Dernière épreuve, premiers contrats

Disclaimer : Les personnages appartiennent à Masami Kuramada et l'univers de "Love Mode" à  Yuki Shimizu.

Rating : NC-17

Genre : Romance/Amitié/Suspens

Spoiler : Univers Alternatif. Fic écrite en collaboration avec Scorpio-no-Caro. Nous avons placés les personnages de Saint Seiya dans l'univers de "Love Mode". Amour, complot, trahison, amitié, chacun a son histoire qui se recoupe avec celles des autres. Il y aura de nombreux couples inattendus. Nous espérons que vous aimerez.

ATTENTION : Il y est question de prostitution masculine puisque que "Love Mode" se déroule dans ce milieu.

Notes : Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ou peu "Love Mode", c'est un manga Yaoi. Vous trouverez des informations sur le site mimiyuy.free.fr

 

Chapitre 5 :  Dernière épreuve , premiers contrats

Samedi 14 avril 2007, début de soirée…

Les jumeaux, déjà présents dans le hall de l’hôtel attendaient patiemment Dohko, pendant que Shion réglait … les derniers détails…

- Alors ? s’enquit Saga, gêné d’être observé de la sorte.

- Quelque chose ne va pas ? demanda Kanon, un peu inquiet.

Shion ne répondit pas tout de suite et les fixa à tour de rôle, avec tout son sérieux et d’un air dubitatif. Kanon et Saga déglutirent simultanément, pendant qu’une goutte de sueur commençait à perler sur leur front.

- Shion…, reprit plaintivement Kanon

- Je me disais juste que… commença ce dernier  d’un air songeur.

- … que quoi ? le coupa l’ainé des jumeaux, las de ce long suspens.

- Si vous ne réussissez pas ce test, c’est que vous êtes vraiment des bons à rien !

- Quoi ?  reprirent en cœur les jumeaux, plus que surpris par ces paroles énigmatiques.

- Vous êtes magnifiques !

Un soupir de soulagement leur échappa. Kanon s’apprêtait à faire une remarque lorsque Dohko les rejoignit.

- Désolé pour le retard mais j’ai eu une urg…

Et il s’arrêta net en voyant les jumeaux. Un silence gênant s’en suivit et les jumeaux, inquiets, commencèrent à avoir des palpitations.

- Tout va bien, Dohko ? demanda Shion d’un air taquin

- Euh… Oui…

- Quand je vous disais que vous êtes magnifiques ! Même Dohko, qui est pourtant si critique d’habitude reste sans  voix ! rajouta leur mentor

- Ca suffit Shion ! N’en rajoute pas ! Bon il faut qu’on se dépêche, Ikki déteste les retardataires ! reprit le chef du clan Kido qui s’était remis de ses émotions.

- Bien…, reprirent en cœur les jumeaux, plus jamais que motivés par ces compliments.

- Tu restes ici ce soir ? demanda Dohko à l’adresse de Shion

- Non, j’ai quelque chose de prévu. Bon je vous laisse, amusez-vous bien ! rajouta-t-il rapidement en se dirigeant vers l’ascenseur.

Les jumeaux suivirent la scène en silence et échangèrent un coup d’œil lorsque Dohko fronça les sourcils. Kanon ne put retenir un léger sourire. Décidément, le sanctuaire semblait abriter  beaucoup de secrets, ce qui était loin, mais vraiment loin de lui déplaire. Vivement qu’ils réussissent l’ultime épreuve et qu’ils puissent devenir à part entière des membres de cette grande famille… même si ce n'était que temporaire.

A l’extérieur, Jabu les attendait à bord d’une limousine identique à celle qui les avait ramenés de l’aéroport. Complètement dans son rôle d'hôte, Kanon  ouvrit la portière pour laisser entrer le propriétaire, puis son frère. Dohko eut l’air d’apprécier le geste, si on en jugeait par le petit sourire dont il gratifia le jumeau. Entré en dernier, il s’assit en face du patron et de son frère. Sentant la mélancolie dans laquelle était plongé le propriétaire du Sanctuaire, ils décidèrent, d’un coup d’œil complice, de le divertir du mieux qu’ils pourraient. L’ainé engagea la conversation.

- Si je peux me permettre Dohko, où allons-nous ?

- Shion ne vous en a pas parlé ?  demanda le propriétaire d’un air surpris.

- Non, reprit Kanon, il a dit que c’était une surprise et qu’on ne le saurait qu’au dernier moment.

- Je vois… Ikki Sakashita, un vieil ami à moi, organise une soirée au Meguro Gajoen

- Ikki Sakashita… le jeune dirigeant des industries Sakashita ? Vous le connaissez ? demanda Kanon d’un air très intéressé.

- Oui… Bien sûr… répondit Dohko d’un air surpris.

- Apparemment, il vient de faire une importante acquisition en Chine… reprit posément Saga.

- En effet. D’où l’objet de cette soirée, continua le propriétaire, visiblement impressionné par la culture des jumeaux.

