Opportunité ou piège doré?

Disclaimer : Les personnages appartiennent à Masami Kuramada et l'univers de "Love Mode" à  Yuki Shimizu.

Rating : NC-17

Genre : Romance/Amitié/Suspens

Spoiler : Univers Alternatif. Fic écrite en collaboration avec Scorpio-no-Caro. Nous avons placés les personnages de Saint Seiya dans l'univers de "Love Mode". Amour, complot, trahison, amitié, chacun a son histoire qui se recoupe avec celles des autres. Il y aura de nombreux couples inattendus. Nous espérons que vous aimerez.

ATTENTION : Il y est question de prostitution masculine puisque que "Love Mode" se déroule dans ce milieu.

Notes : Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ou peu "Love Mode", c'est un manga Yaoi. Vous trouverez des informations sur le site mimiyuy.free.fr

 

Chapitre 2 : Opportunité ou piège doré ?

 

Le Versailles était l'un des neuf restaurants de l'hôtel. Il proposait une cuisine gastronomique typiquement française et son chef avait eu un établissement à Paris avant de s'exiler à Tokyo pour exporter son art culinaire et pour assouvir sa passion pour le Japon. Il avait rencontré Dohko alors que celui-ci se trouvait dans la capitale française. Il avait voulu féliciter le chef après avoir fait un repas inoubliable. Les deux hommes avaient sympathisé, Dohko adorait la cuisine française et François Decairne était fasciné par le Japon. Ils étaient faits pour s'entendre. Le patron du groupe Kido lui avait laissé sa carte en lui faisant promettre de le contacter s'il venait dans son pays. Ce qu'il fit pour ne plus jamais repartir.

Assis à une table ronde recouverte d'une nappe en coton damassée d'une blancheur virginale, dans un coin à part de la salle, Saori et les jumeaux virent arriver Dohko et Shion quelques minutes après s'être installés. La jeune femme vêtue d'un pantalon et d'un bustier blanc fit les présentations. Dohko scruta les deux frères avec un regard incisif et glacial et leur serra la main. Saga remarqua que la plupart des clients avaient suivi des yeux les deux hommes. Leur prestance et leur charme viril les faisaient immanquablement remarquer où qu'ils aillent. Aussitôt un serveur leur porta la carte qu'ils commencèrent à regarder.

 

- Vous aimez la cuisine française ? demanda Dohko pour engager la conversation.

- Nous n'avons pas eu l'occasion d'y goûter souvent, commença Kanon, et en ce qui me concerne, j'en garde un très bon souvenir.

- Moi également, confirma son frère. J'avoue avoir un faible pour les viandes rôties.

- Et vous avez décidé de goûter à la cuisine japonaise.

Le serveur, sur un geste de Shion leur apporta une bouteille de champagne et des flutes qu'il remplit.

- A Londres, j'en ai mangé une fois, repris Kanon, et je dois dire que ça ne m'a pas déplu.

- Quand est-ce que t'as mangé japonais ? demanda son frère, curieux de n'avoir pas été avec lui.

- Tu faisais une livraison, Arslan m'a invité, expliqua-t-il brièvement.

- Et que pensez-vous de notre gastronomie ? intervint Shion.

- C'est le premier repas que nous prenons depuis notre arrivée. Demain nous irons dans un resto local.

- Vous pouvez manger ici, leur proposa Saori,  juste derrière, il y a un restaurant japonais. Je vous y emmènerai demain midi si vous voulez. Messieurs, poursuivit-elle en levant son verre, je bois à notre rencontre. Kanon, Saga, j'espère que vous vous plairez chez nous. En un mois vous avez largement le temps de voir beaucoup de chose.

- D'après ce que j'ai compris, vous allez organiser votre voyage vous-même ? s'enquit Dohko toujours aussi froid, mais il commençait à les trouver sympathiques ces deux grecs.

- Oui, nous allons essayer de trouver un boulot pour gagner un peu d'argent pour financer notre voyage, expliqua Kanon. Ca nous évitera d'entamer ce qui nous reste de budget pour le cas où on aurait un problème.

- C'est pas un peu risquer quand même de partir comme ça ? reprit le frère de Saori. Tout est si différent de la Grèce, de l'Europe même.

- C'est là l'intérêt des voyages, fit Saga à son tour.

- Connaissez-vous la recette d'un "Tequila Sunrise" demanda Dohko de but en blanc en plongeant son regard vert perçant dans celui des jumeaux tour à tour.

Shion et Saori comprirent où il voulait en venir et sourirent. Mais le serveur arriva à point nommé pour prendre leur commande.

- Alors ? insista Dohko.

- Il faut de la tequila, du jus d'oranges et du sirop de grenadine. On frappe (4) la tequila et le jus d'orange et on verse sur les glaçons. Il faut verser tout doucement le sirop de grenadine dans le verre pour qu'il tombe au fond. Il suffit de donnez  un petit coup de cuillère pour affiner le dégradé, répondit Saga d'un traite.

- Et un "Sex on the beach"?

- 2 cl de vodka, 2 cl de liqueur de melons, 2 cl de chambord, 6 cl de jus d'ananas, 6 cl de jus de cranberry. Il faut un verre à mélange. Vous versez les alcools sur des glaçons et vous complétez avec les jus de fruits, répondit Kanon avec la même aisance que son frère.

- Vous avez l'air de vous y connaître, fit Shion malicieusement.

- On a travaillé quelques mois dans un bar d'une station balnéaire en Crète, précisa Saga en buvant une gorgée de vin.

