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Je n'aime que toi   Auteur: Mena Vue: 85
[Publiée le: 2008-08-28]    [Mise à Jour: 2008-08-28]
13+ One-Shot/ErotiqueCommentaires: 3
Description:
Twincest... ou comment être plus proche de la réalité concernant la relation des jumeaux ?
Crédits:
Personne n'est à moi.

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Je n'aime que toi

[6274 mots]
Publié le: 2008-08-28Format imprimable  
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Je n'aime que toi


La soirée avait été généreusement arrosée et enfumée. Les spots de lumière colorée avait balayé en cadence l'intérieur de l'immense dôme musical qu'ils venaient de quitter, électrisant un peu plus l'ambiance festive qui y régnait. Les enceintes avaient cogné avec intensité leurs tympans, déversant sans interruption des dizaines de mélodies brutales et familières. Ce genre de morceaux bien commercial, que presque tout le monde aime, et qui suffit à faire décoller n'importe quelle fête. Les quelques personnes qu'ils avaient eu la chance de croiser s'étaient avérées de charmante compagnie. Rien de bien exceptionnel cérébralement parlant, mais dans ce type de soirée, une jolie plastique prime toujours sur le reste. En particuliers quand le taux d'alcoolémie frôle d'aussi prêt ses limites...


Il n'était pas loin de 3 heures du matin lorsqu'on les avait priés de bien vouloir se laisser traîner dans le véhicule qui les ramènerait à leur hôtel. Georg et Gustav n'avaient pas bronché, terminant d'un trait le contenu de leurs verres respectifs avant de se lever, non sans difficultés, mais toujours avec une assurance robuste. Il demeure difficile de définir si Bill était d'accord avec l'idée de quitter le dôme assourdissant. Son état s'apparentait plus à celui d'un mollusque en perdition ce soir-là, et les sons qui s'échappaient de sa bouche ne voulaient absolument rien dire. Pourtant, il avait moins bu que ses deux amis. Mais suffisamment pour que sa physionomie, qui n'avait rien de massive, se venge en lui troublant l'esprit et les sens. Le seul qui avait tenté de prolonger les festivités avait été Tom, sans surprise. L'une des deux minettes qui s'étaient pavanées autour de lui toute la soirée durant était à son goût, mais il n'avait malheureusement pas disposé d'assez de temps pour conclure en bonne et due forme et lui faire une proposition peu orthodoxe pour la nuit qui s'annonçait. Ce fut pile au moment où il était à deux doigts de négocier une heure de plus que Bill avait vomi par terre en râlant. L'incident bouleversa tout l'argumentaire de Tom, et la décision de rentrer en vitesse fut alors prise dans la seconde.


Tout le long du trajet, Tom avait jeté des regards furieux vers Bill, qui, de son côté, luttait tant bien que mal pour se maintenir droit sur son siège. Georg, bien conscient du sentiment de frustration qui grandissait chez son comparse guitariste, avait à priori trouvé la scène risible, l'alcool aidant. Gustav, lui, non moins imbibé que les autres, s'était laissé submergé par la vague de sommeil bien commune au fin de soirée, et sa tête n'avait cessé de culbuter tantôt le dossier de son siège, tantôt la vitre fumée de la fenêtre. Arrivés à l'hôtel, à l'abri des regards et des objectifs, on les avait laissé sortir de la voiture, puis rejoindre le hall de l'établissement afin de gagner les ascenseurs qui les mèneraient droit à leurs chambres. Chemin faisant, quelques éclats de rires rauques et puants avaient fusés à la vue de la démarche du chanteur qui, titubant et trébuchant, n'avait décidément guère fière allure. Les rires de Tom étaient jaunes, mais cela, personne ne l'avait remarqué, à part peut-être Bill. Dans le couloir de leur étage, Georg et Gustav avait pris congé, et l'on avait prié très justement Tom de bien vouloir prendre en charge son frère de façon à ce que celui-ci ne confonde pas la baignoire ou le lavabo avec un lit.


