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Tokio Hotel



Magdebourg, Mon royaume.   Auteur: Mena Vue: 157
[Publiée le: 2008-07-15]    [Mise à Jour: 2008-07-19]
G One-Shot/HumourCommentaires: 2
Description:
OS original, où TH y joue bien sûr un rôle, mais pas le plus grand pour une fois.
Crédits:
Je comprend jamais cette partie "crédits"... mais bon, je m'y plie : les TH sont pas à moi.

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Commenter: Partie 4

Partie 4

[1609 mots]
Publié le: 2008-07-19Format imprimable  
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Plus je me montrais froide et distante avec Bill, plus celui-ci se montrait avenant et pressant. Au bout d'un certain temps, je me mis à lire de la tendresse dans son regard. Ces moments étaient les plus insoutenables, mais je me faisais violence pour respecter à la lettre la consigne et ne rien laisser transparaître. Le cercle vicieux s'installa confortablement : plus je faisais ma peste, plus mon bien-aimé accourait... Et plus il accourait, plus le désir d'être odieuse me prenait. Chacun de ses regards attendris me transperçaient comme la pointe d'une lance. Pointe à laquelle je ne devais pas réagir, si je voulais que la comédie perdure. Et c'est ce que je désirais le plus au monde. Mais l'impasse à venir était inévitable. L'un des deux allaient forcément finir par être piégé, j'en avais bien conscience. Mais chaque fois que cette réalité s'imposait dans mon esprit, une nouvelle œillade féline la balayait aussi sec, me poussant à continuer ma mascarade. Plus il se montrait doux, plus sa beauté croissait. Ses yeux s'étiraient, son nez se plissait, ses lèvres se galbaient. Je délirais d'amour.


L'hiver arriva, avec son lot de froid, de givre et de neige. Et tous les jours après l'école, il était de coutume pour les parents d'envoyer leurs rejetons, pelles et pioches à la main, déblayer les parterres enneigés des jardins ou des rues jouxtant les maisons. Je n'échappais pas à la règle.


Un soir, alors que j'effectuais péniblement ma besogne, il vînt à ma rencontre. Concentrée sur le sol, je ne le remarquai pas tout de suite. Il se posta en face de moi, plantant ses deux pieds pile sur le tas de neige que je m'apprêtais à dégager. Je levai le nez, et manquai défaillir. Il était tout de blanc vêtu. Ses cheveux ébène contrastaient violemment avec la pâleur de sa silhouette. Il étincelait. Je mourus un peu ce soir-là.


« Je ne sais pas quoi faire. Viens avec moi ».


Je frissonnai au son de sa voix. Je pouvais me le permettre, nous étions dehors, il faisait froid. L'extrême beauté de mon bien-aimé m'encouragea à accomplir une prouesse émotionnelle. Je détournai le visage, me re-concentrant sur ma tâche.


« Tu ne vois pas que j'ai du travail ? Je n'ai pas le temps de jouer avec toi, désolée.

    - Il y a bien assez d'enfants dans la rue pour le faire. Allez, viens.

    - Non ! Moi au moins je me bouge ! Je ne suis pas une chochotte ! ».


J'avais peine à croire que j'avais osé prononcer ses mots. Je ne savais pas trop si je devais le regretter ou non, mais je décidai de ne pas céder. Je repris mon labeur d'un air faussement détaché. J'attendais avec effroi la réaction de Bill.


Celle-ci ne mit pas longtemps à venir. D'un coup, sans que je puisse faire quoi que ce soit, il me prît la lourde pioche des mains, la hissa avec difficulté au dessus de son épaule, puis la ficha pesamment dans la neige. Il entreprit de renouveler le geste, luttant comme il pouvait contre le poids de l'instrument.


« Alors je vais t'aider », souffla-t-il.


S'en était trop. Le simple fait de voir cet être si beau, si pur, d'une pureté presque angélique, effectuer le sale boulot de tous les gosses du quartier me soulevait l'estomac. Je lui arrachai l'outil des mains.


« NON ! Pas toi ! », hurlai-je presque.


Bill me jeta un regard candide et faussement surpris.


« Mais pourquoi ? ».


Je baissai le nez, et me remis à piocher. Il tourna les talons et s'éloigna. Je venais de perdre un point. Et il le savait.


