
Son Gohan ? Mais que faisait-il là ?
Elle se releva machinalement et le regarda s’approcher du lit. Il posa au sol le sac de cours qu’il portait en bandoulière et observa un instant la jeune fille endormie. Puis, un sourire doux étirant ses lèvres, il dit :
- Salut Videl. C’est encore moi.
Encore moi ? Mais alors… Ce n’était pas la première fois qu’il lui rendait visite ?
Gohan semblait aussi calme, aussi discret qu’en classe. À vrai dire, Videl le connaissait peu : il n’était arrivé au lycée que deux mois plus tôt, et depuis la jeune fille était très occupée par ses interventions avec la police et le Guerrier Intergalactique. Il l’intriguait un peu, cependant. Pour une fois qu’un des lycéens ne semblait pas fasciné par la parenté de Videl avec Satan, cela méritait d’être souligné. Elle savait peu de choses de lui : c’était le genre réservé, distant. Beau garçon mais franchement trop sérieux. Et manifestement pas très intéressé par les filles : il avait repoussé les avances d’Erasa en lui racontant une histoire abracadabrante comme quoi il habitait à des milliers de kilomètres ! Erasa, pas toujours très futée, avait pris cela pour argent comptant, mais Videl avait parfaitement saisi que tout ce que Gohan voulait, c’était qu’on le laissât tranquille. Cela, personne ne le comprenait mieux qu’elle.
Bref, un garçon plutôt sympathique, mais qui n’avait jamais semblé s’intéresser particulièrement à Videl, ou à quiconque. Il était donc d’autant plus surprenant de le voir arriver là, dans cette chambre d’hôpital.
La jeune fille, intriguée, fronça les sourcils et vint s’adosser au mur, bras croisés, à côté de Son Gohan qui était à présent en train d’ouvrir son sac de cours :
- Bon, alors aujourd’hui nous n’avons pas fait grand-chose. Le prof de sport était absent, donc nous avons passé deux heures en permanence. J’en ai profité pour passer à la bibliothèque faire les photocopies qui te manquaient.
Joignant le geste à la parole, il sortit une imposante pochette cartonnée sur laquelle il avait inscrit, de sa belle écriture régulière, le prénom de la jeune fille.
D’accord, donc manifestement Son Gohan avait été désigné pour lui prendre les cours… D’un côté, consciencieux comme il était, rien ne manquerait à la jeune fille ! D’un autre côté, justement elle serait obligée de tout rattraper et ne pourrait jamais prétexter qu’il lui manquait des polycopiés…
Si elle revenait un jour.
Refusant de laisser à nouveau ses pensées glisser sur cette triste pente, Videl serra les poings et se concentra sur Gohan.
- Alors en anglais nous en sommes toujours au chapitre huit. Aujourd’hui le cours portait sur les compléments de temps au passé, je te ferai une fiche récapitulative. En physique nous avons fait un TP ; j’ai pris des notes détaillées pour que tu puisses suivre le déroulement des expériences. En maths c’était le contrôle sur les fonctions, et en littérature nous venons de commencer un nouveau chapitre sur le roman. Nous avons un livre à lire pour dans plus d’un mois, La petite marchande de prose de Pennac.
Gohan s’interrompit et leva les yeux vers le lit. Il sembla hésiter, puis proposa :
- Je pensais… Enfin je pensais te le lire, si cela ne te dérange pas.
Videl cligna des yeux. Comment cela pourrait-il la déranger, elle qui était dans le coma ?! Elle grogna, sans vouloir s’avouer sa gêne soudaine : il allait vraiment perdre son temps à… lui faire la lecture ? Ici, dans cet hôpital, dans cette chambre sordide ?
Gohan continua en souriant doucement :
- En fait, je suis plutôt content, car justement j’ai lu les deux premiers tomes il y a quelques mois…
Evidemment ! soupira Videl en levant les yeux au ciel. Son Gohan avait lu tous les livres !