Et c'est suite à tout cela qu'il se retrouvait là ce soir, frustré et furieux, au chevet d'un frère ivre et délirant qu'il venait de jeter tant bien que mal sur le grand lit propre de la chambre. Le même lit l'attendait dans la salle voisine... Lit dans lequel il aurait bien accueilli cette fille qui lui avait semblé si appétissante, et qui en plus l'avait aguiché toute la soirée. Mais non. Ce soir, son frère l'avait condamné à rentrer seul et à le border comme un gamin. Ce n'était pas la première fois que ce petit manège se déroulait, et Tom en avait marre. Assis sur le côté du lit, assailli par la rancœur et par les prémices d'une violente gueule de bois, il prit sa tête entre ses mains, et reposa ses coudes sur ses genoux. Il respirait violemment, et les effluves de tabac qui imprégnaient son T-shirt lui polluaient les narines.


« T'es dégouté, hein ? ».


Bill avait brisé le silence qui s'était installé, et Tom en avait presque sursauté. D'habitude, après quelques minutes, le plus jeune des frères, assommé par ses propres débordements, sombrait dans un sommeil de plomb. L'aîné en profitait alors pour évacuer comme il pouvait, et lui vociférait tout bas, en chuchotant, des propos plein de colère et de reproches, avant de se retirer dans sa chambre. Mais ce soir là, Bill ne s'était pas endormi.


« De quoi tu parles ? », répondît Tom.


Aujourd'hui plus que jamais, il en voulait à son jumeau. Tout ce petit jeu lui paraissait de plus en plus puéril, et même s'il respectait le mécontentement de Bill vis à vis de ses déboires d'un soir avec les filles, il n'en demeurait pas moins majeur et seul maître de ses actes. Tiraillé entre l'envie de rabrouer son frère et la crainte de le brusquer plus qu'il ne l'était déjà, il choisît d'adopter un ton neutre. Mais de toute évidence, Bill était bien décidé à crever l'abcès. Allongé comme un pantin au milieu du grand lit, son regard était rivé sur le dos de son frère. Et quand ce dernier se retourna pour affronter le regard de son jumeau, il fut plus que surpris de constater que celui-ci affichait un sourire triomphant.


« J'parle de la nana que t'as pas pu baiser cette nuit... Ça te fait chier hein ? ».


Bill avait enchaîné sur un ton presque insolent, défiant des yeux un Tom abasourdi. La colère rattrapa rapidement ce dernier, et, profitant de l'attaque directe qui lui avait été portée, il se redressa brusquement et s'abandonna sans regret à la vague de rancœur qui le rongeait depuis la fin de la soirée.


« Tu veux que j'te dise ? Tu n'es qu'un gamin. Tu joues au mec fier et mûr devant le monde entier, mais dès que tu t'sens tout seul, tu te saoules comme un sale clodo et tu gerbes partout pour rappeler aux gens que t'existes. Si t'as pas les couilles de vivre un peu ta vie tout seul, sois sympa, me fais pas chier, et laisse moi vivre la mienne ».


Jamais il n'avait adressé des paroles aussi dures à son jumeau. Des paroles qu'il aurait dû regretter dans la seconde. Mais rien n'en fût. Le soulagement que lui procurait cette tirade était tellement salvateur qu'il ne songea même pas aux conséquences qu'une telle conversation pourrait engendrer. Bill contre-attaqua avec une vivacité surprenante compte tenu de son état... Comme si ce qu'il avait à dire était imprimé dans son esprit depuis des années et n'attendait qu'une chose : sortir, enfin.


« Parce que c'est ce que t'appelles exister ! Baiser des inconnues aussi connes que les couilles que tu te vantes tant d'avoir ? C'est pathétique ! Estime-toi heureux que je sois là pour t'empêcher de paraître encore plus faible que tu ne l'es déjà ! Si je pouvais gerber tous les soirs pour que tu rentres seul, crois-moi, je le ferais ! Tu dégueulasses l'image du groupe, tu devrais avoir honte de toi ! ».


L'atmosphère commençait à se tendre sérieusement. Deux volcans endormis entraient enfin en éruption, et les torrents de lave qu'ils se jetaient à la figure ne présageaient rien de bon. Le problème, la gêne, l'élément perturbateur sur lequel aucun mot ne collait allait être abordé. Il avait fallu que les deux jeunes hommes se saoulent pour y parvenir, mais il aurait été trop bête de reculer maintenant. La suite de la dispute s'annonçait tumultueuse, et Tom en avait bien conscience. Cependant, porté par une vague de fureur, il céda à ce qu'il avait lui même, depuis longtemps, qualifié de « folie », et enfonça la porte qui venait de s'entrouvrir.


