
| Destinées entrecroisées | Auteur: hydraGundam | Vue: 5782 |
| [Publiée le: 2006-12-11] [Mise à Jour: 2008-11-15] | ||
| 13+ | Action-Aventure/Général/Romance | Commentaires: 35 |
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Description: Eldarion, fils d'Elessar, et Eolain, fille de Faramir, n'ont rien en commun. Et pourtant... | ||
| Crédits: Les personnages originaux de l'oeuvre de JRR Tolkien ne sont pas à moi. |
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Interrogations[4174 mots] |
Publié le: 2007-05-19 | |
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Chapitre 20 : Interrogations
Chère Eladiel,
Je vais bien, mais j’aurais besoin de toi pour une mission toute particulière : en effet, je souhaiterais que tu ailles aux archives des Rangers et que tu cherches pour moi l’identité d’un Ranger ayant comme nom de combat Herunan qui doit avoir environ quarante ou cinquante ans maintenant. C’est très important, je t’expliquerai tout ça plus tard…n’en dis rien à nos parents, surtout…
Je n’ai pas beaucoup de temps pour t’en dire plus, mais je peux te dire que de ce que tu trouveras dépend le bonheur d’un ami, je suis sûr que tu comprendras cela…
J’espère que tout va bien à Minas Tirith, je pense que Rivendell doit te manquer…j’espère aussi que les inondations sont résorbées, et que tout va bien en Harad aussi, ils doivent avoir bien du mal là- bas…
Je t’embrasse, et je prie les Valar de te garder en bonne santé, ainsi que nos sœurs et nos parents…
E. A. E.
Il n’osa pas signer de son prénom, mais mit juste ses initiales, Eladiel saurait bien de qui la lettre venait…il ne dit pas non plus un mot de son initiative à Arador, il le savait assez secoué comme cela…
Il savait qu’Eladiel, en tant que princesse aînée, avait accès à toutes les archives et pourrait sans aucun doute trouver l’information qu’il recherchait.
Il plia soigneusement l’enveloppe, et inscrivit l’adresse d’une des dames d’honneur d’Eladiel, par laquelle les lettres arrivaient à sa sœur aînée. En effet, il eût été maladroit de sa part d’écrire directement au palais…par le truchement de sa dame de compagnie, Eladiel recevrait la lettre, et le prince n’attirerait pas l’attention sur lui.
Cette fois, Elessar savait que c’était la fin…une à une, les tribus rebelles étaient soumises, au prix de nombreuses vies, aussi bien du côté gondorien que haradrim…
Il commençait à en avoir un peu assez d’être ici, mais, paradoxalement, cette vie au grand air l’exaltait comme il ne l’avait pas été depuis longtemps. Comme sa vie royale, réglée, lui semblait loin maintenant ! Cependant, il savait son royaume en bonnes mains, Arwen saurait bien le gérer…
Pourtant, il n’était pas d’humeur à rêvasser ni à dormir dans la nuit tiède, son royaume était encore en péril et il était en terre étrangère…au fur et à mesure des combats, il avait pu comprendre un certain nombre de choses, comme le fait que les élites des tribus rebelles parlaient l’adunaic, fait compréhensible au vu de leur histoire. Il ne regrettait pas d’en avoir appris les bases lorsqu’il était à Rivendell autrefois, sous la férule d’Elrond, car par ce truchement il avait appris bien des informations importantes…
Maintenant, il ne leur restait plus que deux tribus rebelles à réduire, menées par deux chefs, Gimilzôr et Adunakhôr, et il avait relevé non sans une certaine ironie que ces noms étaient ceux de deux rois de Nùmenor d’avant la Submersion.
Mais que ces hommes portent un nom royal n’ôtait rien à la noirceur de leurs crimes, et il devait les empêcher de nuire…il regarda sa main et resserra sa poigne sur Anduril sur laquelle se voyaient encore des traces de sang.
