L'éternelle lumière du jour

Chapitre 11

 

 

 

 

L’éternelle lumière du jour

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hidy voulut annoncer sa décision de rester au Sanctuaire à la déesse Athéna et au Pope, mais l’accès à la salle du trône lui fut interdit, chose qui arrivait en de très rares occasions, seulement lorsque l’affaire qui se traitait était vraiment très grave.

Hidy eut soudain une boule au ventre.

La guerre approchait-elle déjà ?

Artémis s’était-elle manifestée ?

Hidy rebroussa chemin, sourcils froncés.

 

Diane s’occupait comme elle pouvait, ce dimanche, elle avait décidé de planter des plants d’oranger le long de l’entrée de la villa. Elle ne cessait de penser à son fils Daniel qu’elle sentait si loin d’elle. Lundi dernier, elle n’aurait jamais pu le laisser partir en allant lui dire au-revoir, c’était pour cela qu’elle n’était pas venue.

La jeune femme s’empara d’un plant d’oranger et le laissa tomber dans le trou qu’elle venait de faire avant de le recouvrir de terreau de ses mains gantées.

Diane trouva ses gestes nerveux et imprécis.

Elle regarda ses mains, elles tremblaient de façon incontrôlable. 

Diane se releva et regarda autour d’elle, angoissée, nerveuse, la peur au ventre.

« Ce n’est pas normal… »

Elle rentra à la villa en laissant en plan ses travaux de jardinage, puis alla trouver Kara qui travaillait en réseau avec son musée.

Diane entra dans le bureau.

Kara se retourna, ôtant ses lunettes de son nez.

Elle vit une Diane éperdue, tordant ses doigts gantés et recouverts de terre.

-ça ne va pas ? lui demanda-t-elle.

-Daniel… Il se passe quelque chose !

Kara n’avait jamais vu Diane dans cet état-là, même lorsqu’elle s’inquiétait pour son fils. Cette fois-ci, il y avait vraiment de la peur dans ses yeux bleu-mauve.

-Allons voir le Pope, proposa Kara.

Sur le chemin menant au Palais, elles rencontrèrent Hidy qui redescendait.

-Vous vous rendez au Palais (Kara hocha la tête) ? C’est inutile, vous n’arriverez pas à entrer dans la salle du trône.

-Pourquoi ?! fit abruptement une Diane tremblante de tout son corps.

-J’ai voulu m’y rendre et l’on m’a prié de revenir plus tard. Je crois qu’il est arrivé quelque chose.

Diane et Kara se regardèrent.

-Je le savais ! Daniel est en danger !! On s’en est pris à mon fils !! s’écria une Diane au bord de la folie.

-Calme-toi Diane… Il y a sûrement une explication à tout cela. Je suis sûre que Hidy va pouvoir nous mettre au courant.

Diane ne tenait pas en place et Kara avait toutes les peines du monde à la garder contre elle.

-Je vais y retourner pour comprendre de quoi il retourne, les rassura Hidy. Vous deux, rentrez à la villa et Kara, tente de calmer Diane.

-D’accord.

De retour devant la lourde porte de la salle du trône, Hidy pria un des gardes d’annoncer sa présence au Pope et à la Déesse Athéna en leur précisant que la mère de Daniel avait de mauvais pressentiments concernant son fils.

Un des gardes consentit à se rendre dans la salle du trône.

Hidy attendit un long moment, assis sur un des bancs se trouvant dans le hall blanc.

C’était la première fois qu’il devait attendre qu’on veuille bien le faire entrer depuis qu’il avait succédé à Galec. Il espéra que ses paroles feraient bouger les choses.

Le garde revint enfin près d’un quart d’heure plus tard, fit entrer Hidy dans la salle du trône et referma derrière lui.

 

Hidy revint le dimanche soir à la villa, tous ses amis l’attendaient impatiemment et ils lui sautèrent dessus lorsqu’il apparut dans le vestibule, surtout Diane, qui n’en pouvait plus.

-Bah… En ce qui concerne ton fils, Diane, il va rentrer demain comme prévu, d’après le Pope, tout a l’air normal de ce côté-là, fit-il en se dégageant de ses amis et en se dirigeant dans la salle.

Tous le regardèrent s’asseoir dans un des fauteuils du salon.

-Tout va bien alors ? demanda-t-elle.

-A première vue.

Tom rejoignit son ami dans le salon :

-Mais alors, pourquoi donc le Pope et Athéna se sont-ils enfermés dans la salle du trône ? fit-il d’un ton presque suspicieux.

-Eh bien… Ils ont eu la sensation qu’Artémis s’apprêtait à bouger, alors ils se sont mis sur leurs gardes. Mais cela s’est avéré être une fausse alerte.

-Une fausse alerte ? répéta Tom sur le point de ne pas y croire.

-Une fausse alerte, lui dit Hidy avec un sourire.

Tom regarda son ami, mi-songeur, mi-dubitatif.

Etrangement, Diane ne se sentit aucunement soulagée et son angoisse ne faisait que croître.

Plus tard dans la soirée, alors que les filles étaient parties se coucher tôt, Tom trouva Hidy sur la terrasse en train d’observer les étoiles, les mains dans les poches.

-ça va ? lui demanda-t-il.

-ça va, lui répondit-il simplement.

Les deux hommes se turent, côte à côte, le nez levé vers le ciel étoilé, alors que les grillons émettaient leurs cris stridents autour d’eux.

-Maintenant qu’on est seuls et que personne ne peut nous entendre, tu peux me dire ce qui se passe ? demanda Tom en regardant son ami du coin de l’œil.

