Rencontre

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Rencontre

 

 

 

- Alors ! Vas-tu enfin te décider à me raconter ta demi-journée ?! s’impatienta Nicolas. Ou dois-je employer les grands moyens… dit-il en lui sautant sur le poil et en commençant à lui chatouiller les pieds.

 

         Il y eut un grand fracas dans la pièce. Anna Lou se tordait dans tous les sens, essayant par tous les moyens d’échapper aux assauts de son frère mais en vain : Nicolas la connaissait trop bien pour savoir comment la faire céder. Un éclat de rires incontrôlés inonda l’appartement d’une gaieté transcendante en cette fin de soirée.

 

- OK ! OK ! Je capitule ! finit-elle par consentir après un bon quart d’heure de résistance.

 

         Ils s’installèrent face à face dans le confortable divan du salon, le dos bien calé dans les coussins et elle lui raconta dans les moindres détails les évènements de cette nouvelle rentrée, en omettant toutefois de relater son altercation avec Kôjirô Hyûga.

 

- Voilà ! Tu sais tout !

 

Loin d’être dupe, Nicolas s’empressa de revenir sur le sujet qui fâche.

 

- Dis moi… Ce Hyûga… Tu l’as vraiment laissé t’asticoter sans réagir ?...

 

- Ben… Oui ! Je t’avais promis de me tenir tranquille, non ?

 

- Alors ! Si je récapitule : il t’a traitée de fromage puant, d’huître au QI amoindri et de tare de la nature et… Tu n’as pas bronché ?...

 

- Ben… Non ! Je t’avais promis de me tenir tranquille, répéta-t-elle avec moins de conviction et en rougissant.

 

- Lou… susurra-t-il en glissant ses mains près des pieds de sa petite sœur.

 

- Mais enfin ! Puisque je te dis que… NON ! s’écria-t-elle alors qu’il recommençait à la chatouiller. C’est bon ! J’avoue : je lui ai rabattu son clapet mais je te promets qu’il n’y a eu aucune vague !!!

 

- Lou ! Quand je te demande de te tenir tranquille, je ne sous-entends pas par là de te laisser rudoyer verbalement par le premier comique venu ! Juste d’éviter les problèmes… Style tags ou incendie par exemple…

 

- Ouais… Bon… On va pas remettre ça sur le tapis… maugréa-t-elle avant d’étouffer un bâillement d’un revers de main.

 

- Allez ! Au lit, maintenant ! décréta-t-il soudain en déposant un baiser sur son front. Il est tard et vu la tronche de hippy que tu te tiens ce soir, une longue nuit de sommeil ne sera pas du luxe !!

 

- Bonne nuit, Nico ! lança-t-elle en courant vers sa chambre après l’avoir embrassé.

 

☻☻☻☻

 

         Pour sa deuxième journée au lycée Tôhô, Nico déposa sa sœur devant la grille de l’établissement plus d’une heure avant le début des cours, comme elle le lui avait demandé.

 

- Mademoiselle Bonnamy ?! Mais que faites-vous là si tôt ? interpella une voix calme et sonore dans son dos.

 

         Anna Lou tressauta.

 

- Ah ! Bonjour Monsieur Le Proviseur. Je voulais arriver avant tout le monde et me promener dans le lycée vide afin de m’assimiler aux lieux. Vous comprenez, je me suis perdue hier soir en sortant de cours alors, je me disais qu’il me serait plus facile de prendre mes marques ainsi…

 

- Votre bonne volonté en faveur de votre scolarité fait plaisir à voir, Mademoiselle ! Suivez-moi, je vous ouvre la grille.

 

         Une fois à l’intérieur, il cadenassa le portail derrière eux et lui souhaita une bonne journée avant de la laisser seule au milieu de la cour monumentale. Elle resta de longues minutes dans la pénombre du petit matin, l’esprit vagabondant au grès de son imagination, le visage caressé par les coups de vent matinaux annonciateurs de pluie. Puis elle mit un pied devant l’autre.

 

- Bon ! Et bien, il est temps, je cr…

 

         Un vacarme du tonnerre la cloua sur place.