« L'image du groupe, hein ? Oui, ça tombe sous le sens... Si tu te bourres la gueule comme ça, c'est pour sauver l'image du groupe... Bien sûr...

  • Pour quoi d'autre je le ferais si ce...

  • Tais-toi ! Le coupa violemment Tom. ARRETE DE TE FOUTRE DE MOI ! ».


Tandis qu'il se levait précipitamment pour marcher en trombe dans la chambre, Bill, toujours sur le lit, légèrement sonné par l'ordre de son jumeau, se redressa tant bien que mal en prenant appui sur ses coudes.


« Pourquoi tu dis que je me fous de toi, je n'ai...

  • Mais TAIS-TOI ! », cria alors Tom.


Cette fois, Bill s'exécuta, l'air presque inquiet. Son frère cherchait ses mots, et vu le temps qu'il y mettait, il les choisissait bien. Un sentiment d'angoisse agressa le ventre du chanteur, et il sentît une vague de chaleur embraser ses joues. Était-il possible que Tom s'apprête à en parler ? Qu'il ose mettre le doigt sur cette chose inavouée, qu'ils avaient tous deux, presque d'un commun accord psychique, condamnée au silence, tant elle semblait non naturelle ? La peur le pétrifiait presque, sa tête le lançait, ses mains tremblaient. Dans un ultime espoir, il chercha à capter le regard de son frère afin de le supplier des yeux de se taire, de ne rien dire, de ne pas faire exploser cette boule de honte qui lui encombrait le cœur. Mais celui-ci parcourait sans relâche l'étroite chambre, les yeux rivés par terre.

Au bout de quelques minutes, il stoppa enfin sa déambulation, et se posta au pied du lit, l'air grave et décidé. Il inspira profondément, et se jeta à l'eau.


« Bill, je crois que tu as un problème... ».


Bill baissa les yeux, pris au piège.


« Non... s'il te plait... supplia-t-il en murmurant imperceptiblement.

- Je crois qu'il faut qu'on en parle... je suis désolé, mais c'est ce qu'il y a de mieux à faire... », poursuivît Tom, imperméable aux supplications de son frère. « Chaque fois que je décide de ramener une fille, sois tu me fais une scène, soit tu te noies dans l'alcool pour couper court à mes tentatives... J'essaie de me persuader que la seule et unique explication de ton comportement, c'est que tu as toujours été possessif, et un peu égoïste... Laisse-moi finir... Mais un jour, il va bien falloir que je vive ma vie, et toi la tienne ! Qu'est ce que tu feras alors ? Tu viendras vomir tous les soirs devant ma porte pour que je te borde moi-même ? Il faut vraiment que tu te ressaisisses ! Tu ne veux quand même pas qu'on finisse tous les deux ensemble, tout seuls, si ? Il faudra qu'on fasse chacun nos choix, moi de mon côté, toi du tien !... ».


Aux oreilles de Bill, la scène sonnait presque comique. Son frère, ce pré-pubère dénué de sensiblerie, se permettait de le sermonner sur les choix futurs qu'ils auraient tous deux à faire, le moment venu... C'était l'hôpital qui se foutait de la charité. La perspective de la conclusion de cette dispute le noyait dans une gêne profonde, mais malgré cela, il décida de rester à l'affût de la moindre bévue de son jumeau. Il était hors de question qu'il le laisse lui faire la morale sans broncher.

Convaincu de la profonde véracité de ses dires, et quelque peu en proie aux effets euphorisants de l'alcool, Tom poursuivait ses sermons avec éloquence :


« ... Voilà, je pense que tu devrais essayer de couper un peu le cordon. Parce que bon, je sais que je me projette peut-être un peu loin, mais quand le moment viendra de se marier tout ça, de fonder une fa... ».


L'occasion était trop belle... Tom s'y prenait de façon maladroite, et malgré ses efforts, il tournait autour du pot et n'osait pas entrer dans le vif du sujet. Bill décida d'ignorer ses appréhensions et ses craintes, et, tout en se redressant violemment sur le matelas, prit le parti de couper son frère.