Elessar avait toujours régné pacifiquement, mais en sachant bien que cela ne pourrait durer éternellement. Il n’aimait pas tuer, mais cette fois il le fallait, pour la sauvegarde des royaumes en exil…ces pauvres haradrim étaient manipulés par des hommes à l’âme aussi noire que l’était celle de leur maître Sauron, et il avait donné l’ordre aux soldats d’en épargner le plus possible…
A l’Est blanchissait déjà l’aube d’un nouveau jour, celui qui verrait la victoire : les armées composées de soldats de Gondor, de Rangers d’Ithilien, de cavaliers rohirrim et de tribus haradrim libres allaient affronter les deux tribus encore rebelles sur la plaine désertique. Lentement, Elessar regagna sa tente et enfila lentement les différentes pièces qui composaient son armure de combat, laissant là les vêtements haradrim qui lui avaient si souvent rendu service ces trois derniers mois, il était temps pour lui de laisser de nouveau dormir Aragorn le Ranger pour laisser reparaître Elessar roi de Gondor…
Eladiel reposa une lettre qu’elle venait de recevoir et sourit…bientôt viendraient en visite maître Samwise Gamegie, son épouse, leur fille Elanor ainsi que la cousine de celle-ci, Primula, fille aînée de Frodon et de son épouse Lily. La jeune princesse de Gondor se souvenait bien avoir joué avec elle autrefois, car elles avaient seulement six mois de différence, et ce qui les avaient rapproché étaient le fait que toutes deux possédaient des pouvoirs de divination. Eladiel sourit à l’idée de revoir Primula, car elle l’appréciait et ne l’avait pas revue depuis longtemps…
Elle repoussa une mèche de ses cheveux sombres qui s’était échappée de son bandeau et ouvrit la seconde lettre qu’elle venait de recevoir…elle la lut avec attention et se demanda ce qui pouvait bien pousser son frère à demander une chose pareille, bien qu’elle sût qu’il ne l’aurait pas fait si cela ne lui tenait pas à cœur et si ça n’était pas important. Elle se leva et traversa tout le palais jusqu’au bâtiment des archives, où le garde de faction lui présenta les armes en signe de respect. Ici étaient rassemblées à la fois les archives du Gondor, celles de l’Arnor qui avaient pu être préservées, et celles des Rangers sauvées du sac de Fornost Erain, lors de la victoire de l’Angmar. Eladiel remercia en pensée le vieux monsieur qui en prenait soin et qui avait patiemment classé les milliers de documents qui se trouvaient là.
Soulevant le bas de sa robe pour la préserver de la poussière, elle commença à chercher les archives des Rangers, puis consulta l’index pour y trouver les fiches de recrutement datant de moins de cent ans…
Arbarad, debout, son bandage caché par ses vêtements, donnait ses ordres quant à ce que deviendraient les brigands faits prisonniers. Après plus de deux mois de siège, la forteresse venait de tomber enfin aux mains des Rangers, qui la réhabiliteraient pour en faire un poste de surveillance. Il avait été décidé de laisser un contingent qui finirait tout ce qu’il y avait à faire, et le reste des Rangers retournerait en Arnor…
Eldarion, qu’on avait laissé libre pour l’instant, sortit du campement et marcha un peu, respirant à grandes bouffées l’air frais. Arbarad n’avait plus besoin de lui, aussi allait-il partir en Arnor avec son escouade, c’était le plus probable…l’Arnor, berceau de ses pères, de sa dynastie, pays dévasté et dépeuplé qui reprenait seulement vie depuis quelques années. En effet, toute la région ou presque avait été dévastée par les troupes du Roi-Sorcier d’Angmar, et son peuple presque entièrement tué. Ce qu’il en restait était devenu une troupe errante qu’Elrond avait sauvée, mais dont tout le monde se défiait. Eldarion sourit à l’évocation de son père tel que sa mère le lui avait décrit, les cheveux en désordre, couvert de boue et de sang, dissimulé sous une grande cape noire…
Les yeux bleus d’Eldarion fixèrent le ciel sur lequel s’allumait la première étoile, et il pensa à sa sœur, devenue après sa mère l’Etoile du Soir de son peuple. Il sortit de sa sacoche l’Evenstar, qui brillait alors d’un léger éclat, et chuchota en le serrant dans sa main:
« Je suis Eldarion Arathorn Elrond, héritier des royaumes réunis…sois-moi propice, lumière de mes ancêtres… »
Il sortit son épée, et, sous la lumière de l’étoile du soir, il y lut une inscription en runes elfiques qu’il n’avait jamais remarquée auparavant :
« Im Eärendil
Im o hîl ned Elendil
Drego nîn cath ned gail”
(je suis Eärendil, j’appartiens à l’héritier d’Elendil, fuis-moi, ennemi de la lumière)
Stupéfait, Eldarion resta là un moment, à lire l’inscription... il savait bien sûr que son grand-père Elrond avait un don de vision certain, mais comment avait-il fait pour deviner quel nom il donnerait à son épée ? Encore un mystère de plus…
Manifestement, l’inscription était faite en ithildin, qui ne réagit qu’à la lumière de la lune et des étoiles, ce qui expliquait le fait qu’il ne l’avait jamais vue avant. Ecrite en lettres sindarines, elle était probablement là à l’instigation de son grand-père, qui ne laissait jamais rien au hasard…
Hypnotisé par la lueur des lettres, le prince resta là, à regarder son épée, goûtant le parfum d’éternité dégagé par cette inscription...
