
Disclaimer : Les personnages appartiennent à Masami Kuramada et l'univers de "Love Mode" à Yuki Shimizu.
Rating : NC-17
Genre : Romance/Amitié/Suspens
Spoiler : Univers Alternatif. Fic écrite en collaboration avec Scorpio-no-Caro. Nous avons placés les personnages de Saint Seiya dans l'univers de "Love Mode". Amour, complot, trahison, amitié, chacun a son histoire qui se recoupe avec celles des autres. Il y aura de nombreux couples inattendus. Nous espérons que vous aimerez.
ATTENTION : Il y est question de prostitution masculine puisque que "Love Mode" se déroule dans ce milieu.
Notes : Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ou peu "Love Mode", c'est un manga Yaoi. Vous trouverez des informations sur le site mimiyuy.free.fr
Chapitre 1 : Le hasard fait bien les choses…
Lundi 2 avril 2007.
L'appartement n'étais pas très grand ni très récent mais il était propre et tranquille, et le loyer était correct pour un logement meublé situé en banlieue d'Athènes. Les stores déroulant étaient baissés pour que la chaleur de cette fin d'après-midi ne transforme pas la chambre en une étuve invivable. Si la météo continuait ainsi, ce début de printemps augurait un été caniculaire comme la Grèce n'en avait pas connu très souvent.
Le ventilateur du plafond faisait entendre un doux ronronnement et brassait un air chaud et sec. Dans l'unique chambre du logement, un homme grand, élancé aux longs cheveux bleus était occupé à remplir quatre sacs de voyage avec des vêtements. Il semblait nerveux à en juger par ses gestes vifs. Il allait de l'armoire à la commode, du placard à la penderie mais il fut forcer d'admettre qu'il ne pourrait pas tout faire tenir dans ces quatre sacs, si grands soient-ils. Le poids de bagages étant limité sur les avions, il fallait donc faire un choix. Il se figea en entendant la clé dans la serrure de la porte d'entrée. D'un bond silencieux, il se glissa derrière le mur, son Beretta à la main. Il attendit un instant, la porte fut refermée. Il sortit de sa cachette comme un diable de sa boite et pointa son arme sur l'intrus, un éclat meurtrier dans le regard.
- Wow ! C'est moi !
- Bordel ! Saga ! Tu peux pas dire que c'est toi quand tu rentres ?
- Du calme ! Et range ça !
- T'en as mis du temps ! grinça Kanon en glissant l'arme dans la ceinture de son jeans.
- Y avait du monde au magasin.
- Viens voir les sacs, poursuivit-il en regagnant la chambre suivit de son frère. On pourra pas tout emporter. Va falloir qu'on laisse des trucs.
- Tant pis, on n'a pas vraiment le choix. Ton joujou aussi faudra que tu le laisses ici.
- Je sais. Je démonterai nos armes et j'irai jeter les pièces un peu partout dans les poubelles et le port.
- Qu'est-ce qui nous reste à mettre là dedans ?
- Nos affaires de toilettes, les brosses à dents et le dentifrice que tu viens de prendre. Combien y nous reste de fric ?
- Une fois sur place on aura environ cinq mille euros, autant dire rien, répondit Saga en se laissant tomber sur le lit qui émit un grincement sinistre. Il alluma une cigarette et regarda son frère qui s'activait toujours, ce reflet vivant de lui-même, son double parfait, son jumeau. Il fronça les sourcils et se gratta le front du bout de l'index et recracha la fumée par les narines.
- Tu crois qu'on a pris la bonne décision ? finit-il par lui demander.
- Si t'as une autre solution, j'suis preneur. Parce que me retrouver de l'autre coté de la planète, dans un pays avec une culture complètement différente, une mentalité complètement différente, avec tout complètement différent, ça m'emballe pas des masses.
Kanon s'assit à coté de son frère et lui prit la cigarette des doigts sur laquelle il tira deux fois avant de lui rendre.
- Moi non plus ! Mais on peut plus rester ici ! se résigna Saga.
- Là-dessus on est bien d'accord. Arslan finira par nous retrouver et j'me demande comment on a fait pour lui échapper jusqu'à présent.
- Mouais ! On a était prudent et on a eu de la chance !
- La chance c'est une compagne infidèle ! A la première occasion, elle te baise ! Et on risque de commettre une erreur un jour ou l'autre. On n'est pas infaillible ! Alors vaut mieux mettre un max d'espace entre lui et nous. Et le Japon c'est ce que j'ai trouvé de plus éloigné !
Kanon avait parlé d'un ton amer. Bien sûr qu'il n'avait pas envie de partir. Quitter la Grèce n'était pas une option dans son choix de vie, mais se faire tuer encore moins, et vu les circonstances, les deux frères n'avaient pas d'autre solution s'ils voulaient fêter leur vingt-quatrième anniversaire. A bien y réfléchir, ce qu'ils avaient fait ne leur avaient pas vraiment apporté la vie qu'ils avaient cru pouvoir s'offrir. Détourner un pactole de cent mille euros aurait dû leur permettre de mener une vie aisée pendant un certain temps. Leur erreur avait été de ne pas quitter le pays immédiatement. Arslan avait commencé à les traquer et ils avaient dû se cacher. Au début, ils avaient quand même mené la belle vie. Hôtels et voitures de luxe dans des villes loin d'Athènes, restaurant et vêtements chics et puis les choses avaient dégénérées petit à petit. Les hôtels devinrent de plus en plus miteux, les voitures également, il n'y avait que leurs jolies fringues qu'ils avaient conservées. Et ils étaient revenus dans la capitale, la ville qu'ils connaissaient le mieux.
En résumé, ils avaient vraiment mal assuré leurs arrières. Et maintenant, ils n'avaient presque plus rien. S'exiler à l'autre bout de la terre n'avait pas été une décision facile à prendre mais c'était la plus sensée. Pourtant, ils n'étaient pas idiots, bien au contraire. Ils étaient même plutôt rusés et intelligents mais il leur fallut admettre qu'ils s'étaient laissé aveuglé par autant d'argent. A vingt-quatre ans, on peut perdre facilement la tête devant de telle somme, on n'a pas encore la sagesse que confère la maturité. Et voilà le résultat. Ca faisait des mois qu'ils se terraient comme des rats, à constamment regarder par dessus leur épaule. Ils n'avaient jamais l'esprit en paix, pas un instant de répit sauf lorsqu'ils regagnaient leur petit appartement.
