
Chapitre 4 : Les muses et le critique
Dédié à Riany. J'ai écrit ce chapitre en pensant à toi. Je crois que les pensées de Lionel te sont adressées. Je ne tente pas de te faire la morale. J'essaie juste de te faire lire ce que je n'arrive pas à te dire.
J'ai gardé Sakura dans mes bras pendant de longues minutes jusqu'à ce qu'elle se calme un peu. Elle s'est levée, m'a remercié d'être venue et m'a demandé de partir pour qu'elle puisse aller se coucher. Alors je l'ai laissé, ne sachant pas quoi faire d'autre.
Elle ne m'a pas rappelé de la semaine, et je n'ai pas osé la contacter. J'étais encor sous le choc, je crois. On ne pense jamais que les gens autour de nous peuvent être si fragiles, ou si désemparé. Et quand on s'en rend compte, on ne peut faire que deux choses : se traiter d'idiots de n'avoir rien vu, et angoisser.
Lionel était assit dans la salle du journal et écrivait, ses notes éparpillées autour de lui. Il grognait à chaque trois mots, n'arrivant à rien qui le convenait. Son éditeur le regardait, intrigué par le comportement de son meilleur chroniqueur.
- Des problèmes, Lionel ?
- Na, répondit évasivement Lionel avant de se tourner vers lui. Dites, si jamais j'ai besoin d'une petite pause, vous me laisseriez ?
- Pause de combien de temps ? Et quand ? Demanda l'éditeur en fronçant els sourcils, déçu.
- Oh pas longtemps, juste au cas où j'ai besoin de sauter une semaine
j'ai quelques ennuies. Enfin, pas moi, la mère de ma fille. Je m'inquiète pour elle, expliqua-t-il en retournant à son ordinateur, et je veux être dispo si jamais elle a besoin de moi.
- Pas trop grave j'espère ?
- Je ne sais pas trop
- �coute, j'ai pas de problème, tu me le dis à l'avance de deux jours max et je te remplace. Ça va même sûrement attiré un peu de pub que tu manques un samedi. Tu es une vraie vedette tu le sais.
Lionel eut un sourire avant de se frotter la tête, tentant de comprendre ce qu'il avait écrit sur ses notes, lorsqu'un appel l'interrompit.
- Lionel ?
Il se leva de sa chaise pour voir par-dessus le petit muret et fut surpris de voir Daniel. Il se leva d'un bond en attrapant son manteau, faisant sursauter son patron.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda Lionel d'un ton alarmé.
- C'est Sakura
je ne sais plus quoi faire, j'ai besoin de toi.
Lionel jeta un regard à son éditeur qui lui fit signe de filer en vitesse. Lionel suivit Daniel jusqu'à son auto et fut surpris de voir Eva dans son banc, à l'arrière. Il embrassa sa fille avant de s'attacher et de se tourner vers Daniel.
- Sakura est dans un état désastreux depuis plusieurs jours, raconta Daniel en prenant le volant. Elle pleure sans arrêt, elle ne bouge plus et ne mange plus. Je ne comprend rien, et elle n'est pas capable de me parler de façon cohérente, elle pleure, elle se traite de tout les noms
même Eva ne semble pas la réjouir
tu as une idée de pourquoi elle est comme ça ?
Lionel soupira et se passa une main dans le visage, le temps d'organiser ses pensées.
- Je crois que Sakura est en dépression.
- Quoi ? Mais
Sakura est la personne la plus joyeuse que je connaisse !, s'exclama Daniel, surpris.
- Je sais, mais je crois qu'elle a tout simplement trop accumulé depuis un an et qu'elle n'en peut plus, souffla Lionel en fixant le vide devant lui. La dernière fois que je l'ai vu, elle a éclaté en sanglots et elle s'est mise à me dire combien elle se détestait pour avoir gâcher nos vies, combien elle faisait du mal à tout le monde sans être capable de leur expliquer
je crois que notre histoire l'a ébranlé plus qu'on ne le pensait. Elle sait qu'elle m'a rendu malheureux et ça la ronge par l'intérieur. Elle s'en veut aussi, pour Eva, de ne pas l'avoir désiré. J'ai voulu la réconforter mais
sur le coup, on ne trouve jamais les mots.
- Qu'est-ce qu'on peut faire ? Demanda Daniel, visiblement inquiet.
- On va commencer par lui parler un peu. Quand elle ira un peu mieux, faudrait lui proposer d'aller voir quelqu'un
j'ai peur pour elle, murmura Lionel en jetant un regard à sa fille dans le rétroviseur.