« ...une FAMILLE ? Tu parles de fonder une famille ? C'est trop drôle. Tu n'aimes personne ! Tu es froid et distant ! Tu n'aimes que toi ! Tu scandes avec fierté que tu ne crois pas en l'amour pour la vie, que les relations stables ne t'intéressent pas, et tu oses me faire la morale sur les soi-disant choix amoureux que nous aurons à faire ?... Désolé, mais ça ne prend pas. Tu baises des filles sans le moindre sentiment. La seule chose que tu baises avec un peu d'affection, c'est ta guitare !... ».


Tom le dévisageait, médusé. Comment son propre frère pouvait tenir de tels propos ? Comment s'étaient-ils tous deux débrouillés pour en arriver là ?


«...Comment... Comment tu peux dire une chose pareille...? », articula-t-il, éberlué.


Bill, toujours inquiet, mais bien décidé à larguer ce poids amer qui lui pesait sur le cœur, baissa le menton et se mit à murmurer :


« Je ne suis même plus sûr... Même plus sûr que tu m'aimes encore, moi ».


Tom savait que cet aveu allait sortir un jour où l'autre... Il s'y était préparé... Mais malgré cela, il se retrouvait incapable de réagir posément, comme il s'était si souvent juré de le faire. Dans ses pensées, tout n'était que fureur floue... Contre lui-même, contre son frère, contre le monde entier, spectateur de cette déchéance imperceptible et nocive qui les rongeaient tous les deux, et ce depuis maintenant des mois.


« Mais putain Bill ça n'a rien à voir ! », se défendît-il, levant désespérément les mains au ciel.

« Si,si ! », lui répondît Bill en relevant la tête et en fronçant les sourcils. « La seule chose que tu aimes en fait, c'est le fait de les piéger et de les virer comme un salaud... Tu ne m'aimes plus, tu ne penses qu'à ça ... ».


Tom écarquilla les yeux, de plus en plus ébahi. Son frère ne comprenait décidément rien. Mais au fond, que fallait-il comprendre ? Lui-même n'en savait rien, et n'était plus persuadé de rien. Si ce n'est du fait de réaliser que son propre jumeau se sentait délaissé, et que cela lui broyait l'âme. Sa colère ne s'apaisa pas pour autant. Cette dispute le dégoutait au plus haut point.


« Quand je ramène ces nanas, c'est pas pour les aimer ! Hurla-t-il. Tu es mon frère ! Tout ça, ça ne m'empêche pas de t'aimer toi !

- Peut-être... ou peut-être pas... enchaîna mélancoliquement Bill. Apparemment, ça ne te suffit pas. J'ai beau t'écrire des chansons, te les chanter, tu ne me regardes même pas sur scène, quand je hurle au monde entier mon amour pour toi... Je dois te donner des coups de pieds... Tu t'en fous, c'est tout, c'est aussi simple que ça... ».


Ce nouvel aveu lui fusillait le cœur. D'une part, parce que la connexion si sacrée qu'ils avaient entretenue depuis leur plus jeune âge était à l'évidence abimée, et d'autre part, parce que les raisons de cette blessure secrète lui échappaient complètement. Il était perdu, attristé, frustré, et de surcroît, ivre. Il se baissa vers son frère, et, rapprochant volontairement son visage du sien, l'interrogea d'une voix cinglante :


« Mais tu t'attends à quoi ? On est jumeaux, on est pareils, mais on est différents ! C'est comme ça que ça marche !Si je ne te dévore pas des yeux quand tu chantes, ça veut pas dire que je t'aime pas ! ».


Bill reçut cette déclaration en pleine face, et sut qu'elle aurait dû le calmer. Mais il n'était toujours pas rassuré, et sa triste jalousie avait totalement pris le contrôle de sa raison. Il soutînt le regard de son frère, bien décidé à ne pas lui laisser avoir le dernier mot, à l'affronter et à mettre KO son raisonnement, mais luttant en même temps de toutes ses forces contre l'envie de le prendre dans ses bras et de clore la discussion.

« Elles... », commença-t-il, le plus fermement possible, « ...quand tu les rencontres et que tu les ramènes... Tu les dévores des yeux... ».


Tom s'agenouilla pesamment sur le lit, face à son frère, et empoigna violemment la tête de celui-ci entre ses mains.


« Mais je veux juste LES BAISER ! », hurla-t-il.


Bill se sentait perdu et fatigué. Il savait ce qu'il voulait, mais n'en était plus aussi sûr. Tous deux avaient raison et tort...