- Pourquoi vous nous demandez ça ? Hmm ! Saga, goûte-moi cette truite ! fit son frère en lui tendant sa fourchette.

- Saori m'a convaincu de vous donner un coup de pouce pour démarrer votre voyage. Je peux vous proposer de travailler au bar quelques jours. Derrière le comptoir et service en salle. Ca vous intéresse ?

 

Jeudi 5 avril 2007

 

Dès neuf heures le lendemain, Saori pilota les jumeaux dans Tokyo. Après avoir avalé un petit déjeuner traditionnel avec la jeune femme qui les conseilla, elle monopolisa la limousine pour la journée bien décidée à se faire l'ambassadrice touristique de son pays. Elle les emmena à Shibuya, un quartier jeune où sont installés des restaurants, des bars, des discothèques, des cinémas et même des musées. Ensuite elle les traîna dans des lieux plus typiques comme le Temple Sensõ, le plus vieux de la ville dédié à la déesse de la miséricorde ou bien encore à Tsukadajoma, la partie la plus traditionnelle de la baie de Tokyo avec des cabanes de pécheurs d'époque.

Ils déjeunèrent dans un fast food de cuisine locale et reprirent leur visite. Saori les emmena dans le parc immense et magnifique de Shinjuku, offrant des allées interminables dans des jardins à la japonaise, à l'anglaise et à la française. Un joyau méticuleusement entretenu par des jardiniers d'une rare compétence. Kanon avait pris au moins trois cent photos et Saga faisait de petites vidéos.

Ils reprirent la limousine pour se rendre à Aoyama, le quartier chic ou maisons et boutique de luxe se côtoient étroitement. Ils terminèrent cette visite par le Temple le plus ancien de la ville, le Kaneiji. De retour au Star Hill, Saori les invita encore à dîner cette fois-ci dans l'un des restaurants traditionnels de l'hôtel et leur conseilla d'aller voir le responsable des uniformes des employés pour qu'il prenne leurs mensurations et leur trouve une tenue pour le bar.

- Vous commencez demain au bar ? leur demanda-t-elle.

- Oui, répondit Saga en mangeant un sushi. Vous avez vraiment été très… serviable et sympathique et…

- Arrêtez ! le coupa-t-elle en souriant. Ca me fait plaisir.

- Vous faites ça avec tous les touristes que vous rencontrez ? intervint Kanon à son tour.

- Non ! Seulement avec ceux qui semblent un peu perdus, attendrissants et sympathiques, répliqua-t-elle avec toujours ce sourire bienveillant et lumineux accroché aux lèvres.

- Jamais nous ne pourrons vous rembourser tout ça.

- Qui vous le demande Saga ? Vous savez quoi ? La prochaine fois que j'irai en Grèce, vous me ferez découvrir votre pays à votre façon. Vous m'emmènerez là ou les agences de voyage n'emmènent jamais leurs clients.

Les deux frères se regardèrent et baissèrent la tête. Pour ça, il faudrait qu'un jour ils y retournent, ce qui n'était pas envisageable pour eux avant de longues années, le temps de se faire oublier.

- Ce sera avec plaisir que nous vous servirons de guides, articula Kanon d'une voix grave.

 

Il était presque onze heures lorsqu'ils la laissèrent devant son appartement avant de regagner le leur. Kanon se laissa tomber sur le sofa et posa ses pieds sur la table basse. Saga leur servit un saké et s'assit à coté de son frère. Ils restèrent silencieux pendant un bon moment, l'un et l'autre plongés dans leurs réflexions.

- On est en train de perdre le contrôle de la situation, murmura Saga en faisant tourner son verre entre ses mains.

- Moi, j'trouve qu'on s'en sort plutôt bien, fit Kanon sur le même ton, le regard captivé par les poissons exotiques évoluant dans l'aquarium face à lui.

- On tombe sur Saori dans l'avion et voilà qu'on dîne à la table d'un milliardaire, on visite Tokyo dans une limousine de neuf mètres de long et on trouve un job dans la bar de l'hôtel sans parler du fait qu'on dort dans une des plus belle suite de cet hôtel. Ca va trop vite Kanon ! On va partir dans le décor !

- Tu t'es pas dit que pour une fois on avait peut-être un peu de chance ? Et alors quoi ? Ca va vite ! On est là que pour quelques jours, ensuite on s'évapore dans la nature ! Et j'voie pas pourquoi on profiterait pas de l'hospitalité légendaire des japonais ! Si ça leur fait plaisir de nous aider, c'est pas moi qui vais les en empêcher ! Surtout que vu la qualité de cette aide…

- T'es encore plus opportuniste que moi ! Bien sûr que ça me convient tout ça, c'est juste qu'ils sont gentils avec nous et qu'on va les décevoir.

- T'as peur de les décevoir ? s'écria Kanon en se redressant brusquement pour regarder son frère. Depuis quand as-tu retrouvé une conscience et des scrupules ?

- Qui te dit que j'les avais perdus ?

- Je m'souviens vaguement d'une malheureuse fille que t'avais séduit et qui était amoureuse de toi comme une folle alors que tu ne cherchais qu'à approcher son frère pour lui faire payer ce qu'il devait à Arslan. Où était ta conscience quand tu lui as brisé le cœur avec la froideur d'un bloc de glace en lui jetant à la figure que tu ne l'avais jamais aimé et qu'au lit elle était encore plus coincée qu'une gouvernante anglaise ?

