
Chapitre 5 – Apparence
Les rêves de Phoebus avaient été encourageants cette nuit là, il savait que le jour de ses retrouvailles avec sa sœur approchait à grands pas. Il s’était levée plus tôt que d’accoutumée et avait rejoint les cuisines pour sa collation du matin.
Une nouvelle idée avait germée dans sa tête, il devait montrer Albérich sous son meilleur jour et démontrer à Hilda de Polaris qu’à son contact, son cousin opérait un réel changement d’attitude.
Après l’évènement de son arrivée où ce dernier avait ridiculisé Albérich, il était toujours le bienvenu parmi les domestiques qui se disputaient pour satisfaire ses papilles gustatives. Phoebus avait bien des défauts, mais il ne faisait pas parti de ces prétentieux qui dédaigne les domestiques.
Lorsque la situation l’imposait, il savait se faire apprécier de tout le monde.
La cuisinière « Alors, Seigneur Phoebus, bien dormi ce matin ? Que souhaitez vous manger ? »
Phoebus « Comme d’habitude, je vous remercie. J’espère que cette journée sera prometteuse. »
La cuisinière lui préparait de quoi se sustenter « A propos, le petit monstre a pansé ses blessures de la veille ? »
Phoebus « Vous voulez parler d’Albérich, sans doute ? Oui, il va mieux ! Mais, je pense qu’il sera très occupé, il est à nouveau accepté au palais ! »
L’homme à tout faire « Tant mieux qu’il y reste ! Tout va aussi bien sans lui ! »
Phoebus « Ecoutez, je sais que vous ne l’appréciez pas tant que cela, mais il opère un profond changement et fait beaucoup d’efforts, si vous pouviez arrêter de le juger sans cesse ! Puis, cela fait tellement de peine à sa mère qui se donne tant de mal pour faire de son mieux, malgré sa santé fragile… »
La femme de chambre « Ah Oui, Madame La Comtesse est tellement bonne, c’est malheureux qu’elle soit si souvent malade ! »
Phoebus profita de ce moment de faiblesse pour enfoncer le clou « Oui, ce serait tellement mieux si lorsque on vous interroge sur Albérich vous pouviez en dire du bien…. Enfin, en tout cas, pas de mal ! »
Héritière de l’immense domaine des Albérich de part son mariage avec le père de ce dernier et issue de la noblesse, la mère d’Albérich portait le titre de comtesse et possédait des hectares et hectares de forêt et des mines d’améthystes qu’elle gérait avec l’aide de son fils malgré une santé fragile aggravée par les circonstances malheureuses de la vie. En effet, sa fortune ne lui apportait pas une santé meilleure.
L’homme à tout faire « Pour faire plaisir à Madame La Comtesse, on fera un effort ! Mais vous savez on ne change pas sa nature profonde ! »
Phoebus se creusait la cervelle pour expliquer aux domestiques son soudain lien de parenté, il développa une histoire la plus rationnelle possible « Je dois vous informez de quelque chose d’important : avant que je ne vienne vivre ici, j’ai fait des recherches et j’ai découvert qu’Albérich et moi étions cousin. Comme sa mère et lui ont plutôt bien accueillis la nouvelle, à partir de demain, je prendrai mes repas avec lui et Madame La Comtesse dans la salle à manger ! »
L’homme à tout faire éberluée par cette annonce « Vous êtes cousin avec lui ? A ça c’est la meilleure ! Enfin ce sont vos histoires… »
Phoebus « Oui, enfin, c’est une longue histoire… Donc vous voyez, il n’est pas aussi abominable qu’il n’y paraît ! »
A présent, il fallait faire admettre à Albérich que son comportement n’avait rien d’élégant et donner de lui une bonne image. La tâche semblait presque impossible tant Albérich avait toujours eu des relations conflictuelles avec tout le monde et qu’il n’était pas disposer à se remettre en question. Sur ses réflexions profondes, Phoebus descendit rejoindre Albérich et Brunehilde dans la pièce principale.