- … et cette série me plaît beaucoup. Je me disais donc que ce serait une bonne idée. En fait, c’est le troisième tome, les deux premiers étant Au bonheur des Ogres et La fée carabine. Cela te plairait, ce sont des enquêtes policières, mais mêlées à la vie du héros, Benjamin, et de sa famille. C’est à la fois drôle, grave, romantique et plein de rebondissements. Alors, en fait dans le premier tome…
Et Videl se laissa entraîner. Elle écouta le jeune homme, un très long moment, alors qu’il lui présentait les personnages, toute la famille Malaussène. Ses résumés étaient concis mais intéressants et lui donnèrent envie de lire les premiers volumes. Puis il ouvrit le troisième tome à la première page et commença sa lecture.
Videl s’était assise au sol, le dos calé contre le mur, ses jambes remontées contre elle et le menton sur ses genoux. Elle écoutait, fascinée, les mots qui coulaient des lèvres du jeune homme. Il lisait bien, de sa voix toujours douce et posée, mais sans omettre les intonations nécessaires. L’espace d’un moment, bercée par la voix de Gohan, elle oublia.
Quand il s’arrêta enfin, au bout du premier chapitre, le cœur de la jeune fille se serra. Gohan jeta un coup d’œil à sa montre et grimaça :
- Aïe, Videl, il faut vraiment que j’y aille, sinon ma mère va hurler, et puis j’ai encore tous mes devoirs à faire.
La jeune fille ferma les yeux : dans quelques instants, elle serait à nouveau seule… Gohan se leva, rangea ses affaires, remit la chaise près du mur et fit glisser son sac sur son épaule. Alors, pour la première fois, il posa sur la jeune fille un regard emprunt de tristesse et murmura :
- Je suis désolé Videl. Tellement désolé.
La jeune fille, toujours assise par terre, répondit doucement :
- Tu n’y es pour rien, Gohan, tu sais.
Le jeune homme sourit à nouveau et déclara sur un ton qu’il voulait joyeux :
- Allez, à demain Videl !
Sur ce, il tourna les talons et sortit de la chambre, refermant doucement la porte derrière lui.
La jeune fille resta bouche bée quelques instants : il avait dit… « à demain » ? Il venait donc… tous les jours ?
********************
Elle avait beau détester cet endroit, le lendemain à cinq heures du soir Videl était à nouveau dans cette chambre d’hôpital et attendait.
En effet, quelques minutes plus tard, Gohan entra à son tour et s’installa sur la chaise, près du lit. Il passa en revue l’intégralité de la journée, insistant sur les points importants vus en cours, agrémentant même son récit d’une ou deux anecdotes sur leurs camarades. Mais Videl sentait bien qu’il avait du mal à en trouver, et se doutait qu’elle en était la cause. L’ambiance devait être assez pesante en classe.
Puis Gohan reprit sa lecture et Videl ferma les yeux.
Et ainsi tous les soirs, à la même heure.
Ce trop court moment devint, sans même que Videl s’en rendît compte, la seule chose qui empêchait la jeune fille de sombrer dans la folie ou le désespoir.
Cette voix calme, douce, qui s’adressait vraiment à elle, enfin.
Les autres passaient encore, de moins en moins régulièrement. Satan venait tous les jours, mais ne faisait que pleurer bruyamment devant le lit.
Un soir, alors que la jeune fille, le cœur battant, attendait la venue de Gohan qui avait presque une demi heure de retard, elle le vit entrer accompagné d’Erasa. Le premier réflexe de Videl fut de froncer les sourcils : qu’est-ce qu’Erasa venait faire là ? Pourquoi accompagnait-elle Gohan ?
Elle réalisa immédiatement l’égoïsme de cette réaction et s’en voulut d’avoir pensé cela alors que sa meilleure amie prenait manifestement beaucoup sur elle pour lui rendre visite en ce lieu sinistre. Elle observa, les larmes aux yeux, Erasa qui se mordait la lèvre pour ne pas s’effondrer en sanglots. La lycéenne blonde gémit :
- Gohan… Je ne sais pas… Je ne sais plus ce que je dois faire… Ce n’est… tellement pas elle !
