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Le Seigneur des Anneaux



La fatalité des Valar   Auteur: Lehonora Vue: 1815
[Publiée le: 2006-08-27]    [Mise à Jour: 2008-06-04]
G Général/Action-Aventure/RomanceCommentaires: 39
Description:
Le Seigneur des Ténèbres a vaincu les Peuples Libres et a retrouvé sa pleine puissance. Il a fait de Léhonora, l'unique fille d'Aragorn, sa captive. Elle se battra mais cela sera-t-il suffisant en sachant qu'elle a déjà tout perdu? Cependant, le sang des Nùmenorrèens qui coule dans ses veines la fera paraître aussi sauvage et froide que son ennemi afin de se protéger de lui. Et si cela se retournait contre elle à un point où tout retour est impossible?
Crédits:
Les personnages et les lieux ne m'appartiennent pas, ils sont la propriété de J.R.R. Tolkien et de ses oeuvres, sauf le nom de l'épée "Shannara" qui appartient à Terry Brooks. Seules les personnages de Léhonora alias Eldariel,Gryoth,Zakara et Sirakù qui sont de mon imagination.

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Commenter: L'Etoile d'Eärendil

L'Etoile d'Eärendil

[5148 mots]
Publié le: 2006-08-28Format imprimable  
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L’Etoile d’Eärendil

 

 

 

    Léhonora avait changé. Trop changée. Jamais elle n’avait sentit une telle haine en elle. Sa soif de vengeance était gravée dans son regard aussi gris qu’une tempête. Sauron avait frappé fort, il lui avait enlevé ce qu’elle aimait le plus au monde. Son père lui avait appris à maîtriser ses émotions et surtout sa colère mais cette fois, elle laissera sa haine contrôler ses actes malgré la promesse. La douleur était trop grande pour être ignorée. Les serviteurs de Sauron n’osèrent plus l’approcher. Ils la craignaient plus que leur Maître. Quant à Sauron, il était réjouit car il était plus facile d’attraper une proie quand elle était aveuglée par la colère.

    Léhonora ne cessait de méditer sur la façon de libérer ses amis. Elle voulait à tout prix éviter qu’ils subissent le même sort que son père. Elle avait trop souffert, cela devait cesser. Contre les ordres, elle décida de partir à la grotte. Gryoth insista pour l’accompagner mais la princesse refusa catégoriquement.

  _ Laisse-moi t’aider.

  _ Non, cela risque d’être dangereux. Je ne veux pas que tu t’en mêles.

    Léhonora comprenait la raison qui la poussait à vouloir la suivre mais elle ne voulait de sa mort sur la conscience. S’il y avait résistance du camp du Mal, le combat sera sans pitié. Elle tira le drap du lit qui cachait une grande épée. La lame était longue et fine, des runes elfiques y étaient gravées ainsi que deux serpents s’entrelaçant autour d’une couronne royale.

  _ D’où vient-elle ? Comment l’as-tu récupérée ?

  _ Elle a été forgée à Fondcombe pour ma naissance par mon grand-père maternel, le Seigneur Elrond.

    Gryoth admira la finesse des inscriptions.

  _ Cela n’est pas du Sindarin.

  _ Non c’est du Quenya.

    Puis Léhonora se dirigea vers la porte.

  _ Eldariel, quel est son nom ?

    La princesse lui sourit.

  _ Shannara.

    Et elle ouvrit la porte pour sortir. Dans le couloir, certains Orcs s’écartèrent à son passage mais d’autre eurent le malheur de vouloir l’arrêter. Avec de simples gestes rapides, elle se débarrassa des résistants. Léhonora serra fort son arme entre sa main droite. Jamais elle n’avait sentit une telle envie se battre et de tuer. En général, elle avait des appréhensions avant les combats et elle n’aimait pas prendre des vies mais cette fois, elle le savait, c’était différent. Son regard glaça ses ennemis qui reculèrent devant elle.