 

- Le terrain de foot… Ça vient de là-bas…

 

         Et elle s’élança précipitamment vers le terrain de foot.

 

« Pourquoi ai-je le sentiment que je vais m’attirer des ennuis… » pensa-t-elle alors qu’elle dévalait la cour comme un lapin.

 

         Des éclats de voix agressifs l’incitèrent à accélérer le pas.

 

- Zut ! Le terrain est derrière ce mur ! C’est quoi l’arnaque ?! On ne peut pas y accéder depuis la cour du lycée ?!? râla-t-elle en se trouvant coincée devant un long bâtiment.

 

         L’adolescente longea le mur dans l’espoir de tomber sur une porte.

 

         Des gémissements et des bruits de coups l’inquiétèrent.

 

- Quelqu’un se fait passer à tabac par une grosse brute, on dirait…

 

 Ni une ni deux, elle laissa tomber son cartable. Coup d’œil à droite, coup d’œil à g… Là-bas ! Le container de recyclage du papier devrait faire l’affaire ! Elle le fît rouler jusque devant le mur et grimpa dessus avec l’agilité d’un chat. En moins de deux, elle se trouva perchée sur le toit du bâtiment.

 

« Encore heureux qu’il n’ait pas fait trois étages !!! »

 

- Je vais te faire regretter ton audace sale morveux !! hurla une voix. Allez les gars ! Tenez-le bien !

 

- On dirait que le pôv’type en prend pour son grade…

 

         Elle chercha du regard un groupe en mouvement mais le grand terrain vert tracé de lignes blanches était désert. Un GLONG suivi d’une vague de rebonds de balles attira soudain son attention sur le côté du bâtiment : une grille trembla en même temps qu’un fracas métallique résonna dans le calme du petit matin. Elle s’élança sur les tuiles, priant le ciel de lui épargner la glissade qui entraînerait la chute de la honte. Plus elle se rapprochait du bord du toit, plus elle discernait la scène : deux affreux jojos retenaient un type contre une cage métallique pendant qu’une grosse brute lui cognait dessus. Dans le feu de l’action, le système de fermeture de la cage de métal avait cédé et tous les ballons de football qu’elle avait renfermés s’étaient dispersés alentour.

 

- JE PEUX SAVOIR À QUOI VOUS JOUEZ LES TROIS AFFREUX ?!? cria-t-elle quand elle fut au bord de la toiture. LÂCHEZ-LE OU JE VOUS EXPLOSE LA TÊTE COMME UNE PUSTULE !!!

 

         La surprise stoppa net la rixe. Les trois agresseurs cherchèrent du regard le trouble-fête qui osait déranger leur mise en train de la journée, abandonnant momentanément leur victime.

 

- Levez la tête, pauvres débiles ! lança Anna Lou avec affront.

 

- T’es qui, toi ? grogna la grosse brute.

 

         Anna Lou sonda son assistance et croisa le regard du garçon passé à tabac. Elle l’observa longuement et constata qu’il n’avait rien de grave sinon quelques contusions.

 

« Hey ! J’ai déjà vu ce type ! … … Mais où ? … Quelle nouille ! Il doit faire partie de l’équipe de foot, bien sûr !! »

 

         Un coup de vent lui fouetta le dos et sa petite jupe plissée s’envola. Tous les regards se fixèrent sur les atouts cachés que leur révéla le vent, une expression de convoitise au fond des yeux.

 

« Génial ! J’avais bien besoin de ça !! » pensa-t-elle en plaquant sa jupe des deux mains contre ses cuisses.

 

- Ouh !! Mignonnes les petites grenouilles qui se bécotent sur la p’tite culotte !!! s’enquit la grosse brute en lançant des sourires sadiques à ses deux comparses.

 

- T’occupes pas de mes grenouilles, gros naze !

 

- Intrépide à la langue bien pendue, j’adore ! Descends de là, ma jolie, qu’on s’amuse un peu tous les deux…

 

- Dis donc ! coupa-t-elle avec mépris. C’est drôlement courageux de s’attaquer à un type à trois contre un… Voilà la belle bande de lâches que vous faites !!!