« JE SAIS ! », cria-t-il, le nez collé à celui de son frère, s'abandonnant au désespoir de la situation, et retenant ainsi les larmes qui embuaient ses yeux. Ces torrents qui menaçaient de s'écouler, Tom les remarqua. D'emblée, son ton se radoucit, et la détresse contagieuse qui avait foudroyé Bill le contamina aussitôt. Quel horreur... Pourquoi, comment en étaient-ils arrivés là, bon sang ? Il ne desserra pas son étreinte, et planta ses yeux humides dans ceux de son frère.


« Alors quoi ? », Souffla-t-il, tandis que des larmes minuscules dévalaient ses joues. « Tu veux quoi ? Qu'est ce que je dois faire exactement pour te rassurer ? ».


Bill se raidit, comme paralysé, les yeux toujours rivés sur ceux de son frère, tentant, pour une toute dernière fois, de le faire taire. Mais le rideau mouillé qui voilait son regard s'épaississait, et commençait à inonder son visage. Tom, pleurant silencieusement, poursuivît, tout bas, tout prés... si prés.


« ...Te baiser toi aussi ? Te baiser pour que tu comprennes que je t'aime ?».


Il l'avait dit, cette fois. Et très clairement. Enfin. Ce qu'ils n'avaient jamais évoqué, ce sur quoi ils s'étaient forcés à fermer les yeux, cet inévitable dénouement. Bill se noyait dans ses propres émotions, tiraillé entre l'envie de hurler « OUI ! », et celle de revenir à la raison, de faire machine arrière. Mais Tom avait brisé la glace, et revenir sur leurs pas était désormais impossible. Il ne se résolut cependant pas à répondre positivement, bien que ses sens le suppliaient de s'abandonner à celui à qui il appartenait depuis toujours.


« Je sais pas... Peut-être... Je sais plus... », répondît-il d'une voix rauque, tout en blottissant sa tête dans le creux du cou de son jumeau.


Tom demeurait droit comme un « i », toujours à genoux, luttant pour ne pas craquer, menant la même guerre interne que Bill affrontait.


« Je t'ai toujours aimé, murmura-t-il. Je ne peux pas me résoudre à l'idée que tu en doutes... ».


Bill inspira profondément en entendant cela, et, quittant lentement l'épaule de son frère, il colla sa bouche sur l'oreille de ce dernier.


« Je n'en doute pas... », chuchota-t-il, tout en encerclant de ses bras la taille de Tom. « J'ai besoin de toi... ». Il avait rendu les armes, perdu sa guerre. Tant pis. Son désir le rattrapait, et cette sensation lui avait trop longtemps été étrangère. Il déposa un long baiser salé dans le cou de son frère, puis sur son oreille, avant de lui souffler : « ... Tu es à moi... ».


Tom persista, sans faire aucun mouvement. Il se débattait, espérant venir à bout des mêmes démons qui avaient à l'évidence eut raison de Bill. Mais c'était des coups d'épée dans l'eau... Il résista tout de même, impassible, mais tremblant :


« Mais...on est frères... ça n'a pas de sens... ». Il ferma les yeux, comme pour éviter d'assister à ce spectacle grotesque, et tenter de chasser ces images de lui et de son jumeau. A quoi bon ! A QUOI BON ! Puisque le mal était fait, que les dés étaient jetés, l'abcès crevé... Vaincu, il laissa son front flancher sur l'épaule de Bill.


« Je sais, murmura ce dernier... Mais je m'en fous... ». D'un geste lent, il retira la casquette et le lourd bandeau de son frère, et força doucement celui-ci à lui faire face. «  Et toi aussi... » termina-t-il, d'une voix presque inaudible.


« Je t'ai toujours aimé... », pleura Tom, définitivement battu.


« Moi aussi... », répondit Bill, avant de renouveler ses baisers dans le cou et sur les épaules de son frère. Très lentement, il l'attira contre lui... bascula en arrière, l'invitant à s'allonger, à sombrer...


« Viens...viens... »


... à s'unir.


***


Le lendemain matin, très tôt, ce fut Bill qui ouvrît les yeux en premier, bien avant que le soleil ne se lève. Et la première chose qu'il souhaita fut que la nuit qui était sur le point de s'achever n'ait été qu'un rêve. Mais, la vue de son jumeau allongé nu à ses côtés, des draps défaits, tachés, et de ses propres vêtements éparpillés sur le sol lui confirma que tout était bien réel. Il fut foudroyé par une violente nausée, mais, incapable d'effectuer le moindre mouvement, il resta cloué sur le lit, le regard fixé au plafond, épouvanté. Quelques minutes passèrent avant que Tom n'émerge. Et sa réaction fut, à peu de chose prés, la même que celle de son frère. Il tenta de s'asseoir, mais la douleur, cette immonde douleur, l'en empêcha.