Harad
Cette fois les dés sont jetés, en face de l’armée du Gondor rangée en ordre de bataille se tiennent les deux dernières tribus rebelles. A leur tête, leurs chefs Gimilzôr et Adunakhôr, la tête ceinte de gemmes remontant sans aucun doute à Nùmenor…ils portaient tous deux une armure proche en forme des armures gondoriennes, mais faites dans un métal que Faramir, pourtant érudit sur le sujet, ne reconnut pas, même s’il en reconnut le type. Elles étaient composées de plaques de métal reliées entre elles par des fils d’or, et recouvertes par le tissu noir des haradrim drapé autour de leur torse et protégeant leur tête des vents sableux du désert. (Note : pour avoir une vision plus précise, voir les armures japonaises). Ils étaient peu armés, ayant seulement sur eux une dague et une épée courte damasquinée…
Sans cesser de faire face, Elessar jeta un regard à Faramir, à cheval près de lui, puis à Eomer, qui se trouvait de l’autre côté, flanqué d’Aragorn-Theoden d’Ithilien. Toute l’armée de Gondor étincelait sous le soleil du Harad, et les hommes tentaient d’oublier la chaleur étouffante qui régnait déjà en ce début de matinée…
Alors s’avancèrent les deux chefs, leurs gemmes brillant aux rayons du soleil, et ils dirent en adunaic :
« Que s’avancent vos chefs ! »
Elessar éperonna son cheval, et, suivi de Faramir et Eomer, s’avança au devant des deux hommes. Puis il leur dit :
« Je suis Elessar Telcontar, roi de Gondor, descendant d’Elendil et d’Isildur, et je viens combattre ceux qui ont ravagé les terres de mon peuple… »
Gimilzôr sourit d’un sourire mauvais et dit :
« Ainsi, Homme du Nord, tu es le descendant de cet Elendil seigneur d’Andunië qui refusa de se plier aux volontés royales d’Ar Pharazôn et qui prit la fuite lorsque périt notre peuple…il n’y a pas là de quoi être fier, je te le dis, moi Gimilzôr fils d’Inziladûn »
Elessar s’attendait à des tentatives d’intimidation de ce genre, aussi resta-t-il de marbre et répondit-il :
« Nùmenor disparut avec les idées malsaines de ce roi corrompu par Sauron, nous le savons tous, et je ne laisserai pas une poignée de gens accrochés à cette triste époque dévaster mon royaume qui a tant souffert… »
Adunakhôr dit alors :
« Moi, Adunakhôr fils de Zimarthon, je dis que tu n’as rien à faire en Harad, roi fantoche d’un peuple traître qui a abandonné sa terre et son roi pour sauver sa misérable vie ! »
Elessar resta impassible, malgré la colère qu’il sentait monter en lui, et vit Faramir à côté de lui bouillir lui aussi d’indignation…finalement, il ne s’étonnait plus que ces hommes aient juré fidélité à Sauron. Sauron qui d’ailleurs était responsable de la chute de Nùmenor, ayant pris le roi Pharazôn sous sa coupe malsaine et ayant conduit à la punition des Valar. Elessar connaissait bien cette histoire, transcrite par son ancêtre Elendil et conservée dans les archives de Minas Tirith…ces hommes, installés là avant la Submersion, avaient gardé intacts les ressentiments et les haines transmis par leurs aïeux. Rien d’étonnant donc à ce que leur allégeance ait été à Sauron, et qu’Elendil et sa famille soient à leurs yeux des traîtres…
Gimilzôr s’avança et dit :
« Nous proposons un combat seul à seul avec votre roi, si nous gagnons, vos terres seront à nous, et si vous gagnez, nos tribus seront à vous… »