- Est-ce que c’est… un client à vous ? demanda timidement l’ainé

Dohko lui fit un petit sourire et s’installa plus profondément dans le siège en cuir.

- Non malheureusement, je ne suis jamais arrivé à le convaincre. Nous nous sommes connus pendant nos études. Nous sommes diplômés de la même université ! expliqua-t-il.

- Je vois… Donc en fait cette soirée a pour but de "fêter" l’expansion du groupe, questionna Kanon

- En partie. C’est aussi une manière de rencontrer les différents investisseurs ! rajouta le propriétaire

- En gros c’est une soirée d’affaire… résuma Kanon en soupirant

- Eh oui ! Je m’en serais bien passé mais Ikki pourrait se vexer ! Et de plus, ça peut être une bonne opportunité pour le Sanctuaire.

- Pour le Sanctuaire ? questionna Saga

- Comme je vous l’ai déjà dit, il y aura des hommes et des femmes d’affaires, des célébrités et d'autres personnalités à cette soirée…

- Donc des clients potentiels pour nous ! comprit l’ainé.

Cette fois Dohko sourit franchement. Comment dire ? Il avait eu peu d’occasions de discuter sérieusement avec les jumeaux et après ces quelques minutes, il comprenait l’optimisme de Shion quand à leur capacités à entrer et à évoluer au Sanctuaire. Ils étaient futés, vivaces, drôles, déterminés et apprenaient très vite : tout ce dont il pouvait rêver. Néanmoins, il préférait les mettre en garde afin d’éviter tout malentendu.

- Savoir se comporter en public est quelque chose de fondamental pour un hôte. Soyez agréables, charmants, réservés et surtout, sachez garder votre sang froid en toutes circonstances. Donnez la meilleure image que vous pourrez du Sanctuaire.

- Vous pouvez compter sur nous ! s’écrièrent en cœur les jumeaux.

- "J’espère que ça va aller !" songea intérieurement le propriétaire alors que la voiture stationnait devant l’hôtel.

           

Après s’être enquis de leurs noms, un groom se chargea de les accompagner dans la salle des banquets. Les jumeaux ne pouvaient s’empêcher d’admirer la beauté des lieux, en particulier celle des immenses fresques traditionnelles qui tapissaient murs et plafonds.

Dohko et ses hôtes firent une apparition très remarquée dans la salle, les regards se tournant spontanément sur les apollons aux costumes trois pièces assortis à la couleur de leurs cheveux. Et c’est avec une immense fierté que le propriétaire du Sanctuaire s’avançait dans la salle, escorté de part et d’autre par ses nouvelles recrues.

- Dohko ! Comment vas-tu mon cher ami ? s’écria un homme, vêtu de façon très élégante et  à la voix délicieusement grave, en s’avançant vers eux.

- Ikki ! Ca faisait un moment.

- Parle pour toi ! Tu trouves toujours un bon prétexte pour décliner mes invitations. J’ai fini par penser que tu m’évitais...

- Ikki ! protesta l’intéressé.

- Mais je te pardonne, parce que tu es là aujourd’hui. Qu’est ce que tu deviens ? A ce que je vois, tu es toujours… aussi bien accompagné.... dit-il en faisant un petit clin d’œil à son ami.

Comprenant ses insinuations, Dohko s’empressa de présenter ses hôtes.

- Voici Kanon et Saga. Ce sont deux jeunes gens d'origine grecque passionnés de voyages et qui ont toujours rêvé de connaître notre pays.

Il avait prononcé ces derniers mots en anglais, de façon à ce que les jumeaux puissent suivre la conversation. Ces derniers, qui étaient restés en retrait pendant tout le temps où les deux hommes parlaient en japonais, se rapprochèrent :

- Kanon pour vous servir…

- Et moi je suis Saga. C’est un plaisir de faire votre connaissance, Mr Sakashita.

- Moi aussi, je suis très heureux de vous avoir à cette soirée. Ca fait toujours plaisir de voir des étrangers qui s’intéressent à notre culture. Bienvenue au Japon ! fit-t-il en leur serrant chaleureusement la main.

- Nous sommes impressionnés par la qualité de l’accueil dans ce pays. L'hospitalité nippone n'est pas une légende ! continua Kanon avec un superbe sourire.

- Mais je vous en prie… Un de ces jours, si votre patron le veut bien, c’est avec plaisir que je vous ferais visiter Nara, ma ville natale, proposa l’homme d’affaire, qui ne pouvait s’empêcher de se laisser charmer par ces deux éphèbes.

- Nara…, fit pensivement Saga. Ne serait-ce pas la ville où se trouve le fameux temple Todaiji ? reprit-il avec enthousiasme.

-  Celui qui renferme l’immense statue du Bouddha Vairocana ? demanda Kanon avec une lueur dans les yeux, marquant ainsi son intérêt pour le sujet.

