure. C'est un vrai délice que de t'avoir dans mes bras. Et tu es si… accueillant…
Le gémissement que poussa Kanon encouragea Milo à prolonger ses caresses sur son intimité. En un tour de main dû à l'habitude, il mit un préservatif et pris lentement possession du corps de son amant. Celui-ci grimaça sous le pincement douloureux mais la délicatesse de Milo malgré sa fougue lui fit bien vite oublier ce léger inconfort. Et soudain, il lui sembla que les portes du paradis venaient de s'ouvrir uniquement que pour lui. Le plaisir qui traversa son ventre le fit crier. Milo le bâillonna de sa bouche, sentant deux bras s'enrouler autour de son cou. Il commença à se mouvoir dans ce corps si fort et pourtant à sa merci, complètement dépendant de son bon vouloir.
Kanon sentait le bras du Grec sous ses reins pour le serrer contre ses hanches, pour aller toujours plus loin en lui. A chaque fois que Milo revenait en lui, il effleurait sa prostate, créant des myriades d'étincelles dans sa tête. L'un et l'autre haletait leur plaisir, leurs plaintes lascives ne faisaient qu'accroître leur excitation.
- Caresse-toi, lui susurra Milo, une lueur indécente dans ses beaux yeux bleus. Montre-moi comment tu te fais jouir…
Répondant à la provocation, le cadet prit son sexe dans sa main et imprima un lent mouvement de va et vient sous le regard de son amant.
- Ca t'excite de… nnh… de me voir faire ? l'aguicha-t-il en passant la pointe de sa langue sur ses lèvres avant de les mordre.
- Tu veux que j'te montre si ça m'excite ?
Milo, sans attendre la réponse, accéléra ses mouvements. Kanon cria son plaisir quand l'orgasme le foudroya. Il cabra comme un cheval sauvage attirant Milo sur lui qui soupirait bruyamment dans son cou et sur ses lèvres. Ses coups de reins étaient presque brutaux, à l'image de son désir. A son tour, le plaisir ultime l'emporta dans un cri de jouissance extrême. Hors d'haleine, les deux hommes restèrent ainsi de longues minutes dans les bras l'un de l'autre, attendant que leur respiration se calment.
- Dommage que tu partes, finit par dire Milo en se soulevant sur un coude et en plongeant ses deux saphirs dans les yeux de son compatriote.
- Pourquoi ?
- T'as ta place ici. Tu manques encore d'expérience, mais tu apprends vite. Tu pourrais te faire un fric pas possible !
- Peut-être mais j'peux pas laisser mon frère.
- Je sais… Tu devrais le rejoindre et l'aider à finir vos bagages.
Les jumeaux passèrent le reste de la nuit à revoir les différents endroits que Shion leur avait conseillé en se disant qu'ils ne les verraient jamais, puisqu'ils avaient déjà décidé d'un autre itinéraire, beaucoup plus discret. Cette nuit, ce fut Saga qui vint se glisser dans le lit de son frère qui n'arrivait pas non plus à dormir. Le sommeil finit par les gagner tard dans la nuit…
Le lendemain matin, ils étaient tous réunis au Sanctuary's pour leur dire au revoir. Voyant qu'ils étaient en retard, Shion décida de monter dans leur suite. Personne ne répondit alors qu'il avait frappé plusieurs fois à la porte. Il entra en utilisant son pass, l'appartement était vide. Sur la table basse du salon, il avisa une enveloppe à en-tête du Star Hill.
Les adieux larmoyants et les embrassades tristes ne sont pas du tout notre truc. Nous ne vous remercierons jamais assez pour ses quelques jours où vous nous avez accueillis au sein de votre petite famille. Ne croyez pas que l'on se sauve comme des voleurs, mais, vous revoir aurait rendu notre départ encore plus difficile.
Merci aussi au destin d'avoir placé Saori sur notre route, sans quoi, rien ne serait arrivé. Vous nous avez beaucoup apporté et nous garderons toujours pour vous une affection particulière. Merci encore pour les téléphones mobiles, nous vous appellerons, promis.
Affectueusement, Saga et Kanon.
Saori, qui était rentrée plus tôt que prévu, se laissa tomber sur l'une des chaises du bar et regarda son frère en laissant couler ses larmes. Tous avaient le moral dans les chaussettes. Il ne faisait aucun doute que le départ des jumeaux allait créer un grand vide. Leur bonne humeur, leur humour, leur jovialité et leur gentillesse allait leur manquer à tous. Mais après tout, peut-être était-ce mieux ainsi ? Chacun aurait tenté quelque chose pour les retenir. Dohko lui-même était prêt à utiliser ses relations pour modifier leur visa et leur offrir un poste d'hôte à plein temps, si n'eut été le refus de Saga qui contrariait ses plans.
Ils se séparèrent, retournant chacun à leurs occupations, leur cœur gros. Seul Shion semblait à des années lumières de là…