Saga détourna la tête, son regard se fit lointain. Bien sûr qu'il n'avait pas oublié cet épisode désagréable. Mais pour rester crédible, pour conserver sa réputation d'homme inflexible et intransigeant, il avait du faire du mal à cette jeune fille qui n'y était pour rien dans les activités de son frère aîné. Il avait détesté ça, mais il devait le faire.

- Ecoute, reprit Kanon plus calme, on va juste rester une semaine ou dix jours, c'est pas la mer à boire ! Ensuite ben on verra le moment venu. Pour l'instant, on profite de c'qu'on a. Tu veux faire une croix sur cette chambre, les restos et tout le reste ?

- Tu sais bien que non. On aura probablement plus jamais la chance de vivre dans un endroit pareil gratuitement. C'est juste que… ça m'plait pas !

- Fais voir ton verre ! Après trois ou quatre saké, tout ça n'aura plus aucune importance.

- Non, c'est bon ! J'ai pas envie d'avoir le Star Hill sur la tête demain matin.

- P'tite nature ! fit Kanon en finissant son verre d'un trait.

- Quoi ? Tu vas voir si j'suis une p'tite nature !

Saga poussa son frère sur le sofa et s'assit sur lui en le chatouillant. Kanon éclata de rire en se tordant sous les attaques de son jumeau. Celui-ci en profita pour lui asséner quelques claques sur les fesses. Kanon finit par réussi à se dégager à se lever. Il avait le souffle court, le regard brillant. Il reçut Saga dans les bras qui venait de se jeter encore sur lui, les faisant s'écrouler au sol. Ils se débattirent ainsi encore quelques instants, terrassés par leur fou rire. Saga se mit à genoux et aida son frère à s'asseoir. Leurs regards se croisèrent, si semblables. Il y avait des moments comme celui-là où entre eux les mots étaient inutiles. C'était comme s'ils savaient exactement à quoi l'autre pensait.

- Ensemble pour toujours ? dit Kanon avec une lueur farouche dans ses yeux d'un vert profond.

- Pour toujours ensemble ! répondit son aîné avec la même force.

 

Vendredi 6 avril 2007

 

A sept heure trente, le service de réveil de l'hôtel fit sonner le téléphone dans chacune des chambres de la suite Fuji. Après avoir prit une douche rapide, les jumeaux s'habillèrent, revêtant les tenues qu'une lingère avait apporté. Pantalon à pinces et gilet noirs, chemise rouge foncée à col cassé pour le nœud de papillon, ceinture en cuir dont la boucle représentait le logo de l'hôtel tout comme les boutons de manchettes en or. Et tout ça était signé Kenzo, comme les chaussures noires en cuir elles aussi.

- Alors comment tu m'trouves ? demanda Saga en tournant sur lui-même.

- Très élégant. Tu f'rais tourner la tête à n'importe qui ! le complimenta Kanon en redressant le nœud de papillon.

- On y va ?

- Sois pas anxieux, ça va aller !

- J'suis pas anxieux Kanon ! Juste… un peu… tendu !

 

Le Sanctuary's était un bar comme tant d'autres. Les matériaux scintillaient sous l'éclairage indirect tamisé, les fauteuils joufflus invitaient à la relaxation et à la détente. En fond, on pouvait entendre des musiques zen ou bien du jazz. Le nom du bar en lettres de néon illuminait la façade du comptoir derrière lequel se trouvait un homme à la stature impressionnante. Vers le fond, sur une petite estrade, était installé un piano à queue, un saxophone sur son support ainsi qu'une guitare et une basse. Un synthétiseur complétait ce petit orchestre. Deux soirs par semaine, le bar accueillait des musiciens plus ou moins confirmés qui jouaient quelques morceaux sous les regards indulgents des clients qui ne manquaient d'applaudir chaleureusement le courageux amateur.

Les deux frères s'approchèrent du comptoir, le colosse leur tournait toujours le dos. Ils se regardèrent et se lancèrent.

- Excusez-moi, fit Saga d'un ton ferme et avenant.

L'homme se retourna. De toute évidence, il n'était pas japonais même si sa corpulence le faisait presque ressembler à un sumotori.

- Bonjour, fit le barman. Ah ! Vous devez êtres Kanon et Saga c'est ça ?

- C'est ça ! répondirent-ils en cœur.

- Shion m'a prévenu. Je suis bien content d'avoir un peu d'aide. Je suis Jacinto Touro, le maître incontesté de ce petit coin de paradis, plaisanta-t-il en leur serrant la main qu'il englouti dans la sienne. Saga retint une grimace de douleur quand l'étau lui broya les doigts.

L'homme était sympathique et souriant. Les deux frères se sentirent beaucoup plus à l'aise. Il leur posa quelques questions pour évaluer leurs connaissances et leur expliqua le boulot, ce qu'il fallait faire et ne pas faire.

- Tous les clients parlent anglais ? demanda Kanon un peu inquiet de leur niveau en japonais qui flirtait dangereusement avec le zéro absolu.

- Pour la plus part oui, mais si vous avez un souci, je suis là.

- Combien parlez-vous de langues hormis l'anglais, le japonais et votre langue natale ? s'enquit Saga à son tour.

- Je suis brésilien. Je parle aussi l'italien, l'espagnol et l'allemand. Un peu de grec, de russe et d'arabe.

- Waouw ! Je suis impressionné ! s'exclama Kanon.

- Dans un endroit pareil, il faut avoir plusieurs cordes à son arc. Bon, on s'y met ? Saga derrière le comptoir, Kanon en salle.