Dohko, amusé, regardait le torse d’Ikki se bomber au rythme des paroles des jumeaux. Son ami avait toujours été très sensible à la flatterie et les deux frères, sans le savoir, le caressaient  dans le sens du poil. S’en suivit alors une discussion passionnée, où l’héritier Sakashita exposait sa connaissance quasi parfaite de la géographie et de l’histoire de sa ville natale. L’héritier Kido, habitué à cette rhétorique, commençait à avoir un début de migraine lorsqu’une personne les rejoignit.

- Shun ! s’écria Ikki d’un ton enjoué. Tu connais déjà Dohko, n’est ce pas ? Viens que je te présente les deux hommes qui l'accompagnent.

- Bonjour… marmonna timidement le jeune homme du bout des lèvres.

- Ca faisait longtemps Shun. Comment te portes-tu ? s’enquit Dohko avec une douceur inhabituelle.

- Ca va… répondit d’une voix à peine audible le jeune homme.

- Bonjour… lui dirent les jumeaux avec leur plus beau sourire.

Pour toute réponse le jeune homme rougit jusqu’aux oreilles et baissa la tête.  Ikki lui mit une tape dans le dos qui le fit sursauter puis se retourna vers les jumeaux :

- Shun, mon frère cadet est d’une timidité maladive. Je vous prie de bien vouloir l’excuser dit-il à l’adresse des jumeaux.

- Mais il n’y a pas de quoi… C’est un plaisir de faire votre connaissance, Mr Sakashita !  répondit Kanon en souriant.

- Shun… Appelez-moi Shun… prononça-t-il rapidement, puis tourna les talons.

- On dirait qu’il vous aime bien ! plaisanta Ikki. Bon, je vous laisse à présent, prenez vos aises et faites comme chez vous… N’est ce pas, Dohko ?

Sur ce, il leur fit un petit sourire et partit à la recherche de son frère.

La soirée continua tranquillement, Dohko étant plus que satisfait du comportement des jumeaux. Mais ça, il ne leur avouerait jamais. Ils étaient spontanés sans pour autant être grossiers ni vulgaires et cela plaisait énormément aux autres invités. Ces derniers se montraient très curieux, insistant pour en savoir plus sur les jumeaux : leurs origines, leur agence, la raison de leur venue au Japon.... Les plus audacieux allaient même jusqu'à demander, avec tact bien sûr, si l'héritier Kido comptait les garder encore et donc, se renseignaient implicitement sur leurs prochaines dates de disponibilités. Le japonais s'amusait bien de cette situation, agréablement surpris par l'effervescence suscitée par ses nouvelles recrues. Il se contentait de citer le Sanctuaire, prétextant ne rien savoir de plus. S'ils étaient vraiment intéressés, ils n'avaient qu'à se renseigner !

Les jumeaux, de leur côté, remarquaient bien que quelque chose se passait. Certains invités posaient des regards insistants sur eux et murmuraient des paroles incompréhensibles à Dohko, quand ils ne parlaient pas carrément en Japonais. Mais enfin, ils n’allaient se plaindre d’avoir beaucoup de succès non plus, donc ils firent comme si de rien n’était.

Quelle ne fut leur surprise lorsqu’ils entendirent une voix les saluer en grec. Ils se retournèrent ils virent un homme de haute stature et habillé avec beaucoup de gout, très séduisant et charismatique. Il était accompagné d’une très belle jeune femme, vêtue d’une longue robe noire et moulante. On aurait dit la belle-mère de Blanche-Neige.

- Pandore ? s’écria Dohko, visiblement surpris. Que fais-tu là ?

- Dohko ! Quelle bonne surprise ! Je te présente un vieil ami, Andreas Kouros. Andréas, voici Dohko Kido.

- Depuis le temps où je désirais vous rencontrer… J’ai beaucoup entendu parler de vous ! s’écria Andréas en lui serrant chaleureusement la main.

- Moi de même. Je suis ravi de faire votre connaissance ! répondit le propriétaire du Sanctuaire.

Ceci fait, Andreas se tourna vers les jumeaux

- J’ai cru entendre que des jumeaux grecs étaient présents à cette soirée. Ca ne peut être  que vous, je présume, dit-il en grec, avec un petit sourire charmeur.

- Il y a des chances oui… répondit Saga en souriant, très heureux de pouvoir s’exprimer dans sa langue natale. Je suis Saga Siramidis, ravi de vous rencontrer, Mr Kouros.

- Tout le plaisir est pour moi. Appelez-moi Andréas, c’est plus convivial ! répondit-il toujours en souriant. Et je suppose que vous êtes Kanon ?

- En effet… Enchanté de faire votre connaissance, Andréas. Je vois que mon frère et moi ne sommes pas vraiment passés inaperçus.

- On peut dire ça oui… répondit l’homme d’affaire, énigmatique.

Pendant que les grecs faisaient connaissance, Pandore et Dohko s’étaient un peu mis en retrait :

- Andréas est membre l’Océan Pearl, tu le savais ? demanda la jeune femme en sirotant son champagne

- Oui et d’après mes informations, c’est un de leur plus gros clients, répondit Dohko en poussant un soupir.

- Plus pour longtemps, à ce que je vois.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- Kouros a l’air très intéressé par tes nouvelles recrues.

