
Chapitre 1
Habillée d'un ensemble prune, une jeune femme monta dans le véhicule garé devant le bâtiment en vieilles pierres dans lequel elle venait d'avoir un entretien avec l'homme le plus puissant du pays.
A quelques mètres de là, une ombre qui à première vue n'avait rien de particulier, observait le déroulement de la scène d'un œil intéressé.
Ramenant le col de son pull près de sa bouche, elle murmura quelques mots dans le micro accroché aux fibres de son vêtement.
L'instant d'après, elle allumait une cigarette et la portait à ses lèvres.
"Boucle d'Or sort. Préparez-vous à l'action".
Au même moment, une silhouette dans la nuit désactivait son oreillette et sortait de la ruelle dans laquelle elle s'était cachée en attendant les ordres.
Ses cheveux blonds cachés dans un bonnet noir, il déplia le plan qu'il gardait dans la poche de son pantalon noir et consulta rapidement sa prochaine destination. Il y serait dans cinq minutes. Peut-être moins s'il courait.
Elle observait le défilement des vieux bâtiments d'un œil morne et désintéressé à travers les vitres teintées de la voiture tandis que le chauffeur, un homme brun aux petites lunettes rondes et noires, suivait calmement le trajet menant à l'ambassade.
La berline bifurqua soudain sur la droite et quitta le quartier administratif pour s'enfoncer dans des ruelles peu fréquentées. Après avoir emprunté un dédale de rues plus calmes les unes que les autres, il finit par atterrir dans l'un des quartiers populaires de la ville.
La jeune femme s'agita sur son siège et toqua à la vitre de séparation pour que le chauffeur l'abaisse.
-Que faisons-nous ici? Nous n'empruntons pas du tout la direction prévue. Les ambassades sont au Sud pourtant nous virons plein Nord.
Sans se l'avouer, elle s'inquiétait. On lui avait longuement répété qu'elle serait la cible de certaines organisations terroristes qui voulaient renverser le gouvernement actuel. On lui parlait d'une dictature à Konoha mais elle avait toujours refusé de penser en ce sens, trouvant cela ridicule. Elle avait vu en Mr Sarutobi un homme sage et avenant qui en savait plus sur son pays que bien des gens. Voilà l'idée qu'elle s'en était faite et elle avait toujours suivi ses intuitions. De plus, elle croyait au dicton "toujours se fier à sa première impression."
-On m'a signalé un accident sur l'avenue principale. Il s'agit uniquement d'un détour pour arriver plus vite.
Tandis qu'il relevait la vitre, elle poussa un soupir de soulagement et lissa sa jupe d'un mouvement machinal.
A loisir, elle put observer la décadence de ces rues sales et délaissées. Le désastre qui y régnait.
Un jeune vendeur de journaux à la voix encore fluette hurlait la une en se faisant bousculer par des passants pressés de regagner leurs logements après s'être arrêtés plus longtemps que prévu au bar du coin.
Des affiches arrachées de moitié ornaient les murs crasseux des immeubles délabrés et des hommes traînant sur le trottoir jonché d'immondices sifflaient les femmes de passage allant parfois jusqu'à les suivre et à aventurer sur leurs fesses leurs mains baladeuses.
Quelques lampadaires, solitaires et cabossés, diffusaient leur pâle lumière, uniques traits de clarté dans cet océan de ténèbres.
Hypnotisée par ce spectacle peu glorieux, la jeune femme serrait son accoudoir d'une main légèrement tremblante.
Elle aurait presque pu voir les armes à feu et les couteaux dans les revers des vestes.
S'arrachant à cette vision de cauchemar, elle se laissait aller contre le dossier de la banquette, bercée par le roulement silencieux de la voiture.
Plus que quelques petites secondes. L'homme à la cigarette avait baissé la visière de sa casquette sur ses yeux et suivait depuis son oreillette et le petit écran qu'il tenait dans sa main, le bon déroulement de l'opération. Avec l'émetteur que le chauffeur gardait sur lui, il pouvait suivre le trajet qu'empruntait la voiture sans problème tout comme ses collègues.
A première vue, il tout se déroulait parfaitement.
Descendant les escaliers qui menaient à la station de métro la plus proche, il coupa ses appareils et les rangea dans la poche de sa veste noire.
Il y avait des caméras partout, désormais. Pire qu'une émission de télé-réalité.