    Elle quitta la tour sans grande difficulté et partit pour les cachots où nombreux étaient ceux qui ne s’opposèrent pas à son passage. Elle avança en silence dans les longs couloirs, tout était silencieux. Elle remonta à la surface car elle avait sentit l’approche des hommes de Sauron et des prisonniers. Le groupe s’arrêta en la voyant. Beaucoup de soldats étaient morts suite aux blessures, au travail et aux tortures. Un homme, sûrement le meneur s’avança vers elle. Elle se souvenait bien de lui, il avait frappé son père et elle quand elle avait voulu s’opposer. Il osait s’avancer. Il osait. Elle savait que tuer n’était pas la meilleure solution mais ses actes étaient contrôlés par sa haine et son envie de vengeance. Elle leva Shannara et l’abattit sur l’homme qui s’effondra avant d’avoir eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait.

  _ Libérez-les !

    Mais les hommes de Sauron ne bougèrent pas, soit par crainte de Lèhonora soit par obéissance envers leur Maître.

  _ Maintenant ! s’écria-t-elle.

    Cette fois, les prisonniers furent libérés. Les valides aidèrent les blessés et ils se mirent derrière elle sauf Gandalf, Eomer, Halbarad, Faramir, Legolas, Gimli et les autres princes qui restèrent près d’elle.

  _ Vos armes se trouvent dans le couloir de gauche au premier niveau.

    Tous les hommes qui le purent partirent les chercher. Halbarad prit conscience de ce qui se passait dans la tête de sa petite cousine lorsqu’il vit les cadavres, il devait la ramener à la raison. De retour à la surface, elle leur expliqua qu’il existait un passage dans la montagne qui conduisait directement en Ithilien. Mais soudain, ils virent un groupe de cavaliers s’avancer à grande allure.

  _ Partez, avant qu’il ne soit trop tard.

    Halbarad prit sa main.

  _ Viens avec nous.

  _ Je ne peux pas.

    Elle enleva son pendentif et le confia au cousin de son père en lui demandant de le rendre à sa mère.

  _ Tuer et risquer ta vie ne servira à rien. Renonce à cette folie.

    Mais elle refusa de l’écouter et Gandalf intervint.

  _ Ton père…

  _ J’en fais une affaire personnelle, coupa-t-elle, maintenant fuiez !

    Ils surent que rien ne la fera changer d’avis. Avec force, Halbarad fut contraint de la laisser. Léhonora pria pour que ses amis puissent avoir le temps de disparaître dans les montagnes. Sauron et sa petite cavalerie approchaient rapidement. Les hommes avaient comprit qu’elle souhaitait le provoquer en duel. Sauron s’arrêta devant elle et mit pieds à terre.

  _ Tu as du courage mais te confronter à moi te sera fatal. Comment réussir là où ton père a échoué ? Il a donné sa vie en échange de la tienne. Veux-tu que sa mort soit vaine ?

    Léhonora ne put empêcher ses larmes de couler sur ses joues, quelque chose en lui l’empêchait d’agir comme elle le voulait. Il ne devait pas gagner. Non il ne le devait pas.

  _ Donne ton épée, dit-il en lui tendant la main.

    Pourtant, elle laissa glisser son arme à terre et tomba à genoux, les yeux remplient de larmes. Sauron la regarda et ramassa l’épée.

  _ Mon Seigneur, les prisonniers…

  _ Laissez-les ! Et ramenez-la dans sa chambre.

    Léhonora avait faillit alors qu’elle s’était jurée de ne jamais céder. Plus elle le haïssait plus elle faiblissait. Si seulement son père était encore là. Elle se sentait perdue et seule. Les Valar l’avaient abandonné, ils n’avaient pas entendu son appel. A présent, elle ne pouvait compter que sur elle-même. Elle était seule au milieu des Ténèbres. Léhonora était encadrée par deux Haradrims et marchaient derrière Sauron. Le retour à la tour lui parut interminable. Puis soudain elle se ressaisit et s’arrêta.

  _ Avance ! ordonna l’un des hommes.

    Mais Léhonora n’était pas une fille aussi docile que cela. Elle se tourna brusquement en se jetant sur l’homme, tira son poignard caché et le mit à la gorge de l’homme qu’elle avait mis à terre.

  _ Je ne reçois d’ordre de personne.

    Mais il la frappa au visage ce qui la fit lâcher prise. Elle se retrouva sur le dos avec l’homme sur elle. Il leva sa main afin de la frapper une seconde fois quand son poignet fut attrapé et tordu avec violence. Il poussa un cri de douleur en s’éloignant.