- Tu veux bien terminer ? demanda Kanon. Je vais démonter les armes et les jeter. En revenant j'prendrais à manger !
- Fais gaffe !
- Ouais, je sais…
Saga se remit à respirer normalement lorsque que Kanon franchit la porte d'entrée avec un sac McDonald à la main. Il avait terminé leurs bagages et s'était assis devant la petite télévision en attendant le retour de son frère. Ils mangèrent en silence ou presque. Ensuite, ils refirent une dernière fois le point sur ce qu'ils devaient faire le lendemain et allèrent se coucher. Leur avion décollait à 07h00, et ils en avaient pour au moins onze heures de vol. Le dernier plaisir qu'ils s'étaient offert, fut des prendre des places en première classe. Ils n'en auraient peut-être plus jamais l'occasion. Ils allèrent se coucher et malgré leur inquiétude, ils s'endormirent rapidement, blottis dans les bras l'un de l'autre, comme lorsqu'ils étaient encore des enfants, à l'orphelinat…
Mardi 3 avril 2007.
Un taxi se gara sur une des places dévolues aux dépôts de passagers et le chauffeur aida le jeune homme à sortir les bagages du coffre. Après avoir payé la course, il tenta tant bien que mal de porter les valises.
- Seiya ! Ne peux-tu aller chercher un chariot au lieu de risquer bêtement un tour de rein ? fit la jeune femme qui l'accompagnait.
- Oui, vous avez raison mademoiselle Saori.
Il reposa les valises et revint quelques instants plus tard avec le fameux chariot qu'il chargea. Sur la quarantaine de kilos autorisés par passager, il devait bien y en avoir trente-deux ou trente-trois uniquement pour la jeune femme. Alors qu'elle ne portait qu'un sac à main d'un blanc immaculé blanc à assorti à son tailleur Chanel et ses escarpins, elle ne fit pas un geste pour aider son secrétaire particulier à pousser le chariot jusqu'au guichet. Il enregistra leurs bagages et ils se rendirent en salle d'embarquement. Elle posa son sac et son vanity sur l'un des fauteuils et se mit à faire les cent pas.
- Quelque chose ne va pas mademoiselle Saori ? s'enquit le jeune homme.
- J'ai l'impression d'avoir oublié quelque chose… répondit-elle machinalement. Peux-tu me redonner mon emploi du temps des prochains jours ?
Il ouvrit son petit ordinateur et commença à lui énumérer ses rendez-vous. Le coiffeur, l'esthéticienne, son déjeuné avec son frère, son diné avec son frère, le lendemain matin son petit déjeuné avec son frère. Sa visite à la maison de retraite, une autre à l'orphelinat et l'après-midi elle devait se rendre au chevet d'une amie gravement malade. Et bien sûr, ses cours de tai-chi pour toute la semaine.
- C'est tout ?
- Oui mademoiselle.
- Ca me reviendra plus tard…
Elle recommença à marcher de long en large, sa longue chevelure mauve balançant dans on dos au rythme de ses pas. Elle les vit arriver. Ce n'était pas tous les jours que l'on pouvait observer des jumeaux adultes. Il était plus fréquent de voir des enfants. Elle ne se gêna pas pour les regarder tant qu'ils n'avaient pas fait attention à elle. Elle les trouva très séduisant et un léger sourire étira ses lèvres. De plus ils étaient élégants, avaient une démarche assurée, voilà deux hommes qui avaient confiance en eux. Pourtant, elle remarqua les regards qu'ils jetaient autour d'eux, comme s'ils cherchaient quelqu'un. Peut-être était-ce des triplés et ils attendaient le troisième ? Elle sourit à cette idée et se détourna pour poursuivre ses va et vient. En revenant sur ses pas, ils n'étaient plus là.
- Les passagers du vol 1546 pour Tokyo, embarquement immédiat porte D3.
Elle attrapa son sac et son vanity et se dirigea vers la porte indiquée, son secrétaire sur les talons. L'hôtesse prit leur carte d'embarquement et leur indiqua l'escalier qui menait aux premières classes.
- Ah oui, je sais ! s'écria-t-elle en se retournant vivement vers Seiya qui faillit lâcher son ordinateur. Je dois aller faire les boutiques pour trouver un cadeau pour Mû et Shion. C'était leur anniversaire il y a quelques jours.
- Je vous accompagnerai.
- Oui, nous verrons… N'oublie pas de le noter.
- Je fais ça dès que nous serons installés.
Lorsque Kanon et Saga entrèrent dans l'avion, ils montèrent l'étroit escalier pour arriver dans l'espace réservée aux premières classes. Une ravissante hôtesse japonaise leur indiqua leurs places et après avoir enfermé leur bagage de cabine dans le compartiment au dessus de leur tête, ils s'assirent. Ils se regardèrent et réprimèrent un terrible fou rire. Jamais ils n'avaient imaginé se retrouver un jour à bord d'un avion, entouré d'un tel confort. Les fauteuils étaient larges et pouvaient se transformer en lit. Devant eux, il y avait une console avec un écran pour regarder des films ou jouer à des jeux vidéo. Les écouteurs du casque individuel étaient enveloppés d'une protection en plastique transparent, assurance que personne ne les avait eus sur les oreilles avant. Question d'hygiène. Les veilleuses au dessus de leur tête diffusaient une douce lumière pas du tout agressive mais suffisante pour lire un journal.
- Alors j'ai bien fait non ? chuchota Kanon à son frère.
- Faut avouer que c'est un truc à faire au moins une fois dans sa vie, consentit sur le même ton Saga en mettant une petite tape affectueuse sur la main de son frère.
- Et au moins, si on veut dormir, se sera plus confortable. On a onze heures de vol.
- Hier je me demandais encore si on avait fait le bon choix, maintenant j'ai qu'une envie, qu'on décolle !
Soudain le regard de Saga se fixa sur l'entrée de la cabine. Kanon fit volte-face, s'attendant à voir les sbires d'Arslan mais au lieu de ça, il croisa le magnifique regard bleu et brillant d'une très belle jeune femme japonaise. Le jeune homme qui l'accompagnait rangea quelques affaires dans le compartiment du haut tandis qu'elle s'asseyait à coté de Kanon après avoir adressé un timide sourire aux jumeaux qu'ils lui rendirent bien volontiers.
