
Caché au fond de ton regard
Epuisée par cette longue nuit, je frotte le miroir de la buée qui l’obstrue. J’y rencontre deux émeraudes étincelantes, les miens, ainsi qu’une mine sombre. Sous l’effet de la douche, mes lèvres cramoisis ressortent sur ma peau couleur pêche. D’une main, j’écarte les mèches miel trempées de mon front ruisselant, les déposant harmonieusement de l’autre côté de mon cou afin de les lisser de mes doigts fins. Je peux me le dire sans honte aujourd’hui : je suis belle !
Pourtant, je décèle de l’incompréhension dans mon iris de cristal. Une partie de moi est contre cette idée. Adolescente, j’ai toujours méprisé mon aspect physique et son importance ; c’était mon âme que je voulais élever au défaut de ce corps ingrat et repoussant. A présent, les hommes me courtisent pour ma beauté éclose.
Je suis là, face à mon reflet agréable et je ne vois rien de satisfaisant. Suis-je vraiment belle ? Je pose mes mains de part et d’autre de mon visage reflété pour m’approcher de ce regard interrogateur. J’y aperçois une autre moi-même, plus mystérieuse et enrichissante que mon être actuel. Malgré ces traits réguliers et gracieux, je me questionne sur ma vie. Ai-je vraiment voulu ressembler à ça ? Mon cœur est-il toujours aussi pur ?
Je secoue la tête sur ces éternelles questions : je dois partir au plus si je ne veux pas être en retard. J’enfile mon tailleur noir en vitesse. La chambre m’interpelle lorsque je passe devant. Là-bas, dans ce coin noir, dort profondément un corps que j’ai aimé. L’ai-je vraiment aimé ? Parfois, je me dis que j’ai cherché la sécurité en plongeant dans ses bras ; je n’ai aimé qu’une seule fois et ce n’était pas d’une personne bien. Lui, dans ces draps défaits, n’existe que pour combler ma solitude trop pesante.
Néanmoins, ce matin n’est pas un matin comme tous les autres car je me rends compte de ce qu’il représente à mes yeux : je ne souris plus à la pensée de cet homme m’attendant de ses baisers ardents ; je ne me sens plus légère à son bras. Ce matin marquera sûrement la fin de ce que nous avons été pour un lendemain de solitude plein d’allégresse.
Le réveil sonne : je vais être en retard ! Je cours, je vole jusqu’à ma voiture avec mon attaché-case. Les flics vont me coller un procès-verbal pour excès de vitesse mais c’est absolument la dernière chose qui me préoccupe dans ce bas-monde. Lorsque je gare mon véhicule dans le parking, la cloche de l’école sonne une première fois. Juste à temps ! Ni à l’avance ni en retard, je pénètre dans la salle des professeurs d’un air tranquille tout en saluant mes collègues.
-Mademoiselle Kinomoto, je suis aise de vous voir arriver. Je dois justement vous entretenir sur vos nouvelles fonctions.
-Ah ? Je croyais que la question avait été réglée, monsieur le directeur.
-Il semblerait que non, me répond-il d’un air gêné, il y a du changement.
-Du changement ? A quel niveau ? j’entame en fronçant les sourcils très contrariée par cette interpellation.
-Je sais qu’en attendant le rétablissement de monsieur Terada vous preniez en charge la troisième/quatre comme professeur principal remplaçant ; toutefois, notre préfet en a décidé autrement. Monsieur Hiragisawa, pourriez-vous vous joindre à nous, s’il vous plaît ?
« Monsieur Hiragisawa» ? Ce nom parfume la pièce de souvenirs agréables et désagréables. Devant ces yeux gris toujours aussi sublimes et ce sourire narquois, je suis submergée par un passé trop lourd à porter. Mon cœur saigne encore aujourd’hui. Ressaisis-toi, Sakura, tu n’es plus l’adolescente d’alors mais une femme ambitieuse pleine de tact et de charme. Tu n’es plus cette jeune fille timide succombant au moindre de ses désirs.