  _ Ose une seule fois lever ta main sur elle et tu connaîtra mon courroux.

  _ Pardonnez-moi Seigneur.

    Sauron finit par le lâcher et regarda sa captive. Il lui offrit sa main pour l’aider à se relever mais elle la refusa en la rejeta. Il remonta sur son étalon. L’envie de sauter sur ce cheval et de s’enfuir était tentant mais elle avait une affaire à régler. Elle donnerait volontiers sa vie pour venger la mort de son père et libérer ce monde du Mal qui l’envahit à la seule condition qu’elle emmène Sauron dans sa mort.

  _ Tu connaîtras mon courroux avant même que ton règne soit à son apogée. Il s’abattra sur toi telle la foudre s’abattant sur la terre.

    Sauron fit faire demi tour à son étalon.

  _ Mets tes menaces à exécutions mais sache qu’il faut plus que cela pour me faire fléchir. Tu ne me fais pas peur, ton courroux ne sera pas plus qu’une goutte dans l’océan, Fille de Dùnadan.

    Mais cela ne l’effraya pas, au contraire. De retour à la tour, Sauron la confia à un serviteur et partit avec son escorte à travers les Plaines de Gorgoroth. Les fugitifs étaient déjà bien loin dans les montagnes, il ne pourra pas les rattraper. Léhonora regarda l’Anneau de Barahir, le seul héritage qui lui restait.

    Gryoth ne put s’empêcher d’exprimer sa joie de la revoir en vie malgré son saignement de nez. Quand le serviteur partit, elle s’empressa de prendre une serviette afin d’éponger le sang mais Lèhonora l’arrêta.

  _ Tu te souviens quand tu m’as soigné lorsque je me suis blessée ? Maintenant, c’est à mon tour, alors laisse-toi faire.

    Léhonora n’avait pas le choix et obéit. Elle lui raconta ce qui s’était passé et ses yeux brillèrent de larmes en y repensant.

  _ J’ai failli alors que je mettais juré de ne jamais faiblir.

  _ Non tu n’as pas failli. Tu as eu le courage que beaucoup n’aurait pas eu.

    Gryoth se leva du lit et lui apporta un verre d’eau que la princesse accepta. Une étrange sensation l’envahit après avoir remarqué un drôle de goût.

  _ Pardonne-moi. Il ne m’a pas laissé le choix.

    Et avant que Léhonora ne puisse agir, elle lâcha son verre et s’effondra sur le lit.

    Léhonora se réveilla avec une migraine et vit avec stupeur qu’elle se trouvait dans une autre chambre, plus spacieuse. Elle remarqua un petit salon de chambre avec un bureau, une armoire te une bibliothèque. La seule fenêtre était en face du lit et ouvrait sur un balcon. Elle vit un grand miroir et s’aperçu qu’elle ne portait plus la même robe, mais juste une robe de nuit misérablement transparente. Une peur l’envahit en imaginant le pire, surtout lorsqu’elle vit Sauron sortir de la pièce d’à coté, torse nu. Elle tira les draps rouges en se levant précipitamment.

  _ Que m’avez-vous fait ?

  _ Je ne t’ai pas touché, si c’est ce que tu crains. Ta robe a été changée sur mon ordre par une servante, elle ne doit pas être confortable pour dormir. Cependant- un sourire malsain apparu sur son visage- je n’ai pas pu résister à l’envie de te regarder.

    Il leva les bras.

  _ Cette chambre est la tienne, qui convient mieux à une fille de sang royal.

  _ Quel courage ! Me donner un somnifère pour me faire venir ici. Tout ce que vous voulez c’est de m’avoir dans votre lit.

    Sauron s’approcha vers elle, menaçant. Il lui attrapa le bras en la jetant sur le lit. Il se mit sur elle en lui tenant les poignets afin d’éviter les coups.

  _ Sache une chose, tu es à moi. J’ai tous les droits sur toi. Ne me sous-estime pas, tu pourrais le regretter amèrement.

  _ Vous ne me faites pas peur.