Brunehilde moqueuse « Phoebus, si tôt le matin, quelle agréable surprise ! »
Albérich « Maître ! Quelle bonne surprise ! Vous voilà déjà levé, il va faire beau et
chaud aujourd’hui! Mais trêve d’ironie ce qui s’est passé hier au tournoi m’a mis de bonne humeur ! »
« Et qu’est qui rend mon fils si heureux ce matin ? » interrogea Brunehilde
Albérich « C’est l’arrivée opportune de ce guerrier qui a battu Siegfried au tournoi ! »
Brunehilde faillit s’étouffer et porta gracieusement la main à sa bouche « Siegfried aurait-il rencontré son maître ? »
Albérich « Je dirais plutôt qu’il s’agit d’une maîtresse, et dans tous les sens du terme ! »
Brunehilde fit les yeux ronds « Que me comptez vous là ? »
Albérich très satisfait, le sourire aux lèvres « La stricte vérité, Mère ! Siegfried s’est fait ravir la victoire par une femme qui a réclamé comme récompense un baiser du vaincu ! »
Brunehilde ahurie « Un baiser de Siegfried ? »
Phoebus prenant un air sérieux et déclama d’un ton suffisant « C’est cela même et Siegfried s’est laissé embrassé par cette fille devant tout le monde ! C’était vulgaire… ! »
Sur ces quelques mots, Albérich reprit son attitude habituelle et exigea son petit déjeuner.
« Dépêchez-vous, bande de feignants, j’ai faim ! »
Le petit personnel se hâta de satisfaire à sa demande. On lui apporta du lait chaud, du fromage, du pain et quelques fruits. Phoebus et Brunehilde se tenaient face à lui et le regardaient d’un air réprobateur.
Albérich « Quoi ? Qu’avez-vous à me fixer de la sorte, tous les deux ? »
Le visage de Brunehilde se ferma « Je peux savoir ce que vous ont fait ces gens pour que vous soyez aussi désagréable ? Heureusement que vous êtes de bonne humeur ! »
Albérich « Ce sont des domestiques, il sont là pour obéir aux moindres de mes désirs, je n’ai pas à être aimable ! »
Brunehilde « Si vous étiez à leur place, vous aimeriez que l’on vous traite de la sorte ? »
Albérich « Je ne suis pas à leur place, la mienne me convient parfaitement ! »
Phoebus le toisa de son regard froid « Laisse moi vous te rappeler que je n’arrête pas de raconter à la princesse Hilda et à toute sa suite que tu fais des efforts pour vous améliorer. Tu as la mémoire courte on dirait ! Souviens toi pourquoi elle t’a bannit du Royaume ? »
Albérich dédaigneux « Et alors, je ne vois pas le rapport avec ces… Petites gens ! »
Phoebus « Je suis en train de faire de toi quelqu’un de meilleur ! Tout au moins en apparence ! Si tu pouvais y mettre un peu du tiens, ça m’aiderait ! »
Albérich entre deux bouchées « Et qu’est ce que cela m’apportera ? »
Phoebus persuasif « la confiance de ta souveraine et l’aboutissement de tes projets ! »
Albérich trouvait l’idée déplaisante mais la perspective de revenir complètement dans les bonnes grasses d’Hilda de Polaris le séduisait assez. Il lui serait alors plus facile de réaliser ces ambitions.
« Très bien que dois je faire ? »
***
L’après midi s’annonçait belle et après leur entraînement, Phoebus eu l’idée d’amener Albérich dans un village avoisinant la demeure afin d’amener des victuailles au peuple qui souffrait du froid et de la faim. Cette année encore, les récoltes avaient été maigres et les paysans qui travaillaient la terre souffraient de ce manque. La pêche en cette période de l’année n’était pas fructueuse non plus.