Trente secondes plus tard, la voiture empruntait à nouveau une ruelle sombre. Elle s'arrêta brusquement, ses pneus crissant légèrement. Ils étaient dans une impasse.
La passagère regarda autour d'elle, l'angoisse se peignait peu à peu sur son visage.
L'homme coupa le contact et ne lui prêta aucune attention quand elle cogna vivement contre la fenêtre de séparation.
Sa peur laissait place à une vive terreur. Le coin était désert. Il faisait nuit et les gens avaient coutume de se taire quand il y avait un problème. Une entente ancestrale. Des yeux qui voient, des oreilles qui entendent des murmures dans les coins sombres mais pas de témoins. D'ailleurs qui aurait pu l'entendre? La voiture était totalement insonorisée.
-Où est-ce qu'on est? demanda-t-elle machinalement.
Elle tenta d'ouvrir la portière mais celle-ci se révéla bloquée de l'intérieur. Impossible d'ouvrir les vitres, leurs commandes se trouvaient dans l'habitacle du chauffeur. Elle était prise au piège.
Comment aurait-elle pu savoir ce qui pourrait arriver? Aurait-elle dû vraiment se méfier d'absolument tout?
D'un geste désespéré, elle commença à frapper à la vitre dans l'espoir impossible de la briser mais c'était peine perdue. Son poing se rougit contre la surface froide du verre qui engourdit légèrement ses doigts fins et manucurés.
Son cœur manqua un battement quand elle vit le chauffeur sortir un semi-automatique de sa poche revolver.
Il abaissa de nouveau la vitre de séparation et se tourna vers elle, le canon de l'arme pointé dans sa direction.
-Je suis Shino Aburame.
-Que... Qu'est-ce que vous voulez?
Guidée par sa peur, sa question était sans but. Ce qu'il voulait était évident. Elle, Temari No Sabaku, l'une des premières femmes de l'état voisin, faisait partie des cibles les plus prisées pour les opposants à l'actuel gouvernement qui régissait Konoha.
-Vous êtes désormais un otage politique. Il ne vous sera fait aucun mal tant que vous coopérerez.
Il descendit de la rame qui desservait à sa destination et remonta les escaliers pour accéder à l'air libre. Ses pas résonnant sur le béton, il atterrit en plein quartier pauvre.
De hauts immeubles l'encerclaient, surpeuplés et délabrés.
D'un signe de tête, il salua quelques connaissances et alluma une nouvelle cigarette.
Repérant une blonde qui attendait près d'un lampadaire, il chassa d'un regard les badauds qui la fixaient d'un air de prédateur ayant repéré sa proie. Ils ne se doutaient probablement pas que la jeune fille cachait dans son sac en bandoulière un couteau capable de vous dépecer un ours.
-Où en est-on? Questionna-t-il tandis qu'ils reprenaient leur chemin.
-J'ai eu Naruto, il se dirigeait vers la voiture quand je l'ai appelé. Elle est aux mains d'Aburame pour l'instant. Tu penses que ça se passera bien?
-J'espère, marmonna son compagnon en fourrant ses mains dans les poches de son pantalon noir. D'après notre espion de Suna, c'est une personne intelligente. Probablement pas le genre qui crie pour rien.
-Aburame m'a envoyé un message disant qu'elle était tétanisée. Mais c'était la cible la plus facile à enlever.
L'homme ne répondit pas et avala une bouffée de sa cigarette.
Dès aujourd'hui et ce jusqu'à leur mort, ils allaient combattre pour leur liberté et entraîner au passage le destin de leur peuple dans leur sillage.
A peine Shino avait-il mis sa passagère au courant de sa position, qu'on toqua trois coups distincts à la vitre arrière à gauche de Temari.
Il débloqua la portière et un inconnu s'engouffra dans le véhicule. L'instant d'après, la voiture était de nouveau verrouillée.
-Ils sont en route, prévint le nouvel arrivant en jetant un œil scrutateur à l'otage.
La jeune femme observait l'échange avec de grands yeux effrayés.
Quel sort lui réservait-on?
Elle s'était recroquevillée le plus loin possible des deux hommes et attendait en silence la suite des évènements, sachant qu'elle ne s'en sortirait pas sans dommages.
Inutile de penser à s'échapper, ils étaient armés et n'hésiteraient pas à la neutraliser comme il se doit si elle faisait le moindre mouvement brusque.