    Et il l’embrassa. Le baiser contenait une grande passion. Léhonora tenta de se débattre mais elle n’était pas assez forte face à lui. Ses mains se resserrèrent lui provoquant une douleur aux poignets. Lorsqu’il s’arrêta, elle put lire dans ses yeux qu’il était capable d’aller plus loin. Elle resta immobile, impuissante sous lui. Elle évita de regarder la nudité de son torse, sa respiration était rapide et elle s’en voulait de ne pas avoir écouté Gryoth : à force de jouer avec le feu, il s’embrase totalement. Sauron lâcha une main et la fit glisser le long de son cou jusque sur sa poitrine. Léhonora ne tenta rien et ferma les yeux.

  _ Une fleur sauvage à la sève empoisonnée. Je saurai te dompter, et tu m’aimeras lorsque le moment sera venu.

    Et il la libéra. Il s’habilla et quitta la chambre en claquant la porte. Léhonora resta un moment ainsi. Elle comprit qu’il était temps qu’elle chercher la Fleur de Virginité. Elle se leva et tenta de trouver de quoi se mettre et sortit. Elle voulait parler à Gryoth mais ignorait où elle pouvait se trouver. Son ancienne chambre était déserte. Elle fit un sacré tour avant de trouver un escalier qui descendait dans la terre. Elle l’emprunta et arriva à une laverie où elle vit son amie près d’une grande bassine d’eau fumante. Elle s’approcha et Gryoth sursauta en la voyant.

  _ J’ai à te parler.

  _ Plus tard, j’ai du travail.

    Mais elle lui prit le bras et s’aperçut qu’elle avait peur d’elle.

  _ Je ne suis pas ici pour te punir. Je sais que tu n’avais sûrement pas le choix que de lui obéir. Je suis venue pour que tu m’aides.

    La princesse regarda le panier à linge et prit un vêtement. Ayant conscience de son rang, Gryoth voulu l’en empêcher.

  _ Tu es fille de Roi, ces corvées ne sont pas pour toi.

  _ Laisse-moi te rappeler que par ton père tu es ma cousine.

    Cette fois Gryoth n’insista pas et dut admettre qu’elle avait raison. Elles se mirent au travail à deux, ce qui les firent avancer plus vite et peut importait la réaction de Sauron face à cela. Léhonora refusait à ce que son propre sang soit l’esclave de son pire ennemi.

 

    Sauron sentit que son second, le Roi Sorcier n’avait aucune confiance en la princesse et que l’installer dans la chambre de son Seigneur était une grosse erreur. Pourtant, le Seigneur des Ténèbres avait été frappé par son tempérament, ce qui l’avait contraint à changer ses plans. Il méprisait l’insolence de la jeune fille tout en étant attiré.

  _ Je veux à ce qu’elle soit traitée comme le veux son rang, qu’elle ne soit pas enfermée, une liberté surveillée par les Cavaliers Wargs dans les falaises suffira. Vous avez mon autorisation de la remettre sur le droit chemin si jamais elle s’en écarte.

    Les exigences que souhaitait Sauron pour le confort de sa captive semblaient étranges pour le Seigneur d’Angmar. Il incita son Maître à la plus grande prudence et d’éviter à ce qu’elle soit trop souvent en compagnie de Gryoth.

  _ Elle est sa servante, la seule qui parvient à se faire accepter.

  _ Elle pourrait la retourner contre nous.

    A cette idée, Sauron resta pensif. Malgré sa situation, il ne pouvait pas l’imaginer se mettant contre lui, trop de choses la rattachaient à ce monde, qu’elle les aimait ou non. De plus, elle a eu tant de fois l’occasion de fuir et elle était toujours restée. Alors en quoi l’arrivée de la dernière héritière d’Elendil pourra la faire changer ? Il se pencha sur la question et, sentant sa réflexion, le Roi Sorcier répondit :

  _ N’oubliez pas qu’elle est une fille de Dùnadan. Le sang appelle le sang, elles se réuniront.

    Le sang de Sauron ne fit qu’un tour et ses yeux noirs reflétèrent la haine. Il fit faire un demi-tour brutal à sa monture et la lança en plein galop sur le sol en cendre.