Albérich dépité « Mais, qu’est ce, qu’on fait là ? »
Phoebus « Nous allons distribuer de la nourriture aux pauvres ! »
Albérich cru que son maître n’avait plus toute sa raison « Hein ? Quoi ! A ces gueux là ? Vous n’y pensez pas j’espère ? »
Phoebus « Bien sûr que si ! Tiens, passe moi la marmite de soupe, le pain, on va commencer la distribution ! »
Albérich « Sans moi ! Je n’ai rien à faire avec ces va nus pieds ! MOI, je suis de noble naissance, MOI ! Et en plus, Maître, je suis sûr qu’ils ne doivent pas se laver tous les jours. »
Albérich avait touché un point sensible chez Phoebus. L’idée d’un manque d’hygiène le rebutait au plus haut point. C’était là un de ces points faibles, en admettant que l’on puisse considérer cela comme une faiblesse. La propreté surtout chez les individus l’indisposait, les odeurs corporelles en particulier lui étaient insupportables. Il était lui-même maniaque jusqu’à l’extrême, toujours soigné et il sentait toujours bon. Durant ces quelques années d’errances, il n’avait pas hésiter à aller se baigner dans l’eau douce des rivières glacées d’Asgard, lorsque aucune possibilité s’offrait à lui pour être irréprochable. Pourtant aujourd’hui, il lui faudrait surmonter cette gêne. Son jeune élève brillait par sa perspicacité.
Mais, Phoebus lui attrapa le bras et d’un ton ferme,
« Tu restes ici ! Je veux que tout le monde puisse attester que tu étais avec moi en train de faire une bonne action et qu’ils puissent aller raconter partout que le Seigneur Albérich est un homme généreux qui se soucie de son peuple ! »
Albérich savait que Phoebus avait raison, racheter sa conduite n’était qu’une étape qui le mènerait à mettre ses sombres dessins à exécution plus rapidement que prévu. Phoebus avait des idées fantasques et risquées mais le temps lui avait donné raison et Albérich n’était plus banni du royaume d’Asgard pour l’instant. Il se disait que cela valait bien quelques petits sacrifices. « Très bien… Mais dépêchons nous, j’ai pas envie d’y rester jusqu’au Ragnarok ! »
Phoebus et Albérich s’installèrent au milieu du village. Cette arrivée suscita bientôt la curiosité de quelques paysans vêtus de haillons. Les manants hésitèrent un instant, mais Phoebus leur fit signe d’approcher. Ils s’agglutinèrent derrière une petite planche installée sur deux tréteaux où les victuailles étaient rangées dessus. Phoebus et Albérich commencèrent à organiser le partage de la nourriture. Les malheureux ne se firent pas prier et de nombreux autres vinrent grossir la file.
***
Au palais d’Hilda de Polaris, quelqu’un dans le Royaume d’Asgard ruminait sa vengeance. Siegfried se trouvait dans les appartements qui lui étaient réservés de par sa fonction de guerrier divin d’Alpha. Il s’agissait d’une vaste salle recouverte de tapisseries précieuses avec un mobilier en bois lourd. Une cheminée chauffait ce grand espace, quelques poteries artisanales posées sur la table égayaient un peu la pièce. Pensif, il s’assit dans un grand fauteuil et ressassa les évènements de ces derniers jours… Il avait crié par monts et par vaux qu’il n’était que la victime du piège qui lui avait été tendu. D’ailleurs, une prétendant qui se présente avec une armure, cela ne s’était encore jamais produit. De plus, une armure inconnue à Asgard. Cela était encore autant suspect que la victoire d’une femme sur le guerrier divin le plus puissant du royaume. Cette Frigg du Lycanthrope avait due utiliser une potion pour amoindrir ses défenses et ainsi remporter la victoire. Après, elle l’avait embrassé sans qu’il ne comprenne se qu’il lui arrivait.
Siegfried demanda qu’une enquête soit menée sur cette affaire. Il exigea que l’on ne touche à rien et que l’on regarde de plus prêt la coupe dans laquelle il avait bu. Il avait espoir que l’on puisse y retrouver des traces de substances douteuses et démontrer que l’on s’était joué de lui. Siegfried voulait retrouver sa crédibilité. Par ailleurs, il ne cessait de se remémorer l’enlèvement de la princesse Freya et les circonstances trop évidentes de son retour au palais, ajouter à cela l’arrivée miraculeuse du sombre cousin d’Albérich revenu de Grèce à ce moment là. Trop de choses se bousculaient dans sa tête. Cette nuit là, il décida de mener ses propres investigations sur les brigands responsables du kidnapping de la jeune sœur d’Hilda de Polaris. Discrètement, il donna des ordres pour que l’on se rende sur terres des Albérich et que l’on retrouve les gredins volatilisés dans la nature. Si il y parvenait, la vérité éclaterait au grand jour. Siegfried se disait qu’ils avaient certainement dus être rétribués par Albérich pour enlever Freya. Il devenait alors facile à Albérich et à son cousin de retrouver la jeune princesse et de la ramener au palais pour se voir gratifier de tous les honneurs par la souveraine d’Asgard.