-Qu'allez-vous faire de moi? articula-t-elle enfin alors que le nouveau venu sortait un couteau de l'étui qui pendait à sa ceinture.
-Vous le saurez en temps voulu, marmonna Naruto en rangeant son arme après l'avoir minutieusement observée. Mais si ça peut vous rassurer, nous ne vous tueront pas tout de suite. Maintenant, sortez du véhicule et ne tentez pas de vous enfuir. Nous avons des amis dans tout le quartier et aurions tôt fait de vous rattraper.
Shino les fit sortir et ouvrit le coffre par la même occasion.
Deux jerricans d'essence étaient entreposés à l'intérieur. Cherchant son briquet dans la poche de son pantalon, il sentit ses doigts se refermer sur une forme froide et rectangulaire.
-Finis le boulot le plus loin possible d'ici. On doit avoir un maximum de temps d'avance par rapport à eux. Surtout ne te fais remarquer par personne.
Shino hocha la tête tandis que Naruto liait fermement les poignets de la captive qui pour l'instant ne cherchait à opposer aucune résistance, sachant pertinemment que ça ne servirait à rien.
Le blond enleva son bonnet et le lui enfonça sur les yeux. Si jamais elle restait en vie, il ne fallait pas qu'elle se souvienne du chemin qu'ils allaient emprunter.
C'était une femme intelligente qui reprenait vite le contrôle de sa personne.
L'observant, il s'autorisa un sourire. Elle avait déjà cessé de trembler. Déjà, tous ses sens étaient aux aguets.
Elle était rudement jolie en plus. Dommage qu'il faille mettre fin à ses jours une fois l'opération terminée. Bien qu'en cas d'échec, ils devraient sensibiliser la population au sort de leur victime.
-Vous n'obtiendrez rien de moi, informa-t-elle d'une voix qui se voulait neutre.
-Si vous saviez le paquet de gens qui nous a dit ça, répondit le garçon d'un ton espiègle tandis que la voiture reculait pour sortir du cul-de-sac, mais c'est fou ce que les langues peuvent se délier une fois qu'on leur a collé un flingue sur la tempe.
L'empoignant par le bras, ils se dirigèrent vers une porte en piteux état qui poussa un grincement plaintif lorsque Naruto l'ouvrit après avoir fait tourner une vieille clé rouillée dans la serrure.
Ils se retrouvèrent dans un vestibule aux odeurs de moisi. Les lattes du parquet grinçaient quand elles n'avaient pas été arrachées, le papier peint était décollé par endroits et la seule ampoule qui aurait pu les éclairer, claqua quand Naruto appuya sur l'interrupteur.
-Nous voilà bien, grogna-t-il en poursuivant son chemin dans l'obscurité, tenant toujours Temari par le bras.
Promenant sa main sur le mur de droite, il finit par sentir une surface en bois, dure et humide et, cherchant à tâtons, ses doigts enserrèrent finalement la boule froide en cuivre d'une poignée de porte.
Il sortit de la poche de son pantalon de toile noire une autre clé, tout aussi vieille que la première et déverrouilla la porte.
Perdue dans un univers plus ténébreux encore que le monde extérieur, Temari mémorisait le moindre son. Elle entendait tout. Percevait tout. Jusqu'à cette éternelle goutte d'eau qui tombait dans une flaque. Leurs chaussures résonnaient sur le béton froid et crasseux de l'escalier et leurs souffles se faisaient écho.
Rien ne lui échappait. Pas même le nombre de marches qu'elle s'était mis à compter pour se donner une idée de la profondeur.
Et quelle profondeur! Arrivée à plus de cinquante, son tortionnaire la traînait encore plus profondément. Qu'avait-il l'intention de faire? L'enfermer? La violer?
L'une n'empêchait pas l'autre et encore moins une troisième réponse, plus sombre encore, qui l'empêchait de crier et de se montrer récalcitrante.
Vérifiant que personne ne pouvait les voir, il écrasa sa cigarette et souleva la plaque d'égout qui se trouvait dans l'arrière-cour d'un immeuble désaffecté dans lequel subsistait seulement une libraire miteuse au rez-de-chaussée tenue par un type louche qui, moyennant quelques menus services, gardait le silence et surveillait la rue de son magasin pour eux.
La fille passa avant, prenant garde à sa longue jupe noire.
Après une longue descente où elle posait un à un ses pieds sur les barreaux glissants d'une échelle défectueuse, elle finit par ne plus rien sentir sous ses chaussures et sauta les derniers centimètres qu'il lui restait pour atteindre le bitume des égouts.