    Les Orcs firent tirer aux trolls un système qui ouvrit la Porte Noire à l’approche des deux cavaliers. Sauron força l’allure de son cheval et traversa la Plaine de Gorgoroth dans un nuage de poussière. Il mit pieds à terre avant même que son étalon ne soit totalement arrêté. Il monta deux à deux les marches de l’escalier qui allait à la tour et ouvrit brusquement la porte avant de se stopper au milieu de la salle. Les serviteurs, sentant sa colère, se tapirent à l’ombre du mur.

  _ Où est la princesse Léhonora ?

    Un homme s’avança vers lui avec crainte. Il s’inclina et, la tête baissée, répondit :

  _ Dans la bibliothèque… avec Gryoth.

    Sauron fit signe au Roi Sorcier de le suivre. Sa cape vola derrière lui, on aurait dit une ombre glissant sur le sol. Que pouvait faire la servante à la bibliothèque ? Elle ne connaissait que la Langue Commune et le Parler Noir, et l’entrée de cette salle était interdite aux serviteurs. Le Seigneur d’Angmar avait raison, elle devait avoir des limites sinon cela sera elle qui dictera la loi.

    En entrant dans la bibliothèque, les deux jeunes filles se levèrent d’un même mouvement et Léhonora ferma un gros volume. Elle s’avança vers lui en ignorant son regard noir. Que voulait-il encore ? Elle en avait assez de ses va et vient qui la surveillaient sans cesse. Elle remarqua que, malgré sa colère, il demeurait calme.

  _ De quel droit oses-tu emmener un serviteur ici alors que l’accès est interdit à ce rang ?

    Elle le fixa du regard, résolue à ne pas répondre. Elle était déterminée à ne pas se laisser contrôler mais lorsqu’une forte douleur se fit ressentir au niveau du poignet, elle se mit à genoux en gémissant tandis que Sauron resserra son emprise.

  _ Je… je l’ignorais. Je vous le jure.

    Elle attrapa le bras de Sauron afin de le faire lâcher prise, mais en vain. Ses yeux s’humidifièrent sous l’atroce douleur et ne purent retenir les larmes qui coulèrent sur ses joues. Quand soudain !

  _ Seigneur, appela-t-on.

    Sauron lâcha son regard de sa captive pour se poser sur la servante.

  _ Elle dit la vérité, elle l’ignorait. J’endosse à moi seule la responsabilité. Ne la punissez à cause de moi.

    Mais Sauron ne lâcha son emprise. Léhonora ne supporta plus la douleur qui lui brûlait le poignet. Elle sentit la chaleur du feu dans ses veines et lorsqu’il la lâcha, elle replia son bras sur elle. Sauron fit un signe à son second qui emmena Gryoth sans résistance.

  _ Où… où l’emmenez-vous ?

    Le Seigneur des Ténèbres la regarda de ses yeux de braise.

  _ Là où se fera sa sentence pour avoir passé outre l’interdiction.

    Et il sortit de la salle en laissant Léhonora avec sa douleur. Elle se releva peu après leur départ, toujours avec son bras contre elle, sans l’aide des serviteurs présents. Elle quitta la bibliothèque et essaya de trouver les cuisines qu’elle n’avait jamais vu. Elle les trouva enfin, après quelques explications plus ou moins fiables.

    Elle versa de l’eau froide dans une bassine avant d’y mettre son poignet. Rien qu’au contact de l’eau, la douleur s’amplifia. Léhonora ferma les yeux afin de l’oublier. Elle se frotta le poignet avec sa main afin de mieux faire disparaître la sensation de brûlure. Quand elle sentit une présence, elle se retourna brusquement et vit Sauron. Il lui jeta un tissu qu’elle rattrapa au vol. Elle banda son poignet et fit face à son Ennemi.

  _ C’est touchant de voir que tu conserves le seul héritage qu’il te reste de tes ancêtres.

    Léhonora regarda l’anneau et vit les yeux d’émeraude des serpents briller. Sauron ne bougea pas mais elle vit que, tout comme Andùril, il craignait le pouvoir du sang de Nùmenor et de leurs ancêtres.

  _ Tu ne pourras pas être éternellement protégée par tes ancêtres et les Valar.