-Le préfet ne peut accepter que les élèves n’aient pas de cours de mathématique durant un trimestre entier ; il a donc engagé monsieur Hiragisawa comme professeur de mathématique remplaçant ainsi que professeur principal.
-Monsieur le directeur, je le coupe calmement, avec tout le respect que je vous dois, je suis enseignante dans cet établissement depuis deux ans et j’en connais l’administration et son fonctionnement. Je suis plus apte à remplacer monsieur Terada comme professeur principal que monsieur Hiragisawa fraîchement débarqué. Vous ne pouvez pas me retirer ce poste que j’ai largement mérité ! je termine avec ma voix implacable et froide.
-C’est pour cela que vous allez travailler en collaboration ! ajoute mon supérieur avec une pointe d’hésitation.
Il n’a jamais aimé les interpellations avec ses subordonnés. De pus, j’ai appris de source sûre que je l’impressionnais avec mes grands yeux verts. Un bon point pour moi !
-Je vous laisse ! J’ai encore des tas de documents à inspecter et à signer, dit-il avant de s’enfuir comme le lâche qu’il est.
-On dirait que nous allons devoir nous débrouiller seuls, Sakura, résonne une voix grave de mon passé derrière moi.
Je tremble légèrement ; cette voix, comme elle m’a manquée ! J’ai rêvé tant et maintes fois de nos retrouvailles, néanmoins, comme à chaque fois, il est là pour me mettre des bâtons dans les roues. Les yeux enflammés par une colère sourde, je me retourne face à mon adversaire.
-Pour vous, je suis mademoiselle Kinomoto. Ce midi, à cette table, je veux vous voir avec vos notes et vos intentions pour cette classe. Nous partagerons les fruits de notre travaille et rien d’autre, est-ce clair ? j’attaque avec mon air de lionne.
-Bien chef ! me nargue-t-il comme dans le temps. Rendez-vous à midi !
Il se penche pour attraper son sac à dos à la mode populaire. Décidément, il ne fait jamais rien comme tout le monde. Un professeur se promenant avec un sac à dos ! J’entends déjà les élèves s’éclaffer dans le couloir. En réalité, tout son accoutrement est étrange pour sa profession : jeans décontracté ; chemise non rentrée. Heureusement, il garde toujours les cheveux courts ; j’avais presque peur qu’il décide de se les laisser pousser à la mode Hippie.
Malgré tout ce que je peux dire et tout ce que je peux penser, en le voyant sortir de son air décontracté et rieur, je dois m’avouer que j’ai hâte d’être seule avec lui ce midi.
Un bon gros sandwich avalé et digéré, je suis repartie pour cette journée de folie. Les papiers éparpillés sur la table, Eriol et moi sommes en grande conversation sur l’avenir de notre classe. Nous ne sommes pas d’accord sur de nombreux points en plus de supporter ses regards dragueurs envers nos collègues féminins ; mon « associé » ne peut s’empêcher de siffler sous le passage de Tomoyo ou une autre. Croit-il vraiment que les filles vont lui tomber dans les bras avec cette technique insultante pour le beau sexe ? Il m’exaspère !
-Vous ne pouvez pas vous arrêter deux secondes de reluquer les fesses des filles ! je lâche hors de moi.
Hiragisawa me dévisage avec un regard gris interrogateur. Pour monsieur, draguer est le propre de l’homme.
-Ce que tu peux être sectaire, Sakura ! Respire de temps en temps. Si on ne peut plus s’amuser au travail quand pourra-t-on le faire ? me nargue-t-il.
-Je vous l’ai déjà dit : appelez-moi mademoiselle Kinomoto ! Je vous prierai également de me vouvoyer ; je ne supporterai pas de familiarité entre nous, je rétorque les joues rouges.
