Une douleur qui se garde.

Merci à chacun de ceux qui lisent cette histoire. Un grand merci à ceux qui prennent le temps de laisser leur avis, cela compte énormément pour moi.

 

 

Clairette: Merci de corriger cette histoire ^^. Ainsi je peux voir que j'ai encore pas mal de lacunes. Pourtant je t'assure que je ne reproche rien à la lettre "S"... u_u

Quant aux petites point ^_^;; et bien je les aime beaucoup donc voilà...Mais promis je penserai à la majuscule XD

 

Sinon encore merci pour tes critiques et ton point de vue ^^

 

 

Mimikaze: De rien pour la publication du chapitre ^^. C'est mon cadeau pour ton départ en vacances. D'ailleurs vivement que tu revienne jumelle de mon cœur...Tu aura quelques chapitres à commenter XDDD. Lol.

Je sais que voir mes personnages sourire et rire c'est...étonnant, étrange, incroyable et totalement irréaliste. Mais il faut bien qu'ils aient un moment de répit avant de chuter de plus belle u_u Enfin tu comprendra. Pour le cercle vicieux et bien...nous verrons dans les prochains chapitres...(Ps: comme je suis le juge de fanfic-fr je n'ai pas à m'inquiéter si je suis une "tueuse" héhéhé).

En effet les chapitres qui viennent sont moins sombres, c'est pour cela qu'ils sont plus durs à écrire!!!

Merci pour mon style... j'adore le psychologique, c'est plus facile à manier que l'action pour moi. (Mais il va me falloir faire des efforts de ce côté là...pas question de se cantonner à un seul registre! Quoique la tragédie me sied à merveille)

Encore merci et j'espère que tu passes de bonnes vacances!

 

Laura: Oh il reste encore des fans de Tsubi??? Et bien c'est heureux ^^...j'espère que la suite te plaira tout de même...(Et oui Tsubi n'est que peu présent dans cette histoire mais son fantôme est tenace!)

 

Rinne: Que de mots pour cette fanfic ^^ Snif, j'en ai la larmounette à l'œil! Ils me conviennent tous!!! Je les prend tous XD. lol.

Non vraiment ça me touche beaucoup (bon c'est vrai que la mort du père n'affecte personne mais bon u_u) Pour les émotions, c'est très clair. Et je suis heureuse que ça marche si bien...

J'espère que ce chapitre là te plaira tout autant et que tu ne pourra pas t'en détaché avant de m'avoir laissé un aussi gentil commentaire :D (L'auteur qui se met à rêver)

Pour ma part je ne sais pas comment je fais, mais j'espère faire ainsi encore longtemps ^^

Gros bisous et merci à toi de partager ta joie de lire à la mienne qui est d'écrire.

 

Vap: Merci, je suis heureuse de voir que tu aime mon histoire. (J'adore que l'on me dise cela ....après je suis trop contente de moi) Merci encore et puis la voilà la suite ^^

 

Akane_Soma: Comme je ne poste pas souvent c'est normal que tu n'ai pas vu mon histoire ^^. Et puis les résumé c'est pas trop ma tasse de thé...

Pour ce qui est de faire passer les émotions, non ce n'est pas inné lol. J'ai un style qui a pas mal évolué en 1 an et c'est heureux. Merci pour tout ce que tu as écrit, et à bientôt j'espère.

 

Miku: Mon nounours!!! Tu n'as pas à t'excuser voyons, tu sais fort bien que j'ai moi-même du retard sur tes fics :( ... dès que je fini ce concours je m'en occupe c'est promis tu es prioritaire!!

Sanae doit avancer c'est certain et puis à force d'avoir des tournants on va avoir un circuit de formule 1 XDDD (bon d'accord j'ai rien dit!!). Merci beaucoup pour ton commentaire il m'a fait très plaisir. Gros bisous!!

 

Voilà pour les remerciement individuels. Voici maintenant le 6ème chapitre de Dernière Danse. Il n’en reste plus que deux, le compte à rebours à commencé.

 

Celebrìan.

 

 

 

 

 

Une douleur qui se garde.

