
| Magdebourg, Mon royaume. | Auteur: Mena | Vue: 156 |
| [Publiée le: 2008-07-15] [Mise à Jour: 2008-07-19] | ||
| G | One-Shot/Humour | Commentaires: 2 |
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Description: OS original, où TH y joue bien sûr un rôle, mais pas le plus grand pour une fois. | ||
| Crédits: Je comprend jamais cette partie "crédits"... mais bon, je m'y plie : les TH sont pas à moi. |
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Partie 1[1330 mots] |
Publié le: 2008-07-15 | |
| Taille du Texte: (+) : (-) | ||
J'avais 10 ans, et cette petite ville ridicule allait se soumettre à mon invasion.
A califourchon sur mon vélo, je paradais avec orgueil dans les rues laides et silencieuses de mon nouveau chez moi, n'arrêtant mon destrier uniquement lorsque l'envie me prenait de balayer les environs d'un regard dédaigneux. J'évaluais ce qui me servait désormais d'environnement, repérant les recoins susceptibles de m'intéresser, les notant mentalement avec précision, dessinant ainsi dans mon esprit la toute nouvelle carte de mon réseau de cachettes et de bureaux de contre-bande en tout genre. Malgré la tristesse et la désolation de l'endroit, je me réjouissais : les bâtisses abandonnées ne manquaient pas. Elles seraient désormais miennes. Et vu le peu d'autochtones que je croisais, les garder ne s'avérait pas spécialement difficile.
« Ne t'éloigne pas trop, n'oublie pas que tu ne connais pas encore la ville », m'avait rappelé ma mère, quelques heures auparavant, retardant alors de quelques secondes mon imminente invasion.
« Ne te fais pas de soucis », lui avais-je répondu, faussement honnête. La pauvre naïve n'avait aucune idée de ma propension à conquérir, et encore moins de mon sens aigu de l'orientation. Nous avions quitté une ville dont toutes les rues, impasses et autres places principales avaient été souillées par l'indéniable étendue de mon pouvoir. Il allait en être de même ici, et ce le plus vite possible.
Au bout d'une demi-journée de quadrillage intensif du patelin, je terminai ma course au bout de l'artère principale. Balafre longiligne qui scindait sans égard cette petite ville grisâtre et sans charme. Je descendis de cheval, et, toujours délicieusement désabusée, quoique légèrement essoufflée, je me postai face à l'immense panneau fiché aux portes de cette cité à conquérir.
« Magdebourg », lis-je à haute voix, déformant volontairement mes lèvres afin que ce nom sonnasse encore plus ridicule qu'il ne me le paraissait déjà.
Je posai mes yeux de souveraine sur ce village, laid et fade. J'exultais.
« Que cette ville est misérable. Il était temps que quelqu'un arrive et fasse quelque chose ».
Cette ville m'attendait, j'en était certaine. Et rien ni personne ne m'empêcherait de me l'approprier.
En cet après-midi d'été, je m'auto-proclamai « reine de Magdebourg », et imaginai déjà les emplacement stratégiques de mes quartiers généraux.
Enrôler des prétendants aux titres de « Membres de ma Cour Personnelle » fût chose aisée. La première approche, cependant, me noua légèrement le ventre. Même pour quelqu'un de mon envergure, faire le premier pas dans l'incontournable mécanique de l'insertion sociale est toujours embarrassant. Mais à quoi bon détenir un royaume dépourvu de serviteurs ?
Il fallait frapper fort et vite. Je mettais un point d'honneur à être connue comme le loup blanc avant même la rentrée des classes. Il me restait deux semaines. Mon choix se porta sur une bande de garçons, au nombre de dix, et à priori assez proches de mon âge. Cibles parfaites pour mon armée personnelle. Entendons-nous bien, je n'avais rien d'un garçon manqué, et « jouer avec les garçons » me répugnait. Après réflexion, « jouer », ainsi que « les garçons » tout court me répugnaient. Mais il n'était dans ce cas pas question de jouer, mais de guerroyer. De défendre mon royaume, et d'en conquérir éventuellement d'autres... Jusqu'à ce que tout et tous m'appartiennent. Et pour cela, j'avais besoin de corps musclés et d'esprits facilement contrôlables.
Bien entendu, ces ridicules vers de terre se gaussèrent bien fort à la vue de ses nattes féminines osant s'adresser à leurs virilités si développées...
« On joue pas avec les filles ».
Je faillis leur répondre que j'étais bien plus qu'une fille, mais je m'en tînt au plan de base.
« Je ne vous propose pas de jouer, mais de faire partie de mon royaume, d'avoir accès à tous ses secrets, de le protéger. Par la force s'il le faut ».
Et sur ce, je dépliai sous leurs yeux surpris et curieux le plan du village, et de tous mes points stratégiques. Je déployai toutes les facultés oratoires dont je disposais, et, tel un commandant motivant ses troupes avant l'ultime combat, je les ralliai à ma cause. Ce n'était pas difficile. La vie à Magdebourg semblait bien monotone, et ce tout nouveau concept d'amusement qui se profilait les excitait grandement. Ils me suivirent. Je laissai alors libre cours à mon imagination, et improvisais toutes sortes de rites de passage, d'évaluation des compétences de mes premiers serviteurs. Ainsi, l'un d'entre eux, que je jugeai plus fort et rusé que la moyenne, fut nommé général, deux autres accédèrent non sans fierté aux rangs d'éclaireurs, et le reste constituait la base de la garde royale. A ces derniers incombait la tâche de faire passer la nouvelle : le royaume de Magdebourg recrutait, et ceux qui ne souhaitaient pas y jouer un rôle (soldat, médecin des troupes, ravitailleur...) en était l'irrévocable ennemi.
Ainsi, je réalisais mon premier souhait : mes troupes enflaient à vue d'oeil, accueillant chaque jour de nouvelles recrues. Et surtout, je me créais une armée ennemie. Maillon indispensable dans cette toute nouvelle chaîne chevaleresque. La guerre éclata ainsi dans le petit village de Magdebourg, et j'en était le chef d'orchestre. Nous terrassions les ennemis sous mes ordres, et n'essuyions que très peu de défaites. Si bien que, lorsque la rentrée arriva, je n'étais plus « la petite nouvelle ». J'étais la « commandante de l'armée de Magdebourg », m'élevant ainsi à l'incontestable rang de centre du monde. Mon règne décolla comme une fusée, et ce dès le premier jour des cours. Mes ennemis me jaugeaient de loin, l'air méfiant et presque craintif. Mes alliés m'adressaient de rapides signes de tête solennels et respectueux. Je jubilais. Quelques neutres exprimèrent leur désir de grossir nos rangs, et j'engageai alors un assistant cuisinier, un éclaireur et quelques infirmières.
Ma décadence débuta très tôt. Le deuxième jour de classe. Le jour où j'ai découvert que... le centre du monde, ce n'était pas moi.
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