 

         Anna Lou regarda discrètement autour d’elle et à terre : un cagibi jouxtait le bâtiment sur lequel elle était perchée. Contre le mur de clôture, des barres de métal attendaient la déchèterie. Son œil étincela.

 

- Je te trouve bien prétentieuse, gamine ! T’es qui à la fin ?

 

- Et toi ! T’es qui ?

 

- Akira Kônen de l’université de Tokyo, répondit la grosse brute.

 

- Ouhaa ! Non seulement vous êtes à trois contre un mais en plus vous avez au moins deux ans de plus que lui !! Vous êtes vraiment à vomir !!

 

         Pendant qu’ils échangeaient, Anna Lou s’approchait lentement du cagibi en faisant mine de faire les cent pas.

 

- Alors voilà le deal : vous prenez vos cliques et vos claques et vous allez vous faire dorer…

 

- Sinon quoi ? explosa de rire Akira Kônen. Tu vas lâcher les grenouilles à nos trousses ?!!! AH ! AH ! AH !

 

- Sinon, continua-t-elle sans se démonter, je vais devoir vous dévisser la tête comme un lampion !

 

- Allez les gars ! On l’attrape ! ordonna Akira Kônen. Puisqu’elle veut se frotter à moi, je vais lui faire ce plaisir !

 

         Les trois malabars se ruèrent vers le mur du bâtiment. Anna Lou s’élança dans les airs et retomba sur le cagibi avec souplesse, après quoi elle sauta à terre et s’arma d’une barre de fer. L’adolescente courut à la rencontre des trois agresseurs et, avant même qu’il ne comprenne ce qui lui arrivait, l’un des deux affreux jojos tomba à terre après un coup de barre bien porté.

 

« Bien joué ! Encore deux ! Mm… Ça va pas être de la tarte… »

 

         Anna Lou recula de quelques enjambées. Akira Kônen et son copain se séparèrent et avancèrent d’un pas décidé sur elle.

 

« Lequel ? Lequel en premier ? » paniqua-t-elle.

 

         Son regard passait de l’un à l’autre quand une idée lui traversa l’esprit. Elle s’élança sur le copain d’Akira qui se trouvait au plus près d’elle et feinta un coup de barre dans la poitrine tandis qu’elle le frappa au point le plus précieux de son anatomie. La douleur le plia en deux alors qu’il se laissait tomber à genoux, les yeux remplis de larmes. Sans attendre une seconde, elle abandonna son arme, pivota et lança son genou droit dans le bas ventre d’Akira qui s’apprêtait à l’empoigner. Le choc lui coupa le souffle. Elle porta un second coup puis un troisième et asséna le coup de grâce par son coude sur sa nuque.

 

         Un sourire satisfait égaya son visage tandis qu’elle remerciait intérieurement son prof d’arts martiaux en se frottant les mains. Le spectacle était pathétique !

 

         Revenant soudain à la réalité quant à la cause de cet imprévu, elle rejoignit le blessé, lequel se relevait péniblement en s’accrochant à la cage de métal.

 

- Ça va aller ? demanda-t-elle en l’aidant.

 

- T’es Catwoman, toi !!! dit le garçon avec un sourire au coin des lèvres. Ça me fout un peu la honte d’avoir été secouru par une nana !

 

- Pour toi, c’est quoi le plus important : être là à discuter avec moi sans trop de dégâts ou seul sur un lit d’hôpital recouvert d’un plâtre avec les membres en extension ?

 

- T’as raison ! Tu veux bien m’aider à gagner les vestiaires, s’il te plaît ? C’est juste là, dit-il en montrant le bâtiment qu’elle avait traversé par les toits.

 

         Anna Lou passa un de ses bras autour de ses épaules et le mena jusqu’aux vestiaires. Une fois qu’il fut assis sur le banc, il se laissa tomber contre le mur.

 

- Merci. Je m’appelle Hiroshi Imai.

 

- Tu es sûr que ça va aller ? T’as une sale tête quand même ! Je peux te conduire à l’infirmerie, si tu veux.

 

- C’est inutile ! Mes copains ne vont pas tarder maintenant. Mais merci de t’inquiéter.