- Comme beaucoup de gens dans cette salle. Mais ce n’est pas pour cette raison qu’il lâchera Poséidon.

- Tu veux parier ?

- Ca dépend, quelle est la mise ?

- Ton superbe corps et un petit service. Rien de plus…, minauda Pandore, laissant planer une aura de mystère avec ses paroles.

- Laisse tomber ! Je les connais maintenant tes fameuses requêtes et je ne me ferais pas avoir deux fois… reprit-il d’un air dégouté, se rappelant de son après midi de la veille.

La jeune femme éclata de rire puis reprit.

- Ne le prends pas comme ça, Hilda peut se montrer très charmante quelques fois…. Plus sérieusement, laisse les discuter un peu, donne-lui ta carte et attends. Je te parie qu’il te rappellera avant la fin de la semaine prochaine. Conseil d’amie.

- Si tu le dis…

- Essaie de me faire confiance pour une fois… Maintenant allons les rejoindre.

Sur ces mots Pandore se rapprocha de Kouros, qui la présenta aux jumeaux. Ces derniers se montraient charmants et d’une galanterie tellement naturelle qu’ils arrivèrent à décrocher un sourire à la jeune fille, d’habitude si mélancolique. Ils discutèrent ainsi de tout et de rien jusqu’à ce que le japonais, qui commençait à sentir la fatigue pointer, prenne congé. Les deux hommes d’affaires s’échangèrent alors leurs cartes, comme Pandore l’avait suggéré, se promettant de s’appeler à l’occasion.

Une fois qu’ils furent dans la voiture, le patron se laissa aller dans son fauteuil, se massant lentement les tempes.

- Un problème… demanda Kanon, un peu inquiet.

- Une petite migraine, répondit Dohko en avalant un cachet. Merci Saga… dit-il en prenant le verre d’eau que l’ainé lui tendait.

Quelques secondes s’écoulèrent avant qu’il ne se décide à parler.

- Alors ?

- Alors quoi ? répondit Saga du tac au tac.

- Comment vous avez trouvé ? demanda-t-il calmement.

- C’était plutôt sympa… commença Kanon, sauf qu’on avait comme l’impression d’être des extra-terrestres… continua-t-il après un temps d'arrêt en faisant la grimace.

Dohko ne put s’empêcher de rire ce coup-ci.

- Vous aussi, vous avez remarqué comment on nous regardait n’est ce pas ?  demanda l’aîné comme pour confirmer ses pensées.

- C’est vrai que vous étiez les "stars" de la soirée ! continua Dohko en souriant.

- Et vous… ? commença Kanon

- Comment… comment… vous nous avez trouvé ? s’enquit Saga d’une voix inquiète.

- Hum… Disons que vous avez encore des choses à apprendre. Mais dans l’ensemble je suis plutôt satisfait.

-  Merci mon dieu ! s’écria Kanon en se jetant dans les bras de son frère.

Dohko les regarda faire, puis ferma douloureusement les yeux. La solitude est toujours pesante quand elle est subie. Tout le monde, à une période de sa vie, a besoin de partager, avec quelqu’un d’autre ses joies, ses peines, ses souffrances, ses malheurs. Il fut un moment où il avait quelqu’un de ce genre, un ami pour qui il aurait tout donné. L’amitié, qu’il avait cru solide comme un roc, s’était avérée n’être qu’un château de cartes. Une seule nuit avait suffit pour balayer tout ce qu’ils avaient mis des années à construire. Toutes ces années il lui avait menti, et s’était menti à lui-même… "Il faut que tout redevienne comme avant" n’est ce pas ? Alors ils ont fait tout comme et les choses s’étaient arrangées. Mais le mensonge ne résiste jamais au temps… Dans le fond "rien n’était redevenu comme avant" et en plus, quelque chose s’était brisé… Etait-ce encore possible de recoller les morceaux ? Depuis le temps qu’il y pensait, il n’avait pas encore trouvé de réponse. Mais il en avait envie.

- Dohko ?

- …

- Dohko ?

- Oui, répondit-il en ouvrant lentement les yeux.

- Vous êtes sûr que tout va bien ? s’enquit Saga, plus qu’inquiet par l’état du patron

- Vous voulez qu’on appelle un médecin ? rajouta Kanon

- Non ça va aller, merci. Qu’est ce que vous vouliez  savoir?

- Nous allons bientôt arriver et nous pensions passer au Sanctuary’s voir Jacinto et boire un verre. Ca vous dit de venir avec nous ?

- Non merci, je pense que je vais rentrer me reposer… répondit-il d’une voix lasse.

- Bien… firent tristement les jumeaux, voyant bien que quelque chose n’allait pas.

- Rendez-vous demain à treize heures au restaurant japonais. Nous déjeunerons ensemble et j’en profiterais pour vous présenter vos prochaines missions.

Les jumeaux acquiescèrent pendant que la limousine stationnait devant le Star Hill. Après avoir raccompagné Dohko à l’ascenseur, ils se rendirent au bar où ils fêtèrent gaiement leur réussite avec Jacinto, Shaka, Mû Angelo et Milo qui les attendaient, passablement nerveux.