Il n'y avait pas beaucoup de clients, il était encore tôt et à cette heure matinale, les commandes étaient plus du genre café et chocolat chauds que Blue Lagoon ou Pina Colada. Ce qui était une chose car ainsi Kanon et Saga purent reprendre leurs marques en douceur. Vers l'heure du déjeuné, les choses se corsèrent un peu. Pas mal de client venaient prendre un apéritif avant de se rendre au restaurant. Jacinto les regardait avec un œil à la fois indulgent et professionnel. De temps à autre, il leur donnait un conseil, ou rectifiait un défaut. Mais sinon, pour l'instant, il était plutôt satisfait de ces deux nouvelles recrues ce qu'il confirma quand Shion lui téléphona. L'après-midi fut plutôt calme ce qui permit aux deux frères de revoir les recettes des cocktails les plus courant pour se les remettre en mémoire tout en mangeant un morceau pendant que leur "patron" assurait le service. Jacinto fut content de voir qu'ils prenaient ce travail au sérieux. Le soir serait un véritable test pour eux.

On était vendredi et pour les japonais les plus chanceux, le week-end commençait à dix-sept heures. Les clients du Star Hill n'étaient pas les seuls à profiter des restaurants, des bars, du cinéma et autres discothèques qui se trouvaient là. Tout le monde pouvait en profiter.

Jacinto avait dit aux deux frères d'inverser leur rôle toutes les deux où trois heures afin que ce ne soit pas toujours le même qui fasse des kilomètres en salle. Vers vingt-deux heures, ils virent Saori arriver avec un jeune homme aux longs cheveux mauve plus pâle que les siens. Il avait un visage fin avec une expression douce et sereine. Saga alla vers eux.

 

- Bonsoir messieurs dames. Désirez-vous la carte des cocktails ?

- Kanon ! Mais c'est quoi ce ton cérémonieux ? s'exclama Saori visiblement surprise de l'attitude de l'aîné des jumeaux qui fit la grimace.

- Moi c'est Saga !

- Zut ! Dans cette pénombre, j'ai du mal à vous distinguer. Peut-on savoir pourquoi vous m'ignorez ?

- Eh bien… le jeune homme qui vous accompagne pourrait être votre fiancé et il ignore peut-être que nous nous connaissons. Aussi je ne voudrais pas vous mettre dans l'embarras. Donc vous ignorer était le choix le plus logique pour vous éviter des explications maladroites et peut-être même une scène de ménage.

 

Saori et son compagnon éclatèrent de rire à l'explication de Saga qui leur sourit franchement.

- Voilà une belle preuve de tact. C'est très délicat de votre part. Je me nomme Mû Jampa et Saori m'a parlé de vous et de votre frère. Soyez les bienvenus au Star Hill.

- Et Mû n'est pas mon fiancé, précisa la jeune femme alors que les deux hommes se serrait la main. En réalité je suis venue vous espionner pour voir comment vous vous en sortez !

- Nous ferons de notre mieux pour ne pas vous décevoir. Je vous amène la carte.

- Inutile ! Je vais prendre une coupe de champagne. Et toi Mû ?

- Un Daïkiri.

- Champagne et Daïkiri, répéta Saga en tournant élégamment les talons.

Saori fit un petit signe de la main à Kanon derrière le comptoir qui inclina la tête en guise de salut. Saga lui dit qui était l'homme qui l'accompagnait pendant qu'il préparait le cocktail. Jacinto revint à cet instant et alla droit vers les nouveaux arrivants qu'il serra chaleureusement dans ses bras. Il discuta un moment avec eux et gagna le bar.

- Alors, vous gérez ? demanda-t-il une pointe d'amusement dans la voix. Pas de retard ?

- Pour l'instant ça va, le rassura Kanon alors que Saga était parti servir Mû et Saori.

- J'ignorais que Mû était rentré. Ca me fait plaisir de le voir.

- Un vieux client ?

- Client ? Non ! Pas du tout ! Mû travaille pour le Sanctuaire.

- Le Sanctuaire ? C'est quoi ?

- L'agence d'Escort Boy de Dohko. Il ne vous en a pas parlé ?

- Non, mais peut-être que c'est parce qu'on ne reste pas longtemps, hasarda Kanon. Ca consiste en quoi ?

- Oh, c'est pas sorcier. Des clients demandent à être accompagné par une escorte. Un ou plusieurs employés qui sont ses gardes du corps pendant un week-end, une semaine, un mois. L'escorte veille à ce que les moindres désirs du client soient satisfaits dans les plus brefs délais.

- Ah ok ! Je vois ! Et ça paye bien ?

- Tout dépend du contrat. Le client choisit certaines options et il est facturé en fonction de ce choix. L'escorte prend un pourcentage sur le contrat. Ca peut chiffrer très vite. Un contrat de base options minimum pour un week-end, c'est-à-dire du vendredi vingt heures au dimanche vingt heure c'est cent-soixante mille yens euh… environ mille euros !

- Hein ! Mille cent euros pour faire la baby-sitter ?

- Ouais ! C'est bien payé comme job !

 

A cet instant, un homme d'une quarantaine d'année, européen, élégant et très bien fait de sa personne s'approcha de la table de Saori et de Mû. Il tendit une carte à ce dernier qui l'invita à s'asseoir après l'avoir consultée. Quelques minutes plus tard, le jeune homme se leva avec l'homme. Il embrassa la sœur de Dohko sur la joue et partit avec l'inconnu.

- Un client ? fit Kanon à Jacinto qui n'avait rien perdu de la scène lui non plus.