 

 

 

 

 

Trois mois déjà. Trois mois que cette nouvelle vie a commencé et que je vis dans cet appartement. Je ne suis plus la Sanae Nakazawa d’autrefois, celle-ci a disparu. J’en suis une métamorphosée. Une autre, quasi étrangère. Une jeune femme qui peut rire et même plaisanter. Ai-je pour autant fait une croix sur mon passé ? Je ne le pense pas. C’est une continuité, une nouvelle étape je dirai. Celle où je dois atteindre un objectif déterminé, malgré et avec mon deuil.

Je ne suis pas seule dans cette quête hallucinante. Nous sommes encore loin du but. Mais il y a déjà quelques progrès. Kojirô a augmenté sa durée continue d’effort. Il peut à présent atteindre les vingt minutes de courses soutenues sans s’arrêter. De plus il s’entraîne déjà à retrouver son toucher de ballon. Bien sûr ce n’est pas évident et parfois il y a de quoi se décourager cependant nous avons développé une forte complicité. Nous nous soutenons l’un l’autre.

C’est étrange de voir comme la situation a évolué. D’un accord froid et décidé, nous en sommes arrivés à une amitié précieuse et presque déconnectée de la réalité. Nous ne voyons que nous, nos familles et les médecins. Un jour Kojirô a reçu un appel de Sawada et Wakashimazu. Depuis, il les voit régulièrement mais je ne crois pas qu’il leur ait avoué son projet… Et encore moins mon rôle là-dedans. Les amis sont mis à l’écart, pour l’instant.

 

 

Je verse le thé blanc dans ma tasse de terre cuite favorite. L’odeur embaume la cuisine, c’est un véritable bonheur. Ne réfléchir à rien et savourer cet excellent breuvage. Voilà un bon programme. Or le thé blanc doit être maudit puisqu’une tornade déboule dans ma demeure. Il s’agit de la petite sœur de l’ancien footballeur. Effectivement je laisse mon appartement ouvert lorsque je m’y trouve. De toute façon, la famille Hyuga a les clés. Voici donc la fillette toute essoufflée face à moi et incapable de prononcer une parole, manquant d’air. Je souris face à la scène. Mais un doute m’assaillit. Quel message a-t-elle à délivrer ? Est-ce grave ?

 

-Eh bien, quelle arrivée orageuse dis-moi… Qu’il y a-t-il donc pour te mettre dans un tel état ?

 

-C’est…c’est niisan’ ! Il…il… faut que tu viennes, maman pleure mais il veut pas…

 

Mme Hyuga pleure mais sa fille également. Ai-je raison de m’alarmer ? Qu’a donc Kojirô ? Mes mains tremblent, de peur sûrement. Le cours de ma vie ne sera jamais un long fleuve tranquille.

 

-Conduis-moi à eux !!

 

Ni une, ni deux, la gamine me prend par la main et m’entraîne avec elle. Nous arrivons sur l’ancien parking d’un entrepôt désaffecté. Celui-là même qui sert de terrain de football pour Kojirô. Serait-il blessé ?

Mme Hyuga est par terre, à genoux dans la poussière, elle semble supplier son fils aîné. Mais de quoi au juste ?

Je m’approche d’elle et tente de la relever avec peine. L’ancien tigre, lui, n’a toujours pas bougé d’un pouce. Il est droit mais il y a quelque chose d’étrange. Je n’arrive pas à déterminer de quoi il retourne. Ca ne me plait pas.

 

-Sanae… Dites-lui !!! Dites-lui qu’il ne doit pas…Vous, il vous écoutera…

 

La mère implorante s’agrippe à moi désespérément, tellement confiante en mon pouvoir de persuasion sur Kojirô. Elle a les larmes aux yeux et sent la peur. Je me retourne vers l’homme de la situation tout en soutenant sa génitrice qui menace de s’effondrer. La poitrine du jeune homme se soulève irrégulièrement et ses jambes chancèlent. Qu’est-ce… ? Je me maudirais presque de ne pouvoir me dédoubler. Il m’est impossible de m’occuper à la fois du fils et de la mère !

Je sens soudain mon épaule se décharger de son fardeau. Mme Hyuga est à présent maintenue par ses deux fils cadets. Je me rapproche de mon patient. Mes mains se posent tout de suite sur sa poitrine, pour évaluer les pulsations. C’est un geste inscrit dans chaque fibre de mon corps.

 

 

J'ai longtemps parcouru son corps

 

 

Son cœur bat à la chamade. Bien trop vite à mon goût.

 

-Qu’as-tu fait ? On dirait qu’il s’est emballé… Réponds-moi !