Dimanche 15 avril 2007

Shion avança d’un pas hésitant dans l’immense couloir. Ca faisait un petit moment qu’il ne s’y était pas rendu mais aujourd’hui c’était différent… Il avait une impression étrange, un genre de mauvais pressentiment. Comme si quelque chose ne tournait pas rond et il fallait qu’il en ait le cœur net. Puisque les quelques coups portés à la porte ne donnaient aucune réponse, il ouvrit le petit boitier qui se trouvait encastré au mur, à sa gauche, et pianota rapidement sur les touches. Un "bip" retentit, et la porte s’ouvrit.

Il était certainement le seul  à connaître le code d’accès de cette pièce et il fut une période où il y entrait de façon très spontanée. Aujourd’hui les choses étaient différentes, le seul fait de franchir cette porte lui donnait la chair de poule, sans qu’il puisse savoir pourquoi. Néanmoins, il respira un bon coup et s’avança.

Le hall  était plutôt sombre, éclairée  par de minces filets de soleil qui arrivait à échapper aux lourds rideaux de velours couleur jaune or. La porte qui donnait sur la pièce principale étant ouverte, il y jeta un rapide coup d’œil. Il semblait n’y avoir personne mais la lampe de chevet était allumée, et  l’immense lit qui trônait au centre avait été défait. Ce lit… Une vague de souvenir s'imposa à lui au même moment. Shion fut parcouru par de délicieux frissons, comment aurait-il pu l’oublier ? Ce passé qu'il croyait enfoui au plus profond de sa mémoire affleurait à la surface, ne demandant qu'à ressurgir. Mais plus encore que le lit, ce sont les bouteilles d'alcool à moitié pleines ou carrément vides, éparpillées un peu partout dans la pièce qui attirèrent son attention. Il ne s’était donc pas trompé, il y a bien quelque chose qui se passait…

En un sens, il était bien content de ne pas avoir trouvé Dohko sur place, en fin de compte. Rien que le fait d’y penser lui faisait perdre ses moyens. C’était trop tôt, il n’était  certainement  pas encore guéri. Aussi, faillit-il faire une syncope lorsqu’il se retourna et se trouva  en face de celui qu’il redoutait tant. Ce dernier, vêtu d’un simple peignoir et d’une serviette autour du cou semblait être aussi étonné que son ami.

- Shion ? demanda-t-il avec surprise.

Les deux hommes se fixèrent sans un mot pendant quelque secondes puis le mentor des jumeaux reprit, un peu gêné :

- Je suis désolé de venir à l’improviste mais on était censé  prendre le petit déjeuner ensemble ce matin. Et comme je ne te voyais pas… Tu ne répondais pas non plus quand j’ai frappé, je me suis dit que…

- Ah ! Désolé, ça m’était sortit de la tête. Je pensais qu’on se retrouvait au restaurant à treize heures avec les jumeaux.

- Ce n’est pas grave. Mais j’aurais aimé te voir un peu avant, histoire qu’on se mette d’accord sur leur prochaine mission.

- Deux secondes, je m’habille et je suis à toi.

- Ok…

Sur ces mots, le patron disparut dans le dressing. Shion, qui s’était assis sur un fauteuil à proximité du lit sentait ses sens s’emballer au rythme des bruits de vêtements qui lui parvenaient. Luttant de toutes ses forces pour ne pas imaginer son ami nu, il se mit à parler.

- Alors comment s’est passée la soirée, plutôt bien à ce que j’ai pu comprendre ?

- Pourquoi dis-tu ça ? demanda Dohko, de sa cachette

- Jacinto m’a dit que les jumeaux étaient passés le voir hier. Ils étaient tellement heureux et excités que les mots leurs manquaient ! répondit Shion en riant.

- Tant mieux… tant mieux… fit le propriétaire, toujours aussi affairé

- Apparemment, tu étais un peu souffrant à la fin ? demanda le jeune homme aux cheveux vert pâle, d’une voix inquiète.

- Juste une migraine, ça m’arrive souvent en ce moment.

Shion respira un bon coup et se décida à aborder le sujet sensible

- Dohko… Tu es sûr que ça va ? demanda-t-il en fermant les yeux.

Un silence gênant envahit la pièce et quelques secondes après…

- Pourquoi cette question ? rétorqua calmement le propriétaire, qui était réapparu brusquement dans la pièce.

Il était vêtu d’un kimono en soie bleu marine qui lui allait tellement bien que Shion ne put s’empêcher de le complimenter.

- Les tenues traditionnelles te vont toujours aussi bien ! Tu vas te recueillir sur l’autel de ta mère ?

- Oui… j’irais après le déjeuner. Ajouta ce dernier avec un soupir, tout en se servant un verre de brandy, son ami ayant refusé d’en prendre.

- Dohko… commença Shion. Tu ne trouves pas que tu bois un peu trop ces derniers temps ?