- Oui. Mû va sûrement l'accompagner au restaurant et en discothèque.

- Moi j'veux bien jouer les accompagnateurs en boite et au resto à c'prix là ! plaisanta-t-il.

Saga passa une nouvelle commande que Kanon s'empressa de préparer pendant que Jacinto décrochait le téléphone.

- C'est moi patron. Je viens de parler du Sanctuaire à Kanon. Il a l'air intéressé même si pour l'instant c'est plus un sujet de plaisanterie qu'autre chose pour lui.

- Merci Jacinto ! Il en parlera à son frère, c'est certain. Bon travail !

_- Merci patron !

- J'ai l'impression que je suis en train de me faire draguer par le type là-bas, confia Saga en donnant une nouvelle commande à son frère.

- En dehors du boulot, vous faites ce que vous voulez. Si ce gars t'intéresse, fonce !

La réponse de Jacinto cloua Saga sur place. Le regard de Kanon allait de l'un à l'autre sans comprendre ce qui se passait.

Le sourire avenant du brésilien convainquit l'aîné des frères qu'il était très sérieux.

- Et si je suis pas intéressé ?

- Parce que c'est un homme ?

- Parce qu'il ne me plait pas.

- Alors tu gardes tes distances. Et si y comprend pas, tu m'appelles !

Saga éclata franchement de rire et prit son plateau chargé de cocktails et alla vers la table où attendaient les clients.

Jacinto ferma le bar vers trois heures du matin et les jumeaux s'écroulèrent sur leur lit en ayant tout juste pris la peine de se déshabiller avant de sombrer dans un profond sommeil sans rêve. Le brésilien leur avait dit de ne pas venir travailler avant dix-huit heures, heure à laquelle le bar commençait vraiment à se remplir.

 

A leur réveil, ils trouvèrent un petit mot de Dohko, leur demandant de le rejoindre dans son bureau dès qu'ils seraient prêts.

- Ca fait une éternité que j'ai pas porté de chaussures pendant si longtemps. J'ai un mal au pied pas possible ! se plaignit Kanon en boitillant légèrement.

- T'as des ampoules ?

- Non, juste mal !

Ils frappèrent à la porte du bureau. Un déclic se fit entendre et le panneau s'ouvrit. Saga poussa la porte et entra suivit de son frère.

- Entrez, fit la voix de Dohko provenant de son bureau. Bonjour, asseyez-vous ! Vous avez mangé ?

- Non, pas encore, fit Saga.

- Moi non plus ! Qu'est-ce que vous voulez manger ?

Il passa une commande pour trois et les invita à sortir sur la terrasse. Il faisait une journée magnifique, un soleil radieux, pas de vent. Les trois hommes s'approchèrent de la balustrade et regardèrent la baie de Tokyo. Du quarantième étage la vue était époustouflante.

- Vous vouliez nous parler de quelque chose ? se décida à demander Saga un peu inquiet à l'idée qu'ils ne faisaient pas l'affaire au bar.

- Oui. Jacinto vous a parlé du Sanctuaire hier soir et vous avez paru intéressé.

- Eh bien, c'est sûr que les tarifs sont intéressants, fit Kanon, mais si on pouvait en savoir un peu plus…

- C'est pour ça que je vous demandé de venir. Ah voilà notre déjeuné. Nous discuterons à table, fit Dohko en les invitant à s'asseoir.

 

Plus tard, dans la suite Fuji

 

- C'est complètement dingue ce job ! s'écria Kanon en prenant une bouteille d'eau minérale dans le mini bar.

- Mouais.

Saga s'était allongé sur le sofa avec un coussin sur le ventre et un autre derrière la tête.

- Tu t'rends compte un peu le pognon que ces types sont prêts à sortir pour avoir quelqu'un qui te sert de chauffeur, de garde du corps et qui porte tes achats en boutique de luxe.

- Ca me parait démesuré.

- C'est une occasion qu'on aurait tort de laisser passer, s'enthousiasmait Kanon, assit sur l'autre canapé. Moi j'pense qu'on devrait accepter.

- T'emballes pas et réfléchis avant de te décider. La dernière fois qu'on s'est laissé aveuglé par l'argent facile regarde où ça nous a conduit.

- Ouais, ici ! Et on a rencontré des gens très sympa qui nous proposent un job très bien payé. On va pas le voler ce fric, on va le gagner et d'une façon plutôt agréable.

- Kanon, tu te laisses encore embarquer.

- Les cent mille euros c'était ton idée. T'as pas trop réfléchi.

- Et j'essaie de tirer les leçons de mes erreurs. Et j'te rappelle que j'ai pas beaucoup insisté pour te convaincre.

- Saga, là c'est pas une erreur. C'est un boulot. Même si Dohko ne nous fait pas de contrat de travail, je sais qu'on peut lui faire confiance.

- Moi aussi j'ai confiance en lui, c'est le job qui m'gêne un peu.

- Explique.

- Je sais pas, c'est comme une impression. Je sens que Dohko nous a pas tout dit.

Un silence moite s'installa en eux, le genre silence moite qui rampe sur votre peau et qui finit par faire parler parce qu'il devient insupportable.

- Moi je vais accepter ! laissa tomber Kanon d'une voix sourde. J'ai envie de savoir ce que c'est que vivre dans le luxe, d'être comme un vip à qui on déroule le tapis rouge. Moi un gosse des quartiers pauvres d'Athènes j'ai envie de goûter au paradis.