Trouver le moyen de rattraper cette bourde ne fut pas un problème : le lendemain, je tombai malade. Rester trop longtemps exposée au froid m'avait coûté un sacré rhume, et l'on m'ordonna de garder le lit une semaine entière. Supplice immonde : sept jours sans voir le visage de mon bien-aimé. J'enrageais silencieusement, mais pris conscience que cette absence compenserait la faille de la veille.


Une semaine après, je repris les cours, le coeur prêt à exploser car essoufflé par l'attente. Je n'osais même pas le chercher des yeux, de peur de commettre une autre faute. C'est lui qui vînt à moi.


« J'ai entendu dire que tu étais malade. Ça va mieux ? ».


Le choc fut brutal, car je ne l'avais pas vu venir. Je déployai toutes mes forces de blindage dont je disposais, et entrepris de répondre sur un ton ferme et neutre.


« Oui. Merci ».


Je priai pour qu'il s'éloigne, pour qu'il me laisse seule, que je puisse périr d'amour en paix. Rien n'en fut. Mon coeur s'emballait.


    « Alors, tu veux venir jouer avec moi maintenant ?

    - Non, je veux pas.

    - On peut juste parler si tu préfères.

    - Je veux pas.

    - Mais tu le faisais avant.

    - Non, je l'ai jamais fait.

    - Mais si ! ».


Sa voix grimpait dans les aigus, et je crus rêver en constatant que ses yeux étaient embués de larmes. Je me perdais dans le discours, il n'y avait plus aucune logique dans mes paroles, et je me contre-disais complètement. La catastrophe était à présent imminente, et en dernier recours, je commençai à tourner les talons afin de fuir. Bill m'en empêcha. Il m'empoigna fermement les épaules, et planta ses yeux de chats droit dans les miens. Mon visage était à quelques centimètres du sien, et je pouvais sentir son souffle ricocher sur ma bouche. J'étais perdue, déchirée entre une panique profonde et mon tout premier désir sexuel. Il menait la partie, haut la main.


« Pourquoi tu dis ça ? Tu sais que c'est faux ! Avant, tu voulais parler avec moi. Mais maintenant, tu ne m'aimes plus ! Pourquoi ? Pourquoi ? ».


J'étais pétrifiée. Car au fond de moi, je savais pertinemment que mon adversaire avait une idée bien précise de ce qu'il voulait obtenir. Je constatai avec effroi que cette détresse soudaine n'était rien d'autre qu'une adroite simulation. Et je me montrai assez sotte pour lui accorder la victoire.


« Je...J'ai menti, Bill ».


Ses mains lâchèrent lentement mes épaules. Je scrutai ses yeux : pas une once de surprise. Il attendait la suite. Je me pliai à sa volonté.


« Je t'ai toujours aimé, mais j'ai suivi la consigne. J'ai fais semblant, pour que toi aussi tu m'aimes. Mais maintenant, je te le dis : je t'aime ».


J'aurais dû m'arrêter là. Je décidai de m'enliser.


« Voilà, tu sais tout. Alors bon, on peut quand même jouer et parler ensemble, ou bien je peux continuer à faire semblant, si tu préfères. C'est comme tu veux, qu'en penses-tu ? ».


Le ridicule de la situation ne m'échappait pas le moins du monde. Mais je n'avais rien pu contrôler. Il aurait fallu un miracle pour que Bill ne tienne pas compte de ma bêtise. Cette fois, le miracle n'eut pas lieu.


« C'est bientôt l'heure d'aller en cours », annonça-t-il, avant de tourner les talons.


Je bouillonnai de honte. Ma fierté en prît un sacré coup, et tous mes espoirs d'amour se brisaient en mille morceaux. Telle une bête à l'agonie, mais désireuse de se battre jusqu'à son dernier souffle, je fonçai droit vers lui et me plantai à nouveau devant son nez.


« C'est trop facile ! Tu savais tout ça, et maintenant tu me laisses comme une vieille chaussette ! Pourquoi tu as fais ça ? Pourquoi tu as besoin de me faire souffrir comme ça ? J'ai arrêté de manger pour toi, c'était dur ! Je suis même allée à l'hôpital ! Pourquoi tu t'en vas ? Regarde moi souffrir au moins ! REGARDE MOI ! ».


Il me rendit poliment mon regard, et me répondit simplement :


« J'avais juste besoin de le savoir. Maintenant, je le sais ».

Et il s'en fut.


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