Le jeune homme la regarda et sourit tristement :
- Je sais Erasa.
- Tu viens souvent la voir ?
Videl, intriguée, fronça les sourcils. Son cœur faillit manquer un battement quand elle décela une légère rougeur sur les joues du jeune homme qui répondit un peu trop rapidement :
- Non, pas très souvent. Je suis passé trois ou quatre fois, je ne sais plus bien.
- Ah, se contenta de répondre Erasa.
Videl avala difficilement sa salive et, avec un sourire en coin, railla :
- Son Gohan, vous êtes un vilain menteur !
Les deux visiteurs restèrent un moment près du lit en silence, à observer la jeune fille endormie. Erasa fuyait du regard le visage de Videl, se rongeait les ongles en se balançant d’un pied sur l’autre.
Videl ne lui en voulait pas. Elle-même, dans des conditions similaires, aurait certainement fui tout contact et refusé de rendre visite à une amie. Elle n’aurait pas pu, trop de mauvais souvenirs imprégnaient encore ces murs tristes et sans âme. Quelque part, elle était encore plus reconnaissante à Erasa d’avoir fait l’énorme effort de se déplacer jusque là.
Mais Gohan, lui, restait surprenant. Il s’était assis sur sa chaise habituelle et regardait en souriant la jeune alitée. Aucune trace de gêne ou de tristesse dans ses yeux noirs. Il semblait habité par une foi inébranlable, une confiance aveugle qui lui dictait qu’elle reviendrait.
Videl ne faisait que dormir ; tôt ou tard, elle se réveillerait.
La fille de Satan observait, impressionnée, ce visage fin et étrangement serein. Il n’y passait une ombre de tristesse que lorsque, parfois, avant de sortir de la chambre, il s’excusait dans un murmure pour quelque chose qui n’était absolument pas de sa faute. Mais Videl avait beau le lui dire, le lui hurler, évidemment il n’entendait rien, jamais.
Erasa finit par se détourner complètement et bredouilla :
- Bon, je… Je vais y aller.
Gohan se leva et proposa :
- Veux-tu que je te raccompagne ? Ça va aller ?
Videl sentit son cœur se serrer et fronça les sourcils : pourquoi raccompagnerait-il Erasa ? Elle pouvait marcher, elle, non ? Et puis elle-même n’avait pas eu son chapitre de lecture ! Mais la jeune fille blonde sourit faiblement :
- Non, non, ça va… Tu restes ici toi ?
- Oui, quelques minutes, il faut que je classe un peu les cours que j’ai apportés.
Videl respira à nouveau, étrangement soulagée. Erasa s’éloigna après avoir fait à Gohan un petit signe de la main et la porte se referma sur elle. Le sourire du jeune homme s’élargit instantanément et il sortit du sac la pochette de cours et le livre. Il releva les yeux vers Videl et expliqua doucement :
- Erasa est partie assez rapidement, parce que c’est difficile pour elle de te voir ici, Videl. Tu lui manques beaucoup, comme à tous nos camarades. On pense beaucoup à toi, tu sais.
La jeune fille serra les poings pour s’empêcher de trembler et bredouilla :
- Je sais Gohan. Merci.
Le lycéen reprit un ton plus joyeux et entreprit de relater à Videl sa journée de cours puis, rouvrant le livre où il l’avait laissé, il se remit à lire. La jeune fille, assise par terre près de lui, laissa aller sa tête contre le lit et ferma les yeux en souriant.
**********************
- Non mais qu’est-ce que c’est que ce bouquin ?! hurla Videl, en vain bien évidemment.