A son côté s'écoulaient les eaux putrides. Paisibles, tranquilles. La surface parfois troublée par un rat au museau frémissant et quelques déchets quelconques jetés dans le caniveau.
Quelques secondes plus tard, l'homme la rejoignait, silencieux, les sourcils froncés. Il porta instinctivement la main à son arme dès qu'il eut mis les pieds à terre. Redressant la visière de sa casquette, il consulta son écran et maugréa. Pas de réseau possible de ce côté. Mais il savait que Shino ferait du bon boulot.
-Une fois qu'on l'a, qu'est-ce qu'on fait? demanda la fille alors qu'ils parcouraient l'un des nombreux embranchements de cette cité souterraine.
-A ton avis? On va l'interroger. Il faut qu'on réunisse un tas d'informations sur No Sabaku.
-Qui va s'en charger? Toi?
Il acquiesça et fourra ses mains dans ses poches en maugréant, regardant droit devant lui.
Temari avait mal aux pieds avec ses chaussures à talon. Elle n'avait aucune idée de la durée de la "promenade" ni de l'heure qu'il devait être. Tard probablement.
A côté d'elle l'écoulement des égouts la faisait tourner de l'oeil.
Elle avait l'impression de marcher depuis plus d'une heure, pourtant ça ne devait pas faire quinze minutes qu'on la traînait dans un endroit dont elle n'avait connaissance.
La jeune femme n'avait plus la force de réfléchir. Elle était épuisée. Ce type la tuait à petits feux et elle savait qu'une fois arrivée à destination, elle ne pourrait prendre un ni bain ni se coucher dans un lit douillet chauffé au préalable par une bonne; et encore moins déguster un bon dîner devant une télé ayant le satellite.
A la place, elle aurait probablement une cellule ou un placard miteux dont elle ne pourrait s'échapper. Ce n'était pas un quotidien très rose qui l'attendait.
Elle ne savait pas pourquoi elle prenait les choses avec autant de calme. Peut-être parce qu'on lui avait suffisamment rabâché les oreilles avec les organisations voulant renverser un gouvernement qui lui semblait pourtant stable et bien mené. On le lui avait dit maintes et maintes fois, en tant que soeur du chef du pays voisin, elle ne risquait rien tant qu'elle coopérerait.
Ces primates allaient sans doute la torturer pour des informations qu'elle n'avait pas. Mais elle était forte, elle s'en sortirait. Ou du moins le croyait-elle.
Une chose lui faisait penser qu'ils n'étaient pas très intelligents. Ils n'avaient pas cherché à savoir si elle avait un émetteur définissant sa position aux autorités.
- Pour qui travaillez-vous?
Elle formulait ses questions à intervalles réguliers avec le fol espoir qu'il finirait par lui répondre. Ce qu'il ne fit pas.
- Avez-vous la moindre idée de la portée de cet enlèvement? Cela va avoir de lourdes répercussions!
Naruto ne put retenir un ricanement.
-Vous expliquerez tout ça à la tête du groupe. Moi ça me parle pas votre charabia.
Il accéléra le pas et, retenant un gémissement de douleur pour ses pieds souffrant déjà mille mots, Temari en fit autant, maudissant le garçon sur dix générations.
Ils finirent par s'arrêter et Naruto ouvrit une nouvelle fois une porte qui sembla plus récente que celles qu'ils avaient déjà passées.
Il inséra la clé avec une certaine facilité malgré l'endroit peu éclairé et fourra sa prisonnière à l'intérieur sans ménagement après avoir poussé le battant de fer.
Cette fois ils remontèrent et l'odeur suffocante des eaux usées laissa place à celle du moisi et du renfermé.
La remontée ne fut pas aussi longue que la descente. Il s'arrêta bien avant.
Frappant contre une dernière porte à droite de l'escalier, Naruto attendit qu'on veuille bien lui ouvrir.
Il savait que le "exit" éteint au-dessus de la porte était un leurre et qu'il permettait de voir, à travers un trou qu'ils avaient fait dans le mur, qui voulait entrer.
Un parfait trompe-l'oeil.
Il entendit le bruit d'une barre de fer qu'on enlevait de ses supports et qu'on posait sur le côté puis le cliquetis singulier d'une serrure qu'on tournait.