 

-J’ai réussi… J’ai… passé la nuit là-dessus…

 

Il halète mais a l’air si fier de lui. Pourtant la nonchalance qu’il affiche face à sa santé me met hors de moi. Il n’a pas le droit d’être indifférent de la sorte. Il doit faire attention à lui. Il le doit ! Mon regard en dit sûrement long sur ce que je pense à l’instant car je vois l’ancien footballeur froncer les sourcils.

 

-Je sais ce que je fais. Ne t’inquiète pas le cœur tiendra… D’ailleurs il a tenu toute la nuit... Tu entends ça ? Toute la nuit j’ai tiré dans le ballon. Mon cœur ne m’a pas lâché. Il ne m’a pas lâché…

 

Toute la nuit, des heures durant… Mais…

 

-C’est impossible Kojirô… Mon fils… Le médecin a dit que tu ne pouvais pratiquer de sport de manière intense.

 

Mme Hyuga m’ôte les mots de la bouche. Comment est-ce faisable pour lui ? Et pourquoi n’ai-je jamais le temps de m’interroger ? Les évènements s’enchaînent et je suis incapable de peser leurs impacts. Cela va bien trop vite pour moi.

Le tigre est exténué de son effort insensé des dernières heures. Je le sens s’effondrer dans mes bras. Je le dépose doucement à terre pour l’allonger. Je pose sa tête sur mes genoux et je mesure plus précisément les battements de son cœur.

 

Il faut qu’il ralentisse un peu. Je me décale pour masser le torse en douceur. Cela calme le myocarde. Ensuite nous sommes tous rentrés en marchant lentement puis le joueur de la nuit s’est couché. Avec sa mère nous avons décidé de l’emmener voir le docteur Akuma le lendemain à la première heure pour faire des examens et vérifier que tout allait bien et qu’il n’y aurait pas de séquelles.

 

Mais quelque chose me dit au fond de moi que tout est normal. Que le chemin que nous empruntons est le bon et que tout se passe bien. J’en suis persuadée. Seulement j’ai eu un doute affreux tout à l’heure. J’ai eu si peur qu’il ne lui soit arrivé quelque chose. Que ferai-je s’il n’était plus là ? Il fait parti de mon quotidien. Ma vie n’a de sens que si Kojirô est près de moi.

 

Sur ces nombreuses questions je rentre dans mon petit chez moi. Je passe rapidement dans la salle de bain pour me passer un peu d’eau fraîche sur le visage et je m’arrête devant le miroir. C’est étrange, ou au contraire ça ne l’est pas. Mes joues sont moins creuses et aujourd’hui je n’ai presque plus besoin de mettre de ceinture pour tenir mon jean. Je ne suis plus un cadavre ambulant. Je ressemble à une jeune femme tout ce qu’il y a de plus normal… J’ai survécu.

 

 

 

Je passe le reste de la journée à faire un brin de ménage dans toutes les pièces mais mes pensées restent accrochées à Hyuga. Tout va bien je le sais et je le sens, mais alors pourquoi est-ce que je ne parviens pas à me concentrer sur autre chose ? Avant de m’endormir profondément je n’ose même pas regarder la photo posée sur mon chevet. Celle de Tsubasa…

 

 

Et voilà cette blanche et austère bâtisse. Lugubre entre toutes. Akuma nous attend tous deux. Une infirmière nous fait entrer dans une chambre et prépare le patient pour ses différents examens. Hyuga est allongé sur un lit et nous sommes seuls, la soubrette de l’établissement s’étant rendue dans une autre pièce pour vérifier les appareils. Je me penche au-dessus de mon malade en pleine forme, trop même.

 

-Ce n’était pas très raisonnable…

 

Je le réprimande mais je n’arrive pas à paraître sévère. Je souris et il me le rend bien. Je passe une main dans ses cheveux. Ils ont poussé et les mèches noires cachent ses yeux. Alors je les déplace. Il me regarde fixement… comme s’il me dévisageait totalement pour la première fois.

 

-Tout ira bien Sanae. Ne te fais pas de soucis, j’ai réussi, tu sais…

 

C’est à lui de poser sa main sur ma joue d’un geste tendre. C’est rare qu’il m’appelle par mon prénom mais en fin de compte ça ne me choque pas. Ni me gêne. C’est… naturel.