- C'est mignon tout plein ça, murmura Kanon à l'oreille de son frère.
- On dirait qu'on va faire un voyage des plus agréables, rétorqua celui-ci avec un sourire amusé en reconnaissant les intonations du dragueur dans la voix de son jumeau.
- J'espère que les toilettes sont spacieuses ! reprit-il
- Mouais ! C'est le seul endroit où on peut avoir un peu d'intimité !
Ils rirent doucement et s'installèrent confortablement. Saga jeta un œil à la liste de films que proposait la Japan Airlines alors que Kanon feuilletait un dépliant touristique sur le Japon.
- On aura pas vraiment le temps de faire du tourisme tu sais, fit Saga le plus sérieusement du monde.
- Oui, mais c'est un bon début pour nous faire une idée de ce qui nous attend…
- La première chose à faire c'est trouver un hôtel pas cher et chercher un job.
- Tu crois que j'l'ignore ? J'espère qu'on va pas trop galérer !
- De toute façon dans le pire des cas, on sera expulsé du Japon et il nous renverrons en Grèce à leur frais !
- T'as une drôle de façon de voir les choses ! Pourquoi tu pars battu ?
- Je pars pas battu ! Je dis juste que c'est ce qui peut nous arriver de pire ! Tiens, je vais regarder la trilogie de Matrix. Ca devrait couvrir une bonne partie du vol, fit-il d'une voix détachée en changeant de sujet.
La jeune femme avait entendu le début de leur conversation. Bien qu'ils parlent en grec, elle n'eut aucun problème pour comprendre. Férue de langues étrangères et douée pour leur apprentissage, à presque vingt-quatre ans, elle parlait couramment l'anglais, l'italien, le grec, et le français. De plus, elle était toujours en voyage et les occasions ne lui manquaient pas de pouvoir pratiquer. Ainsi donc ils allaient au Japon pour visiter mais pour ça, ils allaient devoir travailler mais n'avaient pas la moindre idée de ce qu'ils allaient faire ni comment ils allaient s'y prendre. Elle s'installa confortablement, jeta un œil à son secrétaire qui, après avoir noté ses dernières instructions, commençait déjà à somnoler.
Quelque chose chez ses deux garçons l'attendrissait sans qu'elle sache pourquoi. Elle pensa longtemps à eux, plusieurs heures après le décollage. Elle se décida à leur parler.
Mercredi 4 avril 2007, Tokyo.
Le Star Hill Hôtel situé dans le centre ville de Tokyo était le siège de l'empire touristique Kido qui s'étendait sur les cinq continents. Il méritait largement ses cinq étoiles. Son luxe inouï et l'étendue des services qu'il offrait à ses clients étaient stupéfiants. C'était une tour de verre et d'acier brillante comme un diamant, une flèche qui semblait s'élancer à l'assaut du ciel. Quarante étages abritant deux cent trente chambres et suites. Au trente-huitième et trente-neuvième étage, il y avait les bureaux et au dernier, les appartements privés du président directeur général et de ses collaborateurs les plus proches.
C'était une belle journée. Assis derrière son bureau, Dohko Kido vérifiait la valeur des actions de son groupe et les emplois du temps de ses employés. Il leva la tête et parcourut la pièce de son regard vert et profond qui semblait voir des choses que personne d'autre ne voyait. Pourtant, il n'y avait que des meubles sous ses yeux. Les canapés rebondis qui ouvraient leurs bras moelleux, invitant au repos, le bar en acajou et laiton, les étagères, les tables basses et dans la chambre, l'armoire, le lit et les chevets en teck ou en sycomore. Les tissus muraux ou d'ameublement se déclinaient en nuances de rouge, noir, jaune et orange à motif ou unis.
Derrière lui, le mur entier était une immense baie vitrée de quatre mètres de haut, protégée par des stores à lamelles en bambou d'un rouge foncé, presque bordeaux. Deux panneau coulissant donnaient accès à une immense terrasse en partie couverte par une pergola en fer forgé ou s'accrochaient des glycines mauves et blanches sous laquelle trônait une table ronde qui pouvait accueillir douze convives à coté d'un bar. Plus loin, en plein soleil, l'eau d'une piscine miroitait accolée à un grand jacuzzi le tout entourés de transat qui n'attendaient que des corps alanguis par le farniente. Et tout autour de la balustrade, au sol, d'énormes pots étaient plantés de bambous qui créaient comme un mur mobile sous la caresse du vent, isolant complètement du monde extérieur.
Son regard s'arrêta sur deux sabres japonais dans leurs fourreaux, posés sur leur présentoir. Le katana, le plus long et le plus court, le wakisashi. Dohko était le quatrième de la famille à les posséder. Ils avaient été offerts à son arrière grand-père en 1905 par l'Empereur Meiji par l'intermédiaire d'un de ses collaborateurs pour conduite héroïque pendant la guerre contre la Russie(1). Malgré qu'il n'eut jamais eu beaucoup d'affection pour son père qui était dur, froid et intransigeant, alors que lui aurait voulu qu'il lui montre un peu d'affection, il avait conservé ces sabres avec lesquels Mitsumasa Kido avait formé son fils aux arts martiaux. Il se souvenait encore de la douleur que lui infligeait le plat de la lame du katana lorsque son mouvement n'était pas parfait. Petit à petit, Dohko s'était endurci et ne supportait plus la médiocrité. Il était exigeant avec les membres de son entourage et encore plus avec lui-même. La seule qui trouvait grâce à ses yeux, c'était sa jeune sœur, Saori. Elle le menait par le bout du nez et il le savait. Mais il était incapable de lui dire non.
Rejeté par leur père, elle n'avait pas connu leur mère, décédée alors qu'elle n'avait que deux ans. La fillette fut élevée par une nourrice à qui elle s'attacha comme si c'était sa propre mère. Mais son père ne venait jamais la voir. Il demandait de ses nouvelles de temps en temps, histoire de dire qu'il s'inquiétait de son sort. Et contre toute attente, Dohko lui en avait énormément voulu de ne pas être plus attentionné avec sa petite sœur. Il essayait de passer du temps avec elle malgré l'interdiction de leur père. Et Saori vit en lui la figure paternelle qui lui manquait tant. Ils développèrent des liens très forts qui ne s'étaient jamais démentis jusqu'à maintenant. Lorsque Dohko hérita de l'empire Kido, la première des choses qu'il fit, fut de le partager avec sa sœur en lui vendant quarante-cinq pour cent des parts du groupe alors que lui en conservait cinquante et un pour cent. Les quatre pour cent restant avait étaient mises en bourse.