- Ca se voit tant que ça ? grinça le patron en plongeant se regard dans celui de son ami. Ce dernier, comme à son habitude, se contenta de détourner la tête.

- Non mais… tenta-t-il d’expliquer.

- Ne t’inquiète pas, ça finira par passer…  le coupa Dohko, d’un air songeur. Bon si tu me disais ce que tu avais prévu pour nos chers jumeaux ? reprit-il en s’installant sur un fauteuil, à proximité de son ami.

Shion choisit la facilité et exposa ses plans à son ami, au lieu de crever l’abcès et de forcer Dohko à avouer la source de son malaise, même si au fond de lui  il savait que ce manège n’allait pas durer très longtemps. Les choses allaient en se compliquant, au lieu de s’arranger et, malgré tous leurs efforts ils avaient énormément de mal à sauver les apparences. Une grande discussion s’imposait mais malheureusement, aucun d’eux n’avaient eu le courage d’aborder le sujet, de peur de ce qu’il pourrait en résulter.

Les deux hommes étaient déjà à table lorsque les jumeaux arrivèrent. Ces derniers, peu habitués au style japonais, eurent beaucoup de mal à rester assis dans la posture traditionnelle.  Sensible à leur difficulté, Dohko les autorisa à s’asseoir en tailleur, pendant que Shion se pinçait les lèvres pour ne pas éclater de rire. Mais, il eut encore plus de mal lorsque les jumeaux se mirent à tenir les baguettes. Là encore, Dohko dû redoubler de patience et expliquer à plusieurs reprises ce qu’il fallait faire ou ne pas faire à table. Comme par exemple Kanon qui faisait la grimace parce qu’il trouvait le thé trop amer, ou Saga qui plantait ses baguettes dans son bol de riz. A part ces petites choses, le repas se déroula dans la bonne humeur, la compagnie des jumeaux se révélant être des plus charmantes. Une fois le repas terminé, ils en vinrent au but réel du déjeuner, c'est-à-dire aux contrats.

- Alors, quand est-ce que nous commençons ? demanda Kanon, qui  se remettait tant bien que mal de la glace au thé vert qu’il avait eu en dessert.

- Demain matin… répondit tranquillement Dohko.

- Demain matin ? ! s’écrièrent en cœur les jumeaux.

- Hé oui ! Mais ne vous inquiétez pas. Pour votre premier contrat je vous ai sélectionné la crème des clients… rassura Shion en échangeant un coup d’œil complice avec son patron.

Les deux frères parurent soulagés, et Shion continua.

- Néanmoins, je vous préviens que vous serez séparés pendant toute une journée…

- C’est vrai ! s’écria Kanon d’un air désespéré.

- Je suis désolé mais il faut que vous soyez bien conscient que c’est déjà un luxe de s’offrir la compagnie d’un hôte… Alors très peu de client peuvent se permettre de faire appel à deux personnes, sauf dans certains cas très exceptionnels bien sûr ! rétorqua Dohko en sirotant son verre de thé.

- Je m’y attendais… ajouta Saga en soupirant. Alors que sommes-nous censés faire demain ?

- Kanon, tu seras chargé d’escorter un célèbre musicien. Il est à Tokyo pour trois concerts et aimerait visiter la ville. J’ai déjà établi un programme que je te remettrais demain matin. Pour cela vous disposerez d’une limousine et d’un chauffeur. Ta mission est de l’accompagner et le divertir du mieux que tu pourras. .. expliqua Shion, qui avait tout à coup retrouvé son sérieux.

- Quel type de musicien ? demandait Kanon qui semblait s’être remis de ses émotions.

- Un harpiste de renommée mondiale. Son nom est Mime de Benetnash. C’est un jeune homme tout à fait charmant et je suis sûr que vous passerez de bons moments ensembles… ajouta Shion avec un petit sourire.

- Ah oui ? Vous croyez ? reprit Kanon, soudainement très intéressé.

- Toi alors ! reprocha Saga, lui lançant un regard noir.

- Quand à toi Saga, tu seras chargé de tenir compagnie à Albéric de Mégrez, le fil d’un riche industriel français. Il est à Tokyo pour quelques jours et se sent un peu seul. Rien n’ayant été clairement défini dans le contrat, ton rôle sera de rester à ses côtés en toutes circonstances. S’il te propose autre chose, libre à toi de refuser ou d’accepter… déclara calmement Shion.

- C'est-à-dire… ? demanda l’ainé des jumeaux qui voulait plus de détail.

- Saga, il faut savoir que, bien qu’il soit un garçon charmant, Albéric a été énormément gâté par ses parents et s’attend à ce que tous ses désirs soient satisfaits, sans aucune limite. Je lui ai déjà expliqué que mes hôtes n’étaient pas des animaux de compagnie, encore moins des esclaves et le contrat a été établit en conséquence. Donc n’hésite pas à lui dire non s’il te demande des choses que tu estimes saugrenues…  trancha Dohko

- Et s’il y a un problème, n’hésite pas à m’appeler. Je me ferais un plaisir de mettre les choses au clair avec lui… ajouta Shion, pour le rassurer.