« Entrez ! » ordonna Siegfried
Trois gardes au service de Siegfried entrèrent dans la pièce « Seigneur Siegfried, nous sommes à vos ordres ! »
Siegfried s’adressant à eux « Bien ! Vous irez sur les terres du Seigneur Albérich et vous obtiendrez le plus de renseignements possible sur des gredins qui sévissent dans ce coin. Elargissez vos recherches aux comtés voisins, fouillez tout le royaume d’Asgard s’il le faut ! Mais retrouvez les ! »
Peu de temps après, Syd et Hagen pénétrèrent dans les appartements de Siegfried pour s’enquérir de ses nouvelles.
Syd « Siegfried, on te dérange ? »
Siegfried « Non, entrez, je vous en prie ! »
Hagen « On ne te vois plus beaucoup ces derniers temps, tu penses toujours à cette histoire de l’autre jour ? »
Siegfried « Oublier ce qu’il s’est passé c’est au-dessus de mes forces, je ne me suis jamais senti aussi mal ! »
Syd « N’y pense plus, on fera éclater la vérité ! »
Siegfried « Comment… » Siegfried hésita avant de poser la question trop conscient de la réponse « Comment vont leurs altesses Hilda de Polaris et sa sœur la Princesse Freya ? »
Syd était ennuyé « Elles vont bien ! »
Siegfried « Dites moi la vérité tous les deux ! »
Hagen et Syd échangèrent un regard plein d’embarras. Syd préféra être honnête avec son ami
« Je suis désolé Siegfried, Hilda ne parle pas de toi et Freya ne s’aventure pas à prononcer ton nom ! »
Bien que Siegfried se doutait de quoi il en ressortait, blessé de l’apprendre, il baissa les yeux sans rien dire. Qu’est ce qu’Hilda et Freya devaient penser de lui pour ne même pas s’inquiéter de son absence.
« Merci de ta sincérité, Syd ! »
Hagen compris le désarroi de son ami et s’efforça de le réconforter un peu.
« Ne sois pas triste Siegfried ! Elles finiront par oublier cet incident, laisse leur un peu de temps ! »
Siegfried « Vous savez, si j’avais été à la place de la Princesse Hilda de Polaris, j’aurai été choqué. Quant à Freya je comprends qu’elle épaule sa sœur ! »
Hagen « Moi, ce que je ne comprends pas c’est cette fille ? Qu’est qu’elle cherchait en t’embrassant devant tout le monde, cela n’a pas vraiment de sens ? »
Siegfried « Elle voulait que je perdre ma crédibilité aux yeux des deux princesses et elle a réussi ! Je m’en veux d’avoir été aussi faible ! »
Hagen « Nul autre à ta place n’aurai pu lui résister! »
Syd « Tu crois que cette fille aurait pu être achetée par Albérich et son cousin ? »
Sigfried « Rien n’est pas impossible, avec cette maudite famille, il faut s’attendre à tout… »
Hagen tapota l’épaule du grand guerrier « Ecoute Siegfried, Je vais me renseigner sur cette Frigg du Lycanthrope, j’ai remarqué les armoiries représentant une loup-garou. Elle vit dans le royaume, je vais essayer d’obtenir des informations la concernant et on finira bien par la confondre, il ne faut pas perdre espoir ! »
Siegfried regarda ces deux comparses les yeux remplis de gratitude « Je ne sais comment vous remercier tous les deux ! »
Syd « Cela sert à ça les amis ! Je ne doute pas un instant que tu aurais certainement fait la même chose pour chacun de nous si la situation avait été inversée. »
Siegfried posa ses mains sur les épaules de ses deux compagnons « Oui en réalité, j’ai beaucoup de chance d’avoir des amis tel que vous ! »