Mais Mitsumasa, même s'il ne s'intéressait pas à sa fille avait fait en sorte qu'elle reçoive une éducation irréprochable. Il ne fallait surtout pas qu'elle risque d'entacher le nom des Kido par une maladresse quelconque. Elle avait fait de brillantes études linguistiques et envisageait même de devenir préceptrice au palais impérial pour les enfants des employés malgré son jeune âge. Le nom de sa famille lui ouvrait pas mal de portes. Mais alors qu'elle allait se lancer dans cette voie, le grand et tout puissant Mitsumasa Kido mourut d'une rupture d'anévrisme. Dohko lui assura qu'elle pourrait désormais faire ce qu'elle voulait, qu'il lui fournirait de quoi assurer un train de vie royal. Mais les dividendes obtenus par les bénéfices du groupe, étant astronomiques, c'était plus que suffisant pour la jeune femme. Elle décida de voyager, en particulier dans les pays dont elle avait appris la langue afin de continuer à pratiquer pour ne pas oublier. Mais elle avait un énorme défaut. C'était une joueuse invétérée. De nombreux Casino à travers le monde la connaissait bien pour les sommes qu'elle avait tant perdues que gagnées.
L'horloge à balancier sonna 11h30 et le sortit de ses pensées. Il prit le téléphone et appela le room-service pour demander qu'on lui apporte son repas vers midi. On toqua à la porte.
- Entrez !
- Salut ! fit l'homme avec un sourire franc.
- Shion ! Ca va ?
- Et toi ?
- Ca va. Que me vaut le plaisir de ta visite ?
- Je voulais juste te rappeler que…
- T'as mangé ? le coupa son patron.
- Quoi ? Euh… non !
Dohko reprit le téléphone et ordonna qu'on lui porte un repas pour deux tout en faisant signe à son visiteur de s'asseoir. Connaissant les goûts de son ami, il commanda sans rien lui demander.
- Ca fait longtemps qu'on n'a pas déjeuné ensemble.
- Euh… c'est vrai que ça fait un moment !
- T'es débordé, c'est ça ?
- Un peu mais pas plus que d'habitude.
- Alors pourquoi ne viens-tu pas plus souvent manger avec moi ? fit semblant de s'indigner le chef du clan Kido.
- Dohko, tu ne veux pas qu'on s'invite à ta table, je te rappelle. C'est toi qui décide avec qui tu déjeunes.
Une petite lueur de tristesse passa dans les yeux de Dohko qui n'échappa pas à Shion. Ils étaient amis depuis qu'ils avaient dix ans et ils ne s'étaient presque jamais quittés. Au décès de son père, tout naturellement il avait demandé à son ami d'être son bras droit et de l'aider à gérer la société. Shion avait accepté immédiatement, sans même réfléchir. Et depuis trois ans, ils s'étaient partagé les tâches. Mais la décision finale appartenait toujours au boss.
- J'ai pas vu ton secrétaire en entrant.
- Shiryu ? Il est au Mexique, à Cancun. On a un petit soucis avec le directeur de l'hôtel et je l'ai envoyé sur place. Au fait, tu voulais me voir ?
- Oui. Saori revient aujourd'hui. Son avion atterrit vers dix-sept heures.
Un petit sourire éclaira le beau visage de Dohko qui regarda son ami d'un air complice. Elle était partie trois semaines, et malgré les coups de téléphones et les conversations par webcams, elle lui avait manqué. Shion comprit ce regard.
- Tu veux que j'aille la chercher ?
- S'il te plait. Et tu la ramènes immédiatement ici !
- Non! Je vais d'abord lui faire faire la visite guidée de Tokyo ! plaisanta son collaborateur. A cet instant le téléphone sonna et Shion décrocha.
- Bureau de monsieur Kido, j'écoute.
- Shion ? C'est moi !
- Saori ? Bonjour ma chérie ! Comment vas-tu ?
- Très bien. Dis, ce serait gentil si tu venais me chercher à Narita(2).
- Ton frère vient de me dire la même chose.
- Génial ! On se voit tout à l'heure alors. Tu peux me passer mon frère ?
- Oui, à tout à l'heure ! Tiens ! fit-il en tendant le combiné à Dohko.
- Allo ?
- Salut grand frère !
- Salut princesse ! Alors ce voyage ?
- On en parlera quand je serais rentrée. Est-ce qu'il reste une suite libre au dernier ?
- Pourquoi ?
- J'ai fait la connaissance de deux touristes grecs qui vont visiter le Japon mais ils n'ont pas encore trouvé d'hôtel. Je me disais qu'on pourrait les héberger quelques jours, le temps qu'ils s'organisent. Ils sont très sympathiques, tu verras.
- Ils connaissent nos tarifs ?
- Dohko, je les invite. On va pas les faire payer quand même !
- Heureusement que c'est pas toi qui gère la boite, on aurait fait faillite depuis longtemps si tu ne fais payer personne !
- N'exagère pas ! Alors ? De toute façon si tu refuses, je les prends chez moi !
- D'accord. Tu peux les amener ! soupira son frère qui n'était pas très emballé à l'idée que deux inconnus vivent sous le même toit que sa petite sœur.
- Merci Dohko ! T'es un amour !
La communication fut coupée. Dohko regarda un instant le combiné en levant un sourcil dubitatif.
- Alors ?
- Ma sœur rentre avec deux touristes un peu perdus ! lui confia-t-il d'une voix atone. On va les héberger le temps qu'ils se retournent.
- La suite Fuji est libre.
- Va pour la Fuji. Alors, tu arrives à recruter ?
- Bof ! Certains partent en courant quand je commence à leurs détailler les différentes tâches qu'ils auront à accomplir auprès des clients exigeants et capricieux. Curieusement, ce n'est pas le contrat spécial mais celui de base qui les rebute. Le fait d'être au service de personnes richissimes et capricieuses à l'extrême ne les emballe pas trop malgré tous les avantages que j'ai longuement énumérés. D'autres trouvent que le salaire n'est pas à la hauteur de ce qu'on leur demande sans même connaître les tarifs pratiqués dans la profession, alors que c'est nous qui payons le mieux. Y a toujours un truc qui colle pas.