 

-Je sais. Je suis fière de toi…

 

Puis je le laisse partir pour les examens. Je n’aime pas le savoir entre les mains de ces gourous de la santé publique mais je n’ai pas le choix. Et puis ce ne sont jamais que des contrôles, pas une opération… rien qui ne puisse me l’enlever. Et comme je le pressentais, tout fonctionne parfaitement bien. Akuma ignore pourquoi et ça ne m’étonne pas. Que sait-il ? Rien comme à son habitude, incompétent qu’il est. Mais moi je pense connaître le fin mot de l’histoire… Ce n’est pas n’importe quel cœur qui bat dans la poitrine de Kojirô, c’est celui de Tsubasa, un sportif accompli. C’est un cœur de sportif qui peut lui permettre à nouveau de pratiquer le sport, même de façon intensive. Je suis confiante, ce cœur tiendra jusqu’à ce que la coupe du monde soit ramenée au Japon. Oui il tiendra encore un peu… Mais il n’est pas éternel. Nous l’avons accepté tous les deux.

 

C’est ainsi que les jours, les semaines et les mois défilent. Peut à peu Kojirô retrouve ses forces, son toucher de balle et son tir… Je ne désespère pas de le voir redevenir ce tigre féroce et impitoyable qu’il était avant l’accident. Il redeviendra l’un des meilleurs… Et je serai là, près de lui. Toujours à ses côtés. Jamais je ne le quitterai…

 

Alors malgré cette certitude, pourquoi ce mal être ? Pourquoi suis-je mal à l‘aise parfois ? Pourquoi ai-je rangé cette photo qui se trouvait sur mon chevet dans un tiroir ? Ai-je besoin de me cacher de mon défunt amour ? Je vais de moins en moins souvent sur sa tombe, je ne le pleure plus… Cela veut-il dire que j’ai cessé de l’aimer ? Ne plus aimer Tsubasa…

 

Et pourquoi est-ce que j’ai rougi l’autre jour, lorsque dans le parc une passante nous a pris, Kojirô et moi, pour les parents de sa petite sœur ? Lui aussi a rougi ce jour-là. Peut-être faisait-il très chaud alors. Ou je me raconte des salades pour ne pas voir.

Paradoxalement je veux savoir pourquoi je ressens à la fois une grande chaleur en moi et de la honte quand Kojirô me sert contre lui, tout à son bonheur d’avoir réussi un nouveau challenge…

Mais à qui irai-je le demander ? Pas à ma mère. Cela m’est impossible car bien que nous soyons en bons termes et qu’elle ait bien intégré le cercle qui s’est formé autour de Kojirô, elle veut tellement effacer le souvenir de Tsubasa qu’elle ne me serait d’aucune aide objectivement parlant…

 

 

 

 

 

Mince, je suis en retard. Pourvu que Kojirô ne se fâche pas. Depuis qu’il refait véritablement du football il a récupéré son caractère grognon, c’est incroyable. Le tigre rugit à nouveau, il est sorti de sa cage, ne reste plus qu’à le voir chasser à nouveau. J’entre dans la cuisine des Hyuga. Kojirô tourne en rond. Et moi qui croyais que le fauve n’avait plus de geôle. On en rirait presque, naïve que je suis. Je pose mes paquets sur la table, le froissement du papier fait sursauter le jeune homme. Il se retourne furibond, le regard plein de reproche. Qu’ai-je donc fait ? C’est la première fois qu’il a l’air en colère contre moi.

 

 

C'est une douleur qui se garde

 

 

-Tu peux me dire où tu étais passée ? Tu devais être ici il y a plus d’une heure déjà et ton portable est éteint.

 

Zut, mon portable, je l’ai oublié au fond de mon sac. Je vérifie et incontestablement il est déchargé. Pas étonnant qu’il n’ait pas pu me joindre.

 

-Je suis désolée, je suis allée acheter le cadeau pour Takeru et j’ai oublié l’heure. Mais de toute façon il nous reste assez de temps avant qu’il rentre pour préparer la surprise, ne t’en fais pas pour ça…

 

Je n’ai pas le temps de finir de me confondre en excuses, l’ancien capitaine de la Toho m’a empoignée par les épaules et secouée comme un prunier.

 

-C’est pas le temps le problème. Le problème c’est que tu n’as pas pensé une seule seconde que je pouvais m’inquiéter ! Tu n’es jamais en retard d’habitude et en plus il m’était impossible de te joindre. Je me suis fait un sang d’encre. Il aurait pu t’arriver n’importe quoi, un accident de voiture ou… je ne sais pas moi !

