
-8-
Un ange
Le reste de la semaine se déroula comme elle avait commencé et Anna Lou accueillit avec soulagement et enchantement ce premier week-end japonais.
Ce samedi là, la précipitation ne fut pas à l’ordre du jour. La grasse matinée s’éternisa et repoussa l’heure du déjeuner de deux bonnes heures ! Prendre le temps de vivre était une condition de vie très prisée dans la famille Bonnamy et Nico et Anna Lou ne se privèrent pas de mettre en pratique les traditions familiales.
- Quel est le programme, aujourd’hui ? demanda l’adolescente en débarrassant la table.
- Voyons… Shopping dans un premier temps et puis… Pourquoi pas un ciné ?!
- Mm… C’est tentant… Quel film ?
- Comme je sais que tu adores les films d’action, je te propose le sublime « Il était une fois en Chine » : tu verras : cascades et combats à gogo !!
Dès que la maison fut rangée, Nico emmena sa sœur dévaliser les boutiques de Tokyo. Il lui avait promis qu’elle serait la plus jolie fleur de la fête et il comptait bien tenir parole !
Nico commença par l’emmener dans l’établissement le plus réputé pour ses kimonos : « Plaisir des Sens ». Plus qu’une simple boutique, ce commerce là était un véritable hall d’exposition de kimonos ! En passant la porte, Nico crut qu’il venait de lâcher un fauve dans une arène ! Anna Lou ne savait où donner de la tête et ne prenait pas le temps de s’attacher à un kimono qu’un autre lui tapait dans l’œil ! Finalement, après plus d’une heure de tergiversations sur tel ou tel modèle, elle finit, après une bonne douzaine d’essayages, par choisir SON kimono, au grand soulagement des vendeuses et de son frère ! Anna Lou fut beaucoup plus expéditive dans le choix de ses claques en bois.
Après ça, restait la robe de soirée. Changement de boutique, changement d’ambiance aussi… Anna Lou se montra largement moins enthousiaste quant au choix de sa robe de bal et Nicolas dut se montrer insistant pour qu’elle daigne enfin accepter d’essayer quelques tenues. À la troisième, Nico sut que c’était la bonne et prit conscience que sa petite sœur n’était plus si petite qu’il y paraissait. Avec les chaussures et un tour de cou assortis, elle les ferait tous craquer…
- Je t’attends dehors pendant que tu payes, dit Anna Lou.
- D’accord mais ne t’éloigne pas…
- Tu sais, ajouta-t-elle avant de sortir, tu as dépensé beaucoup d’argent pour moi, aujourd’hui… Tu n’aurais pas dû faire tant de folies… Surtout… Surtout pour cette robe !!!
- Voilà qu’elle va me reprocher de dépenser mon argent pour elle !! s’exclama Nico à l’attention de la vendeuse. (Puis, s’adressant à sa sœur :) Tu es magnifique dans cette robe. On dirait qu’elle a été faite spécialement pour toi !
En attendant son frère dans la rue, Anna Lou contemplait la vitrine d’un traiteur, salivant devant des mets alléchants.
- Qu’est-ce qu’il fabrique, râla-t-elle au bout d’un moment. Il en met un temps !
Elle retournait à la boutique de vêtements Lorsqu’une dame pâle au regard vide se planta devant elle. Elle bredouilla quelques syllabes inaudibles et tomba en avant dans les bras d’Anna Lou. Paniquée et tétanisée, l’adolescente, incapable d’articuler un mot, implora du regard l’aide d’une âme charitable mais tous les passants semblaient se moquer éperdument du sort de cette dame. Quand elle retrouva enfin tous ses moyens, elle hurla de toutes ses forces :
- NICO !! NIIIICO !! VIIIIIITE !!
- Oh bon sang ! lâcha-t-il en constatant la scène. Vite ! Appelez une ambulance ! somma-t-il à l’une des vendeuses qui l’avait suivi.
- Ça va aller, Madame… On va s’occuper de vous… Tout ira bien… répétait avec douceur Anna Lou pour tenter de rassurer sa malade qui ne détachait pas son regard de la jeune fille.
- Madame ?! dit Nicolas. Vous m’entendez ? Quel est votre nom ? Est-ce que vous pouvez serrer ma main ?
