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Le Seigneur des Anneaux



Destinées entrecroisées   Auteur: hydraGundam Vue: 5788
[Publiée le: 2006-12-11]    [Mise à Jour: 2008-11-15]
13+ Action-Aventure/Général/RomanceCommentaires: 35
Description:
Eldarion, fils d'Elessar, et Eolain, fille de Faramir, n'ont rien en commun. Et pourtant...
Crédits:
Les personnages originaux de l'oeuvre de JRR Tolkien ne sont pas à moi.

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Commenter: La vis d'Archimède

La vis d'Archimède

[4557 mots]
Publié le: 2007-04-09Format imprimable  
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Chapitre 16 : La vis d’Archimède

 

Anorien

 

Les Rangers viennent d’arriver en Anorien, ils ont monté leurs camps discrètement, dans la forêt, afin que les brigands ne les repèrent pas…ils sont habillés de vert sombre, et bougent le moins possible.

Certains, cependant, sont sortis au grand jour, afin de ne pas éveiller l’attention des brigands qui voient souvent passer des Rangers mais n’osent pas les attaquer, ils galopent dans la plaine pour focaliser l’attention des brigands sur eux, et ainsi permettre à ceux qui se tiennent cachés d’agir avec plus de commodité.

Eldarion est resté auprès d’Arbarad, et apprend beaucoup à son côté. Les yeux bleus du Ranger, si semblables aux siens, semblent être partout, il sait repérer chaque trace,  et chaque froissement, chaque empreinte, fût-elle infime, lui parle. Le jeune prince apprend à reconnaître les traces, à les faire parler pour suivre son ennemi et prévoir ses déplacements…

Arbarad apprend de son côté à connaître son jeune petit-cousin. Eldarion, s’il ressemble physiquement à son père, n’a pas le même caractère, et Arbarad découvre un jeune homme avide d’apprendre, décidé mais modeste malgré sa condition princière. N’ayant cependant connu Aragorn qu’à son âge adulte, il ignore s’il était comme cela étant jeune, mais il apprécie Eldarion, qui apporte parfois un jugement différent que celui de ces Rangers aguerris qui l’entourent…

Le Ranger est assis, à l’écoute de tout ce qui l’environne, pour savoir à quoi il doit s’attendre pour combattre. Connaître l’environnement de combat est nécessaire pour un Ranger…

Près de lui, Eldarion est assis, les yeux et les oreilles aux aguets, mais la forêt ne lui parle pas comme elle parle à Arbarad ou même à Legolas, son parrain. Il se sent juste très calme, comme en fusion avec elle, état qu’il a déjà ressenti lors de sa première bataille et qu’il impute à ses origines elfes. Il se sent calme, pour un peu il sentirait presque les arbres respirer derrière lui…il ne sait peut-être pas encore interpréter les signes, mais il est certain que cette capacité particulière va lui être très utile dans la guerre d’escarmouche qui les attend.

 

Minas Tirith

 

Elessar, revêtu de son harnois de guerre, fait ses adieux à sa famille…il embrasse Arwen, puis regarde chacune de ses filles en disant :

« Eowyn, tu aideras bien ta mère…je compte aussi sur vous, Elsea et Elya, vous êtes assez grandes maintenant pour vous comporter dignement… »

Les jumelles, au bord des larmes, acquiescent aux paroles de leur père. Puis Aragorn bénit chacune de ses filles avant d’embrasser leur front, puis il monte à cheval et s’éloigne, accompagné de Faramir…

Arwen regarde ses filles et leur dit :

« Allons, mes filles, nous avons du travail, maintenant… »

Les princesses regardent leur mère sans comprendre, mais obtempèrent néanmoins…

 

Edoras

 

Lothiriel et Eolain apportent la coupe, l’une à Eomer, et l’autre à Aragorn-Theoden. Les deux hommes partent combattre aux côtés d’Elessar…

Aragorn-Theoden n’a plus l’air emprunté dans son armure, il a l’air sûr de lui, Herugrim à son côté. Il s’est étoffé, et Eolain sent que son frère a vraiment trouvé sa place maintenant, il sera un très bon Intendant quand le temps sera venu car il a compris comment commander et se faire aimer des hommes.

Mais elle, quelle sera sa place ? Si Eldarion changeait lui aussi, et qu’il ne veuille plus l’épouser ? Elle aurait fait tout cela pour rien…

Lothiriel regarde sa jeune nièce et lui dit, alors que les hommes s’éloignent dans le lointain :

«Ils reviendront, pas d’inquiétude, Eolain… »

La calme assurance de Lothiriel étonne toujours Eolain, et elle se demande toujours comment sa tante fait pour rester aussi calme en toutes circonstances…pourtant, elle sait que ce calme la rend encore plus noble, plus digne, et elle s’efforce de l’imiter.

Elfwine, son cousin, arrive alors en courant et dit à Lothiriel :

« Maman ! Dis à mon précepteur d’arrêter de me harceler ! »

L’adolescent blond, portrait de son père en plus jeune, est au bord des larmes. Lothiriel lui jette alors :

« Comment veux-tu être un bon roi si tu ne supportes même pas les remontrances de ton précepteur, Elfwine ? »

Le prince se renfrogne et bougonne :

« Il n’a qu’à arrêter de déclarer que tout ce que je fais est mal… »

Lothiriel soupire discrètement…Elfwine n’a jamais été doué pour les études, mais il doit tout de même étudier pour succéder à son père, et son caractère vif lui cause souvent des problèmes. De plus, il n’excelle pas non plus aux armes, ce qui risque de lui poser un problème plus tard pour diriger les rohirrim qui sont un peuple de guerriers…

Elle a alors une idée de génie, et demande à Eolain, après qu'elle ait envoyé Elfwine seller son cheval:

"Tu ne voudrais pas l'aider ?"