  _ C’est ce que vous croyez. Mais je porte en moi la Lumière et l’Espoir des Deux Races car je suis du sang de Beren et de Lùthien. Celui qui dupa Morgoth et lui vola un Silmaril. Celle qui trompa la mort en aimant un Mortel.

  _ Tais-toi ! Insolente.

  _ Je suis de ceux à qui personne ne peut briser l’Espoir et éteindre la flamme de la Lumière. Elbereth chasse l’Ombre qui ne peut occulter aucune étoile. N’avez-vous pas vu l’Etoile d’Eärendil percer vos nuages noirs ? Sa présence sur votre royaume est un défi. Lui et les Valar veulent vous chasser une seconde fois et vous retrouverez votre Maître Morgoth. Vous répondrez à leur appel et vous les défierez tout comme vous l’avez fais face aux Aigles de Manwë à Nùmenor.

    Sauron ne supporta pas le ton qu’elle employait envers lui et il la frappa du revers de la main. La jeune fille vacilla et tomba à terre.

  _ Surveilles tes paroles.

  _ Je ne les regrette en aucune façon. Eärendil est envoyé comme messager et vous avez peur de vous mesurer à mes ancêtres.

    Leur regard se croisèrent et, dans chacun d’eux, émanait une haine incontrôlable. Le Seigneur des Ténèbres craignait Léhonora, le simple fait de savoir quel sang coulait dans ses veines le rendait craintif envers elle, et elle en profitait pour le provoquer. Il voulait le monde mais ses ennemis avaient une arme qui limitait encore ses agissements. Il devait trouver le moyen de faire fléchir les Valar afin qu’ils lui transmettent le pouvoir qu’il réclamait. Léhonora ignorait quelle puissance elle possédait grâce à ses ancêtres maternels et paternels qui se rejoignaient en un seul lien au sommet sa généalogie, et ce lien s’était renforcé en se séparant en deux, l’un vers l’Immortalité, l’autre vers la Mortalité, et tout se réunissait en elle. Elle ignorait quel pouvoir elle détenait en elle mais Sauron l’avait bien vite comprit et il se servira de cela pour convaincre les Valar. Le Roi Sorcier, bien qu’il adhéra à l’action de son Maitre, restait assez craintif à la colère des Valar si le sang de Nùmenor était versé.

 

    Quand Léhonora fut enfin libérée de la surveillance de Sauron, elle obligea un serviteur de la conduire à Gryoth. Ils descendirent profond sous terre, tout en restant dans la tour. Arrivés en bas des escaliers, ils traversèrent un long couloir avec des cellules à barreaux. Gryoth se trouvait dans l’une d’elles. Surprise de la voir, elle ne put cacher sa joie.

  _ Eldariel, que fais-tu ici ?

    La jeune princesse sourit à son amie et renvoya le serviteur.

  _ Je t’ai apporté quelque chose à manger.

    Elle sortit un tissu qui enroulait de la nourriture et le donna à Gryoth. Elle l’ouvrit et y découvrit des fruits bien mûrs. Léhonora les avait volée dans les cuisines après avoir échappé à Sauron. Elle connaissait la sentence réservée aux voleurs mais elle s’en moquait bien, elle savait que son Ennemi la voulait en vie et, pour cela, elle ne craignait pas pour sa vie. Cependant, Gryoth, comme à son habitude, ne cessait de la mettre en garde. Un écart de trop et il pouvait se montrer très violent. Gryoth se dirigea soudainement vers le fond de la cellule, sous l’incompréhension de la princesse. Elle retira une pierre de contre le mur et en retira des fleurs, dont la plupart étaient séchées. Léhonora n’en crue pas ses yeux.

  _ Je les avais trouvée dans les collines. A l’époque, je les avais gardé sans en connaître l’utilité et, de plus, elles étaient belles. Mais lorsque tu m’as décrit les Fleurs de Virginité, j’ai eu un doute mais je ne t’avais rien dis, de peur qu’elles n’en soient pas. Elles sont restées là depuis plusieurs années mais si leur pouvoir est elfique, elles sont encore utiles.

    Gryoth les passa à travers les barreaux. La princesse la rassura que leur pouvoir ne pouvait pas disparaître si facilement. Elle les cacha rapidement et se promit d’être prudente sur le fait de leur existence et qu’elle en possédait.