 

A la fureur visible dans ses yeux noirs et à la pression ressentie dans mes bras, je sais qu’il ne plaisante pas. Il est tout à fait sérieux. Et il a raison, j’ai été irresponsable même si je n’ai aucun compte à lui rendre. A sa place aussi j’aurais été inquiète.

 

-Kojirô, il ne s’est rien passé, je vais bien. Mais là tu me fais mal…

 

Il ne bouge pas d’un trait.

 

-Il ne s’est rien produit cette fois-là… Jure-moi que tu ne recommenceras plus. Que tu préviendras en cas d’imprévu…

 

J’insiste bêtement.

 

-Kojirô tu me fais mal.

 

-Jure-le-moi.

 

La voix s’est faite plus tendre mais les mains ne desserrent pas leur prise. Je soupire, il a gagné.

 

 

Qui fait plus de bien que de mal

 

 

-Je te le jure. Maintenant lâche-moi s’il te plait ou je vais avoir des bleus.

 

Ses bras retombent le long de son corps de sportif. Nous baissons tous deux le regard. Pas d’affrontement entre nous. Le combat est interne à chacun de nous. Kojirô range les cadeaux dans sa chambre avant que ne rentrent Mme Hyuga et ses trois autres enfants.

 

J’entreprends de préparer le repas d’anniversaire auquel doit aussi assister ma mère. Je commence par le gâteau. Il sera au chocolat car c’est ce que préfèrent tous les hommes de la famille Hyuga. Il me faut d’ailleurs tenir Kojirô éloigné de la préparation sinon il ne restera plus de chocolat à mettre dans ce dessert. Le rire reprend le dessus et efface l’ambiance morose qui avait ouvert l’après midi.  Je défends mon plat de chocolat à coup de cuillère en bois et lui m’attaque par des chatouilles. C’est un miracle que le gâteau ait été enfourné. Je ne pensais pas qu’il me resterait assez de pâte pour.

 

Mme Hyuga rentre à ce moment-là avec ses enfants. Chance pour nous, Takeru est préposé au ménage dans sa classe pendant toute la semaine, il rentrera donc plus tard. Après avoir convaincu la veuve de nous laisser faire le repas et de se reposer, Kojirô et moi passons les ingrédients en revue. Du riz, du poisson, des oignons, des prunes… Tout y est. C’est à moi que revient le privilège de couper les oignons car il n’est pas « convenable » pour un homme de pleurer. Soit !

Mais ce ne sont pas mes larmes qui coulent, seulement mon sang. Voilà ce que c’est que de ne pas faire attention, je me suis coupée le doigt, m’arrachant un cri de surprise. Hyuga qui s’occupait du riz s’est vivement retourné.

 

-C’est rien, c’est juste le couteau qui a dérapé.

 

Il fronce les sourcils en examinant la plaie.

 

-Oui, une petite coupure mais il faut tout de même désinfecter. Ne bouge pas je vais chercher ce qu’il te faut.

 

J’ai à peine eu le temps de m’asseoir sur la chaise que déjà le voilà réapparu dans l’embrasure de la porte. Il s’approche de moi et entreprend de laver la blessure. Je souris, d’habitude c’est moi qui joue les infirmières et non l’inverse. Puis vient l’étape du bandage. En fait c’est juste un petit pansement. Une fois le nœud fait, Kojirô prend mon doit et dépose un baiser sur ledit pansement. Cette fois nos yeux ne peuvent s’éviter. Il détourne pourtant le regard, gêné.

 

-C’est juste pour que ça guérisse plus vite…

 

-Kojirô a raison, il fait toujours ça lorsque ses frères et sœurs se blessent.

 

Je n’avais pas vu rentrer la mère de famille. Elle est tellement souriante que je rougis.

 

-Ce n’est pas la peine, ce n’est qu’une minuscule éraflure…

 

Me voilà à bégayer ! Je ne sais même plus où me mettre.

 

-Ne faites pas cette tête, après tout, vous faites partie de la famille maintenant…

 

De la famille… C’est vrai que nous ressemblons à une famille. Etrangement, ça me fait plaisir de l’entendre dire.