- Une mauvaise passe. T'inquiète pas.
- J'm'quiète pas. C'est juste qu'on a des clients en attente et leur patience à des limites. Ils finiront par aller voir la concurrence.
- Justement, je regardais les missions de nos hôtes. On va peut-être pouvoir satisfaire certains clients et faire patienter les autres.
- Ah ! Voilà le déjeuné ! se récria Shion visiblement affamé en remerciant d'un sourire la jeune employée qui venait de leur apporter une petite table roulante. On va sur la terrasse ?
Plus tôt, dans l'avion…
Saga avait fini par s'endormir. La fatigue et la tension nerveuse accumulées depuis plusieurs semaines avaient eu raison de lui. Il se sentait en sécurité pour la première fois depuis bien longtemps et n'avait pas résisté longtemps. A coté de lui, Kanon regardait "JFK" d'Oliver Stone avec Kevin Costner. Il n'y avait pas de version en grec alors opta pour la version originale puisqu'il parlait couramment l'anglais. Et c'est ce que Saori en avait déduit après avoir vérifié sur son propre écran.
- Excusez-moi, fit-elle en touchant pour attirer son attention.
Kanon sursauta et se tourna vers la jeune femme qui lui souriait. Il mit le film sur pause, enleva son casque et se redressa sur son siège.
- Je suis désolée de vous déranger.
- Vous ne me dérangez pas, répondit-il, charmeur.
- Je vois que vous étudiez un dépliant touristique ?
- Vous parlez grec ?
- Oui. Vous venez donc visiter mon beau pays ? lui rétorqua-t-elle dans sa langue natale. Kanon sourit franchement. Elle décida de ne pas parler de ce qu'elle avait entendu.
- Vous avez un très bon accent, la complimenta-t-il en revenant à l'anglais.
- Merci. C'est un voyage organisé ?
- Euh, non ! On préfère se débrouiller seuls. C'est plus amusant !
- Votre accent en anglais est également excellent.
- Nous avons vécu quelques mois en Angleterre et nous nous efforçons de continuer à le parler pour ne pas oublier. C'est un atout aujourd'hui de parler correctement l'anglais.
- Ce n'est pas moi qui vous contredirai. Est-ce que je peux vous demander pourquoi vous avez choisi le Japon ?
- Pourquoi pas le Japon !
- C'est un très beau pays. Même si les médias ont fait des nous des bêtes de travail stressées, nous savons prendre le temps d'apprécier la vie. Les Japonais sont des gens qui débordent de gentillesse et notre hospitalité n'est plus à vanter. Je m'appelle Saori Kido, se présenta-t-elle en lui tendant la main assortit d'un splendide sourire.
- Kanon Siramidis et la belle au bois dormant à coté, c'est mon frère Saga.
- Vous savez un peu ce que vous allez visiter ?
- Eh bien tous les lieux intéressants mais nous n'avons pas vraiment de plan établit. Nous n'avons même pas réservé d'hôtel. On part un peu à l'aventure.
- Je crois que c'est encore la plus belle façon de découvrir un pays. Sinon vous faites quoi dans la vie ?
- Euh… en fait nous sommes de simples employés mais nous avons économisé sous par sous pour faire ce voyage. Nous sommes… livreurs tout simplement.
- Vous dites ça comme si vous en aviez honte. Il n'y a pas de sot métier mon cher Kanon.
- Et vous, vous faites quoi ?
- Je suis l'héritière du groupe Kido. C'est mon frère qui dirige la boite. Moi j'ai fait des études linguistiques. Je parle quatre langues.
Kanon ouvrit de grands yeux incapable de croire ce qu'il venait d'entendre. Qui ne connait pas le groupe Kido spécialisé dans le tourisme sous toutes ses formes ? Il n'arrivait pas à réaliser qu'il était assis à coté d'une milliardaire et qu'elle était aussi sympathique que ravissante. Ils discutèrent ainsi, de tout et de rien, pendant un long moment. Saga s'éveilla et son frère fit les présentations.
- C'est incroyable cette ressemblance, finit par dire la jeune femme. A part la couleur des cheveux, vous êtes… pareils !
Ils rirent de bon cœur réveillant pour le coup le jeune homme qui dormait. Saori les présenta mais Seiya fut plutôt réservé.
- Nous n'allons pas tarder à arriver mademoiselle Saori, lui glissa-t-il
- Oui, il était temps ! Ecoutez, poursuivit-elle à l'adresse des jumeaux, si vous ne savez pas encore où loger, je peux demander à mon frère de vous héberger quelques jours, le temps que vous trouviez quelque chose.
- Nous ne voulons pas vous déranger, fit Saga poliment.
- Ce ne sont pas les chambres qui manquent au Star Hill. Au dernier, il y a toujours des suites de libres.
- Le Star Hill Hôtel ? sursauta Kanon.
- Oui. Vous connaissez ?
- J'ai vu dans ce dépliant que c'est un des plus luxueux hôtels de Tokyo.
- C'est exact. C'est le siège du groupe. Vous n'allez quand même pas laisser passer l'occasion de séjourner quelques temps dans un cinq étoiles ? sourit-elle, espiègle.
Les deux frères se regardèrent et revinrent à la jeune femme.
- Malheureusement ce n'est pas vraiment dans nos moyens, objecta Kanon.
- Je vous invite.
Les deux hommes se regardèrent encore, Kanon sourit, Saga eut un haussement d'épaule.
- Dans ce cas…pourquoi pas ? fit ce dernier en se retournant vers la jeune femme. C'est vraiment très gentil de votre part. Mais pourquoi faites-vous ça ? Vous ne nous connaissez pas !
- Et alors ? N'ai-je pas le droit d'aider des touristes à découvrir mon pays dans de bonnes conditions ? Et puis ça me fait plaisir, vous m'êtes sympathiques !
Le patron et son bras droit terminèrent de déjeuner assez tard vu qu'ils parlèrent beaucoup. Vers quinze heures trente, Shion descendit au parking pour prendre la voiture et aller chercher Saori à l'aéroport.