  _ Une rumeur dit qu’il partira vers l’Ouest répondre au défi des Valar. Est-ce vrai ? s’interrogea Gryoth.

    Léhonora sourit face à cela, ce qui surprit la servante. Elle affirma que c’était elle-même qui l’avait provoqué en faisant appel à eux, mais Sauron devait l’ignorer. La princesse ne s’attarda pas car elle devait faire une dernière chose avant la tombée de la nuit où elle n’aura plus l’autorisation de sortir de la tour.

    Elle retraversa le couloir et remonta à la surface où elle sortit de Barad-Dûr et s’enfonça dans les collines. Arrivée au sommet de l’une d’elles, elle observa le ciel noir, recouvert de nuages. Elle attendit, même trop comparé à certains soirs. Puis, elle le vit, écartant les nuages afin de laisser passer sa Lumière dans cette terre hostile. L’Etoile d’Eärendil brillait de mille feux.

    Autrefois, elle aurait fait appel à Elbereth, mais les temps avaient changés et le pouvoir de Sauron était trop puissant pour que la Reine des Etoiles puisse venir en aide à ceux qui se trouvaient dans l’Ombre du Seigneur des Ténèbres. Sachant qu’Eärendil était son arrière-grand-père maternel, elle savait qu’il ne la laissera pas. Elle connaissait la malédiction qu’avait engendré la création des Silmarils mais elle ignorait leur pouvoir et, un jour peut être, verra-t-elle ses joyaux de ses propres yeux.

    Une ombre passa et l’Etoile sembla s’éloigner. Les nuages se refermèrent tandis que Léhonora pria son ancêtre, mais elle comprit bien vite la raison de ce changement brutale qui n’était jamais survenu auparavant. Sauron venait de découvrir ses actes cachés. La terre trembla sous ses pieds en soulevant la cendre et obligea Lèhonora à se mettre à terre. Le sol se fissura. Elle leva la tête et ne trouva aucun appui. Puis, tout se stoppa aussi vite que cela était venu. Elle se leva et regarda autour d’elle. La plaine était calme, comme si rien ne s’était passé. Sur la colline où elle se trouvait, Sauron y était aussi, à l’écart, à quelques pas d’elle. Dans ses yeux brillait une flamme de colère. Léhonora ne bougea pas et n’osa rien dire, trop secouée par ce qui s’était produit.

  _ En agissant ainsi tu m’as convaincu de ce que je n’aurai jamais pu imaginer. Maintenant, je connais le moyen de faire fléchir les Valar. Bientôt, tu prendras conscience que tu détiens un grand pouvoir grâce au sang qui coule dans tes veines. Je ne voulais pas en arriver là mais tu as attiré ma colère qui ne pourra être assouvit que lorsque ton sang coulera face aux Valar. Si je dois sacrifier ta vie et mon union avec les descendants de Nùmenor afin d’obtenir ce que je veux, je le ferai. Tu viendras avec moi à l’Ouest et tu comprendras quand le moment sera venu.

  _ Que voulez-vous de moi ? demanda-t-elle avec une voix mal assurée

    Mais il ne répondit pas. Lèhonora ne comprit pas ce qu’il voulait dire. Il ne pouvait pas la tuer, mais le simple fait qu’il ait dit « ton sang coulera face aux Valar » lui fit peur. Dans le fond, elle aurait préféré rester éternellement auprès de lui, plutôt que de mourir et lui donner ce qu’il réclamait. Tout ce qui pouvait encore la rassurer était que son arrière-grand-père ne laissera pas Sauron la donner en offrande et Elbereth non plus, elle l’avait trop souvent protégé.

  _ Retournes à la tour.

    Léhonora recula face au ton menaçant qu’il avait employé.

  _ C’est un ordre, s’écria-t-il.

    Cette fois, elle obéit et descendit la colline à grande allure. Elle se fraya un chemin entre les rochers et, arrivée en bas, se retourna. Sauron semblait tel une ombre au sommet. Les nuages tourbillonnaient dans le ciel sous un grondement de tonnerre. Puis, elle continua sa route sans se retourner.