Gohan semblait également consterné par le paragraphe qu’il venait de leur lire à voix haute. La jeune fille se leva et se précipita pour regarder par-dessus son épaule. Il balbutia :
- Ah bah ça alors… Il est… Il est mort ?
- Non mais ce n’est pas possible ! On ne tue pas le héros ! Et tu me disais que c’était des bons livres, policiers, humoristiques et tout et tout ? Ah bah super, merci ! C’est pile ce dont j’ai besoin !
Gohan, stupéfait, lisait et relisait le passage dans sa tête. Il releva finalement le visage vers le lit blanc, presque aussi gêné que s’il avait écrit le roman lui-même, et bredouilla :
- Je suis navré Videl… Je me doute que cela ne doit pas être le genre d’histoires que tu dois avoir très envie d’entendre en ce moment…
- Quelle brillante déduction, mon cher Son Gohan, railla-t-elle dans son dos.
- Ce n’est pas vraiment le genre de livre dont j’ai besoin moi aussi…
Elle se tut et baissa les yeux vers le visage de son camarade. La colère de Videl retomba immédiatement devant l’infinie tristesse qu’elle lut sur ses traits fins. Il ferma les yeux un instant et elle se mordit la lèvre.
Il avait réussi, ces dernières semaines, à lui faire oublier, quelques précieuses minutes par jour, où elle se trouvait réellement. Il le lui avait fait oublier en la distrayant, en lui racontant ce qui se passait au lycée, en lui parlant de leurs cours, en lui lisant ce livre qu’elle trouvait, jusque là, extraordinaire. Mais il le lui avait fait oublier également par son sourire rassurant, par le fait que lui seul s’adressait encore à elle comme si elle n’était pas déjà morte.
En cet instant, penchée sur lui, elle réalisa toute la tristesse qu’il l’habitait en réalité. Celle qu’il lui avait en fait si bien cachée jusque là.
Le cœur de Videl se serra étrangement : voir Son Gohan malheureux la bouleversait bien plus qu’elle ne voulait se l’avouer. Elle murmura :
- Gohan…
Machinalement, elle tendit la main pour lui toucher l’épaule. Ses doigts, à nouveau, ne rencontrèrent que le vide et un cri de rage s’étrangla dans sa gorge.
Mais à cet instant le jeune homme se leva, posant le livre sur sa chaise, et s’approcha de la tête de lit. Debout, parfaitement silencieux, il observa longuement ce visage endormi. Videl, toujours près de la chaise, retenait son souffle.
La voix du jeune homme, à peine audible, s’éleva à nouveau, vibrante d’une émotion étrange, d’un mélange de douleur et de colère :
- J’aurais du être là. Je sais bien ce que tu me dirais, Videl. Mais j’aurais du être là. Cela n’aurait pas du se passer comme ça.
Videl fronça les sourcils : il était totalement stupide de la part de Son Gohan de prétendre qu’il aurait pu lui être d’une quelconque utilité. Or la jeune fille était parfaitement consciente que Gohan était tout sauf stupide. Naïf, sûrement. Stupide, certainement pas.
Un sourire plein d’amertume se dessina sur les traits du jeune homme :
- Ma mère et Bulma passent leur temps à me répéter que ce n’est pas de ma faute. Que je ne peux pas tout faire, tout le temps. Mais j’ai l’impression que je… que je rate tout ce qui est vraiment important. Mon père, toi…
La gorge de Videl se serra : il avait perdu son père ? Elle se rendait compte, petit à petit, qu’elle ne connaissait en fait rien de Son Gohan. La jeune fille aussi, soudain, eut l’impression d’avoir tout raté : ils avaient passé deux mois quasiment côte à côte en classe, plusieurs heures par jour, et elle ne s’était jamais intéressée à lui. Ne lui avait quasiment pas adressé la parole. Et lui, malgré tout ce mépris, venait à présent tous les soirs passer du temps près d’elle et souffrait de son absence comme peu de monde.