 

Chacun retourne à son poste pour finir le repas. Ma mère se joint à nous peu avant l’arrivée du principal intéressé. Celui-ci est fort surpris. Heureusement, c’est une bonne surprise. La soirée se passe dans la bonne humeur générale. La nuit venue, il ne reste que Kojirô et moi pour tout ranger, les autres devant se coucher tôt pour travailler le lendemain.

Une fois la maison en état, nous sortons tous deux sur la terrasse en bois. L’heure est douce, il fait bon. Ni trop chaud, ni trop froid. Nous sommes assis l’un à côté de l’autre pour regarder la lune. C’est vrai qu’elle est belle. La fatigue s’empare de moi et je glisse dans les bras du jeune homme, les bras les plus forts qui m’aient tenue jusqu’alors : ceux d’un tigre…

Contre son torse il fait chaud, une douce chaleur. Ca sent la sécurité, ça sent la force, ça sent les promesses… Je me serre tout contre la poitrine de Kojirô, suffisamment pour entendre… Oh ce cœur, c’est…

 

Brusquement je m’éloigne de Hyuga. Visiblement nous avons eu la même pensée car il est aussi choqué que moi.

 

C’est dans le silence qu’il me raccompagne chez moi, heureusement je n’habite qu’à deux pas, ce n’est pas trop long. Le silence est pesant mais demain tout ira mieux. Je m’apprête à me coucher lorsque j’entends un bruit. On aurait dit que quelqu’un frappait dans des palissades de la rue. Seulement je dois déjà rêver…

 

Seigneur, que nous arrive-t-il ?

 

 

 

Aujourd’hui il y a examen complet de Kojirô. Comme toujours j’attends dans les couloirs de l’hôpital. Je déteste cet endroit. Il me donne la nausée, sa blancheur factice tend à vouloir effacer le sang qu’elle répand par sa soit-disant toute puissance… Je soupire malgré moi. De toute façon je ne peux rien faire. Kojirô ne sortira que dans quatre bonnes heures mais je préfère rester sur place. Avec eux on ne sait jamais…

 

-Sanae ?!!

 

Je connais cette voix, mais elle semble venir d’un temps passé, trop loin pour que je puisse me souvenir clairement. Je relève la tête. Yayoi… Ma meilleure amie, que je n’ai pas vue depuis l’enterrement de mon compagnon il y a plus d’un an à présent. Autant dire une éternité en ce qui me concerne… Tant de changements…

 

-Yayoi…

 

Elle prend place à côté de moi sur le banc. Sa tenue en dit long sur les raisons de sa présence ici. Elle est infirmière. Je ne sais comment elle fait. Et je ne tiens pas à le lui demander.

 

-Sanae, quel plaisir de te revoir. Ca fait tellement de temps. J’ai essayé de te contacter mais il paraît que tu as déménagé… Et puis, à vrai dire, je pensais aussi que tu n’avais plus envie de côtoyer les anciens et ceux qui ont encore un rapport, même indirect, avec le foot.

 

Elle baisse les yeux, attendant une réponse de ma part. Je pose ma main sur la sienne.

 

-Si tu savais Yayoi… à quel point j’ai été occupée depuis… l’accident. Tu ne devineras jamais pourquoi je suis ici aujourd’hui. Le monde du football… Je n’ai pas cherché à m’en éloigner.

 

 

Je n’imaginais pas à quel point cela faisait du bien de se confier à une amie. A croire que malgré tout j’en avais besoin. Même si aujourd’hui tout va bien.

Elle m’a écouté plus d’une heure durant sans m’interrompre. Maintenant elle sait tout de mes hésitations, de mes heures sombres, de ma décision, de Kojirô et de son cœur. Je n’ai par contre pas abordé l’objectif que nous avons fixé avec Kojirô. Ce n’est pas à moi de le faire. C’est à lui seul qu’appartient le choix de le dévoiler ou non. Yayoi a souri. C’est vrai qu’elle sait ce que c’est que de s’occuper d’un sportif ne pouvant jouer.

 

-Je suis heureuse de savoir que tu vas mieux Sanae. Je me suis vraiment fait du souci pour toi tu sais. Et je ne suis pas la seule, il y a Jun et Tarô aussi, sans oublier Ryô et toute la Nankatsu. Nous sommes tes amis et tu aurais dû venir nous voir quand tu n’allais pas bien.