Elle regardait dehors et semblait déprimée, et il songea que sa fille était bien inquiète pour sa maman.
- Sakura ? Appela Lionel en entrant dans l'appartement.
- Lionel ?
Il se dirigea vers la chambre, d'où venait la voix. Il fit d'abord passer la tête d'Eva qui regarda, curieuse, avant d'entrer. Sakura lui sourit. Elle était couchée dans son lit, les cheveux attaché, et semblait calme.
- J'ai trouvé une fillette dans le coin, et vu sa beauté, je me suis dit qu'elle ne pouvait qu'être à toi, fit-il avec un sourire en tendant son bébé à sa mère, qui la prit dans ses bras.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? Demanda Sakura. Daniel est partit ?
- Non, il fait du thé. Il est venu me chercher parce qu'il était inquiet pour toi. Il a même mit Eva dans son siège de bébé ! Elle était complètement mal placée et attachée n'importe comment, fit-il avec un rire, mais bon, c'est un bon début.
Sakura sourit en regardant sa fille, qui jouait avec un des doigts de son père.
- Ça ne va pas mieux, Sakura ? Demanda doucement Lionel en lui caressant la joue.
Sakura le regarda et songea un instant inventer une excuse avant de baisser les yeux et secouer la tête.
- Je ne me sens pas bien, admit-elle d'une toute petite voix timide.
- Pourquoi tu ne nous en as pas parlé avant, Sakura ? Demanda Lionel en cherchant son regard. Chérie on s'inquiète pour toi.
- Je ne voulais pas vous inquiéter
Lionel l'embrassa sur le front.
- C'est idiot ça, Sakura. Tu sais bien que je m'inquièterai toujours pour rien à cause de toi, parce que tu m'es importante.
Sakura approuva, ses yeux s'emplissant de larmes. Eva bâilla et il lui jeta un regard tendre.
- Tu sais, Eva a de quoi être fière, souffla Lionel. Tu ne voulais même pas de bébé, mais elle est tellement merveilleuse qu'elle t'a fait changer d'avis !
Sakura leva la tête surprise. Elle n'avait jamais vu la chose de cet angle
- Thé chaud, attention ! Lança Daniel en entrant avec un cabaret, avec trois tasses de thé. Je n'ai aucune idée il est à quoi, alors euh c'est à essayer et à recracher sur le couvre-lit si c'est mauvais.
Sakura rigola en prenant la tasse chaude que lui tendait son amoureux. Lionel sécurisa Eva sur ses jambes pour qu'elle ne renverse pas de thé et prit sa propre tasse.
- Ça va mieux ? Demanda timidement Daniel. Je ne savais pas quoi faire pour t'aider, alors je suis aller chercher Lionel
il te connaît quand même mieux que moi.
Sakura ne dit rien et prit une grande gorgée de thé, soupirant de bonheur en sentant le liquide chaud couler dans ses veines.
- Sakura, commença Lionel, hésitant. Je crois que tu aurais besoin d'aide.
- Qu'es-ce que tu veux dire ? Demanda-t-elle, inquiète.
- Lionel et moi, on pense que tu es en dépression, Sakura, expliqua Daniel.
Sakura lui lança un regard surpris et malheureux.
- On ne blâme pas, Sakura. C'est normal d'être triste, tu traverses beaucoup de chose, s'empressa de préciser Lionel en lui caressant la main. Ça ne te ferait pas du bien d'aller voir quelqu'un ?
- Un psychiatre ? Demanda Sakura.
- Un psychologue, ou un médecin. Juste
quelqu'un a qui parler.
Sakura hésita un long moment en regardant sa tasse. Avant de parler, d'une voix faible.
- Je voudrais apprendre à être une meilleure personne. J'ai fais des erreurs, et je suis un peu perdue, alors j'aimerais pouvoir apprendre à me faire pardonner. Juste
savoir où je vais. Oui, peut-être que vous avez raison. Ça me ferait du bien de parler à quelqu'un de totalement impartiale, qui ne me connaît pas, fit Sakura avec un sourire. D'accord. Si vous pensez que ça peut m'aider, je vais le faire, décida-t-elle. Il est temps que j'arrête de rester enfermée ici, c'est pas moi ça !
Daniel et Lionel eurent un sourire, soulagés.
- Sakura est de retour, décida Sakura en prenant sa fille, qui poussa un 'wada' surpris. Et je vais commencer par aller te changer, parce que Daniel a mit ton chandail à l'envers.