Dans un box si propre qu'on aurait presque pu manger par terre, était garée une Lincoln Town Car noire d'environ neuf mètres de long, dernier modèle. La limousine était rutilante comme sortant de chez le concessionnaire.
- Bonjour Jabu.
- Bonjour monsieur Nakamura, répondit le chauffeur en ouvrant la portière. Shion s'engouffra dans le véhicule et se laissa aller sur les confortables banquettes en cuir blanc. Il entendit la portière se refermer et sentit le petit à-coup lorsque la voiture se mit à rouler. Il appuya sur un bouton dans la console de contrôle de sa portière.
- A l'aéroport de Narita.
- Bien monsieur.
- Euh Jabu… fit-il en appuyant à nouveau sur le bouton, pensez-vous que nous y serons pour dix-sept heures ?
- Je ferai de mon mieux pour ça, monsieur.
- Merci. Je compte sur vous.
L'aéroport était situé à un peu plus de soixante kilomètres de Tokyo et en respectant la limitation de vitesse, ce que le chauffeur faisait toujours, il leur faudrait une bonne heure pour y parvenir. Shion ouvrit son ordinateur et consulta les emplois du temps des employés du Sanctuaire. Ils en avaient longuement parlé avec Dohko et avaient réussi à réorganiser les missions pour satisfaire un maximum de leurs clients. Malgré ça, deux d'entre eux devraient patienter quelques jours. Mais comme il s'agissait de membres récents, ils comprendraient. Ils comprenaient toujours au début, c'est plus tard qu'ils devenaient exigeants et obstinés. Il faut dire qu'avec le montant de la cotisation qu'ils payaient pour bénéficier de tous les services du Sanctuaire, il y avait de quoi être intraitable.
Shion respira profondément et appela les deux clients. Si avec le premier, ça se passa assez bien, avec le second se fut beaucoup plus compliqué. Il exigea une rallonge gratuite de quarante-huit heures que le collaborateur de Dohko réussi à réduire à vingt-quatre. Il raccrochait lorsque Jabu manœuvra pour se garer sur une place réservée aux vip. Il était seize-heures cinquante-cinq.
- Excellent Jabu, lui dit-il avec un sourire alors que celui-ci lui avait ouvert la portière.
- Merci monsieur, mais le trafic était fluide.
- Ne soyez pas si modeste !
Il entra dans l'immense hall et se dirigea vers le terminal des arrivées internationales. Un panneau lui indiqua que l'avion de Saori n'avait pas de retard. Il gagna la porte par laquelle elle débarquerait dans quelques instants tout en repensant à ce que lui dit avait Dohko. Elle avait pris deux touristes sous son aile. Ils semblaient avoir un budget limité et de ce fait, ils avaient décidé de faire les choses par eux-mêmes. Trouver des hôtels et les transports pour se rendre sur les sites touristiques. Pourquoi pas. Mais lui préférait lorsque les choses étaient organisées de A à Z. Mais son budget à lui était illimité.
Un quart d'heure après l'annonce de l'atterrissage de l'avion de Saori, il la vit sortir du couloir en compagnie de Seiya et de deux hommes, jeunes, particulièrement séduisant et… jumeaux ! Immédiatement son cerveau se mit en action. Dommage qu'ils soient en vacances, qu'ils doivent repartir. Ils auraient fait des recrues de choix pour le Sanctuaire.
- Shion !
Brutalement sorti de ses réflexions, il n'eut que le temps de rattraper la jeune femme qui venait de se jeter dans ses bras. Elle le serra contre elle et il lui rendit son étreinte.
- Alors ton voyage ?
- Plus tard. Laisse-moi te présenter Kanon et Saga Siramidis, les touristes dont j'ai parlé à Dohko.
- Je suis Saga, fit celui-ci en souriant devant la mine dubitative de Shion.
Les deux hommes se serrèrent la main, une poignée de main franche, ferme, virile. "Voilà un homme volontaire et sûr de lui" songea-t-il.
- J'en déduis que vous êtes Kanon.
La même poignée de main. Il salua également Seiya qui semblait moins volubile que d'ordinaire. La présence de ces étrangers le dérangerait-elle ?
- Allons récupérer vos bagages. Seiya, appelle Jabu qu'il vienne t'aider pour les porter.
- Bien monsieur Nakamura.
- Alors, combien de temps restez-vous au Japon ? s'enquit Shion en s'adressant au jumeaux.
- Ben euh… bredouilla Kanon.
- Un mois, répondit Saga.
- Vous faites un circuit ?
- Non ! Pas vraiment ! poursuivit-il. Les billets d'avion ont mangé une bonne partie de notre budget alors on a décidé de faire le reste par nous même. Ca nous reviendra beaucoup moins cher.
- C'est une façon originale de découvrir un pays.
- J'ai proposé de les héberger quelques jours, le temps qu'ils s'organisent, l'informa Saori.
- Oui, ton frère me l'a dit. La suite Fuji est à leur disposition.
- C'est vraiment très gentil à vous. Ca va être dur de vous remercier ! déclara humblement Saga qui était vraiment gêné devant un tel geste.
- Qui sait, vous en aurez peut-être l'occasion, répliqua la jeune femme avec une expression énigmatique dans le regard, mais ça ne doit pas vous gâcher vos vacances !
Tout en parlant, ils avaient rejoint la limousine devant laquelle les deux frères tombèrent en arrêt. Ils n'en revenaient pas. Ils avaient conduit des voitures luxueuses quand ils étaient encore au service d'Arslan ou au début de leur cavale, mais là c'était un autre monde. Jabu leur ouvrit la porte. Saori entra la première et Shion les invita à la suivre. Seiya s'apprêtait à faire de même lorsqu'il fut stoppé par une main lourde sur son épaule.
- Monte devant !
Le jeune homme redressa la tête, vexé, et prit place à coté du chauffeur. A l'arrière, Saga et Kanon ouvraient grand leurs yeux devant le luxe de la voiture. Les fauteuils était en cuir blanc, les boiseries en noyer, au sol, la moquette épaisse n'avait pas un grain de poussière. Les sièges occupaient l'arrière et le coté gauche de la voiture. Contre la paroi qui les séparait du chauffeur il y avait un petit écran de télévision 16/9 avec lecteur de cd et de dvd et à coté, le mini bar. Au centre, le plateau de la petite table basse était creusé de cinq encoches pour y glisser les verres afin qu'ils restent stables. De l'extérieur, les vitres fumées empêchaient quiconque de les voir mais par contre, eux voyaient tout ce qui se passait dehors. Les jumeaux étaient époustouflés.