-  Bien, je ferais de mon mieux… répondit simplement Saga, qui commençait vraiment à appréhender cette rencontre.

- Pour cette journée, vous serez rémunérés à hauteur de la moitié du contrat de base, soit 500 euros chacun. En temps normal, l’argent est viré sur votre compte bancaire à la fin de la mission mais vu que vous n’en avez pas, je vous remettrais l’argent en espèce dès votre retour … précisa leur mentor.

- Si vous faites consciencieusement votre travail et que le client vous évalue de façon positive, vous aurez droit à un bonus ! rajouta Dohko avec un  petit sourire aux lèvres.

- Un bonus de combien ? demanda Kanon, visiblement intéressé.

- Ca dépendra de l’évaluation… continua Shion. Sans compter que si le client vous apprécie, vous toucherez certainement un pourboire en plus.

- Un pourboire, en plus ? demanda Saga, surpris… en jetant un coup d’œil à son frère.

- Bref, en un mot si vous faites de votre mieux, vous serez récompensés. Prenez le temps de vous relaxer ce soir et n’oubliez pas de demander conseil aux autres hôtes… Ah au fait j’oubliais ! s’écria soudainement Shion

- Qu’est ce qui se passe? Demandèrent les jumeaux, intrigués.

- Je vous ai fait préparer une suite du côté des hôtes. Désormais, vous logerez dans la suite "Athènes" qui est en face de celle de Shaka. Comme ça, vous serez moins isolés, c’est quand même plus sympa, non ? Mu vous aidera à emmener vos affaires. Ca vous va ?

- Oui, répondirent les jumeaux, un peu surpris par cette nouvelle soudaine.

Ils se séparèrent sur ces derniers mots, se donnant rendez-vous le lendemain à neuf heures du matin dans le bureau de Shion. Un fois rentrés chez eux, les jumeaux ne tardèrent pas à recevoir la visite de Mu qui les emmena dans leur nouvelle chambre. La suite Athènes était un peu plus petite que la Fuji, mais tout aussi luxueuse et les jumeaux furent très contents. Kanon s’endormit le sourire aux lèvres ce jour là, ayant l’impression d’être devenu un membre à part entière du Sanctuaire. L’avenir s’annonçait radieux. Saga lui, avait du mal à être aussi euphorique que son frère. Ils ne devaient surtout pas se laisser aveugler par toutes ces choses et se laisser détourner de leur objectif premier. S’il y avait bien une chose que l’ainé des jumeaux détestait, c’était les imprévus… Et c’est peut-être pour cela que cette impression de non-dit  le mettait aussi mal à l’aise.

Lundi 16 avril 2007

Nachi, l'un des trois chauffeurs du Sanctuaire, conduisit Kanon au Ritz-Carlton, l'hôtel où son client était descendu. L’hôte s’avança vers le réceptionniste et fit demander son client. Il était exactement neuf heures.

- Mr de Benetnash vous demande de bien vouloir l'attendre au bar, il sera là dans quelques minutes, l'informa l'homme derrière le comptoir.

- Je vous remercie.

- A votre service monsieur.

Après avoir jeté un coup circulaire à l'immense hall d'entrée, Kanon s'installa au bar de manière à avoir une vue sur l’ascenseur et commanda un expresso qu'il avala d'une traite. Quelques minutes plus tard, un jeune homme très séduisant, habillé d'un ensemble en jeans et d'une veste en cuir noir se montra. Son regard se posa immédiatement sur Kanon et un sourire éclaira son beau visage.

- Bonjour, vous êtes Kanon ? demanda-t-il d'une voix clair et douce, en s’approchant.

- Pour vous servir, sourit le grec. Désirez-vous un café ?

- Avec plaisir !

Il prit place sur le tabouret haut et l'hôte commanda deux cafés. Kanon lui posa quelques questions sur ce qu'il désirait faire de sa journée.

- Les gens qui m'entourent me traitent comme une poupée de porcelaine dont il faut prendre soin et ne sortir de son coffret qu'avec d'extrêmes précautions, expliqua-t-il d'une voix où perçait une certaine tristesse. J'ai besoin, pour une fois, d'être avec quelqu'un qui verra en moi un homme comme les autres, pas le musicien virtuose, soi-disant incapable de prendre soin de lui.

- C'est parce qu'ils vous aiment qu'ils agissent ainsi, tenta de le réconforter Kanon.

- Non, c'est parce que je les paie pour ça. Mais j'ai commis l'erreur de les laisser trop décider à ma place. Maintenant, je suis dans une prison dorée et seule la ruse me permet de m’en échapper !

- A ce point ?

- Pour vous dire, j'ai réservé une suite dans cet hôtel sans le leur dire, j'ai pris un taxi seul et j'ai demandé au chauffeur de semer le leur. Il n’y avait pas d’autre moyen pour m’en débarrasser !

Kanon eut un sourire compatissant. Il y avait chez ce Mime de Benetnash quelque chose d'attendrissant. Il était riche, célèbre, adulé par la profession et ses admirateurs, mais il était désespérément seul et il semblait réellement en souffrir.

