Chapitre 4 : Regards sous le clair de lune
" - Nous tenons la fille Zeus.
- Bien Hadès. Tu as bien accompli ta mission. J'avoue que ces derniers temps tes réactions me laissaient craindre qu'il ne faille se débarrasser de toi.
- Je ne te décevrai plus.
- J'y compte bien. Bientôt Noir sera totalement anéanti, et nous auront le champs libre. Les Soldats sont décidément trop naïfs.
- Crois-tu qu'elle viendra ?
- Pour sauver sa chère amie, elle viendra ne t'en fais pas. Et là tu les tueras toutes les deux.
- Mais pourquoi ne pas s'être aussi attaqué à l'autre ?
- Et bien, c'est pour te faire passer un petit test. Ce n'est pas que je n'ai pas confiance en toi, mais tu comprendras qu'une petite marque de loyauté de temps en temps ne peut pas faire de mal.
- Oui."
Hadès baissa la tête et se retourna, l'air résigné. Il avait réussi à faire croire que Kirika était la cause de son échec à l'hôpital en se tirant lui-même une balle dans le bras, mais Zeus n'avait probablement pas été aussi dupe que le reste d'Olympe. Il le forcerai à tuer ces deux jeunes femmes, Kirika et Mireille, même si lui ne le voulait pas. Il jouait sa vie et ne pouvait se permettre le moindre échec, maquillé ou réel. Mais comment pourrait-il faire ça ? Comment pourrait-il trahir son cœur ? Se trahir ? Il regarda avec tristesse par la grande fenêtre du bureau par laquelle on pouvait voir une pleine lune rayonnante, illuminant la nuit de son feu pâle et pourtant si clair.
Mireille escalada le mur de la propriété et sauta à l'intérieur. L'immense bâtisse était au sommet d'un python rocheux entouré d'un bois de résineux que cette nuit claire faisait ressembler à d'immenses ombres sans corps. Son Walther P-99 munie d'un silencieux à la main, elle s'élança dans le bois.
" - Hadès. Elle est ici. Va chercher la fille et va l'attendre à l'amphithéâtre.
- Bien Zeus."
Un garde armé passa à quelques mètres de Mireille sans la remarquer, et la balle qui le tua fit son œuvre avant même qu'il ne s'en rende compte. Elle repris sa course entre les arbres, sous la faible lueur de lune que laissait filtrer le branches. Elle filait entre les sapins quand elle marcha sur une branche morte et glissa, dégringolant dans une pente légère mais glissante à cause des aiguilles mortes recouvrant le sol, mais réussissant à atterrir sur les genoux à l'arrivée.
" - Alerte ! Un intrus !"
Des gardes se mirent à surgir de toute part et à ouvrir le feu sur Mireille. Elle se mit à rouler sur elle-même, évitant les balles qui fusaient autour d'elle, tout en faisant feu avec une précision mortelle, puis s'appuyant sur son bras gauche, elle bondit et se rétablit sur ses deux jambes, achevant les deux derniers hommes. Elle ramassa l'arme d'un des cadavre, un SIG Sauer P228 qu'elle mit à sa ceinture, et se remit en route tandis que des voix s'élevaient déjà alentours. Soudain elle entendit des bruits venant à la fois de devant et de derrière elle. Elle s'arrêta et se plaqua contre un arbre.
" - Je vais me faire encercler ! Que faire… Du calme Mireille, que ferai Kirika dans une telle situation…"
Quatre hommes armés arrivèrent à l'arbre de Mireille, mais ils ne la virent nulle part.
" - Bon sang mais où elle est ?
- Je suis sûr qu'elle était là !
- Elle est vraiment si forte que ça ?"
Quatre sifflements retentirent et les quatre têtes furent percées d'une trou sanguinolent. Mireille sauta de la branche dans laquelle elle s'était dissimulée. Elle mit un chargeur neuf dans son P-99 et repartit dans sa course à travers le bois. Elle passa prêt d'un buisson sur lequel elle tira deux coups de feu sans s'arrêter, faisant s'effondrer deux corps. Courant, sautant, esquivant et tirant sans plus s'arrêter, elle tuait à chaque balle utilisée.
" - Zeus.