    Inconsciemment, elle se dirigea vers son ancienne chambre où elle hésita à entrer car elle n’ignorait pas que Sauron la voulait dans ses appartements. Bien que refusant cette idée, elle n’avait pas d’autre choix que de lui obéir. Elle avait commit trop d’erreurs aujourd’hui et elle se devait d’arrêter de braver tous ces ordres. Le couloir était sombre à l’arrivée de la nuit, les torches s’éteignaient et personne ne se prenait la peine de les rallumer.

 

    Plusieurs heures passèrent avant que le Seigneur des Ténèbres ne rejoigne sa chambre et ne fut pas surprit de voir sa captive endormit sur le divan. La légère couverture qui la recouvrait, tombait à moitié et il put admirer ses formes à travers la robe de nuit. Il remarqua qu’elle était pâle et tremblante, ainsi que de fines larmes coulantes sur ses joues. Sauron caressa sa douce chevelure, ce qu’il avait toujours eu envie de faire, et se pencha sur elle afin de s’imprégner de son odeur.

    Mais son souffle chaud et sa main descendant sur la hanche de la jeune fille, la réveilla et, par instinct, frappa Sauron en se redressant brusquement. La peur s’empara d’elle suite à son geste mais contrairement à ce qu’elle avait pensé, il ne la corrigea pas. Il la regarda, non pas avec ses yeux de braises, de cruauté mais avec des yeux où brûlaient des étincelles de désir. Léhonora comprit vite en s’apercevant que la couverture était à terre et qu’elle se rappela que sa robe était misérablement transparente. Sauron se pencha vers elle une seconde fois et continua à caresser ses cheveux. Il était trop près. Beaucoup trop près. Léhonora sentit la chaleur de son corps et son souffle chaud dans son cou.

  _ Le lit est plus confortable. Tu y dormiras mieux.

    Léhonora n’osa pas le regarder. Son cœur battait la chamade et sa respiration était rapide. Elle avala difficilement sa salive et répondit :

  _ Je… je dormirai à même le sol s’il le fallait.

    Elle avait peur, elle le craignait car elle était impuissante face à lui et il en était conscient. Il pouvait faire d’elle ce qu’il voulait. Il attrapa son menton et releva sa tête, ce qui l’obligea à le regarder. Léhonora avait sa respiration de plus en plus difficile à contrôler.

  _ N’ais pas peur, lui susurra-t-il en lui caressant la joue.

    Son regard plongea dans les yeux bleus effrayés de Léhonora et il l’embrassa farouchement. Le souffle court, elle fut contrainte de répondre à son baisé. Ses mains descendirent sur les hanches de la princesse qui ressentit une étrange sensation, une sensation qu’elle n’avait jamais éprouvée auparavant. Elle se débattit lorsqu’il finit par être allongé sur elle mais sa force était un avantage.

    Soudain Sauron sentit une légère douleur sur la joue et se redressa en passant sa main qui essuya le sang qui coulait. Léhonora était parvenue à dégager une de ses mains et avait griffé Sauron au visage afin de le faire lâcher prise.

  _ Jamais je ne vous appartiendrai ! Jamais vous ne poserez vos mains sur moi ! s’écria-t-elle malgré sa peur.

    Mais se rendit compte qu’elle avait eu bien tort lorsqu’elle sentit la puissance de sa main sur sa joue. Il l’attrapa par la gorge et la força à le regarder.

  _ Les Valar répugnent à voir couler le sang de Nùmenor, cela veut dire que tu as une chance pour que je t’épargne en échange de ce que je demande, -il se pencha sur elle-, et après, tu me donneras ce que je veux.

    Il lâcha Léhonora qui était au bord des larmes. Il sentait son cœur battre avec rapidité. Il caressa une dernière fois sa chevelure et se retira afin de regagner son lit. Trop terrorisée, la princesse ne trouva pas le sommeil en le sachant dans la même pièce. Elle s’enfouit dans la couverture afin de lâcher ses larmes de détresse. Elle eut beaucoup de mal à se calmer.

  _ Ada, pourquoi tu m’as abandonné ? J’ai tant besoin de toi.

    Et elle finit par s’endormir en voyant le visage de son père.

 


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