Le pari était gros, et Elessar voulut tout d’abord refuser mais, en analysant sainement la situation, il se rendit compte que cette affaire n’aurait jamais de fin s’il ne se payait pas de sa personne pour la terminer…
Il s’avança et dit :
« Je me battrai pour ma terre et pour mon peuple, comme mes ancêtres l’ont fait… »
Faramir ouvrit la bouche pour l’en dissuader mais, sur un regard de son roi, se tut soigneusement, ainsi qu’Eomer, qui comprenait bien la situation et eût fait pareil s’il s’était agi de son royaume…Elessar dit alors aux trois hommes qui étaient près de lui, sans leur laisser le temps de protester :
« Messieurs, je compte sur vous pour, s’il m’arrive malheur, faire transmettre le trône à mon fils, et dire à mon épouse et à mes filles que je les ai aimées jusqu’à mon dernier souffle… »
Sans les laisser répondre, il s’avança vers Gimilzôr qui se battrait au nom des deux tribus, tout en dégainant Anduril qui flamboya aux rayons du soleil…
Par l’expérience, Elessar pouvait parvenir à savoir la valeur de son adversaire rien qu’à la façon de tenir son épée, et il put voir que la partie serait difficile avec Gimilzôr. De plus, celui-ci portait une armure très légère, qui ne pouvait que le privilégier dans ses mouvements, alors qu’Elessar portait son armure royale gondorienne, qui, bien qu’elle fût de la même origine, était tout de même plus lourde…
Lentement, il leva Anduril devant lui, faisant briller les inscriptions en quenya gravées dessus, et attendit, laissant l’initiative à son adversaire mais les deux mains bien serrées sur le manche d’Anduril…
Alors Gimilzôr se précipita sur lui, et le combat commença, pendant lequel Elessar utilisa à plusieurs reprises les réflexes acquis pendant plusieurs dizaines d’années à combattre Sauron. Gimilzôr, bien plus jeune que lui, était vif et frappait aussi bien d’estoc que de taille avec son épée courte, mais Elessar connaissait bien sa propre épée, qui, malgré sa grande taille (Note : Anduril mesure 1,52 m), pouvait également être utilisée à une main et ainsi frapper d’estoc. Le roi avait combattu avec une épée semblable lors de ses années parmi les Rangers, et avait acquis ainsi l’habitude de l’utiliser aussi bien à deux mains qu’à une main…
Il esquiva et para plusieurs fois les agiles et violents moulinets de Gimilzôr mais ne put en éviter un qui lui entailla le bras entre la cotte de mailles et le canon d’avant-bras. Tentant d’oublier la douleur, il prit Anduril des deux mains et parvint à blesser lui aussi son adversaire, assez gravement, au défaut de la cuirasse…
Si Gimilzôr était plus jeune et plus léger, Elessar avait l’expérience pour lui, ce qui lui permit de mener le combat à son avantage, même s’il fut blessé à plusieurs reprises. Tentant d’oublier la chaleur et la poussière qui le prenaient à la gorge, Elessar se battit comme à sa plus belle époque, lorsqu’il était encore capitaine des Rangers, mais en gardant à l’esprit le fait qu’il était aussi père de famille et de son royaume à la fois…il n’avait pas le droit de perdre !
Même blessé, Gimilzôr ne renonçait pas, aussi Elessar résolut-il, pour finir le combat, de lui servir un tour de sa façon. Après une feinte, il parvint à le faucher en utilisant la longueur d’Anduril, lui infligeant plusieurs blessures qui le firent enfin rester à terre, grimaçant.