 

Son air sévère ne lui va pas. Mais elle a raison, les amis sont là pour ça…

 

-C’est juste que… Je n’ai pas voulu vous déranger avec mes problèmes, j’étais plutôt morose et invivable tu sais…

 

Je n’ai pas tord. C’est bien là le pire. Je ne pouvais pas les voir… Cela m’était impossible, je les aurais démontés et blessés, immanquablement. L’animal touché à mort ne cherche plus qu’une chose : faire le plus de mal autour de lui. Peu lui importe de qui il s’agit. 

 

-Mais maintenant tu vas mieux. Tu as repris le cours de ta vie en main. Je suis fière de toi.

 

Yayoi est vraiment une amie. Une très bonne amie. Je l’avais presque oublié. Pourtant c’était à elle que je me confiais enfant lorsque je ne trouvais pas de réciprocité à mon amour pour Tsubasa. Elle m’éclairait toujours et ses conseils s’avéraient souvent payants. Il se pourrait qu’aujourd’hui encore elle puisse m’aider.

 

-Yayoi…Il y a cependant quelque chose…

 

Elle comprend tout. Sans même que je lui dise. Sa crinière rousse pourrait faire penser à quelqu’un de sauvage et indomptable, mais c’est la plus douce des amies, et des compagnes. Combien de fois a-t-elle aidé ses proches ? Elle connaît les secrets les plus douloureux de chacun et pourtant elle parvient à garder le sourire. Un si joli sourire qui illumine ses yeux clairs. Et en ce moment ces yeux-là ont percé mes pensées.

 

-C’est Hyuga n’est-ce pas ? Tu ne sais plus où tu en es. Je te comprends tu sais, mieux que tu ne saurais l’imaginer…

 

Oui c’est Kojirô. C’est ce que je n’arrive pas à m’avouer depuis quelques longues semaines déjà. Et elle, en deux minutes…

 

-Je ne sais pas Yayoi. Je me sens bien quand je suis près de lui. Je n’aime pas en être éloignée. Je veux être là. Toujours. Le voir sourire. Savoir qu’il respire. Et pourtant…

 

Pourtant j’ai cette impression d’être sale. De faire quelque chose de mal, d’ignoble. C’est comme si je trahissais…

 

-…Tsubasa… Oh Sanae, tu ne dois pas te sentir coupable.

 

Yayoi m’a l’air très affligée. Seulement j’ai comme l’impression que ça ne concerne pas que moi. Mais je suis exposée au grand jour. Un conflit intérieur entre le passé et un avenir condamné d’avance.

 

-Yayoi, je crois que j’aime Kojirô bien que je ne sache comment cela se peut. J’ai tant aimé Tsubasa que je ne pensais pas pouvoir éprouver à nouveau ce sentiment. Dans ma poitrine je peux sentir battre mon cœur comme autrefois mais dans celui de Kojirô, j’entends celui de Tsubasa. Et c’est un reproche permanent. J’ai mal, Yayoi…

 

 

C'est une douleur qui se garde

 

 

Je chuchote malgré moi, la honte sûrement. Elle m’envahit comme un raz-de marré et engloutit tout sur son passage : la joie de vivre près de Kojirô et ce qui va avec. Ma meilleure amie me prend dans ses bras, je ressemble à l’enfant de quatorze ans qui ne supportait plus que Tsubasa n’aime que le football.

 

-Sanae, l’amour que tu peux porter à Hyuga n’effacera jamais celui que tu as donné à Tsubasa. Mais tu l’aimeras d’un amour fort et sincère. Je pense sincèrement qu’il est possible d’aimer deux hommes dans une vie. Dans un sens, tu as de la chance car tu n’as pas à faire de choix. Tsubasa n’est plus…

 

Cette fois c’est elle qui baisse les yeux. Ce pourrait-il qu’elle… ? Non je n’imagine pas Yayoi en aimer un autre que Jun, c’est tout à fait impossible. Mais j’étais bien persuadée que jamais je n’en aimerais un autre que Tsubasa… Je ne pose pas de questions. J’attends qu’elle parle. Elle a les yeux dans le vide, partie dans un coin de son passé… Sa voix tremble un peu.