Daniel rougit et haussa les épaules devant l'air moqueur de Lionel.
Sakura est allée voir un docteur, qui a diagnostiqué ce que je croyais : dépression. C'était surprenant pour tous. Sakura est une vie qui bouillonne d'énergie, toujours le sourire aux lèvres, et qui de première vue semble avoir une vie parfaite.
Mais qui sommes-nous pour connaître les sentiments des gens ? Comment peut-on s'imaginer ce qu'une personne ressent vraiment, surtout quand elle le cache ?
Souvent on s'imagine qu'il n'y a que nous qui peu souffrir, que personne d'autre ne sait ce que c'est d'être malheureux. On a souvent l'impression que tout le monde explose de bonheur sauf nous ( combien de fois est-ce que vous vous êtes promené en détestant tout le monde autour d'être aussi joyeux, alors que vous étiez de mauvaise humeur ? ).
Je croyais que Sakura avait refait sa vie sans problème, qu'elle m'avait oublié, qu'elle était allée de l'avant, et qu'elle était folle d'Eva, alors que moi, comme un idiot, j'étais coincé dans le passé à me demander pourquoi elle m'avait laissé. J'étais comme n'importe qui : je ne pensais pas qu'on puisse être plus malheureux que moi. Et pourtant
Mais d'un côté, la dépression de Sakura est bénéfique ' rien n'arrive pour rien. Je me suis rapproché de Daniel. Bien sur, au départ, ça ne semble pas si merveilleux que je me sois rapproché d'un imbécile. Mais pour moi, ça l'était. Avec Daniel de mon côté, je pourrais voir Eva et Sakura plus souvent.
Je suis bien égoïste parfois. Mais il faut ce qui faut pour atteindre nos buts.
Le mien, c'est Sakura. Et tous les moyens seront bons pour parvenir à mes fins.
- Sakura ! Hurla Tiffany en entrant chez ladite pauvre Sakura, qui échappa le biberon d'Eva sur le sol.
- Mon dieu Sakura, apprend à barrer ta porte, s'exclama Daniel, une main sur le cœur.
- Sakuuuuura ! Insista Tiffany en fonçant sur elle. Tu as lut le journal ?
- N
non, réussi à articuler Sakura alors que Tiffany lui écrasait le journal dans le visage.
- Fais-le, vite !
- Mais
je
, protesta Sakura en montrant sa fille impatiente et le lait sur le sol.
- Détail, grogna Tiffany en la repoussant. Je m'en occupe. Je dois me pratiquer, après tout ! Je vais avoir un bébé d'ici... Enfin, d'ici à ce que j'en ai un. Aller, lit !
Sakura prit le journal et s'enfuit près de Daniel, pour un peu de protection. Daniel jeta un regard à ce que Sakura lisait, et retrouva la même page dans son propre journal. C'était la chronique de Lionel.
Je me ramollis. Je deviens gentil ! Qui l'aurait cru, moi que l'on accuse si souvent d'être sans-cœur. Me voilà rendu une chiffe molle. Tout ça à cause de ma fille.
Comment avoir envie de détruire un auteur nul quand, alors que j'écris, elle est assise dans sa chaise et gazouille, me regardant avec ses grands yeux émeraudes, qu'elle a si judicieusement reprit de sa mère ? La mère en question étant en train de cuisiner, son rire merveilleux qui remplit la pièce et l'odeur qui me fait sentir chez moi.
Comment rester dur dans de telles circonstances ?! Impossible.
Il y a quelques jours, je me promenais dans la chambre de mon bébé, et j'ai remarqué qu'elle était remplie de bouquins. Sakura ' la mère parfaite de cet enfant parfais ' m'explique qu'elle fait la lecture tout les soirs à notre fille. Ça développe l'intelligence du bébé, paraît-il. Ça l'endors surtout, réplique mon ange avec un grand sourire. Qu'est-ce qui fait qu'un livre pour enfant est bon ? Est-ce qu'il doit y avoir une morale ? Des rimes ? Et ça serait bien qu'il n'endort pas le parent avec l'enfant s'il est ennuyant
Pour te rendre service, ma Sakura, toi qui en fais déjà tant pour notre petite Eva, et pour toi aussi, Tiffany, pour que tu sois prête quand ton temps viendra, voici une liste des meilleurs et pires livres pour enfant que j'ai pu trouver.
C'est bien la dernière fois que je m'autorise ça. Si j'entends encore parler d'une historie avec des animaux, je me crève les yeux pour ne plus jamais lire à nouveau !