Le Numénoréen noir dit alors, en adunaic :
« Il ne sera pas dit que je renierai ma parole, nos deux tribus sont à toi, roi Elessar, ainsi que tout ce qui m’appartient, mes femmes et mes enfants… »
Elessar secoua la tête et dit dans la même langue :
« Gimilzôr et Adûnakhôr, vous serez emmenés en Gondor prisonniers, mais vos tribus vivront ici, comme elles l’ont toujours fait…vos fils seront élevés ici également, afin que ne se rallume jamais le brandon de la discorde…que nos deux peuples soient désormais amis et alliés ! »
Sur un geste de lui, des soldats se saisirent des deux chefs, alors qu’Elessar expliquait aux tribus que désormais elles étaient libres…Faramir s’avança vers lui et lui dit :
« Majesté, vous êtes blessé, il faut vous soigner… »
En effet, du sang coulait le long du bras d’Elessar, mais il fit un signe de dénégation à son Intendant avec un sourire, sachant que la blessure était moins grave que ne le laissait entrevoir la quantité de sang perdue. Celle-ci paraissait la plus grave, le reste étant de petites égratignures sans importance…
Il se tourna vers son armée, du moins ce qu’il en restait, et dit simplement :
« Nous rentrons, messieurs… »
Emyn Arnen
Boromir-Eomer, qui aura bientôt dix ans, est installé à une table, il lit un texte en quenya et en inscrit soigneusement la traduction en westrain sur une feuille de vélin, en prenant bien soin de ne pas faire de pâté. A l’autre bout de la pièce, Eowyn filtre une décoction avec un carré de mousseline, récupérant ainsi un liquide buvable qu’elle transvase ensuite dans une bouteille de verre. Depuis que Faramir est parti, il y a maintenant presque quatre mois, elle continue son activité de guérisseuse tout en aidant la reine au palais. Cette fois, son fils cadet, le plus brillant élève de l’école du palais, est revenu avec elle pour quelques jours…
La reine a exprimé ses craintes de savoir Eowyn seule dans cette maison des collines, mais Eowyn sait qu’elle ne craint rien, Beregond est resté, Faramir l’a laissé pour qu’il puisse veiller sur sa famille avec son unité. De plus, le chef de la garde personnelle du prince d’Ithilien est aussi le parrain de Boromir-Eomer, et l’enfant est ravi de le voir quand il revient à la maison familiale.
Elle observe un moment son fils cadet, qui porte bien son nom car il ressemble à son oncle décédé, Boromir de Gondor, mais elle se demande où il a bien pu prendre ces yeux d’un bleu de lac profond alors qu’elle-même a les yeux gris et son mari également. Pourtant, il a hérité de la vive intelligence de son père, et elle ne peut s’empêcher de penser que Faramir serait devenu ainsi si on ne l’avait pas obligé à combattre, s’il était né en temps de paix…
L’enfant relève la tête, et sourit à sa mère, de ce doux sourire qu’il a hérité de son père, et Eowyn lui dit :
« Veux-tu prendre une collation, Boromir ? »
L’enfant hoche la tête, et Eowyn demande à une servante de lui apporter une légère collation. Boromir-Eomer s’approche alors et dit :
« Eolain a écrit ? »
Eowyn répond :
« Oui, elle va bien, le Rohan lui convient à merveilles… »
L’enfant demande :
« Dis, je pourrai y aller avec toi pour la cérémonie de commémoration d’oncle Eomer ? »
Eowyn caresse les boucles noisette de son fils cadet et dit :
« Et l’école ? Tu l’oublies un peu vite, je crois… »
Boromir-Eomer redresse sa petite taille et dit :
« Je suis le premier de ma classe, maman, je ne pense pas que mon éducation souffrirait de quelques jours passés en Rohan. Je suis très curieux de voir cette cérémonie, et d’en faire la comparaison avec les coutumes de Gondor… »
Eowyn a appris à ne pas s’étonner la façon dont son fils de dix ans lui retourne ses arguments avec un art consommé, et elle lui dit :
« Nous n’y sommes pas encore, ton père et ton oncle sont encore en Harad, et la décision de t’emmener ou pas ne m’appartient pas entièrement… »
Boromir-Eomer ne se démonte pas et répond péremptoirement :
« Je ne vois pas pourquoi papa m’empêcherait d’y aller… »
Eowyn croise les bras avec un petit sourire et dit :
« Allons, nous verrons cela quand il sera de retour…pour l’instant prends ton goûter… »
Avec un sourire qui en dit long, Boromir-Eomer s’attaque au verre de lait et à la tranche de brioche qui composent sa collation de l’après-midi, et Eowyn constate une fois de plus sa capacité à être à la fois un petit garçon mais aussi un adulte pour le raisonnement. Devant un bon goûter, Boromir-Eomer redevient un petit garçon normal, se léchant les babines…