Elle avait toujours eu peur de devenir une héritière gâtée et prétentieuse, elle avait toujours voulu se faire un nom par elle-même et ne pas vivre dans la gloire de son père. En fait, Videl réalisait que si, elle était bien devenue cette adolescente hautaine et imbue d’elle-même qu’elle pensait fuir. Sauf que maintenant, il était trop tard pour qu’elle s’en rendît compte.
Videl ne fit pas un geste pour essuyer les larmes amères qu’elle sentait couler sur ses joues. Elle gémit :
- Gohan arrête, tu perds ton temps ici. Je n’en vaux pas la peine.
Mais, comme pour la rassurer, le sourire si doux du jeune homme revint alors sur son visage et, lentement, il éleva la main vers Videl endormie.
La jeune fille cessa de respirer : ses yeux clairs écarquillés ne lâchaient plus Gohan. Son visage aux joues soudain légèrement roses, ses lèvres entrouvertes, sa main tremblante qui glissait doucement vers elle.
Dans un geste d’une infinie délicatesse, du bout des doigts, il remit une mèche de cheveux sombres derrière l’oreille de Videl. En retirant sa main, il effleura la joue de la jeune fille et elle le vit retenir son souffle.
Il détourna le visage, manifestement bouleversé. Sa camarade sentit ses jambes trembler sous elle.
Puis, tout à coup, Gohan sembla animé d’une flamme nouvelle et, ramassant le livre abandonné sur la chaise, plongea à nouveau dans le roman, tournant fébrilement les pages, cherchant une explication, une justification à ce qu’il venait de lire. Une justification, peut-être, à bien plus que ce qui se trouvait dans le livre. Elle l’entendit murmurer :
- Non, il n’est pas mort, je suis sûr qu’il n’est pas mort. Il ne peut pas être mort.
Il parcourut quelques pages et son visage s’illumina ; il s’exclama, triomphant :
- Ah ! Voilà ! Il n’est pas mort, il est dans le coma !
Le temps sembla suspendu. Puis Gohan rougit et se gratta furieusement la nuque, alors que Videl éclatait de rire :
- Ah mais ça c’est une bonne nouvelle ! Voilà qui me rassure vraiment ! Merci Gohan !
Le jeune homme hésita… puis rit à son tour, relevant un regard penaud vers Videl :
- Ok, désolé… Mais, bon, c’est qu’il reste un espoir, non ?
- Ouai, on va dire ça, répondit-elle en secouant la tête.
- Je suis sûr que le professeur a voulu nous faire passer un message en choisissant ce livre, il ne peut pas en être autrement.
- Si, car les profs sont des sadiques sans cœur. Non mais, donner à lire un bouquin où le héros tombe dans le coma à une classe dont une élève est justement à l’hôpital dans le même état, brillant ! aboya Videl.
Gohan secoua la tête :
- J’ira lui en parler, mais je suis certain qu’il a voulu nous transmettre un message d’espoir.
Elle leva les yeux au ciel en soupirant :
- Mais bien sûr !
- Bon, Videl, je dois vraiment y aller.
Le cœur de Videl se serra à nouveau. Voilà, c’était encore fini pour ce soir…
- Je tâcherai de venir demain, mais je ne suis pas sûr de pouvoir…
- Quoi ? s’indigna-t-elle.
- … car c’est dimanche et je passe la journée chez des amis dans la Capitale de l’Ouest.
Videl écarquilla les yeux : la Capitale de l’Ouest ? Il allait faire tout ce trajet pour un dimanche chez des amis ?
Il rangea ses affaires, se leva et gagna la porte. Il se retourna une dernière fois vers le lit et sourit :
- Ne t’inquiète pas, Videl. Je suis certain que Benjamin Malaussène et toi, vous vous en sortirez bientôt.
- Si tu le dis… murmura-t-elle.