- Arès. Qu'y a-t-il ?
- Elle vient de sortir du bois et se dirige vers l'amphithéâtre. Elle a…
- Elle a quoi Arès ?
- Elle a abattu vingt-trois hommes.
- Je m'en doutais un peu. Ça ne fait rien. Joue le rôle que je t'ai donné.
- Bien Zeus."
Au centre de l'amphithéâtre, Hadès tenait en joue Kirika qui était à genoux, pieds et poings liés. Il attendait patiemment que Mireille les trouve, afin que se joue le dernier acte. Mais il hésitait toujours quant à la marche à suivre.
" - Dites. Athena. C'était votre sœur c'est ça ?
- Tais-toi petite.
- Mais je voulais juste…
- Juste quoi ?
- Vous demander pardon. C'est moi qui l'ai tué, pas Mireille ! Laissez là et tuez moi ! Ainsi vous aurez votre vengeance !
- Tu ne comprends pas. Je ne fais pas ça par vengeance. Je n'ai pas le droit d'agir par vengeance. Zeus ne me le pardonnerai pas.
- Mais vous avez déjà épargné Mireille.
- Je… Tais-toi. Sinon je te tue sur le champs."
Il serra les poing tout en fermant les yeux. Sa sœur était morte, et bientôt il y aurait d'autres cadavres, peut-être même lui. Alors qu'il était plongé dans ses mornes pensées, il entendit un bruit de pas et rouvrit les yeux, voyant celle qu'il attendait.
" - Relâche là !"
Mireille était en haut des gradins de l'amphithéâtre, son pistolet braqué sur Hadès. Son regard se voulait décidé, bien qu'une pointe d'hésitation aurait été décelable à qui aurait pu mieux voir ses yeux dans cette nuit claire.
" - Mireille. Tu es habile, mais pas assez pour m'empêcher de l'abattre. Jette ton arme. Sinon tu verras sa cervelle se répandre sur cette scène. Je compte jusqu'à trois !"
Mireille serra les dents de rage. Il avait raison. Même touché, il aurait le temps de la tuer. C'était un professionnel. Mais si elle avait pu voir ses yeux, elle l'aurait vu encore plus indécis qu'elle.
" - Un."
Kirika. Elle n'allait pas la laisser tuer après tout ce qu'elles avaient traversé. Elle n'en avait ni l'envie ni le droit. Et elle repensa à leurs précédentes rencontres. Comment un homme comme lui, avec ce regard, pouvait-il faire une chose pareille ?
" - Deux."
Mais elle avait perdu. C'était de toute évidence la fin de Noir. Elle devait se rendre, bien qu'elle sentait, sans le voir, le regard de Kirika l'implorant de tirer.
" - Tr…
- Arrêtes. Je me rends.
- Mireille ! Non !
- … Très bien."
Elle perçu nettement la voix d'Hadès qui se brisait alors qu'elle venait de jeter son P-99 au sol.
" - Descends."
Elle s'exécuta, rejoignant Hadès et Kirika au centre de l'ancien édifice de spectacle. Il la fit arrêter à quelques mètres de lui, et braqua son arme vers elle. Il la regarda droit dans les yeux, mais à cette distance, avec la lune, ils se voyaient presque aussi bien que s'il avaient été en journée par un temps couvert. Ainsi tous deux virent ce que le miroir de l'âme de l'autre exprimait. Elle y lu tout l'amour qu'il avait pour elle. Il y lu tout l'amour qu'elle avait pour lui. Hadès baissa son arme sans quitter Mireille du regard. Celle-ci resta interdite.
" - Je ne peux pas te tuer.
- C… Comment !?
- J'ai fait mon choix Mireille."
D'un geste fulgurant, il tira sur les liens de Kirika, lui libérant les mains, puis se projeta en arrière, évitant la balle qui lui était destiné. D'une autre balle il libéra les jambes de la japonaise, et en même temps qu'il sautait pour éviter un second tir, il lui lança son Beretta qu'il avait conservé sur lui. Une voix s'éleva du haut des gradins, profonde et sinistre.
" - Ainsi tu nous trahi bel et bien Hadès. Et bien meurt avec celles que tu as choisi de protéger des foudres de Zeus !"