Eriol, je veux dire monsieur Hiragisawa, s’approche de moi pour me murmurer dans le creux de mon oreille :
-Je me rappelle une certaine époque où nous étions plus que familiers l’un envers l’autre.
Je suis interloquée face à un tel culot. Comment ose-t-il évoquer ce que nous avons été avec tant de désinvolture ? Je ne suis plus la jeune fille d’antan ; je suis morte le jour où…
-Le passé est mort pour moi, je murmure de la même façon.
Bizarrement, je n’ose pas l’affronter ; comme si j’avais honte de ces quelques mots prononcer du fond de mon âme. A mes côtés, je le sens s’appuyer sur le dossier de sa chaise grâce aux craquements de celle-ci. Il ne dit rien comme à son habitude. De toute façon, il n’y a rien à dire sur cette vie qui n’est plus la nôtre maintenant. Personne ne peut changer ce qui a été.
La sonnerie me fait sursauter en m’arrachant à mes souvenirs. Immédiatement, je jette un coup d’œil à ma montre : 13 heures ; le temps appartis s’est écoulé. J’attire mes papiers vers mes classeurs afin de les ranger au plus vite. Nouant mon ventre d’un sentiment oublié, une main lourde agrippe une des miennes ; me forçant à le regarder, mon collègue me tire vers lui.
-Nous n’avons plus le temps de continuer cette conversation. Je te propose de la prolonger ce soir chez moi à 19 heures. Ca te convient ? me propose-t-il.
-Pour quoi absolument continuer cette conversation ce soir ? Pourquoi ne pas attendre demain à l’école ? je contre-attaque subitement de peur d’être seule chez lui le soir.
-Tout simplement parce que j’aimerais régler cette histoire au plus tôt et que je sais que tu me refuseras l’entrée de ton petit nid d’amour, ironise-t-il en tapotant mon nez de son index. De plus, demain est un jour de congé pour moi et j’ignore quand nous pourrons nous revoir.
Malgré ma rage devant une telle impertinence, je sais qu’il a parfaitement raison. Comme pour chasser une mouche désagréable, je secoue violemment la main pour écarter ce doigt vulgaire. Je hoche la tête en signe d’approbation :
-Bien, c’est d’accord ! Donnez-moi votre adresse afin que je m’y rende.
Un large sourire dévoilant ses dents blanches, cet associé de fortune me griffonne un mini plan sur un bout de papier ainsi que son adresse. Il avait déménagé depuis cinq ans ; à cette époque, il habitait un appartement en plein centre de Tokyo ; à présent, à vue de nez, il habite un peu plus vers les faubourgs. Maison ou appartement ?
-A ce soir, Sakura ! me dit-il de sa voix mielleuse avec un clin d’œil.
-Je vous ai dit de m’appeler…
Trop tard ! Il est parti m’abandonnant à mes tourments intérieurs. Je refuse que tout recommence comme il y a cinq ans. J’ai gagné cette tranquillité d’esprit ; tu ne peux pas me la reprendre aujourd’hui.
Lorsque je pénètre dans l’appartement, le silence m’accueille comme à chaque fois. Tout résonne dans ces pièces vides : mes clés dans la coupole de verre ; le cliquetis du porte-manteau quand j’y accroche ma veste ; mes pas se dirigeant vers la cuisine. Cet espace représente mon cœur ; vide mais pourtant meubler. Dans une heure, mon compagnon serait là et il aurait faim.
Nouant mon tablier autour de ma taille, j’installe la poêle sur le feu et m’active à préparer les légumes.
Une heure plus tard, la porte d’entrée claque. Des pas bruyants retentissent en ma direction ; bientôt un baiser se pose sur ma joue en signe de salutation. Cela fait bien longtemps qu’il n’essaye plus de m’embrasser sur la bouche ni de me toucher le soir.