 

- OK ! Dans ce cas, je vais y aller. …Euh… Dis-moi, y a un autre moyen que passer par les toits pour retomber dans la cour du lycée ?

 

         Hiroshi Imai sourit.

 

- Oui ! Bien sûr ! Suis ce locale jusqu’au bout. Tu verras une porte en métal nichée dans le mur : elle s’ouvre de l’intérieur. J’irai la fermer après l’entraînement.

 

- Très bien. Merci beaucoup Hiroshi Imai.

 

- C’est plutôt à moi de te remercier. Sans toi… Enfin…

 

- Alors j’y vais ! conclut-elle.

 

         Elle s’inclina pour le saluer et le laissa seul.

 

- Quel abruti ! lâcha-t-il soudain. J’ai oublié de lui demander son nom !

 

☻☻☻☻

 

         A peine cinq minutes plus tard, toute l’équipe débarquait au grand complet, le capitaine Kojirô Hyûga en tête.

 

- C’est quoi ce bordel dehors, Hiroshi ? râla Kojirô. Et c’est quoi ces gars à moitié sonnés ?

 

- Dites donc, les gars, dit Hiroshi à l’attention de son capitaine, de Ken et Takeshi. Vous nous aviez caché que la nouvelle c’était Catwoman !

 

- Hein ?!? C’est quoi cette histoire encore ? lança Kojirô.

 

         Hiroshi leur narra toute l’histoire avec zèle sans omettre, bien sûr, le très important passage des petites grenouilles !!

 

- Attends ! Tu déconnes, là ?! s’exclama Ken Wakashimazu.

 

- T’aurais du voir ça, Ken ! Même toi avec ton karaté, je suis pas certain que tu aurais fait mieux !!!

 

- Et on peut savoir ce qu’ils te voulaient ces mecs ?! interrogea le capitaine avec réprimande.

 

- Cherches pas Kojirô, rétorqua Takeshi en bousculant Hiroshi d’un coup d’épaule. A tous les coups, c’est encore une histoire de fille !!

 

         Tous les gars éclatèrent de rire en voyant Hiroshi se tordre de douleur.

 

- Les gars, soyez sympas ! Que l’un de vous se porte volontaire pour m’accompagner à l’infirmerie…

 

- Pourquoi ? Catwoman ne s’est pas chargé de tes blessures… minauda Tsuneo Takashima, l’un des défenseurs.

 

- Elle me l’a proposé figure-toi ! Mais j’avais trop la honte !!!

 

- Mon pauvre Hiroshi ! Je préfère être dans mes crampons que dans les tiens !! Secouru par une nana qui met KO trois types trois fois plus gros qu’elle !!! renchérit Tsuneo. Allez ! J’ai pitié !

 

         Tsuneo et Hiroshi quittèrent les vestiaires pour l’infirmerie pendant que le reste de l’équipe se préparait pour l’entraînement.

 

- Tu peux croire ça, toi ? demanda Takeshi à Ken.

 

- Si tu veux mon avis, on n’est pas au bout de nos surprises avec cette fille…

 

- On avait pu constater qu’elle avait un caractère bien trempé, hier, mais là ! Il faut avoir un sacré cran pour oser tenir tête à trois balèzes de leur trempe ! dit Takeshi.

 

         Dans son coin, Kojirô ne disait mot, écoutant ses amis parler de cette fille qui ne manquerait sûrement pas de leur causer des ennuis. Qui était-elle réellement sous ses airs d’adolescente modèle ? Par deux fois il avait eu la preuve qu’elle était beaucoup moins sage qu’il n’y paraissait… Il la revit s’élancer sur lui et plonger son regard céruléen dans le sien avant d’évacuer sa colère. Et il l’imagina donnant une bonne correction à ces trois abrutis, sa jupe volant dans le vent. Tout d’un coup, il secoua la tête comme pour remettre de l’ordre dans ses idées puis se dirigea vers le terrain.

 

- Allez les gars ! ordonna-t-il. On se bouge un peu ! On a perdu assez de temps !

 

 

~

 

À suivre…


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