L'insonorisation était si parfaite que seul les mouvements de la voiture indiquaient qu'elle roulait. La souplesse de la suspension leur donnait l'impression de flotter sur une mer d'huile. Une fois la première surprise passée, les quatre passagers discutèrent de tout et de rien avec un verre de jus de fruits dans les mains pendant tout le temps que dura le trajet. Mais une autre surprise encore plus impressionnante que la limousine attendait les jumeaux.
La voiture s'engagea dans l'accès au parking souterrain de l'hôtel et regagna son box tout propre. Lorsqu'ils sortirent de la limousine, trois grooms les attendaient pour s'occuper des bagages. Seiya toujours aussi efficace, avait contacté la réception pour leur donner l'heure approximative de leur arrivée pour qu'ils soient attendus.
Les deux frères avaient l'impression d'avoir pénétrer dans une autre dimension. Saori les rassura en leur expliquant que leurs sacs seraient amenés dans leur chambre. En sortant de l'ascenseur le Star Hill Hôtel leur jeta son luxe au visage. N'étant pas arrivés par l'entrée principale, ils n'avaient pas vu l'immeuble comme le verrait n'importe qui arrivant du boulevard au bout duquel se dressait l'hôtel. Les jumeaux firent un pas en dehors de l'ascenseur et restèrent cloué sur place, la bouche ouverte, les bras ballants, leur tête tournant dans tous les sens pour regarder ce qu'ils n'avaient jamais imaginé dans leur rêve les plus fous. En Grèce, ils avaient dormi des hôtels luxueux mais là, ça dépassait tout ce qu'ils avaient connu.
- Combien coûte une nuit dans cet hôtel ? fit Saga d'une voix lointaine en continuant à regarder autour de lui.
- Ca dépend de la saison, répondit Shion, un sourire amusé aux lèvres. Ca peut aller jusqu'à trente six mille neuf cent yens pour une chambre ordinaire.
- Pardon ? s'étranglèrent les jumeaux.
- Environ deux cent trente euros, rectifia Saori en riant de leur réaction.
- La vache ! jura Kanon.
- Pour une suite, ça peut aller jusqu'à cent soixante mille yens, soit à peu près mille euros et encore ce n'est pas très cher comparé au tarif de la concurrence. Mais ce n'est pas la location des suites qui nous rapporte le plus ici, poursuivit Shion.
- Et c'est quoi ? demanda encore Saga, visiblement intéressé et impressionné par tout ce qu'il voyait.
- Les boutiques et les restaurants. Ils nous payent un loyer pour bénéficier d'un espace chez nous. Il y a une galerie commerciale sur quatre étages, du cinquième au huitième, avec des magasins de luxe, neuf restaurants dont trois gastronomiques, quatre bars, une salle de cinéma de deux cent places, deux discothèques et deux salles de sports avec piscine, hammam, sauna, jacuzzi, et spas. Dans des hôtels comme le notre c'est courant.
Tout en parlant, ils avaient rejoint les ascenseurs express mais Saori se dirigea vers celui qui avait un boitier numérique à la place du bouton d'appel. Elle composa un code et quelque secondes plus tard, les portes s'ouvraient sur une cabine silencieuse et feutrée qui les mena au quarantième étage qu'elle avait demandé.
- Nous vous donnerons le code pour cet ascenseur qui nous est exclusivement réservé, leur avait expliqué Shion. Même les employés ne l'utilisent pas sauf les femmes de ménages pour l'entretien.
- Et le room-service… commença Saga.
- …utilise le sien qui accède à tous les étages comme celui-ci. En fait il en a trois.
C'était complètement irréel pour les deux jeunes grecs qui sortaient d'un minuscule appartement meublé de façon spartiate. Ils allaient de surprises en émerveillement. Tout autour d'eux brillait comme de l'or tant le laiton des structures métallique devait être astiqué. Le sol des couloirs étaient recouvert d'une moquette épaisse au ton rouge et or. Dans le hall de la réception, les dalles du sol avait dû être polie pendant une éternité pour qu'elles ressemblent à des miroirs reflétant la lumière indirecte des lustres et des appliques.
- Je vais chercher la clé de votre suite, fit Shion en s'éloignant vers un bout du couloir silencieux.
Saga le regarda s'éloigner quelques secondes avant de suivre Saori, notant au passage la démarche chaloupée d'un homme au physique puissant. Ces longs cheveux verts clair battaient sa chute de reins régulièrement au rythme de ses pas rapides. Il lui trouvait beaucoup de charme.
- Voilà, c'est ici, fit la jeune femme. Vos bagages doivent déjà vous attendre.
- C'est vraiment très gentil de nous accueillir ici, on ne pourra jamais vous remercier, recommença Saga, toujours aussi gêné.
- Arrêtez de vous mettre martel en tête pour ça ! s'écria-t-elle en souriant. Je vous propose de vous rafraîchir, ensuite nous dinerons avec Shion et mon frère. Vers neuf heures.
- Euh…
Et ils approuvèrent de la tête, ne sachant quoi répondre une fois de plus. Saori sentait bien leur malaise mais elle ne savait pas comment s'y prendre pour qu'ils se détendent. Elle faisait tout pour être gentille, aimable, rassurante mais pour l'instant, tous ses efforts n'avaient servi à rien.
- Où est votre secrétaire ? demanda Kanon s'apercevant soudainement de l'absence de celui-ci.
- Il est probablement rentré chez lui.
- Et voilà votre sésame.
Shion secouait une clé électronique accrochée à un anneau doré plus large en bas qu'en haut, strié, avec une excroissance allant de la base vers le centre ayant la forme d'un flacon et souligné d'un demi-cercle plus large à ses extrémités, à l'extérieur de l'anneau(3). Cet immense logo doré brillant de mille feux sous le soleil, couronnait également le Star Hill Hôtel. Il la glissa dans la serrure électronique et la porte à double battant s'ouvrit. Les frères Siramidis suivirent leurs hôtes à l'intérieur. Shion actionna la commande d'ouverture des stores et ouvrit la fenêtre pour aérer, tandis que Saori allumait quelques lampes.