La lourde porte de métal tourna sur ses gonds parfaitement huilés.
Naruto entra, précédé d'une Temari qui sentait la peur venir lentement en elle comme une bête implacable.
On referma derrière eux et deux mains la plaquèrent contre le mur avant de la fouiller, à la recherche d'armes dissimulées dans son ensemble.
-Tu ne cherches pas les émetteurs? demanda le blond en s'essuyant le front.
-On fera ça quand on l'interrogera, répondit l'inconnu en retournant sa victime et en lui enlevant son bonnet.
Il sortit un long couteau de sa poche et le plaça vivement contre sa gorge, son regard rivé dans le sien.
Temari sentit son souffle s'accélérer et tenta de se dégager, ses liens lui tordant les poignets.
-Pas un geste et tout ira pour le mieux, murmura l'homme d'une voix grave et rauque.
Les grands yeux de Temari le scrutèrent, écarquillés. Il avait un regard perçant et ses cheveux d'un brun touffu tombaient devant ses yeux. Sa bouche s'entrouvrit légèrement et elle retint une exclamation de terreur quand elle vit des canines plus longues que la moyenne.
Elle hocha lentement la tête, les yeux rivés sur ses dents. Non, ses crocs.
L'impression qu'il lui déchirerait la gorge comme si c'était un morceau de viande l'habitait toute entière.
Un grondement à ses pieds la força à baisser les yeux et elle remarqua un énorme chien qui la fixait d'un air méfiant.
-Met-la dans la cellule du fond, dit enfin le brun en retirant son arme de sous sa gorge.
Il lui remit le bonnet sur les yeux et elle se sentit emmenée une nouvelle fois avec empressement. Les yeux obstrués, elle ne percevait une nouvelle fois plus que des sons. Encore et toujours des sons.
Si ça continuait elle allait devenir dingue.
A présent dans l'antre du monstre, elle cédait peu à peu à la panique.
Ces portes qui se fermaient et s'ouvraient. Ces voix qu'elle entendait. Le bruits des pas sur le sol.
Et ce futur qu'elle ne pouvait préciser clairement.
Une phrase assassine se répétait alors lentement dans sa tête: "je vais mourir, je vais mourir"
Les murs étaient étroits et sombres, éclairés par de faibles lumières accrochées aux murs impersonnels et froids.
Et encore une porte. Une de plus.
On lui arracha le bonnet et elle fut jetée dans une petite pièce obscure. L'air humide lui donna la nausée mais, serrant les dents, elle se fit un devoir de ne pas vomir.
"Je m'en sortirai" Pensa-t-elle en sentant pourtant les prémices d'une crise perler aux coins de ses yeux.
Elle ravala ses larmes inutiles et se recula contre la porte pour faire le tour de la cellule qu'elle ne pouvait percevoir de ses yeux.
Parcourant la geôle de sa main qu'elle promenait sur le mur, elle en fit rapidement le tour et se retrouva bien vite à son point de départ.
Une chaise branlante dans un coin, un matelas dans l'autre. Voilà à quoi se résumait l'ensemble des meubles de la pièce.
S'asseyant sur la chaise, elle sentit sa gorge se nouer et la peur la fit trembler de tous ses membres.
Elle était otage. Otage.
Séquestrée par des cinglés parce qu'elle était la soeur de Gaara No Sabaku. Juste pour ça. Pour ses foutus liens de parenté.
Temari en était encore à ses réflexions quand la porte s'ouvrit, révélant dans la lumière du couloir, une personne qui lui sembla aussi noire que sa peau était pâle.
-Qui êtes-vous? Et je suis où moi?
Il referma la porte et alluma la lampe à huile qu'il tenait dans la main et qu'il porta à hauteur du visage de la demoiselle.
- Ici c'est moi qui pose les questions, déclara-t-il dans un souffle glacial.
- Et si je ne veux pas y répondre? Répliqua-t-elle d'une voix légèrement trébuchante, usant de sa dernière goutte d'insolence et de rébellion.
Une puissante gifle lui répondit la faisant tomber de sa chaise face contre terre. La tête lui tourna et du sang se mit à couler lentement de sa lèvre entrouverte.
-Croyez-moi, siffla l'étranger en s'accroupissant à sa hauteur. Vous allez vouloir.
Elle voulut se relever mais, empoignant sa nuque, il l'obligea à garder sa position initiale.
Cet homme allait la tuer.