- Monsieur ! Toutes les ambulances du centre de secours et de l’hôpital sont sur les lieux d’un accident grave à la périphérie de Tokyo ! annonça la vendeuse. Les secours ne seront pas là avant une heure !
- Quoi ?! s’insurgea Nicolas. On ne peut pas rester là sans rien faire ! Lou ! Reste avec elle ! Je vais chercher la voiture : on va la conduire nous-même aux urgences !
Il s’exécuta : il gara la voiture en double file et y installa la dame à l’arrière pendant que sa sœur chargeait le coffre de leurs achats. Puis, Anna Lou monta auprès de la dame sur la banquette arrière, Nico prit place au volant et la voiture démarra sur les chapeaux de roue en direction de l’hôpital.
Anna Lou serrait la malade dans ses bras comme pour la protéger d’un danger invisible, sa main caressant la sienne, tout en continuant de lui susurrer des mots de réconfort.
- Rassurez-vous, Madame, dit Nicolas en freinant devant la porte des urgences. On y est. Tout va bien se passer maintenant.
Un groupe de blouses blanches s’empressa de prendre en charge la malade pendant que Nico leur faisait un topo sur les circonstances de son malaise.
- Très bien ! assura un médecin. On va s’occuper d’elle. Savez-vous comment elle s’appelle ?
- Non, répondit le jeune homme. Elle n’a pas pu dire un mot...
Nico et Anna Lou suivirent le lit roulant jusqu’à ce qu’une infirmière leur demande d’aller patienter en salle d’attente.
Il s’écoula une heure avant que le médecin ne les rejoigne.
- Cette dame a eu de la chance ! Elle serait morte si vous n’aviez pas eu la présence d’esprit de nous l’amener vous-même. Elle souffre d’une forme d’anémie liée à une maladie héréditaire qui détruit dangereusement ses globules rouges. Mais elle est tirée d’affaire à présent.
- Elle a pu vous parler ? demanda Anna Lou. Il faut prévenir sa famille…
- Ne vous inquiétez pas Mademoiselle. Nous avons trouvé ses papiers d’identité dans la poche de sa veste. Ses enfants ne tarderont pas à arriver. Vous pouvez partir tranquilles.
Anna Lou et Nico échangèrent un regard soulagé et saluèrent le médecin.
- Alors, Lou ! Prête pour le ciné ? s’enquit Nico pour détendre l’atmosphère encore tendue alors qu’ils arrivaient à la voiture.
- S’il te plaît, rentrons. Je ne me sens pas d’humeur pour le ciné. J’ai eu si peur… J’ai cru qu’elle…
- Lou ! coupa Nico. Elle va bien ! Tu as bien réagi !
Il lui ouvrit sa portière et avant de la refermer derrière elle :
- Je suis fier de toi, petite sœur ! Allez ! On rentre.
Et la petite voiture quitta l’hôpital paisiblement en cette fin de journée rebondissante.
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Dans le hall de l’hôpital, trois enfants accompagnés de leur grand frère se précipitaient vers le bureau des infirmières.
- Ma mère ! Où est ma mère !
- Du calme, Monsieur ! Donnez-moi votre nom, s’il vous plaît, demanda l’infirmière.
- Hyûga. Je suis son fils. Et voici mes frères et ma sœur.
- Oui. Madame Hyûga a été admise en milieu d’après-midi. Rassurez-vous, elle a fait un malaise dans la rue mais elle va bien maintenant.
- Pouvons-nous la voir ?
- Bien sûr. Aile sud, troisième étage, chambre 318. Mais vous ne devez pas la fatiguer : elle a besoin de repos.
Elle n’avait pas fini sa phrase que Kojirô et ses petits frères et sœur montaient déjà les étages dans l’ascenseur. Ils longèrent le long couloir et s’arrêtèrent devant la chambre 318.
- Vous allez m’attendre un instant ici, tous les trois. Je vais voir si maman n’est pas trop fatiguée pour recevoir de la visite et je reviens vous chercher.
Kojirô disparut derrière la large porte battante et réapparut à peine deux minutes plus tard pour faire entrer les enfants. Quand chacun eut embrassé sa maman et fut rassuré de la voir souriante, Kojirô s’assit auprès d’elle.
- Que s’est-il passé, maman ?
Elle lui raconta tout ce dont elle se souvenait et termina son récit par une conclusion qui piqua la curiosité de son fils :
- J’ai été sauvée par un ange aux yeux bleus…
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À suivre