- Ce qu'il est chou ! S'exclama Sakura. Il nous a dédié une rubrique !
- Quelle finale, fit Daniel avec un sourire amusé.
- J'étais tellement touchée que j'en ai pleuré ce matin, rigola Tiffany. Tu te rends compte ? On a notre nom dans le journal ! Et c'est le grand critique Lionel qui l'a écrit !
- Il va nous falloir des lunettes de soleil pour sortir, à présent. Il y a des milliers de gens qui nous connaissent ! Tu as vu ? Papa a écrit pour toi !
Sakura montra le journal à Eva, qui le regarda avec ennuie avant de tendre la main pour le mettre dans sa bouche.
- Un jour tu seras très émue, fit Sakura en allant s'assoire pour relire la colonne une deuxième fois.
- Sakura ?
Ils tournèrent la tête vers Lionel, qui venait d'entrer.
- Un jour tu vas te faire cambrioler ou violer, Sakura, à laisser ta porte ouverte à n'importe qui, avertit Daniel.
- Bonjour Lionel ! On vient de lire ta rubrique !
- Tu as aimé ? Demanda Lionel avec un grand sourire.
- Que oui ! C'était tellement gentil ! La pensée de toi assit dans ton salon entouré de livre coloré me hantera à jamais tant elle est drôle.
- Tu parles, j'ai cru que j'allais virer fou ! Ce qu'il y a de pratique avec les livres pour enfant, c'est que la plupart sont fait pour résister a l'eau et la bave, alors je pouvais lire jusque sous ma douche.
Ils pouffèrent de rire alors que Lionel allait embrasser Eva, qui poussait des cris excités en voyant son père.
- Qu'est-ce que tu fais dans le coin ? Demanda Tiffany
- Ah oui ! J'étais venu te proposer des dates, pour notre voyage en Chine.
Sakura rougit alors que Daniel levait un sourcil interrogateur.
- Puisque tu n'es pas là à Noël, je me suis dit que moi aussi, je pourrais voyager
alors je vais en Chine, présenter Eva à la famille de Lionel
- Oh
d'accord, fit Daniel, surpris.
Lionel lui présenta quelques horaires, et Sakura décida de partir le 19 décembre. Ils resteraient cinq jours avant de revenir au Japon pour le soir de Noël.
- Parfais. Je vais aller acheter les billets demain, pour être certain que nous ayons une place à bord. Je te les apporte dimanche.
- Parfais !
- À dimanche alors. Bye mon cœur, souffla-t-il avant d'embrasser sa fille à nouveau sur le front. Je t'aime fort, à dimanche. Au revoir Daniel, Tiffany.
Il les salua puis se dirigea vers la porte. Il ne l'avait pas encore atteint qu'Eva hurla et éclata en sanglots. Il se retourna, surpris.
- Mon dieu, s'exclama Sakura. Quelle panique ! Qu'est-ce qu'il y a, Eva ?
Lionel alla vite la revoir et Eva se calma lorsqu'il lui prit la main.
- On dirait que quelqu'un ne veut pas que Lionel parte, chantonna Tiffany.
- Mais j'ai du travail, ma chérie, je dois partir, protesta Lionel.
Il lâcha la main de la petite et se leva et elle se remit à pleurer. Il se gratta la tête, embêté.
- Zut, qu'est-ce que je fais ? Je dois absolument prendre un truc à mon journal
- Amène-la, proposa Tiffany. Je vais amener Sakura magasiner, et Daniel pourra aller écrire.
- Oui, bonne idée ! S'exclama Sakura. Prends-la avec toi pour la journée !
- Tu entends ça ? Maman ne veut plus de toi, Eve !
Lionel prit Eva dans ses bras, qui se calma rapidement.
- D'accord. Je la prends pour la journée !
Lionel soupira de joie lorsqu'il retourna à l'appartement en fin d'après-midi. Eva avait eu un succès fou au bureau, et il avait été prit là -bas toute la journée, tout le monde voulant passer un peu de temps avec elle. Il trouva Sakura assise au salon, au milieu d'une vingtaine de vidéocassettes.
- Qu'est-ce que tu fais ? Demanda Lionel en allant porter Eva dans son parc.
- J'ai décidé de classer et étiqueter toutes les cassettes que Tiffany a filmées, depuis que je suis enceinte.
- Excellente idée. J'ai bien l'intention de toutes les regarder,
- Ce qui est bien c'est que tu apparais des fois. Comme quoi je ne t'avais pas complètement effacés de nos vies
- Tututut ! Le docteur a dit : pas de reproches !
