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Tokio Hotel



Magdebourg, Mon royaume.   Auteur: Mena Vue: 158
[Publiée le: 2008-07-15]    [Mise à Jour: 2008-07-19]
G One-Shot/HumourCommentaires: 2
Description:
OS original, où TH y joue bien sûr un rôle, mais pas le plus grand pour une fois.
Crédits:
Je comprend jamais cette partie "crédits"... mais bon, je m'y plie : les TH sont pas à moi.

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Commenter: Partie 3

Partie 3

[1737 mots]
Publié le: 2008-07-18Format imprimable  
Taille du Texte: (+) : (-)

Un jour, emportée par un élan de sincérité et inconsciente de la bêtise de ma démarche, je lui annonçai :


« Tu es si beau que je ferais n'importe quoi pour toi ».


Ses yeux de lynx ne cillèrent pas, et il émit un petit rire suffisant. Je n'y prêtai aucune attention, car, ô miracle, il s'apprêtait à me répondre :


« Tu m'aimes tant que ça? ».


Je bondissais sur l'occasion, fonçant tête baissée dans ce piège si commun.


« Mais oui ! Je t'aime depuis le premier jour ! Tu dois me croire. C'est important ! Et je pourrais te le prouver... Veux-tu que je te le prouve ? ».


Bill, toujours vaguement absent, poussa le vice un peu plus loin.


« Donne-moi une bonne raison. Pourquoi m'aimes-tu ? ».


Je réfléchissais à toute vitesse, luttant avec peine contre les violents vertiges qui menaçaient de me faire choir sur le champ.


« J'aime ton corps, par exemple. Je trouve sa finesse unique, et je rêverais d'être ainsi faite ».


J'avais parlé avec honnêteté et solennité, et malgré le ton posé de ma voix à ce moment-là, mon amour suintait par tous les pores de ma peau. J'étais transie, et Bill en avait plus que conscience.


« Si tu rêves tant d'avoir le même corps que le mien, alors il te suffit de cesser de manger jusqu'à ce que cela arrive. Si tu y parviens, je serais convaincu ».


La cruauté et la stupidité de ses dires ne me frappèrent pas le moins du monde. Comment aurais-je pu l'être ? L'élu venait enfin de me donner une chance d'exister à ses yeux, et encore mieux, d'être aimée à mon tour. Plus naïve que jamais, je relevai le défi avec panache, bien décidée à ne plus rien avaler jusqu'à ce que mon corps se transforme et atteigne l'harmonie de celui de Bill.


Tenir les deux premiers jours me parût, à proprement parler, un jeu d'enfant. Le plus corsé était d'éviter toute ingurgitation lors des dîners familiaux. Par chance, mes frères et soeurs, plus jeunes et plus bruyants, me volaient la vedette. Je me faisais minuscule, et le contenu de mon assiette disparaissait ailleurs que dans mon estomac. Chaque repas qui passait constituait à mes yeux une petite victoire, et je me complaisais sans limite dans mon rôle de martyre amoureuse. J'imaginais déjà le résultat, lorsque dans une dizaine de jour, j'exposerais mon corps neuf aux yeux ébahis de tout le monde. Je peignais à l'avance l'expression admirative et énamourée que Bill me jetterait ce jour-là, réalisant presque avec honte que sa moitié, c'était bel et bien moi.

Bien entendu, les choses dégénérèrent.

Et c'est au bout de mon cinquième jour de jeûne que mon organisme prit la décision de ne plus me suivre dans ma démarche insensée.


Un soir, une fois revenue de l'hôpital, ma mère me questionna, l'air grave.

« Pourquoi diable as-tu arrêté de manger? Tu veux mourir?

- Non, je fais ça parce que je veux que Bill sache que je l'aime. Je n'ai pas d'autres moyens. Car il ne me voit pas, et ça me rend triste ».


En d'autres circonstances, j'eusse préféré périr que de dévoiler ceci à ma mère. Mais l'échec cuisant que je venais d'essuyer me démoralisait au plus haut point, et j'avais peur d'avoir perdu ma seule et unique chance de gagner l'amour de mon bien-aimé.


« Ne refais plus jamais ça. Me fit-elle promettre. Ce n'est pas la solution.

- Que faire alors ?

- Fais exactement comme lui. C'est comma ça que ça marche. Si tu veux qu'il t'aime, montre toi aussi méchante que lui. Tu verras, les choses changeront ».