- Vous voulez donc passer une journée sans avoir de comptes à rendre, ni entendre les récriminations de ces personnes ?

- Vous avez tout compris !

- Très bien ! Que souhaitez-vous faire ? Vos désirs sont des ordres !

Mime sourit en regardant Kanon qui le lui rendit volontiers       

- Je veux faire du shopping ! Pour une fois, j'ai envie d'acheter ce qui me plait !

Ils se levèrent et se dirigèrent vers l'entrée, où Nachi, contacté par Kanon, les attendait. Mime émit le souhait de voir le centre commercial de Ginza. La limousine se glissa dans la circulation avec aisance et souplesse.

- Et vous, Kanon ? Comment êtes-vous devenu un hôte ? demanda Mime qui était curieux d'en connaître un peu plus sur le séduisant jeune homme qui allait passer la journée avec lui.

- C'est tout récent. J'ai fait la connaissance, par hasard, d'une personne qui est du Sanctuaire et vu qu'j'avais besoin de travailler, les choses se sont faites naturellement.

- Ca ne doit pas être évident de faire les quatre volontés du client. Il doit y en avoir qui sont pénibles, je suppose.

- Je ne fais rien de plus que ce qui a été établi. Cela  me permet de pouvoir dire "non" si j'estime la requête hors contrat.

- Et ça vous est souvent arrivé de dire "non" ?

- Jamais. Vous êtes mon premier client !

Mime ouvrit grand les yeux et éclata de rire. Ce changement d'expression sur son visage le rendait très séduisant et Kanon n'y fut pas insensible.

- Je suis votre premier contrat ? répéta-t-il incrédule.

- Oui, mais rassurez-vous. Le Sanctuaire ne m'aurait pas confié quelqu'un de votre renommée s'il n'était pas persuadé que j'en suis tout à fait capable.

- Je ne doute pas de votre savoir faire, ni de vos compétences. C'est juste que ça fait longtemps que je n'ai pas rencontré un débutant, quelque soit son domaine. Autour de moi, il n'y a que des professionnels expérimentés. Un novice, c'est rafraichissant.

- Je suis content que vous le preniez ainsi. Vous ne serez pas déçu.

- Je n'en doute pas !

- Nous arrivons !

Kanon sortit le premier suivit de Mime. Se considérant comme le "touriste", il se tenait derrière son hôte. Voyant cela, ce dernier se plaça à sa hauteur et ils déambulèrent dans les allées, cote à cote comme de vieux amis.

Mime acheta des vêtements : une paire de chaussures et deux paires de lunettes de soleil. Ces achats n'avaient rien d'extraordinaire pour l'hôte mais le musicien sembla y prendre un réel plaisir. Ils rirent de bon cœur quand il essaya plusieurs chapeaux en grimaçant devant le miroir. Le jeune homme respirait la joie de vivre. Il voulut absolument manger dans un fast food arguant que ça le changeait des restaurants trois étoiles auxquels il était habitué depuis de longues années. Kanon appréciait son compagnon, mais il n'oubliait pas que pour lui c'était un job et il le lui montrait en gardant une certaine distance, tout en restant professionnel. L'après-midi, ils assistèrent à une représentation de théâtre kabuki. Si le grec s'ennuya ferme, Mime fut captivé par le jeu des acteurs et la musique. Il accueillit la scène finale avec une larme qui coula sur sa joue et qu'il essuya rapidement.

- Me ferez-vous l'honneur d'assister au concert que je donne ce soir ? lui demanda Mime dans la voiture qui les ramenait à l'hôtel de celui-ci.

- Je m'en ferai un devoir. Tout l'honneur sera pour moi.

- Vous m'êtes très sympathique Kanon, je vous apprécie beaucoup. Tenez, avec ça vous pourrez rentrer sans problème et venir me voir dans ma loge après ma prestation.

- Je vous remercie, fit celui-ci en mettant la carte que lui avait tendu le musicien dans la poche de sa veste.

Le musicien le regarda avec une expression indéchiffrable, mais qui troubla Kanon. Ce danois était décidément bien mystérieux. Espiègle comme un enfant dans une fête foraine et parfois, ses yeux se voilaient de mélancolie.

- Vous m'aidez à monter mes paquets dans ma chambre ?

- Bien sûr.

Une fois dans la suite du jeune homme, celui-ci lui proposa de boire un verre. Kanon s'assit sur le sofa de velours vert pastel et Mime s'installa à ses cotés. La consultation de la messagerie de son téléphone mobile lui tira un soupir de lassitude.

- Ils sont inquiets ? tenta l'hôte en voyant la petite mine de son client.

- Je vais rappeler ma secrétaire sinon, elle serait capable de mettre toute la police nippone sur les dents pour me retrouver. Veuillez m'excuser un instant.

- Je vous en prie.

Mime s'éloigna et les pensées de Kanon allèrent vers son frère. Il se demanda comment il avait passé sa journée.


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