Hidy hésita un moment avant de parler, Tom le vit se battre entre l’envie de tout lui dire et la promesse qu’il avait dû faire au Pope de ne rien dévoiler.

Il poussa un long soupir.

-Tu me promets, sur tes enfants, que tu ne diras rien à Diane ?

-Il s’agit de son fils ?

-Promets-le moi !

-OK, d’accord, je promets !

Hidy regarda son ami et hésita encore.

Il était nerveux.

-Il est arrivé un malheur en Sibérie. Le chevalier du Verseau va rentrer seul demain.

-Seul ?!

-D’après ce que j’ai compris, le chevalier d’or et Daniel se sont fait attaquer par un Ange d’Artémis et Daniel aurait disparu.

-Tu plaisantes ?!! s’exclama Tom.

-Chut ! Moins fort, s’il te plaît, chuchota Hidy en jetant des regards nerveux vers les fenêtres des chambres à coucher.

Tom descendit faire les cent pas dans l’herbe.

-Bon sang ! Si Diane apprend ça !

-Elle ne l’apprendra pas ! Tu as fait la promesse !

-Mais pourquoi ? Pourquoi il ne faut pas qu’elle sache ?

-Parce qu’elle doit partir pour le Mexique avec vous !

-Je ne comprends pas ?

-Pour tout te dire, moi non plus, j’ai demandé des explications, mais Athéna s’est trouvée très évasive dans sa réponse.

-Tu veux que je garde ça pour moi ?!

-Il le faut, Tom, s’il te plaît !

-Elle est bien bonne, celle-là ! On te donne un ordre et tu concèdes bien sagement ! Petit soldat bien obéissant !

Blessé, Hidy sentit la colère monter en lui.

-Tu es toujours aussi direct.

-C’est de ma sœur qu’on parle, Hidy ! Tu veux que je parte à des milliers de kilomètres de là avec ce secret en sachant que Diane sera à côté de moi tout au long du voyage ?! Ce n’est pas toi qui prends ce risque !!

Tom élevait un peu trop la voix au goût de Hidy.

-Je t’en prie, pas si fort.

-Quoi ?! Tu as peur qu’elle entende ce que tu as à lui dire ?! s’écria un Tom au bord de la colère en montrant du doigt la fenêtre de la chambre de Diane.

-J’ai pris le risque de te dévoiler la vérité, je te signale !

-La belle affaire ! Qu’est-ce qui te pend au nez ? Une petite fessée ?!

-Tu es mesquin.

-Tout à fait ! Tu crois peut-être que je ne sais pas pourquoi tu veux rester ici ? Milan ! Voilà la raison ! Tu penses toujours qu’il va réapparaître comme par enchantement ?! Mais il est mort, ton ami ! Va falloir que tu te le mettes dans le crâne !

Et ce fut sans réfléchir que Hidy décrocha une droite bien sentie dans le visage d’un Tom très surpris qui tomba le derrière dans l’herbe.

-Tu l’as pas volée, celle-là ! lui jeta-t-il avant de rentrer dans la villa.

Tom s’assit, grimaçant, en se massant la mâchoire, encore abasourdi par le coup de Hidy.

 

Le lendemain matin, alors que le soleil pointait à peine son nez, Tom, Kara et Diane, accompagnés par les deux chevaliers d’argent habillés en civils se tenaient à l’entrée du Sanctuaire. Hidy et Itsuya se trouvaient avec eux afin de leur dire au-revoir.

-Ne peut-on pas attendre le retour de Daniel avant de partir ? implora Diane à l'attention des chevaliers d’argent.

-Le Grand Pope a bien insisté sur le fait que nous devions partir au petit matin, lui dit sagement Aqualys.

-Tu le reverras, ton Daniel, t’inquiète donc pas comme ça, lui dit Kara.

Itsuya s’approcha de sa sœur et la prit dans ses bras.

-Reviens vite, sœurette.

-C’est promis.

Tom et Hidy se regardaient dans les yeux.

Tom présenta sa main au jeune homme.

Celui-ci la serra vigoureusement, sans sourire, il sentit dans cette poignée de main une certaine chaleur de la part de Tom. Lorsqu’il la retira, Hidy vit un petit papier plié dans celle-ci.

Il posa son regard sur Tom, mais celui-ci l’incita à rester silencieux d’un mouvement de tête.

-Bien ! Il est l’heure, je crois ! fit Nathaniel dans une inspiration.

-Prenez tous soin de vous, leur demanda Itsuya. Je veux tous vous voir revenir ! C’est clair ?

Ils le promirent tous.

Le petit groupe se retourna et ce fut chargés de sacs à dos qu’ils descendirent la pente qui menait au port d’Athènes.

Hidy et Itsuya les observèrent s’éloigner.

Itsuya ne put réprimer quelques larmes et Hidy se sentit terriblement coupable.

Le jeune homme déplia le papier que lui avait discrètement donné Tom et le lut :

« Je t’envie d’avoir une telle foi… Je tiendrai ma promesse. »

-Qu’est-ce que c’est ?

-Rien d’important, fit Hidy avec un doux sourire en fourrant le papier dans sa poche.

Ils virent leurs amis leur faire un dernier signe de loin, puis ils furent cachés par la pente.

Plus loin, un soleil radieux se levait, diffusant ses teintes pastels plus fortes que celles de l’aurore.

« Parce que la lumière triomphera toujours de l’ombre… C’est l’éternelle lumière du jour… » songea Hidy en prenant Itsuya dans ses bras.

 


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