Ils demeurèrent ainsi, allongés, de longues et nombreuses minutes durant... Sans parler.


Ce fut Tom qui brisa le silence, d'une voix mal assurée.


« J'ai...J'ai mal ».


Bill, toujours inerte, soupira profondément.


« Oui... moi aussi ».


Il ferma les yeux, se laissant submerger par le flot des souvenirs de cette nuit désormais impérissable. Ils s'étaient embrassés, à pleine bouche, mélangeant salive, sueur et larmes. Ils avaient maladroitement frottés leurs deux corps gauches l'un contre l'autre, peut être dans l'espoir vain de trouver une solution autre que celle sur laquelle ils s'étaient finalement rapatriés. La perspective de cet acte violent ne les avait pas freinés, tant l'envie d'évacuer enfin ce désir incohérent les rongeait.


Bill ne put réprimer une grimace en repensant au moment où Tom l'avait violemment pénétré, sans cérémonial, assouvissant certainement la frustration qu'il traînait depuis la fin de cette soirée. Il se rappela à quel point il avait souffert sous les coups de reins frénétiques de son frère, mais aussi et surtout, comment il lui avait hurlé de ne pas s'arrêter. Il ne put lutter contre les réminiscences du plaisir qu'il avait éprouvé en se remémorant le moment où ce fut à son tour de prendre Tom, de la jouissance qu'il avait tiré des gémissements que celui-ci avaient laissé échapper, de l'orgasme qui l'avait foudroyé lorsque son frère lui avait hurlé qu'il n'aimait que lui, juste avant de jouir à son tour. Il n'avait pas été aussi brutal que son jumeau lors de la pénétration, veillant à savourer chaque instant de cet accouplement qu'il avait inconsciemment tant attendu. Il avait invité Tom à onduler au même rythme que lui, mais en décalé, afin que ses hanches rencontrent parfaitement les siennes, lui permettant d'aller toujours et encore plus loin. Il avait maintenu ce tempo lent le plus longtemps possible, ponctuant chacun de ses coups d'un halètement rauque. Puis, n'y tenant plus, il s'était agrippé aux hanches humides de son frère, et avait accéléré la cadence, de plus en plus vite, de plus en plus fort, se laissant choir de tout son long sur le corps cambré et convulsé de Tom, avant de finir par inonder les chairs de son frère.


« On s'est enculé... », réalisa très crument Tom.


La violence de ce constat horrifia Bill, mais la réalité des faits n'en demeurait pas moins évidente. Il en voulut presque à Tom de lui rappeler ce qu'il aurait volontiers oublié, malgré les plaisirs que chacun d'eux en avait tiré.


« Oui... je sais », répondît-il, honteux.


Les deux frères se sentaient tous deux sales et stupides, mais malgré les quelques fissures qui avaient abimées leur relation, ils décidèrent sans même se concerter d'affronter cette situation à deux, plutôt que de s'ignorer et de tout enfouir dans le tréfonds de leurs mémoires.


« Comment on a pu faire une chose pareille... », dît Bill, presque plus à l'attention de lui-même que celle de Tom.


« Mon Dieu... enchaîna doucement Tom. Mais qu'est ce qui nous est arrivé ? 

  • Si maman savait... s'épouvanta Bill.

  • S'il te plait n'en parle même pas...

  • Mais pourquoi Tom ? Pourquoi ?

  • C'est ta faute ! Tu penses que je ne t'aime pas ! Et on avait bu...

  • C'est autant ma faute que la tienne ! Tu t'éloignes de plus en plus de moi ! Ne remet pas ça sur le tapis... Tu as bien vu à quoi ça menait...».


Aucun des deux frères n'avait l'énergie et la volonté suffisantes pour entamer une nouvelle querelle. Ce matin là, plus que jamais, ils avaient besoin l'un de l'autre pour surmonter cette épreuve. Et chacun était prés à y mettre du sien, tenant par dessus tout à rester les frères qu'ils avaient toujours été, et non deux étrangers qui viendraient de faire une connerie.