Je ne décelai aucune logique dans la stratégie maternelle, mais, à cours d'idée, et consciente que je n'avais plus rien à perdre, je décidai de lui donner une chance. C'est ainsi que chaque jour devint une véritable épreuve émotionnelle : poser le regard sur mon bien-aimé et de ce fait dénoncer mon amour pour celui-ci m'était désormais interdit. L'épreuve était pour ainsi dire insoutenable. D'autant plus que Bill ne semblait pas se préoccuper plus que ça de ma soudaine absence. Je décidai alors de m'adonner corps et âme à mon devoir guerrier, afin de tromper les plaintes et les spéculations de mon âme. Cela tombait bien, une toute nouvelle troupe de rebelles ennemis venait de voir le jour, et, il faut le dire, leurs performances étaient à la hauteur des nôtres. Il fallait que cela cesse. Nous échafaudâmes donc une méticuleuse embuscade, dont le but était de capturer au moins un membre de l'armée opposée, et de mettre à sac leur repère principal. Nous remportâmes haut la main cette partie : le quartier ennemi fut dévalisée, et nous prîmes en otage le général des troupes en personne.


Cette victoire fit remonter le moral de mes recrues, et nous festoyâmes gaiement autour de notre butin et du pauvre général, ligoté comme un bagnard. Mais ceci ne me suffisait pas. Mon corps et mon âme vivaient dans la frustration totale depuis prés de 3 mois, et me suppliaient une compensation, une vengeance, n'importe quoi... Quelque chose à se mettre sous la dent, à défaut de l'amour de Bill.


« Torturons-le ! », scandai-je à mes fidèles, les yeux rivés sur l'ennemi recroquevillé à terre.


La foule tonna de joie et d'excitation. Tandis que certains lui ôtaient brusquement ses vêtements, d'autres, sous mes ordres, commençaient à remplir une large bassine d'eau glacée mélangée à toutes sortes de liquides, parfois pas très catholiques. Une fois leurs besognes achevées, les bourreaux se tournèrent vers moi, guettant les prochains ordres. Étourdie par ce besoin vital de cruauté engendré par ma propre tristesse, je me mis à penser à Bill si fort que ce fut dans un hurlement que j'annonçai: « NOYEZ-LE! ».


Le pauvre bougre fut ainsi immergé de force dans ce mélange peu accueillant, malgré ses plaintes et ses cris. Bien entendu, nous ne le noyâmes pas à proprement parler, cela dit, après trois bonnes heures passées dans cette bassine, il ne valait guère mieux. Nous le relâchâmes au soir, ivres de fierté. Il détala sans demander son reste, jetant un dernier regard en arrière vers moi. Je distinguai alors une vague de crainte dans ses yeux, et m'en réjouis. La nouvelle allait vite se répandre, j'en étais certaine.


Ma renommée gagna rapidement un niveau de plus au sein de l'école. Non seulement j'étais Chef des armées de Magdebourg, mais en plus, j'étais un impitoyable bourreau. Pas de toute, j'étais quelqu'un. Nombre de garçons enviaient ma situation. Nombre de filles m'abordaient sur un ton doux de jalousie.


Mon bien-aimé eut vent de la nouvelle.


Je me tenais toujours aux instructions maternelles, et luttaient pour simuler le dédain vis à vis de l'élu de mon coeur. Celui-ci vînt me voir dans la cour, un jour, mettant ainsi tous mes sens à l'épreuve.


« Il paraît que tu as capturé et torturé un de tes ennemis... ».


Je frôlai la syncope, mais tînt bon.


« Oui, et alors ? », répondis-je le plus froidement possible, ce qui m'écorcha les lèvres, tandis que je dévorais discrètement des yeux les siennes.


« Alors, je trouve que tu as du cran. Il paraît que le garçon avait 12 ans tout de même. Ça fait 2 ans de plus que toi ».


Ainsi, mon bien-aimé était attiré par le pouvoir. J'aurais du l'en plaindre... Mais j'étais pareille.


« Oui, en effet », concluai-je avec indifférence. Puis, je le laissai planté là, sans un mot de plus, et tandis que je m'éloignais lentement, je sentis son regard posé sur moi. Je luttai pour tenir mon rôle jusqu'au bout, et attendis d'être hors de sa vue pour tomber le masque et m'abandonner à la vague de frissons qui me menaçait depuis le début de la discussion. Ça avait marché. Le conseil de ma mère couplé à mon exploit militaire avait porté ses fruits. Ceci me donna le courage nécessaire pour poursuivre.




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