- C'qu'on a là ça te suffit pas ?

- Ca me suffisait jusqu'à ce que je sache qu'il pouvait y avoir encore mieux.

- T'es drogué au luxe ou quoi ? L'herbe ça te suffit plus alors tu passes à la coke ? Et après c'est quoi, le shoot à l'héro ? Kanon tu réalises qu'en l'espace de trois jours à peine, t'es accro à tout ça ?

 

Saga se releva et fixa son frère d'un regard lourd de désaccord. Sa dernière erreur leur avait coûté cher. Même si Kanon ne s'était pas opposé à son idée, il se sentait responsable, coupable de les avoir mis dans cette galère.

- Saga, j't'en prie. Donne-nous une chance de pénétrer dans ce monde. Ca veut pas dire que ça marchera, qu'on fera l'affaire. Peut-être que Dohko nous renverra au bar parce qu'on est pas doué pour ça. Mais il faut essayer pour savoir.

Kanon prit le visage de son frère entre ses mains et l'approcha du sien jusqu'à sentir son souffle sur sa peau.

- Oses me dire que ça ne te tente pas ? reprit-il en articulant distinctement chaque syllabes. Regarde-moi bien dans les yeux et dis-moi que tu n'en a pas envie !

- Bien sûr que j’en ai envie… Qui ne serait pas intéressé par toutes ces choses ? soupira Saga en se dégageant des mains de son frère.

Il se leva et alluma une cigarette. Une main dans la poche, il se planta devant la baie vitrée et regarda la baie de Tokyo qui s'étendait sous ses yeux. Il tira nerveusement sur sa cigarette et recracha la fumée par les narines comme un dragon furieux.

- Alors tu peux me dire pourquoi tu hésites encore ? insista encore Kanon qui commençait à se dire que convaincre la mule qui lui servait de frère allait se révéler plus ardu qu'il ne l'aurait cru au départ.

- Parce que tout ce qui brille n’est pas or Kanon ! s'écria Saga en se retournant vers lui. On ne peut pas prendre le risque de s’embarquer dans une telle affaire sans savoir à quoi s’attendre !

- Putain ! Saga t’es devenu parano au quoi ? grimaça Kanon en se levant à son tour. Tu étais avec moi quand le patron nous a expliqué ce qu’il attendait de nous. Qu’est ce que tu veux savoir de plus ?

Il se tenait devant son frère, les mains écartées, essayant de capter son regard qui le fuyait.

- Et s’il ne nous disait pas tout ! reprit son aîné, plus calmement, sachant parfaitement que s'engueuler ne mènerait à rien, sinon conforter son cadet dans sa vision des choses.

- Tu peux me dire quel intérêt il aurait  le faire ? Tout le monde ne s’appelle pas Arslan ! Et puis même s’il ne nous a pas tout dit, tu n'as pas pensé que c’est peut-être parce que ça ne nous concerne pas ?

- …

- Si tu veux savoir, reprit Kanon plus doucement, moi je pense qu’après tout ce qu’on a vécu, on a vraiment du bol de tomber sur des gens aussi sympathiques et généreux qui nous apprécient pour ce qu’on est et qui essaient de nous aider comme ils peuvent.

- On n’est pas obligés de changer de boulot. Le bar ça me convient très bien.

Tout en parlant, il s'était approché de son frère et avait posé ses mains sur ses épaules dans un geste d'apaisement. Il avait horreur qu'ils se disputent et il savait que Kanon non plus n'aimait pas ça.

- Moi aussi ça me convient, admit ce dernier. Mais on n'a pas beaucoup de temps, j'te rappelle. Alors on a intérêt à gagner un max de fric avant que les choses se compliquent ! Et le boulot d’hôte est mille fois mieux payé que celui de barman.

Il écarta les bras pour donner plus de poids à cet argument dont il pensait qu'il convaincrait son frère. Il ne comprenait pas pourquoi Saga ne voyait pas les choses comme lui alors que c'était si évident. Ils avaient besoin de maximum d'argent et peu de temps pour le gagner. Ce n'était pourtant pas compliqué.

 

 Saga s’assit lentement sur le canapé, écrasa sa cigarette dans le cendrier sur la table basse et essaya de se calmer en se massant les tempes. Les arguments de Kanon étaient plus que convaincants mais il avait tellement peur de se planter, d’être déçu encore une fois. Pourquoi c’était toujours à eux que des choses pareilles arrivaient ? Pourquoi n’avaient-ils pas le droit de vivre simplement, comme la plupart des gens ? Il commençait à se sentir las… Il en avait assez…

- Saga…

- …

- Saga regarde-moi…

Kanon l’obligea à lui faire face une fois encore.

- Tout ce temps on a été obligé de dealer avec des crapules, on a été obligé de faire des choses dégueulasses qui nous rapportaient que dalle… Aujourd’hui on a la chance de rencontrer des gens réglos qui nous proposent de gagner beaucoup de fric en faisant un boulot potable… voir même agréable…

- Mais…

- Je commence à en avoir marre de cette vie, Saga je …

Kanon s'interrompit, la gorge serrée. Sa voix devint triste et plaintive.

- … tout ce que je veux, c’est que les choses s’arrangent pour nous et qu’on puisse vivre normalement…

- Je sais Kanon, moi aussi…

Emu par la tristesse qu'il voyait sur les traits de son frère, Saga le prit dans ses bras et le berça doucement.

- Alors ne laissons pas passer cette chance… poursuivit Kanon en s'écartant et en plongeant son regard brillant de larmes contenues dans celui de son jumeau.