Il range ses affaires et installe la table sans mot dire. Les mots sont inutiles entre nous : nous savons ce que l’autre attend de nous et le rire est superflu dans ce genre de complicité. Triste par cette situation sans espoir, je remue la viande pour lui annoncer que le repas est prêt. La poêle à la main, je dépose sa nourriture dans son assiette. Puis, je m’assieds en face de lui pour déguster ce plat.
-Ce soir, je dois partir chez le remplaçant de monsieur Terada. Je dois lui fournir certains documents importants, dis-je tranchant le silence de ma voix aiguë.
-Tu ne sais pas les lui donner demain ?me demande mon compagnon.
-Malheureusement non : il est en congé demain puis nos horaires ne correspondent pas.
-Comment s’appelle-t-il ?
Un silence gêné s’installe entre nous. Il connaît Shaolan ; d’autant plus que c’est de ma séparation avec lui qu’a débouché notre propre relation. Il a une dent contre ce type immonde et il a parfaitement raison de lui en tenir rigueur. Mâchant une bouchée, je relève la tête pour affronter son regard si doux et embué. Depuis quand ne m’a-t-il plus regardée avec une telle douceur ? Quelle est cette tristesse qui lui dévore les entrailles ? Je sens quelque chose remonter à la surface en moi.
-Tu n’oses pas me l’avouer. Dans ce cas, je vais te dire son nom : Eriol Hiragisawa.
-Comment sais-tu cela ? je questionne interloquée par sa réplique.
-J’ai rencontré Tomoyo tout à l’heure. Elle professe dans la même école que toi en tant que professeur de musique, ne l’oublie pas !
-Quelle peste celle-là ! Elle ne sait pas se taire de temps en temps.
-Heureusement qu’elle est là justement, sinon je n’aurais jamais su que tu voyais Eriol ce soir. Sakura, tu es ma femme…
-Non ! Je ne suis pas ta femme ! Je m’appelle mademoiselle Kinomoto et non madame Li, Shaolan !
-Tu as parfaitement raison, mais tu n’appartiens pas non plus à Hiragisawa ! Sakura, je… Ah ! Et puis laisse tomber ! Je sais parfaitement que tu ne l’as jamais oublié ! Tu es avec moi uniquement pour me remercier de ma tendresse. Tu es si distante avec moi ; tu ne me confies jamais rien ; tu ne t’ouvres pas à moi comme tu le faisais avec lui ; tu es devenue une jeune femme aigrie. Tomoyo, elle, au moins,…
-Si tu aimes tant ta petite Tomoyo, va la rejoindre illico presto ! je le coupe la rage m’envahissant.
-Pourquoi pas ! me lance-t-il en se levant précipitamment.
Je ne suis même pas contrariée par la tournure des événements ; au contraire, je sens pointer un sentiment de soulagement à son départ. Il se lève faisant tomber sa chaise sur le parquet dans un bruit tonitruant. Shaolan me fixe de ses beaux yeux ambrés. Déformés par la colère, ses traits ne m’ont jamais paru aussi beau étrangement ; j’ai l’impression que quelque chose m’échappe dans ce regard lourd de sous-entendus.
-Tomoyo m’a toujours aimé à ma juste valeur. Je t’ai toujours respectée, Sakura, et lui non ! Souviens-t’en ! En tout cas, tu n’as pas changé en cinq ans ; à peine te fait-il signe, que tu lui tournes autour comme une chatte en chaleur en faisant ses quatre volontés.
-Shaolan ! Va-t’en ! Ne remets plus jamais les pieds ici ! crie-je en lui jetant le plat de viande à la figure.
Je halète. Ce qu’il m’a dit m’a profondément touché. La tête entre les mains, je pleure doucement sur la jeune fille incrédule que j’ai été et sur ce qu’elle a fait auprès d’un homme tel que Eriol. Shaolan et moi, nous étions bien mais il manquait cette passion que j’avais connue dans les bras de Eriol. Il me manque…
Essuyant mes dernières larmes, j’appuie sur le bouton de l’interphone. Je suis nerveuse. Je n’aime pas cet entretien en tête-à-tête. Je désire lui résister à toutes éventuelles avances mais je sais qu’au fond de mon cœur, il y a une partie de mon être qui souhaite céder à mes anciens sentiments.
