
| Magdebourg, Mon royaume. | Auteur: Mena | Vue: 154 |
| [Publiée le: 2008-07-15] [Mise à Jour: 2008-07-19] | ||
| G | One-Shot/Humour | Commentaires: 2 |
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Description: OS original, où TH y joue bien sûr un rôle, mais pas le plus grand pour une fois. | ||
| Crédits: Je comprend jamais cette partie "crédits"... mais bon, je m'y plie : les TH sont pas à moi. |
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Partie 2[2031 mots] |
Publié le: 2008-07-18 | |
| Taille du Texte: (+) : (-) | ||
Le centre du monde errait au milieu de la cour.
Le centre du monde allait seul, évoluant sur les gravas blancs du sol, les mains dans les poches et l'air désinvolte.
Le centre du monde avait 11 ans, les yeux sombres en forme de dragées, la peau couleur sable mouillé, et les cheveux, mi-longs, d'un noir de jais.
Jusqu'à présent, nulle beauté ne m'avait émue. J'étais certes capable de distinguer les plus indéniables d'entre elles, mais de là à me faire flancher... Non, jamais. Mais c'était la première fois qu'un ovale de visage m'apparaissait parfait, que les contours d'une bouche me transcendaient, et que la finesse d'un nez m'interpellait de la sorte. Ce corps tout entier était synonyme d'harmonie à mes yeux, et il fallait se rendre à l'évidence : il se découpait beaucoup mieux que les autres sur l'écran du monde.
Je m'informai dans la seconde : le centre du monde se prénommait Bill. J'en déduisis qu'il s'agissait d'un garçon, ce qui aurait dû me soulever le coeur de dégoût. Mais je n'en fus que plus curieuse.
La créature céleste pivota dans ma direction, mais ne me vis pas. Je décidai de ne pas m'en soucier. Après tout, il était tout à fait possible qu'elle n'ait pas encore entendu parlé de moi. Quand tel serait le cas, il faudrait bien qu'elle prenne parti. Mille fantaisies s'entrechoquèrent alors dans mon esprit : Bill, rallié à mon camp, deviendrait mon plus fidèle conseiller, mon indispensable bras droit, et nous deviendrions un des couples guerriers les plus puissants de tous les temps. Ou, dans un autre cas de figure, Bill menant les troupes ennemies me livrerait un combat sans merci, à l'issue duquel je vaincrais, en ferais mon prisonnier, et le gracierais. Grâce sonnant le glas d'une liaison interdite, secrète et brûlante.
Ces perspectives d'avenir me donnaient des ailes, et je décidai de prendre mon mal en patience, attendant sereinement le verdict de mon futur bien-aimé.
Au bout d'une semaine, le verdict n'était toujours pas tombé. Et ce silence, tout comme la beauté de l'élu, m'obsédaient plus que de raison. N'y tenant plus, je profitai d'une interclasse pour aller quérir ma réponse.
« Je ne joue pas à la guerre. Je ne trouve pas ça intéressant », me confia la voix de velours, d'un air absent et désintéressé.
Ce blasphème me coupa les jambes et la voix, tandis que la divine créature s'en allait errer plus loin. A l'évidence, mon bien-aimé se suffisait à lui-même, et ne semblait pas vouloir prendre part à cette euphorie nouvelle. Il venait littéralement de décliner ma prestigieuse proposition, à savoir, guerroyer à mes côtés, et conquérir le monde. Poste dont tout le monde rêvait en secret, parmi mes alliés, et certainement quelques uns de mes ennemis. Par un mécanisme étrange, je ne l'en aimais que plus fort.
Toute la logique de ma propre chute débuta le jour où je me rendis compte de l'amour que je portais à cet intrus. Il était le plus beau, donc je l'aimais, et il devenait ainsi le centre du monde à ma place.
Désormais, le centre du monde était hors de moi : je devais tout faire pour m'en rapprocher.
Je passais alors le plus clair de mon temps libre, lors des jours d'école, à dévorer mon bien-aimé des yeux, sommant par la même occasion mes informateurs de me dévoiler tout ce qu'ils savaient sur Bill.
« C'est un garçon à part. Il a une façon de s'habiller bizarre, alors on refuse de jouer avec lui ».
Je compris vite que la situation s'avérait bien différente : l'archange ne jugeait pas intéressant de se prêter aux jeux primaires et stupides auxquels s'adonnaient la plupart des élèves de notre école. Ces derniers, certainement vexés, avaient ainsi travesti la vérité : « Il est différent, on le rejette, tant pis pour lui ». Cette réalité me foudroyait de plaisir.
« Il a un frère jumeau, Tom. Tous les deux font de la musique. Bill chante, je crois ».
J'identifiai rapidement le dénommé Tom, et constatai indéniablement sur son visage la même grâce qui imprégnait les traits de mon bien-aimé. Cependant, il arborait un côté beaucoup plus mâle et carrément moins mystique comparé à l'élu de mon coeur. J'appris également que, à priori, lui non plus n'avait choisi aucun camp dans la guerre que j'avais instaurée, et demeurait neutre comme la Suisse. Ceci m'agaçait. Mais cette gêne fut rapidement occultée par ma grandissante obsession dont Bill était l'objet.