- C’est vraiment ce que tu penses ?

- J’en suis certain…

- Alors je te fais confiance…

- Ne t’inquiète pas, je suis sur que tout va bien se passer ! dit-il en passant une main rassurante et affectueuse dans l’immense crinière bleue qui faisait la fierté de son frère.

- Y a intérêt, parce que sinon, on demande à retourner immédiatement au bar…

Ils se détendirent, la crise semblait être passée. Ils se laissèrent aller dans le fond du sofa, un sourire aux lèvres.

- Bien sûr… Quand je pense qu’aujourd’hui sera peut-être notre dernière journée…, fit Kanon, rêveur.

- Ouais, ça a été court…

- Trop court même… Moi qui pensais y faire quelques rencontres… intéressantes…, sourit-il en regardant son frère en coin. Celui-ci comprit l'allusion et éclata de rire.

- Déjà en manque ?

- Comment ça déjà ? Je te signale que ça fait presqu’un mois maintenant que je suis à jeûn. Encore quand on était à Athènes, j’étais tellement stressé que j'y pensais pas mais depuis qu’on est ici… on est un peu plus détendu … et avec tous ces beaux garçons autour de moi… j’ai un peu de mal à tenir en place.

- J’ai bien vu comment tu matais le cul de Shion ! le taquina Saga en lui donnant en gentil coup de poing sur l'épaule.

- Et toi tu l'as carrément déshabillé des yeux ! S’il n’a pas attrapé une pneumonie, c'est un miracle !

- Obsédé !

- J’y peux rien moi ! Et puis, c’est de ta faute après tout ! Si tu voulais bien m’aider de temps en temps, on n’en serait pas là ! fit-il en se levant pour aller vers sa chambre.

- Je te rappelle que je suis ton frère Kanon, pas ton amant !

- Très sincèrement, dans l’état où je suis, je te promets que je ne verrais pas la différence ! le provoqua Kanon avec un sourire enjôleur.

- Bon allez, j’en ai marre de tes conneries ! Tout est réglé, donc je n’ai plus à m’inquiéter ! conclue-t-il en se levant à son tour pour aller prendre une douche.

Kanon se précipita derrière lui et le ceintura en riant.

- Mais attends… Ne pars pas, reste avec moi mon amour… lui glissa-t-il dans l'oreille.

Saga se dégagea et attrapa un coussin. Il le jeta à la tête de son frère qui l'évita de justesse en riant.

- Mais mon ange, qu’est ce qui t’arrive ? continua Kanon, ravi de voir son frère réagir ainsi.

- Je vais prendre une douche et  me préparer pour ce soir. Je te conseille de faire de même et d’en prendre une aussi… froide ! Et même glacée, espèce de dégénéré !

- Ok ! Ok ! T’énerve pas, j’y vais ! capitula Kanon. Mais je laisse la porte ouverte, au cas où tu aurais envie de m'frotter le dos…

Puis il se dirigea vers la salle de bain en roulant sensuellement les hanches. Saga disparut dans sa chambre en souriant. Quel provocateur, ce Kanon ! Ce n’était pas la première fois qu’il essayait de le séduire. Il n’hésitait pas à l’embrasser ou à le toucher en public. Une fois, il était même allé jusqu’à lui faire un strip-tease devant Arslan et ses collaborateurs. Heureusement qu'il avait eu la décence de conserver son caleçon. Mais depuis ce temps, tout le monde était persuadé qu’ils avaient une liaison, ce qu’ils n’avaient jamais démenti d’ailleurs.

 

Le soir, ce fut au tour de Jacinto de remarquer d’un œil surpris, à quel point Saga se faisait littéralement draguer par son frère. La salle était bondée et le boulot ne manquait pas, mais Kanon trouvait toujours un moyen de prouver son affection à son jumeau. Sourires charmeurs, petites tapes sur les fesses, coups d’œil provocants… puis… scènes de ménage.

- Non mais tu vas me lâcher à la fin. Qu’est ce qui te prend ? se défendit Saga, un peu gêné par l'attitude de son frère.

- C’est que tu es très séduisant ce soir…, poursuivit ce dernier plus aguicheur que jamais, ignorant royalement la remarque de son double.

- Non mais…

- Tu as réfléchis à ma proposition ? On dort ensemble cette nuit ? insista-t-il encore en souriant.

- Ca va pas… Et puis… ne me touche comme ça… Kanon ! sursauta-t-il en s'éloignant de la main caressante qui s'approchait de sa joue

- J’ai envie de t’embrasser….

- Mais… Calme-toi… Kanon !

- Juste un baiser… après, j’arrête, promis ! persistait-il en tendant son beau visage vers son frère.

 

Jacinto, à côté, était mort de rire. Il les laissait faire, parce que ça restait très bon enfant, mais aussi parce que beaucoup de clients suivaient la situation avec un intérêt particulier. Et si les clients s'attardaient pour profiter du numéro des jumeaux, ils consommeraient d'avantage. Il ne put s’empêcher de penser à tout l'argent que l’Agence pourrait se faire si ces deux-là devenaient hôtes à plein temps. Kanon finit par le rejoindre au bar.

- Alors tu l’as eu ton baiser ? lui demanda le brésilien.

- Qui sait ? C’est un secret …

Sauf que le petit sourire coquin qu’il arborait ne laissait planer aucun doute sur le sujet. Le barman aurait bien voulut en savoir plus mais Saga revint avec des commandes.

- Deux coupes de champagne pour la table 14 !