Les yeux gris d’Eowyn se dirigent vers la fenêtre, et embrassent du regard la verte Ithilien en pensant à son mari, qui aime tant cette région…
Minas Tirith
Arwen pose la lettre qu’elle vient de recevoir et congédie le messager avec un sourire. Ses filles sont assises auprès d’elle, et elle leur dit :
« Votre père est sain et sauf, il sera de retour dans quelques jours avec son armée victorieuse… »
Le sourire des princesses vient éclairer la pièce, et la reine dit :
« Il sera fier de vous, mes filles, vous avez été d’une aide précieuse pendant son absence… »
Toutes l'ont aidée à leur manière, mais c'est Eladiel, en tant que princesse aînée, qui a endossé le plus de responsabilités. Le regard de la reine tombe sur sa fille aînée, vêtue simplement d'une robe gondorienne bleu clair, les cheveux noués par un ruban d'argent, et se dit qu'elle a maintenant l'âge d'être épouse et mère. En effet, elle a eu vingt et un ans il y a peu, mais ne semble pas encore désireuse de fonder un foyer…Arwen devine que ses pouvoirs la retiennent quelque peu, mais décide de ne rien faire pour la brusquer, persuadée que les choses se feront en temps et en heure…
Edoras
Lothiriel vient de recevoir elle aussi une lettre de son mari, qui lui annonce son retour dans les plus brefs délais. Bien sûr, elle a fait repousser la date des cérémonies de commémoration de ses vingt ans de règne, il va falloir redémarrer les préparatifs gelés par l'absence du roi. S'approchant de la fenêtre, elle voit Elfwine à cheval, tenant d'une main son bouclier et de l'autre son épée, gardant impeccablement son assiette…quels progrès ! Eolain l'a incontestablement rendu sûr de lui, et il chevauche maintenant comme un véritable rohirrim. Près de là se tient Eolain, attentive aux mouvements de son cousin et élève et donnant de temps à autre des instructions. Comme elle a changé ! La demi sauvageonne qu'elle a reçue ici près d'un an auparavant a laissé la place à une princesse presque digne de ce nom, en restant elle-même. Enfin Eolain a réussi à trouver son équilibre, et Lothiriel pense que ses parents la reconnaîtront à peine lorsqu'ils la reverront…
Mais Lothiriel est bien loin d'imaginer que sous le masque princier d'Eolain se cache de la tristesse et des interrogations dont elle refuse de lui faire part…
Arnor
Accompagnant Arbarad, Eldarion vient d'arriver en Arnor, pays d'origine de sa famille paternelle. C'est un pays vert mais triste, où se voient encore les stigmates des guerres menées par les princes d'Arthedain contre le Roi-Sorcier d'Angmar, qui finit par avoir le dessus, il y a des siècles de cela…de nombreuses ruines parsèment le paysage, et une petite pluie fine achève de rendre l'endroit encore plus morose. Meneldil, aux côtés d'Arbarad, remarque l'expression triste d'Eldarion et dit:
"Allons, haut les cœurs, Galneth ! Je t'assure, parfois le soleil brille sur notre beau pays…"
Meneldil, en effet, est natif d'Arnor, il descend par son père d'Arvedui, dernier roi de l'Arnor, et il est heureux de rentrer chez lui.
Avec une petite grimace comique, Eldarion réplique:
"Alors je n'ai pas de chance, j'arrive juste au moment où il pleut, c'est cela ?"
Et il frissonne sous son épaisse cape noire…
Meneldil sourit et réplique:
"Tu as de la chance, il ne neige pas encore…"
Etant plus au nord que le Gondor, l'Arnor avait un climat plus continental, aux hivers rigoureux et aux étés brûlants. Eldarion avait déjà accompagné ses parents au lac Evendim et à Fornost Erain, mais il ne s'en souvenait pas ainsi, ce ciel gris et bas à perte de vue, ce vert foncé et cette végétation maladive…rien à voir avec le riant Gondor et ses influences maritimes.
Arbarad se retourne vers les deux jeunes gens et leur dit:
"Nous serons bientôt à Fornost Erain, là vous aurez chaud, un bon feu et un bon repas…"
Tous trois sont partis en éclaireurs, le gros des forces des Rangers arrivera le lendemain pour faire le point des choses faites et à faire…Même s'il sait parfaitement tout ce qui s'est passé pendant qu'il était en convalescence, Arbarad veut reprendre les choses en main. En tout cas, le comportement d'Eldarion a en tout point fait honneur à sa famille, c'est une chose qu'il fera savoir au roi la prochaine fois qu'il lui écrira. Ce jeune homme ne cesse de l'étonner, et il se sent presque désolé qu'il soit promis à un destin royal, il aurait pu faire un Ranger de valeur…
Avec un sourire, Arbarad vit les murailles de Fornost Erain, et hâta le pas…
A suivre…
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