-Qui est là ? demande une voix grave.
-C’est Sak… mademoiselle Kinomoto, je réponds en bégayant.
-Ah ! Sakura ! Monte, c’est au troisième étage.
La porte s’ouvre ; le couloir sombre s’illumine à mon approche ; dans les escaliers, j’entends quelqu’un sortir de chez lui et m’attendre sur le palier. Malgré mes craintes, je monte la main tremblante s’agrippant à la rampe. Une pensée fugace pour Shaolan traverse mon esprit m’attristant sans le vouloir ; j’ai mal agi envers lui ; je le sais à présent. Eriol m’attend avec son éternel sourire suffisant aux lèvres sur le palier du troisième étage.
Les bras tendus, il me fait entrer dans son antre ; je m’assieds à la table de la salle à manger bientôt rejointe par une tasse de café. Fouillant mon attaché-case, je sors les documents qui nous intéressent en les nommant à haute voix. Je me concentre sur mon travail afin d’éviter de trembler. Deux grosses pattes s’abattent sur mes épaules suivies par une voix mélodieuse près de mon oreille :
-Les cheveux longs te vont beaucoup mieux. T’ai-je dit à quel point tu es belle, Sakura ?
Non ! Ca ne doit pas recommencer ! Je me lève immédiatement écartant ses mains chaudes de mon corps. Il va encore me faire souffrir comme à l’époque ; c’est un menteur de la pire espèce. Je le sais.
-Qu’as-tu ? me questionne Eriol dans mon dos.
-Ce que j’ai ? Tu oses me poser la question, Eriol ! As-tu oublié ce que tu m’as fait il y a cinq ans, je réplique sentant la rage me consumer.
-C’est une vieille histoire…
-Une vieille histoire ? Tu m’as trompé ! Tu couchais avec ces filles parce que j’étais trop gamine à ton goût. Je t’ai vu, dis-je ne pouvant empêcher une larme de couler.
Je me retourne pour l’affronter du regard, les larmes perlant mes joues. Eriol semble étonné de ma réaction qu’il qualifie de trop dramatique. Plus grand d’une tête que moi, je le terrifie de mon chagrin.
-Sais-tu pourquoi j’ai tourné cette clé dans ton appartement ce jour-là ? Sais-tu pourquoi j’ai interrompu sans le vouloir ta partie de jambes en l’air avec un large sourire ? En connais-tu seulement la raison ? je crie hystérique par ce souvenir douloureux.
Muet, pétrifié, Eriol attend ma réponse la bouche légèrement entre-ouverte. Encouragée par son aspect misérable, je continue :
-J’étais enceinte, espèce d’imbécile! Je venais juste d’apprendre que j’étais enceinte de toi et je venais te l’annoncer quand je t’ai vu ! Tu m’as abandonnée. Tu n’étais pas là lorsque j’ai appris la nouvelle, tu n’étais pas là lorsque j’ai été forcée d’avorter, tu n’étais pas là lorsque j’ai succombé dans l’alcool.
-Tu t’en es bien sortie à ce que je vois, dit-il enfin semblant avoir récupéré sa voix.
-Pas grâce à toi ! Comment un homme qui m’écrivait des lettres aussi tendre, aussi belles, a-t-il pu être aussi odieux ? Je me rappelle tes jeux de pistes pour me faire découvrir des merveilleux bouquets de fleurs ou ces endroits magiques, ta tendresse dans tes mots.
-De quoi parles-tu Sakura ?
Je me tais par une telle aberration. A-t-il oublié quand il n’osait m’aborder toutes les lettres qu’il écrivait chaque jour pour moi seule ? Toutes ces promesses ? Un doute s’installe en moi ; une trahison de plus s’annonce au devant de ses paroles.