Il observait son frère avec un air complice. Kanon comprit tout de suite que quelque chose se passait en salle et voulut constater de ses propres yeux, au lieu se perdre dans le jeu des questions- réponses. Lorsque les verres furent préparés, il s’adressa à son frère d’une voix suave et sensuelle.

- Reste ici, je les apporte.

- T'en es sûr ? lui demanda Saga, un peu étonné de ce changement soudain.

- Mais oui ! Je ne veux pas que tu sois trop crevé ce soir. Une longue nuit nous attend, rappelle-toi ! le nargua encore Kanon avec un sourire irrésistible.

Puis il disparut avec le plateau d'une démarche légère, virevoltant adroitement entre les tables. Jacinto ne put s’empêcher de sourire, pendant que Saga serrait les poings.

- Il m’a l’air bien amoureux ce soir…

- Je veux bien qu’il le soit… mais discrètement !

 

Kanon arriva à la table indiquée par son frère, et remarqua que celle-ci était occupée par Mu et l’homme de la veille. Ces deux là n’avaient pas remarqué le changement de serveur et continuèrent à discuter tranquillement. Mu, par son attitude et ses gestes, semblait être plus qu’un simple garde du corps. De même, le client en question, avait un comportement qui témoignait d’une forte intimité entre eux...  Le jumeau continua son service, sans rien rater pour autant de la scène. Dire que ces deux là ne s’étaient rencontrés que la veille : c’était tout simplement troublant…  Ils finirent par se lever et l’homme laissa une belle petite somme sur la table, en guise de pourboire. Kanon restait sans voix. Dans quel monde avaient-ils mis les pieds ? Tout ce luxe, cet argent qui circulait… c’était … ahurissant ! Loin d’en avoir peur, il était heureux… très heureux. Ils pourraient enfin avoir la vie dont ils avaient toujours rêvé. Dans un tel environnement, tout était possible, à condition de vraiment le vouloir, bien sûr.

 

Pauvre Saga, lui qui pensait que la vue de cette scène allait avoir raison de la motivation de son affreux jumeau.

- Qu’est ce que tu as à sourire bêtement comme ça ? demanda-t-il en voyant son frère revenir avec un large sourire.

En guise de réponse, son double l’agrippa par le col et lui donna un baiser tellement passionné qu’il ne put s’empêcher de rougir.

- Qu’est ce que… Qu’est ce qui… Qu’est ce qui t’arrive ?

- Ca fait longtemps que ça ne m’était pas arrivé….

- Quoi encore ? Mais qu’est ce que tu racontes ? répliqua l’aîné qui commençait à s’énerver.

- Je suis heureux Saga !

- C’est vrai ? demanda-t-il comme pour se rassurer

 

L’autre hocha simplement la tête et ils échangèrent un regard remplit de tendresse. Ils se seraient volontiers embrassés une deuxième fois si un raclement de gorge ne leur avait pas fait remarquer qu’ils n’étaient pas tous seuls. En tournant la tête, ils aperçurent Jacinto et Mu qui les observaient d’un air amusé. Kanon répondit par un sourire et disparut en salle avec son plateau, laissant son double rouge de honte. Ce dernier, plus que mal à l’aise, commença à s’affairer sur lffairer avec stas fait remarqué quelques petites concessiosn bien se sérieuxon double rouge de honte. es verres, bouteilles, serviettes... bref, tout ce qui se trouvait à proximité

- Eh bien, le bar m’a l’air bien animé ces derniers temps…. fit Mu, le sourire aux lèvres.

- Je ne te le fais pas dire… Alors cette mission ? continua Jacinto, se pinçant des lèvres pour ne pas éclater de rire.

- Crevante…

- Dans quel sens ?

- Devine…

Fou rire des deux hommes. Jacinto continua d’un ton taquin.

- Il avait l’air d’humeur très câline ce soir.  Rien à voir avec le mur de glace d’hier. Aurais-tu réussi à lui ouvrir les portes du septième ciel, mon cher Mu ?

- C’est facile de te moquer, maintenant que tu n’es plus des nôtres. J’en connais pourtant un qu’on surnommait le "taureau" à l’époque à cause de….

- Ca va ! Arrête ! Si je n’ai plus le droit de taquiner un peu mes anciens collègues ! Au  fait, que devient notre n°1 ? Ca fait un moment que je ne l’ai pas vu !

- Il rentre de mission ce soir, comme tous les autres d’ailleurs.

- Passez me voir à l’occasion…

- T’inquiète. Bon je rentre me coucher. A plus, bon courage.

- Merci Mu

 

Saga, qui n’avait pas raté un mot de la conversation, se retourna vers Jacinto :

- Tu as été un hôte toi aussi ?

- Oui… J’ai arrêté il y a quelques années pour m’occuper du bar.

- C’est bizarre, je pensais que c’était mieux payé d’être hôte.

- C’est vrai… Mais c’était ça ou je perdais mon homme. Vous vous êtes décidés au fait ?

- Oui… On passera voir Shion demain.

- C’est une bonne décision. Vous ne le regretterez pas.

 

Après cette soirée, les jumeaux étaient convaincus qu’on leur cachait quelque chose. Mais enfin, comme le disait Kanon, c’était peut-être parce que ce "quelque chose" ne les concernait pas. C’est ce qu’ils pensèrent en tout cas en s’endormant dans le lit de Saga, l’un dans les bras de l’autre.

 

 

 (4) Mélanger plusieurs ingrédients dans un shaker avec de la glace.

 

 


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