************************
La première idée de Videl avait été de se rendre chez Gohan le soir même. Elle y avait déjà pensé auparavant, bien entendu, mais n’avait jamais osé. C’était rare qu’elle résistât à sa légendaire curiosité, cependant elle avait tenu bon : elle devait bien cela au jeune homme qui venait ainsi lui faire la lecture tous les soirs.
Mais là, toutes ses bonnes résolutions sur le respect de la vie privée s’étaient envolées. Elle décida cependant d’attendre le lendemain, en fin de matinée : faire irruption dans l’intimité du jeune homme le soir la gênait étrangement.
La nuit lui parut presque plus longue que jamais. Elle passa le début de matinée à s’entraîner dans sa salle de sport au manoir de son père et, à onze heures, décida qu’il était temps d’aller jeter un petit coup d’œil à ce que faisait Son Gohan.
Fermant les paupières, elle se concentra sur le visage du jeune homme qu’elle se représenta souriant et calme comme à son habitude.
Des voix enjouées d’enfants retentirent près de Videl et elle ouvrit les yeux.
Elle se trouvait manifestement dans le parc d’une luxueuse propriété. Le soleil luisait sur le dôme métallique d’une immense demeure sur sa gauche et elle fut un instant éblouie par l’éclat des rayons qui se reflétaient dans la sublime piscine à débordement près de laquelle la jeune fille se tenait à présent.
Deux enfants s’y ébattaient joyeusement en poussant des cris enjoués. Ils devaient avoir une dizaine d’années et Videl remarqua immédiatement que l’un d’eux ressemblait beaucoup à Gohan : les mêmes cheveux sombres, le même sourire innocent, les mêmes superbes yeux noirs. Le second enfant avait lui des yeux très bleus et des cheveux mauves coupés au carré ; il releva la tête :
- Allez, Gohan viens avec nous !
Videl tourna alors la tête et découvrit le lycéen assis à côté d’elle sur le rebord de la piscine. Il avait remonté le bas de son jean et laissait ses pieds tremper dans l’eau fraîche.
- Non, amusez-vous sans moi, je vous rejoindrai après le déjeuner.
Le petit garçon aux cheveux noirs s’exclama :
- C’est l’heure de manger ?
- Mais non Goten, répondit Gohan en riant. Il est à peine onze heures !
- Oh, répondirent en cœur les deux enfants manifestement dépités.
- … mais ma mère vous a préparé une collation ! renchérit une voix féminine derrière Videl.
La jeune fille se retourna et découvrit une femme qui s’avançait vers eux avec un plateau sur lequel étaient disposés des gâteaux et trois verres de ce qui ressemblait à de l’orangeade. Gohan se leva en souriant alors que les deux enfants poussaient un cri de joie.
- Merci Bulma ! s’exclama Goten.
- T’es trop forte maman ! renchérit l’autre enfant.
Videl fronça les sourcils : Bulma… Gohan avait déjà mentionné ce nom à l’hôpital. C’était donc quelqu’un d’important pour lui. Pourtant, Videl était persuadée de la connaître. La femme était grande, élancée, très belle, vêtue d’une courte jupe bleu marine et d’une chemise légère blanche sans manche. Ses cheveux bleus étaient coupés au carré, elle semblait à la fois sophistiquée et naturelle. Souriante, à l’aise, elle semblait ici chez elle, dans cette superbe propriété. Quelqu’un d’important, donc, une femme riche, connue, et…
La jeune lycéenne se figea.
Les yeux écarquillés, dans un état second, elle la regarda déposer le plateau sur une table de jardin près de la piscine. Les enfants se ruèrent dessus, engouffrant gâteaux et boissons. Gohan avala quelques gorgées en discutant le plus naturellement du monde avec cette femme qu’il semblait connaître depuis toujours.
Son Gohan. Le nouveau, le lycéen que personne ne connaissait, sérieux, réservé et, à priori, d’un milieu relativement modeste.
Son Gohan, qui tutoyait en riant Bulma Brief, la Présidente de Capsule Corporation, la femme la plus brillante et la plus riche de toute la planète.