- Il y a deux chambres et un salon, leur dit-elle en leur désignant les portes du doigt. La salle de bain est par là. A coté de chaque téléphone, vous avez la liste de numéros des différents services.
- Vous pouvez demander n'importe quoi à n'importe quelle heure, poursuivit Shion.
- Je les ai invité à diné avec mon frère et toi à neuf heures.
- Tu as très bien fait. Je vais voir si je peux décider Dohko à sortir de son bureau. Faites comme chez vous !
- Je vais vous laisser aussi. Si vous avez besoin de quelque chose, venez me voir. Mon appartement est juste en face. C'est la suite Olympe. On se retrouve dans le couloir tout à l'heure ? Et inutile de mettre un smoking, un jeans se sera parfait !
- D'accord, réussit à articuler Kanon tant il était soufflé par tout ce luxe.
La jeune femme sortie et referma la porte derrière elle. Elle courut dans le couloir pour rattraper Shion mais celui avait déjà dû arriver au bureau de son frère. Elle se hâta jusque là, il ne fallait pas qu'elle le rate encore. Et puis elle voulait voir Dohko.
Elle fit irruption dans le bureau de son frère et se jeta dans ses bras. Celui-ci la tint longtemps contre lui, le cœur battant.
- Tu m'as manqué, finit-il par lui dire en la tenant à bout de bras.
- Toi aussi tu m'as manqué. Vous m'avez tous manqué. J'adore voyager mais quand je suis loin d'ici, j'ai qu'une envie, revenir.
- Alors ton voyage, raconte !
- Pas maintenant ! D'abord il faut que je dise à Shion quelque chose à propos des jumeaux.
- Il vient de m'en parler justement. Ils lui ont fait une bonne impression.
- Ce ne sont pas des touristes ordinaires.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Je les ai entendus dans l'avion. Ils discutaient en grec à voix basses mais ils ignoraient que je les entendais et surtout que je les comprenais. Ils parlaient de trouver du travail rapidement. Je pense que c'est pour financer leur voyage.
- Une sorte de globe-trotters ? suggéra Shion
- C'est jeunes qui bossent quelques jours à un endroit et qui partent ailleurs avec l'argent qu'ils ont gagné pour découvrir le pays et qui s'arrêtent et repartent ?
- Tout juste Dohko ! Tu pourrais leur trouver un truc ici pour quelques jours et puis ils partiront ailleurs.
- Saori, légalement, je n'ai pas le droit de les embaucher.
- Inutile de leur faire un contrat de travail. Et puis on a suffisamment de relations pour ne pas être ennuyés si jamais ça se savait.
- On ne sait rien d'eux, observa Shion en triturant sa cravate.
- Depuis quand ça vous gêne ?
- Saori, pourquoi leur sort te préoccupe-t-il autant ? lui demanda Dohko qui commençait à être agacé par l'insistance de sa sœur. Déjà qu'il n'aimait pas le fait qu'elle les invite à dormir au Star Hill, alors les embaucher…
- J'en sais rien, j'les aime bien. Ils sont sympathiques et je trouve que voyager ainsi est assez… courageux ! Ca ne coute rien de leur donner un coup de pouce pour qu'ils démarrent dans de bonnes conditions avec un peu d'argent en poche.
- Saori, on ne peut pas recueillir tous les chats perdus ! lui sourit Shion tendrement.
- Je leur aurais bien proposé de l'argent mais ils refuseront. Ils préfèreront le gagner eux-mêmes, c'est ainsi qu'ils envisagent leur séjour. Dohko, s'il te plait !
Il regarda sa sœur et son ami qui eut un sourire amusé et baissa la tête. Il savait que lorsque Saori le prenait sur ce ton, Dohko ne résistait pas longtemps. Ce qui l'amusait, c'était de voir combien de temps il tiendrait tête à la jeune femme avant de capituler.
- D'accord ! soupira-t-il, conscient qu'elle l'avait encore eu. Shion, je crois que Jacinto (Aldébaran) est un peu débordé au bar.
- Oui ! s'écria la jeune femme en lui sautant au cou. J't'adore ! T'es génial ! Bon, faut qu'on se dépêche, on dine avec eux dans trois quart d'heure.
Elle fit volte-face et sortit de la pièce dans un tourbillon de cheveux mauve enveloppé d'une douce senteur de parfum français. Les deux hommes se regardèrent puis éclatèrent franchement de rire.
- Tu es un faible ! le taquina Shion.
- J'arrive pas à lui dire non !
- Et elle le sait.
- Tant que ce qu'elle demande n'est pas hors de ma portée, je n'ai aucune raison de lui refuser quoi que se soit.
- Je sais bien. Allez ! Je vais m'habiller ! déclara-t-il en se levant. On discutera un peu mieux ce soir !
Dohko regarda son ami sortir de son bureau et resta plusieurs minutes les yeux sur la porte qui venait de se refermer. Il rattacha sa montre dont le bracelet avait tendance à s'ouvrir de manière intempestive et sortit à son tour pour rejoindre son appartement, de l'autre coté du couloir. Sous la douche, il laissa l'eau chaude détendre ses muscles pendant que son esprit vagabondait. Il contrôlait l'un des dix groupes touristiques les plus importants du monde sans aucun problème alors qu'il était incapable de contrôler ses sentiments. Et depuis quelques temps, il lui semblait qu'il les contenait de plus en plus difficilement.
(1) Ces faits sont historiques. Les japonais ont déclaré la guerre aux russes en 1905 pour récupérer un morceau de territoire situé dans l'actuelle Mandchourie et occuper leur place. Les Japonais avaient l'intention de s'établir juste à coté de la Chine dont ils redoutaient l'unification des différentes provinces et poursuivre leur expansion en Asie. Finalement, en 1932, la Société Des Nations (la SDN, ancêtre de l'ONU) estima que les Japonais n'avaient rien à faire en Mandchourie. Sous la pression internationale, le Japon se retira et quitta également la SDN. Tout ceci bien sûr est très simplifié. Pour les détails, voir avec Wikipédia ou un bon bouquin d'Histoire du Japon.
(2) Narita : Aéroport international de Tokyo.
(3) Il s'agit du symbole du sceptre d'Athéna mais je ne suis du tout certaine d'avoir réussi ma description. Voir l'épisode 63 où on le voit en gros plan.