-Les lettres d’avant…
-Ah ! Oui ! Je peux te l’avouer aujourd’hui : elles n’étaient pas de moi mais de mon meilleur ami, Shaolan. Il t’aimait comme un fou et t’écrivait chaque jour pour te le dire. Je me suis mesuré à lui pour t’avoir et j’ai gagné assez facilement. Tu sais, c’étaient des trucs de gamins. A présent, tu es devenue une femme délicieuse, ajoute-t-il en prenant mon menton dans sa main. Nous pouvons envisager quelque chose de plus sérieux, murmure-t-il en avançant ses lèvres pour un baiser.
Des flashs envahissent mon esprit : Shaolan triste me couve du regard pendant que Eriol m’embrasse ; les bras réconfortant de Shaolan quand j’apprends la terrible nouvelle ; les mains chaleureuses de Shaolan durant mon avortement calmant mes larmes du mieux qu’il peut ; ses baisers tendres et amicaux pour me rassurer durant ma désintoxication.
Mon grand amour était si près de moi durant ces cinq années et je l’ai méprisé désirant un souvenir pénible et odieux envers moi. Je n’ai jamais complimenté Shaolan comme il se doit ; mon regard était toujours voilé de nostalgie et mon sourire teinté d’amertume. Lui ai-je seulement dit merci ? Je me suis servi de lui malgré tout cet amour qu’il me donnait. Au fond de son regard attendait un feu que je devais allumer. Shaolan !
-Non ! crie-je en giflant Eriol avant qu’il ne me touche.
-Qu’est-ce qui te prend, espèce de folle ? me répond-il sous le choc.
-Je ne t’appartiens pas ; j’appartiens à Shaolan ! Tu as joué et tu as perdu face à lui. Fais ce que tu veux avec la classe ; je te la laisse volontiers car je n’ai plus rien à te prouver !
J’attrape mes clés et je file hors de l’appartement. Il faut que je retrouve mon compagnon, que je lui dise tout ce que je n’ai pu lui dire. Je réfléchis à cent à l’heure. Où peut-il bien être ?
« -Si tu l’aimes tant, va la retrouver ta Tomoyo !
-Pourquoi pas ! »
Tomoyo ! Il est chez Tomoyo ! Ne prêtant plus attention aux feux rouges et encore moins aux limitations de vitesse, je roule comme si chaque seconde comptait. Je me gare n’importe comment devant la petite maison de ma collègue et ancienne amie. Je descends telle une furie de mon véhicule pour sauter sur la sonnette du portique. Des pas arrivent bientôt pour m’ouvrir la porte. Le sourire de Tomoyo s’efface en s’apercevant de ma présence.
-Que fais-tu ici ? me lâche-t-elle méprisante.
-Shaolan est-il là ? Il faut que je le voie, je balbutie pressée.
-Tu lui as fait beaucoup de mal, il ne veut plus te voir.
Ne considérant pas ses propos, je la pousse pour pénétrer dans sa maison. Elle essaye de me retenir en agrippant mon coude et de me plaquer contre le mur. Depuis toujours, je suis plus forte qu’elle, je n’ai donc aucune difficulté à la plaquer, elle, contre le papier peint lavande pour entrer dans le salon.
-Arrête ! hurle-t-elle me stoppant. Il t’a toujours regardé toi alors que je l’aimais si fort ! Tu vas encore le faire souffrir ! Tu as eu ta chance, il est à moi à présent !
-Ce n’est pas à nous de décider, je rétorque en ouvrant la porte du salon doucement.
La pièce est calme, seul le tintement des aiguilles de l’horloge retentit. Shaolan est assis sur un divan en cuir vert, le visage dans les mains, penché vers le sol. A mon entrée, il lève un visage décomposé et mouillé par les larmes qu’il s’empresse d’essuyer du mieux qu’il peut. Il est si doux, si sensible.