Assis sur une caisse près de l'entrée, le gardien caressait lentement le pelage beige de son chien tout en attendant le retour des deux derniers manquant à l'appel.
Quelques coups frappés au battant de fer le firent sortir de la torpeur dans laquelle il avait commencé à sombrer et, après un rapide vérificatif de l'identité des nouveaux arrivants, il enleva la barre et déverrouilla la porte.
A peine eut-il ouvert que ses deux amis entrèrent et il referma derrière eux.
-Vous en avez mis du temps, fit-il remarquer tandis que la jeune fille attachait ses cheveux en une longue queue-de-cheval blonde. Le garçon se débarrassa enfin de sa casquette et s'alluma une énième cigarette.
-Tout le monde est là?
Il souffla lentement la fumée et attendit la réponse.
-Naruto est arrivé avec la fille y'a pas dix minutes.
-Très bien. On l'interrogera demain.
L'autre fronça les sourcils.
-T'es sûr? Sasuke est déjà en train de la passer à tabac. C'est Tayuya qui me l'a dit en passant.
Son compagnon tira une nouvelle fois sur sa cigarette et la jeta sur le sol. L'écrasant du pied, il partit d'un pas rapide dans la direction du couloir des cellules.
-Combien de fois faut le dire?!Marmonna-t-il sans s'arrêter. Aucun prisonnier avec ce taré!
-Comment... Nom de Dieu! Shikamaru!
Mais ce dernier avait déjà tourné au bout du couloir sans prendre la peine de l'écouter.
- Qu'est-ce qu'il voulait que j'y fasse?
La blonde haussa les épaules, son regard bleu ciel braqué sur lui.
Une gifle s'abattit de nouveau sur la joue déjà rouge de Temari.
-On recommence, fit Sasuke d'une voix calme en lui empoignant le menton pour qu'elle lève son visage vers lui.
La jeune femme pleurait à n'en plus pouvoir. Le visage baigné de larmes, elle le suppliait de ses yeux rouges de la laisser tranquille, la gorge trop nouée pour qu'elle puisse émettre le moindre son.
-Avez-vous eu connaissance du tragique accident qui a bouleversé Konoha il y a de ça une quinzaine d'années?
Aussi tremblante qu'une feuille, elle hocha la tête.
Agenouillée sur le sol, ses jambes ne lui répondaient plus. Il la dominait de toute sa glaciale stature, prêt à l'écraser comme un vulgaire insecte.
-Savez-vous qui...
-Arrête Sasuke. Laisse-la, elle ne pourra rien te dire.
Shikamaru se tenait dans l'embrasure de la porte, l'arme au poing.
-Allume-toi une clope, Shikamaru, grogna le plus glacial des deux d'un ton narquois. Et occupe-toi de ce qui te regarde, ajouta-t-il d'un ton plus menaçant.
-Sors immédiatement et va chercher Ino pour qu'elle répare tes conneries. Fais ce que je te dis ou tu sais à qui tu devras rendre des comptes.
Sa voix était calme mais ils étaient à deux doigts de frôler la catastrophe. Le moindre faux-pas de la part de Sasuke pouvait faire échouer la mission.
-Maintenant, conclut Shikamaru.
Un instant, les deux hommes s'affrontèrent du regard et Sasuke finit par s'écarter de sa victime.
Bousculant l'autre en sortant, il partit à la recherche d'Ino.
Shikamaru appuya sur l'interrupteur dans le couloir pour éclairer la pièce d'un néon grésillant. Il rangea son arme dans son dos et ferma la porte.
Observant la jeune femme, il jugea qu'elle était dans un sale état.
Il fallait toujours que Sasuke en fasse trop.
Le souffle court, Temari tenta de se redresser, gémissant sous l'effort.
Shikamaru ne l'aida pas, plongé dans toutes sortes d'analyses pour essayer de voir où on pouvait planquer un émetteur.
Après une énième tentative pour se relever, la jeune fille, se laissa retomber sur le sol, au bord de la crise. De nerfs. De larmes.
Elle voulait rentrer chez elle. Elle en avait marre de ce pays.
-Foutez-moi la paix, souffla-t-elle d'une voix enrouée. J'ai rien à vous apprendre.
Elle leva son visage tordu de douleur vers lui.
-Laissez-moi partir, supplia-t-elle.
Essuyant du revers de la main, ses larmes qui coulaient en abondance, elle était désespérée de voir qu'il ne lui accordait même pas un regard.