 

-Sanae, après la mort de Tsubasa, en Allemagne, tout le monde était anéanti. Jun s’est donné à fond dans la gestion de l’équipe. Se perdre dans le travail, c’était son moyen à lui d’évacuer sa peine. Moi je suivais déjà l’équipe en tant qu’infirmière et à quelques jours du coup d’envoi de la coupe, Genzô…Wakabayashi, s’est foulé le poignet. Oh ça n’avait rien de grave mais il a dû rester inactif pendant les premiers matchs. Moi j’étais chargée de m’occuper de lui…

 

Genzô, ainsi c’est donc de lui dont il s’agit… Je serre sa main dans la mienne, je n’ai pas le droit de la juger et je n’en ai pas envie.

 

-… Nous étions tous deux sous le choc de l’accident et de la perte de Tsubasa. Je ne trouvais pas le réconfort auprès de Jun. Alors inévitablement on s’est rapprochés l’un de l’autre. Tu comprends, Genzô avait perdu la femme qu’il aimait deux ans auparavant. Cet amour n’était pas réciproque car c’était la femme bien-aimée d’Hermann Kartz, et elle est morte laissant deux enfants derrière elle*¹. La pauvre... Et cette fois, il perdait son meilleur ami.

Ce que j’ai éprouvé pour Genzô, et que j’éprouve encore, fut très fort. Je me suis vraiment demandé ce que j’allais faire. J’étais perdue. Genzô aurait voulu que je reste en Allemagne auprès de lui mais Jun… C’était l’homme que j’aimais depuis tellement de temps. Evidement il a vu que quelque chose ne tournait pas rond et il m’a laissé le temps de réfléchir. Mais je sentais bien qu’il était nerveux. Moi je m’en voulais d’être tombée amoureuse de Genzô, de l‘avoir trahi.

 

Je suis un peu sonnée. Au final Yayoi a vécu un dilemme bien plus douloureux que le mien… si l’on peut mesurer une telle chose. Elle s’est arrêtée, pour reprendre sa respiration. J’ai peur de lâcher sa main. Si je le fais, je crains qu’elle ne tombe. Où ? Dans le néant ? Dans des souvenirs douloureux ? Peu importe, je n’ai pas le droit de la laisser.

 

-J’ai dû prendre une décision. Je suis restée fidèle à Jun. A mon premier amour, l’unique. Ou plutôt celui qui aurait dû être l’unique amour de ma vie… Je m’en suis voulu de faire du mal à Genzô mais je sais que j’ai fait le bon choix. Genzô a trop de blessures que je ne peux pas soigner. C’est l’ironie du sort non ? Moi l’infirmière…

 

Son rire sonne faux. Elle regrette de ne pas être celle qui a pu sortir Wakabayashi de l’abîme où il se trouve.

 

-Et Jun ?

 

Je n’ai pas pu m’en empêcher. Il faut que je sache. Quelle a été sa réaction ? Lui en a-t-il voulu ? … Tsubasa m’en voudrait-il ?

 

-Il m’aime toujours si c’est ce que tu veux savoir. Nous nous aimons très fort, nous essayons même d’avoir un enfant et dans deux mois nous allons nous marier. Tout le monde sera là, il faudra que tu viennes avec Hyuga, n’est-ce pas ?

 

-Heu... oui. Oui bien sûr, je le lui dirai. Mais…

 

-Tu sais…Jun me fait confiance aussi. Je lui en suis reconnaissante. Je l’aime de la même façon qu’avant, peut-être même plus mais je garde le souvenir de Genzô… Sanae, nous ne sommes que des femmes. Pas des êtres parfaits.

 

-Je sais… J’ai tiré un trait sur Tsubasa, mais j’ai peur qu’il me déteste et me maudisse de là-haut…

 

 

Je veux juste une dernière danse

 

 

-Tsubasa t’aimait. Tu es la seule femme qu’il ait aimée. Je suis certaine qu’il veut ton bonheur. Si ce bonheur est avec Hyuga comme je le crois, alors va le chercher. Prends-le ! Tu le mérites. Tu y as le droit ! Ne t’empêche pas d’être heureuse.

 

Le droit au bonheur… C’est dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme à l’ONU. Tout le monde peut y prétendre. Alors moi aussi ? Peut-être…

 

Yayoi est repartie travailler et moi j’attends dans ce couloir. Qu’est-ce que j’attends ? Il se peut que ce soit l’amour…

Une porte s’ouvre. Je me lève. Il s’avance vers moi.

 

-Kojirô…

 

 

*¹ : voir Eclair de Vie du même auteur.

 

 


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