N’écoutant que mon cœur, je m’agenouille à ses pieds pleurant de plus belle, me moquant si mon maquillage me rend plus affreuse que jamais. J’attrape ses mains en lui murmurant « pardon ».
-Que t’a-t-il fait ? me demande-t-il en relevant mon visage vers le sien.
Shaolan, même dans ta tristesse la plus totale, malgré mon comportement odieux, tu penses encore à moi et à mon bonheur. Oh Shaolan ! Comment ai-je pu être aussi aveugle durant tout ce temps ?
-Rien ! Je suis tellement désolée, je bredouille en pleurant. Tu as fait tant de choses pour moi et j’ai été si cruelle. Shaolan, merci de m’aimer comme tu le fais. Je… Je…
-Je sais ! Ce n’est rien ! Viens ! dit-il en m’accueillant dans le divan.
Ma tête sur son épaule, je suis heureuse d’être dans ses bras et de me sentir ainsi protéger. Dorénavant, je lui promets silencieusement de faire de même pour lui. Je me rends compte d’une chose et je…
-Demain, je viendrais chercher mes affaires, annonce soudain mon compagnon.
Un hoquet de surprise reste coincé dans ma gorge.
-Tes affaires ? Pourquoi ? je questionne interloquée.
-Nous ne sommes plus heureux ensemble. L’avons été seulement un jour ? Tu ne m’as jamais aimé car je n’ai été qu’un comble à ton vide provoqué par Eriol. Tu l’aimes lui, sans doute n’aimeras-tu personne d’autre jusqu’à la fin de ta vie.
-Non ! j’essaye d’expliquer.
-Sakura, inutile de te mettre dans un état pareil ! Je sais que tu es désolée pour ton comportement ; cette solution est la meilleure pour nous deux.
-Mais…
-Je vivrai chez Tomoyo en attendant de dénicher un logement digne de ce nom…
-Epouse-moi ! je crie à bout de nerf.
Shaolan me fixe médusé par ma proposition. Je plonge mon visage dans son torse essayant de calmer mes soubresauts. Je ne veux pas qu’il parte juste quand j’ai découvert mes sentiments, quand j’ai compris ce que ses regards me disaient silencieux tout au long de ces années. Je m’agrippe à sa chemise désirant ne faire qu’un avec lui. Ses bras timides m’encerclent et me serrent plus fort contre lui.
-Je t’aime, Shaolan, je t’ai toujours aimé mais je ne le savais pas. Je m’excuse de tout le mal que je t’ai fait. Ne pars pas maintenant, je te promets de te chérir comme tu le mérites parce que c’est ce qui ferai mon bonheur : te voir heureux à mes côtés. Epouse-moi, Shaolan !
-Oui !
-Quoi ? je demande croyant avoir mal entendu.
-Oui ! Je t’aime, Sakura. « Tu es l’astre qui illumine mon cœur ; ma demoiselle à la beauté éclatante ; je succombe face à tes deux perles émeraude mais surtout face à ton cœur d’or. »
Ces mots ! Ce sont les mots de mes lettres d’il y a cinq ans. C’était bien toi celui qui a conquis mon cœur depuis le départ. Plongeant mes yeux dans ton regard doux et magnifique, nous nous embrassons dans un baiser passionné que je ne nous connaissais pas. Une flamme est née entre nous, une étoile que nous protègerons jusqu’à notre mort. Dans ce baiser, c’est une promesse que nous faisons : la promesse de nous aimer, de nous chérir et de nous protéger.
Shaolan, je t’aime !
Voilà un petit one-shot que je destine à mon tendre pandémonium 666. Je t’aime de tout mon cœur. J’espère que cela vous a plu et n’hésitez pas à me le dire !!!
Yunika, en effet, je compte continuer « Quête oubliée » qui aura un nouveau chapitre bientôt ! Promis !!! Bisous à tous !!!