
Premières heures, seul, sur les marches de l'institution Saint François, dans une épaisse couverture.
Premiers mois, seul, dans un berceau, au milieu de plusieurs autres, dans une pièce où seuls les pleurs insistants faisaient venir une des soeurs.
Premières années, seul, dans une chambre exigue avec quelques meubles et très peu de jouets.
Son existence peut se résumer à un mot: solitude.Depuis sa naissance, il l'a toujours été, seul.Installé dans ce sentiment, il s'est construit un monde intérieur qu'il a protégé par d'épais remparts.Il est comme un cactus planté en plein désert, une épaisse écorce, de grosses épines, ne prenant que le minimum nécessaire à sa subsistance.Et voilà que dans cet espace sec et aride un superbe papillon au doux nom de Sarah est venue de poser à son contact, apportant avec elle tout un cortége de sensations nouvelles ,d'odeurs enivrantes, de couleurs chatoyantes, lui ouvrant les perspectives d'un monde lointain dont il s'est toujours tenu à l'écart.Il a déjà connu une telle sensation, lorsqu'il est tombé sur cette vitrine de la rue où se trouvait la boulangerie qui l'employait comme apprenti.Un mur de téléviseurs allumés diffusait les images des combats du Tournoi Intergalactique.Il retrouvait devant ses yeux des héros semblables aux chevaliers de la Table Ronde, la légende d'Arthur, une des seules histoires qui l'ait jamais touché, découverte dans les livres, un des seuls refuges et lieu d'évasion qu'il se permettait, encore dans la solitude.Ce possible bonheur l'a vite fait déchanter et à de nouveau reconstruit sa carapace, plus épaisse encore.
Il sort de ses pensées et pose son regard sur l'horloge.Plus qu'une heure, il ne lui reste que soixante minutes pour se préparer et se rendre au jardin public.Comment dois-je m'habiller? C'est la question qui revient sans cesse dans son esprit.Il fouille dans sa commode, sa penderie, en sort différents vêtements qu'il jette sur son lit.Son petit manège est attentivement suivi par Pupuce qui est tranquillement assise sur son bureau, ne lâchant pas de ses pupilles oblongues les déplacements de son maître, tapotant lentement le bois d'un battement de sa queue.De multiples couleurs sont mélangées sur ce qui ressemble à un champ de bataille.
Lucas:"-Que me conseillerais-tu?"
Cette question s'adresse à son animal de compagnie qui oscille la tête de droite à gauche et inversement, ne comprenant pas ce que veut son maître.Lucas se rend compte du ridicule de la situation: demander des conseils vestimentaires à un chat......Son stress s'en retrouve décuplé car attisé par une sorte de honte.
Lucas:"-On dira relax et passe partout."
Son choix se porte donc sur un pantalon de toile de couleur créme avec un maillot à manches courtes blanc.Un rapide regard dans le miroir et il s'élance vers son rendez-vous.
Lucas arrive le premier au parc, il scrute et cherche du regard Sarah et ne la trouve pas.Soudain, il sursaute , une étrange sensation venant d'électriser son bras.C'est elle qui vient d'y poser ses doigts.Il se retourne et découvre le visage souriant de la jeune fille, amusée qu'elle est par ce tressautement .D'un regard vertical ,il la détaille mentalement.Elle a coiffée ses cheveux en chignon, porte une longue robe blanche et un châle multicolore sur ses épaules.Ses yeux s'arrêtent sur la grande besace qu'elle porte à son côté et qui semble lourdement chargée.Sarah le remarque.
Sarah:"-Oui, ce sont les livres de ma grand mère Lucia."
Lucas:"-Dirigeons-nous vers le café.Nous nous occuperons de cette corvée plus tard.La soirée est à nous.Profitons-en."
Sarah, heureuse à l'idée que c'est elle et pas son aide qui retient l'attention de Lucas, accepte avec joie.Ils rejoignent la terrasse qui se trouve de l'autre côté de la rue et prennent place à une table .Lucas prend soin d'écarter la chaise et d'inviter Sarah à s'asseoir la première.Cette touche de galanterie est très apprécié par la jeune fille.Une fois appelé le garçon et choisi sur le menu ce qu'ils allaient consommer, la discussion s'engage sur leurs histoires personnelles.Sarah explique qu'elle a été élevée par sa grand mère maternelle car sa mère est morte en la mettant au monde.Elle n'a jamais connu son père car il s'est séparé de sa mère avant qu'elle naisse.Elle ne sait même pas si il connaît son existence.Elle ne possède aucune photo de lui car d'après Lucia ,sa grand mère, toute trace de lui a été effacé par sa fille à son départ.Elle considére donc sa grand mére comme sa maman.Lucas explique à son tour qu'il est orphelin lui aussi mais qu'il n'a pas eu la chance de connaître un membre de sa famille.Sarah, émue par cette révélation, pose sa main sur celle de Lucas qu'il a laissé sur la table et lui fait comprendre par un sourire et un regard qu'elle compatie. Il recule légérement sa main et croise ses doigts avec ceux de Sarah.Ce moment de complicité naissant est dérangé par le serveur qui amène l'entrée froide.Le repas se déroule de la même façon, complice et joyeuse, fait de sourires, de rires, de regards tendres.Les deux jeunes gens laissent germer cette graine d'amour que leur rencontre vient de créer.Le temps passe et la nuit avance.Après avoir réglé l'addition, Lucas propose de la raccompagner jusqu'à chez elle.Elle accepte avec un bonheur non dissimulé à l'idée de prolonger ce moment à deux.Leurs pas sont lents et presque oisifs, aucun des deux ne voulant accélérer.Après de longues minutes , ils finissent par arriver devant la demeure de Lucia.Le temps de se quitter est venu.Elle lui donne le sac qui contient les précieux bouquins et alors que Lucas approche son visage de la joue de Sarah afin d'y déposer une chaste bise, celle ci lui saisit à pleines mains et le surprend en déposant un tendre baiser sur ses lèvres et s'enfuit immédiatement en courant vers la porte d'entrée qu'elle ouvre précipitamment et se retourne pour lancer:"A demain, mon amour...." avant de la refermer.
Lucas ,encore sous le bonheur de cette sensation inconnue et nouvelle, s'en retourne chez lui.