« J'aurais pu éviter ça... finît par chuchoter Bill. Je savais que ça finirait comme ça... J'en avais envie, mais en même temps, je me rendais bien compte que c'était n'importe quoi...

  • Je le savais aussi, du moins je crois... avoua Tom. Mais je n'en avais pas envie.

  • Je sais », murmura Bill.


Malgré tout, Tom était fier du lien immortel qui le raccrochait à son frère, et qui leur permettait à tous les deux d'aller au delà de la honte ou des regrets. Ceci l'encouragea à continuer.


« Tu dois m'expliquer pourquoi tu en avais envie... Je crois que c'est le cœur du problème...

  • Oui, en effet, approuva Bill.

  • Tu n'es pas gay pourtant...

  • Non.

  • Alors pourquoi ? ».


Bill inspira longuement, et répéta patiemment :


« J'ai l'impression que tu ne m'aimes plus, alors que je sais très bien que c'est faux. Mais le fait de le savoir ne me suffit pas. Et je suis plus que jaloux quand tu te donnes tout entier à ces étrangères, alors qu'à moi, tu en donnes de moins en moins...  Je voulais être sur et certain que tu m'appartenais toujours, et te faire savoir que moi, je suis tout à toi... Voilà ».


Tom resta muet, incapable de répondre. Son frère poursuivit :


« On était beaucoup plus complices avant... Souviens-toi. Le problème vient de moi, je ne le nie pas, mais il a commencé au moment où tu t'es éloigné de moi... Alors je crois que toi aussi, tu me dois une explication...

  • Oui, je comprends, admit Tom.

  • Pourquoi tu es devenu distant... Pourquoi tu n'es plus comme avant ? ».


Tom prit le temps de réfléchir. Son frère s'était montré honnête, il se devait de l'être aussi. C'était maintenant ou jamais.


« A cause des gens...

  • Des gens ? S'étonna Bill.

  • Oui... Tu sais, deux ou trois ans après nos débuts, quand notre relation à tourner à la fascination, et que certains ont commencé à se persuader d'une ambiguïté qui n'existait pas. Tu sais très bien de quoi je parle... Ça parlait de partout sur notre prétendue relation incestueuse... Je... Je n'ai pas été aussi fort que toi, je n'ai pas pu faire comme si de rien n'était... Alors j'ai pris mes distances, pour notre bien à tous les deux... ».


Bill commençait à comprendre.


« Et c'est pour ça que tu t'es défoulé sur toutes ces nanas ? Pour compenser, et pour montrer au monde entier que tu étais bien hétéro, c'est ça ? Questionna-t-il.

  • C'est ça... Mais je me suis perdu, et je t'ai entraîné avec moi... ».


Il tourna enfin la tête vers son frère.


« Je suis désolé, murmura-t-il. Sincèrement désolé ».


Bill était médusé par ce qu'il venait d'apprendre. Tom continua :


« Je pouvais plus supporter les regards débiles de certaines personnes lorsque tu te rapprochais de moi, juste pour me parler ou me donner quelque chose. Ils nous épiaient tous, à l'affût de la moindre faille, de la moindre preuve qui leur aurait permis de confirmer leur théorie stupide ! Je pouvais pas m'y résoudre... 

  • Pourquoi tu m'en as pas parlé ?

  • Parce que je voulais pas te blesser... Et aussi... Parce que je me sentais con de ne pas être capable de faire comme toi. De m'en balancer complètement et de faire comme si de rien n'était. J'ai été faible... et lâche... ».


Les jumeaux se regardèrent longuement, toujours secoués par les limites qu'ils avaient franchies, mais profondément soulagés de s'être enfin avoué la vérité.


« On est plus fort que ça, mon frère, annonça solennellement Bill. On ne va pas laisser la célébrité nous pourrir et nous rendre fous. Promet-moi de tout me dire, désormais.

  • J'en fais le serment, répondit gravement Tom.

  • On a merdé, mais au moins, maintenant, on sait.

  • Je ne t'abandonnerai jamais, sois en sûr, promit Tom.

  • Et je tâcherai désormais de ne plus jamais en douter, je te le jure ».


Le soleil se leva. Une nouvelle journée commençait, annonce symbolique d'un tout nouveau départ.


Les deux frères se sourirent...









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