Je compris alors qu'être prés de lui ne me suffisait pas. Il fallait aussi que je compte à ses yeux. Ce n'était pas le cas, je ne l'intéressais pas. A vrai dire, peu de choses semblaient l'intéresser. Mis à part son frère, il ne regardait rien, et il ne disait que très peu de choses.
De leur côté, les autres élèves semblaient continuellement vouloir se persuader que c'était bien eux qui avaient fermés à Bill les portes de l'amusement et de l'insertion sociale. Mais, curieusement, lorsque celui-ci passait, les têtes se tournaient imperceptiblement, et je lisais non sans jalousie une sorte de fascination profonde dans leurs yeux d'abrutis.
Mon bien-aimé jouissait d'un pouvoir sans limite : il aimait être regardé, et nous le lui rendions bien. Il était l'être suprême. Mon amour en fut décuplé. Je frôlais l'implosion. Il fallait faire quelque chose, je voulais qu'il m'aime. Je devais l'en informer.
« Il faut que tu m'aimes ».
Regard moqueur. J'admis alors que plus d'explications étaient de rigueur.
« Il faut que tu m'aimes parce que je t'aime, tu comprends ? ».
Mon argumentation me semblait on ne peut plus claire, et j'attendis sereinement la réponse.
Le persan me rît au nez. J'en fus étrangement blessée.
« Mais pourquoi ris-tu ?
- Parce que tu es bête ! ».
C'est ainsi que ma toute première déclaration d'amour fut accueillie.
Je ne perdis cependant pas espoir, et m'empressai de trouver une explication plausible à cette catastrophe que j'espérais temporaire. Je trouvai : Bill n'était pas de ceux qui aimaient sans preuve solide et formelle de l'amour auquel ils s'engageaient à répondre.
Je l'aimais, parce qu'il était le plus beau, parce qu'il m'avait enfin été accordé de rencontrer un être digne de moi, et qu'il fallait pas conséquent faire tout ce qui était en mon pouvoir pour me faire aimer en retour. Quelque chose de grand, de superbe... à la hauteur de mon élu et de son amour. Une chose qui l'impressionnerait, à l'issue de laquelle il se rendrait compte de ma propre valeur, ainsi que celle de mes sentiments. Je me creusais l'esprit, en vain.
A cause de lui, mon efficacité militaire se mit à décliner. Avant, seule l'élaboration de nouvelles stratégies visant à terrasser l'ennemi me préoccupait. A présent, je devais consacrer une partie de mon temps à la contemplation de mon bien-aimé. De prés, de loin, assise, debout... Peu m'importait. Je n'avais pas conscience du ridicule éventuel de la situation, puisque lorsqu'il apparaissait, je cessais d'exister, et me noyais dans un océan d'extase.
Quand venait le moment d'aller me coucher, et que je me retrouvais alors seule dans le noir, mon corps et mon esprit reprenaient leurs droits, pour me plonger dans la pire des souffrances. J'aimais Bill, mais je sentais que cet amour à sens unique ne me suffisait pas. Et je ne savais que faire face à cette montagne de beauté, cet horizon de noirceur et de mystère, ce corps intriguant, écrin d'une solitude si fascinante et envoutante.
Ce qui devait arriver arriva : cette solitude ne dura pas.
Une beauté telle que la sienne inspirait une distance respectueuse. Et jamais je n'aurais pu imaginer que l'une des ridicules chenilles de l'école puisse oser approcher ce monument de grâce hautaine. Comble de l'infamie, mon amour avait stoppé sa marche, et écoutait l'autre. Mon sang bouillonnait. Sous mes yeux, une autre personne existait aux yeux de l'élu de mon coeur. Innommable trahison.
Je m'informai : l'intriguant se dénommait Andreas. Prénom que je qualifiai d'emblée de stupide et inhumain. Tout comme sa coupe de cheveux, d'une blondeur peroxydée qui me donnait la nausée. Il était le meneur de sa classe, et je compris alors mieux pourquoi mon bien-aimé daignait lui accorder une telle attention, et acceptait de faire de ce ridicule lutin son ami. Le peu de connaissances liées aux liaisons amoureuses et à leur logique dont je disposais me dictait que, dans la mesure où le nommé Andreas était de sexe masculin, rien de dangereux n'était à prévoir. Malgré ce constat, ma jalousie atteignît son apogée.
Je hurlai victoire le jour où le nouvel ami de Bill, assez populaire auprès des petites filles, se dénicha une fiancée, blonde comme les blés, et aussi bête que lui. Malgré l'amitié toute neuve qu'il avait atteint avec un succès déroutant, il lui fallait remplir ses devoirs conjugaux pendant les récréations, et par conséquent, abandonner son ténébreux ami à sa déambulation spectrale quotidienne. J'en profitai pour attaquer. Andreas l'avait fait et avait réussi, pourquoi pas moi ? Ainsi, ignorant toute notion du ridicule, je passais le plus clair de mon temps à coller Bill, le soûlant de paroles toutes plus insignifiantes les unes que les autres. Mon bien-aimé ne répondait presque jamais, et affichait continuellement cette expression de calme, de dédain et d'assurance vaniteuse. Je ne lâchai rien. Il avait baissé la garde devant l'autre blondinet, qui avait été assez sot pour céder sa place. Je devais persévérer, je l'aimais à la folie.
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