-Déshabillez-vous, dit-il enfin, toujours indifférent.
-Pardon?
Son coeur avait manqué un battement. Il allait la violer? Ce porc ne valait pas mieux que l'autre. Et dans cet état, elle ne pourrait rien lui opposer.
-Ne me faîtes pas répéter, soupira Shikamaru en s'adossant contre le mur. Et levez-vous.
Voyant qu'elle ne bougeait pas, il leva les yeux au plafond et avança la chaise branlante dans sa direction.
Elle se hissa tant bien que mal et s'assit dans un ultime effort. Se mordant l'intérieur de la joue pour retenir de nouveaux sanglots, elle enleva ses chaussures et ses bas, déboutonna sa veste de ses doigts écorchés, passa son tailleur par ses jambes fatiguées et ouvrit sa chemise.
-Enlevez tout, ajouta-t-il sans s'attarder sur les courbes déjà visibles de la jeune femme.
Temari ferma les yeux à en avoir mal et fit glisser sa chemise de ses bras. Dégrafant son soutien-gorge, elle le posa près de sa chemise et enleva sa culotte.
Humiliée, elle souhaitait que quelqu'un ait l'indulgence de la tuer pour achever son calvaire.
-S'il vous plaît...
Sa prière n'était que du vent. Shikamaru s'avança vers elle et la détailla.
Il s'agenouilla et, lui soulevant les pieds, les examina. Aucune trace de technologie.
Faisant le tour, il étudia son dos, ne trouva pas de fibres plastiques dans ses cheveux et se retrouva une nouvelle fois face à elle. Posant ses mains sales sur ses cuisses nues, il scruta chaque traits de son visage, à la recherche d'un quelconque émetteur.
Fronçant les sourcils, il avança sa main vers ses lèvres mais voyant qu'elle les gardait résolument closes, il soupira pour la deuxième ou troisième fois.
-Ouvrez.
Temari relâcha l'intérieur de sa joue qu'elle mordait encore et obéit lentement.
A peine eut-elle entrouvert les lèvres qu'il fourra deux doigts à l'intérieur et chercha minutieusement. Involontairement, elle le mordit. Levant des yeux agacés vers elle, la jeune femme lui répondit d'un haussement d'épaules qui la fit grimacer.
Il finit par trouver, coincé entre deux dents, un minuscule objet légèrement carré.
Il le retira avec peu d'efforts et, sans prendre la peine de se redresser, détailla l'objet d'un oeil expert.
-Du matériel de professionnel. Posé par un dentiste spécialisé sans aucun doute. Dommage.
Il l'écrasa dans son poing et s'écarta pour s'allumer une cigarette.
Ramassant ses vêtements, il les fouilla, à la recherche du moindre élément suspect. Ne trouvant rien de particulier, il les lui tendit et lui conseilla de se rhabiller.
Elle les prit d'un geste peu assuré et se contenta d'enfiler ses sous-vêtements et sa chemise.
-Est-ce que... -Elle chercha ses mots. Est-ce que je vais mourir ici? Murmura-t-elle, une nouvelle fois au bord des larmes.
-Oui.
Pas de "navré" ou de "il le faut". Seulement un oui clair qui la plongea dans un désarroi total. Plus de crainte d'être dans l'ignorance, pourtant, elle ressentait une terreur sans nom. Une terreur trop grande pour qu'elle pu la porter seule.
Son désir de hurler la prit en traître mais elle se retint et enfonça ses ongles dans les paumes de ses mains pour penser à autre chose.
Elle allait mourir et rien ne pourrait altérer ça.
Shikamaru sortit. Une minute plus tard, la blonde à la queue-de-cheval entrait et la soignait sans un mot.
A peine fut-elle partie à son tour que Temari appela tous ses muscles à l'aide et se leva de son siège.
Il avaient éteint la lumière en s'en allant, aussi chercha-t-elle le mur à petits pas lents et douloureux. Suivant le ciment contre ses doigts, elle finit par buter contre son matelas et se laissa tomber dessus. Ramenant la couverture sur son corps mutilé, elle s'endormit, ses songes peuplés d'innombrables cauchemars.
A suivre...
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Merci à Nyi-san et à crakers07 qui ont lu, relu, corrigé, chipoté et j'en passe XD Leur aide me fut très précieuse pour l'écriture de ce chapitre ^^
Merci de m'avoir lue.
Encens