- Ah je sais, rigola Sakura en se frappant la tête. Donne-moi du temps.
- Tu imagines si tu avais une thérapeute féministe qui t'aurait monté contre moi ? '' Ce n'est pas votre faute, tout ça
c'est la sienne ! ''
Sakura éclata de rire en sortant une cassette et en y inscrivant une date.
- Ça non, jamais !
- Quand est-ce que tu as décidé de garder Eva ?
Sakura rosit et regarda les cassettes.
- C'était à la première échographie. Quand j'ai entendu le petit ''boum-boum, boum-boum'' de son cœur, j'ai réalisé que j'avais un bébé, que c'était MON bébé qu'il y avait là -dedans. Le soir j'ai appelé mon père, qui me supportais depuis le début, et je lui ai dit : '' papa, tu vas être grand-père ! ''. Il a compris tout de suite, il était fou de joie.
- Hey, je ne t'ai pas dit ça ? Stéphanie a appelé hier !
- Est-ce que vous allez vous marier ?
La question prit Lionel par surprise.
- Quoi ? Mais bien sur que non !
- Je m'étais dit que puisqu'on était séparé
- Stéphanie préfère les hommes amoureux d'elle qui n'ont pas déjà un enfant, répondit Lionel, amusé.
- Stéphanie
je m'ennuie d'elle. C'est dommage que j'ai gâché notre amitié.¸
- Hein ? De quoi tu parles ?
- Elle m'en veut à cause de ce que je t'ai fait. Depuis notre rupture, les choses n'ont jamais été pareilles entre elle et moi.
- C'est ce que toi, tu crois. Et tu te trompes. Stéphanie s'en fiche qu'on ait rompu, tant que je vois encore Eva et qu'on est amis !
S'imaginer que tout le monde nous en veut. Symptôme numéro un de la culpabilité irréfléchie.
Parce que nous, nous sommes coincés dans le passé, on s'imagine que les autres le sont encore et continuent de nous en vouloir, alors qu'en réalité ils ont tournés la page et ont tout oublié.
Ce symptôme conduit à une paranoïa malsaine. A force de croire que le monde est contre nous, on se met à vois des signes là où il n'y en a pas. Votre amie s'est achetée un lave-vaisselle alors qu'avant vous laviez les assiettes en papotant ? C'est un signe, elle ne veut plus vous parler. On rejette votre aide pour préparer le repas parce qu'il est déjà prêt et on vous propose de brasser la salade ? C'est un signe, on ne veut plus de vous.
Cette pensée vous amène à détester la personne parce qu'elle vous rejette ' du mois selon vous ' et c'est à ce moment-là qu'effectivement, un mur se force et il y a séparation entre vous et cette personne. Un mur dressé par votre faute, pour les mauvaises raisons.
Heureusement, se ne sont pas des dégâts irréparables. Il suffit d'aller tout expliquer à la personne, qui s'exclamera '' mais voyons ! Jamais je ne t'en voudrais pour ça ! Tu aurais du m'en parler ! '' et tout rentre dans l'ordre. Le plus dur c'est de faire le pas vers l'avant e se décider. Cesser de se faire des scénarios et de s'imaginer le pire.
Faut savoir se botter le cul. Ou accepter de se le faire botter.
Lionel attrapa le téléphone et composa, sous les yeux horrifiés de Sakura. Avant qu'elle ait pu lui arracher l'appareil, Stéphanie répondait. Il lui mit le récepteur sur l'oreille.
- Oui allô ? Balbutia Sakura. Euh bonjour, oui, euh
c'est
c'est Sakura.
- Sakura ? Oh mon dieu ça fait si longtemps ! Comment vas-tu ?
- B
bien, et toi ?
- Super bien ! Je viens de m'acheter un condo juste à côté de chez toi ! Comment va la petite Eva ?
- Très bien, elle grandit à une vitesse hallucinante !
- J'aimerais tellement la rencontrer. On pourrait se voir pour prendre un café tu penses ? Je veux voir ma nièce !
- C
certainement, s'exclama Sakura en souriant à Lionel, qui lui fit un clin d'œil.
S'ouvrir les yeux est extrêmement difficile, parce que souvent on ne se rend même pas compte qu'ils sont fermés. Mais une fois qu'ils sont ouverts et qu'on a fait le pas vers l'avant, la vie redevient belle, et on peut enfin regarder derrière et rire de nous. Suffit de trouver le courage pour faire ce pas, qu'il soit minuscule, ou immense.