Eolain regarde sa tante et lui dit:

"Mais…à quoi ?"

Lothiriel sourit et dit:

"Mais…à devenir un prince digne de ce nom, pardi !"

Eolain n'arrive pas à comprendre où sa tante veut en venir, et Lothiriel explique:

"Tu es une excellente cavalière, rompue aux techniques de combat à l'épée ou à la lance, mais aussi tu as reçu une éducation très complète…aider Elfwine ne te sera donc pas difficile."

En clair, il s'agissait de redonner au jeune prince sa motivation, qu'il semblait avoir perdue, et Lothiriel pensait qu'Eolain elle aussi avait besoin d'être valorisée pour ce qu'elle était. Les deux adolescents se rendraient donc mutuellement service…

Lothiriel dit alors:

"Eh bien, qu'est-ce que tu attends pour aller te changer et seller ton cheval ?"

Eolain sourit, d'un royal et digne sourire, puis s'inclina dans les règles de l'art devant sa tante avant de sortir sous son regard satisfait. Lothiriel resta seule devant sa tapisserie, se disant avec satisfaction que ses leçons commençaient à porter, car l'Eolain d'autrefois se serait comportée différemment, et serait sortie de la pièce en courant, jupes relevées. Là, Eolain s'était comportée comme une princesse le doit, il y avait incontestablement du progrès de ce côté-là.

La reine de Rohan soupira…elle avait été jeune, elle aussi, avide de chevauchées dans les plaines du Gondor, mais, les années passant, elle avait été obligée de prendre sur elle pour devenir une parfaite dame de cour, destinée à être mariée par son père en fonction des alliances politiques. Pourtant, les années avançant, personne n'avait demandé sa main, et Imrahil commençait à désespérer lorsque Eomer, roi de Rohan, rencontra Lothiriel aux épousailles de sa sœur Eowyn et s'éprit d'elle. C'était certes un parti royal, mais le prince se fit tirer l'oreille, fit traîner les choses, convaincu que sa fille n'était pas faite pour aller vivre dans ce pays venteux et régner sur des gens réputés pour n'avoir aucune manières, mais Eomer eut finalement raison de lui en rappelant les liens déjà anciens existants entre le royaume de Rohan et la principauté de Dol Amroth. En effet, la propre grand-mère d'Eomer était Morwen de Dol Amroth qui avait épousé Thengel, père de Theoden et de Theodwyn…

Lothiriel devait bien reconnaître qu'elle n'eût pas accepté le mariage si elle n'avait pas été séduite par le courageux roi de Rohan. Avec ses yeux bleus et ses cheveux châtains mi-longs, attachés en arrière quand il chevauchait, Eomer avait un charme sauvage qui avait eu raison  de la princesse délaissée. Ce tendre sentiment qu'ils partageaient avait été couronné, trois ans après leur mariage, par la naissance d'un fils, Elfwine, que d'aucuns appelaient déjà Elfwine le Blond tant sa chevelure rivalisait avec les champs de blé du Westfolde.

Mais c’était maintenant ce fils qui était le principal souci de Lothiriel, et elle espérait que sa cousine lui redonnerait de la motivation. Elfwine, de l’enfant espiègle, était passé à l’adolescent secret, sans que personne comprît pourquoi, provoquant l’inquiétude de sa mère…il fallait faire quelque chose, et Eolain était sans doute la seule à pouvoir l’aider.

 

        Eolain enfila une de ses tuniques favorites, faisant voler sa robe par-dessus tête, enfila des chausses de laine, ses bottes et, attrapant Elewinë, la ceignit à sa ceinture, à la mode de Gondor car elle savait que souvent les femmes de Rohan portaient la leur accrochée dans leur dos. Elle sourit à son image, car elle l’impression de contenter enfin cette partie d’elle-même qui étouffait sous l’image de la princesse digne. Quelque part, Eolain savait que c’était cette partie-là qui constituait son essence, mais elle était aussi princesse, cela était une autre partie d’elle-même qu’elle ne pouvait totalement renier, seulement valoriser du mieux possible.

Elle tira son épée, sourit largement en voyant la lame brillante refléter la lumière, assure la poignée dans sa main et remet l’épée au fourreau. Cette épée est un héritage de sa mère, et elle sait à quel point cela est important pour les rohirrim, l’épée se transmet de génération en génération.

Elle sourit, et court rejoindre son cousin aux écuries. Elfwine est là, il caresse le museau de son cheval sellé et bridé. Eolain l’interpelle :

« Allez cousin, une petite course ? »

Elle caresse Tempestwind, qui hennit doucement en la reconnaissant, puis, d’un geste expert, lui met son mors et sa selle avant de le sortir de son box et de l’emmener dehors. Elfwine la suit, et enfourche son cheval sans dire un mot. Ils galopent un moment, mais l’adolescent est encore d’humeur sombre, alors Eolain décide de s’arrêter pour faire souffler les chevaux.

Elfwine demande alors :

« Ne te donne pas tout ce mal pour moi, ma cousine…je sais que maman t’a demandé de m’aider… »

Eolain regarde son cousin et lui dit :

« Et je n’aurais pas accepté si je ne l’avais pas voulu, Elfwine…tu ne dois pas te laisser abattre… »

Elfwine rétorqua vertement à sa cousine :

« Et qu’est-ce que tu en sais, toi ? Tu ne souffres pas, on ne te demande pas d’ingurgiter des tonnes de connaissances pour devenir roi… »

Eolain regarde son cousin et lui répond :

« Non, effectivement, je n’hériterai de rien, mais il m’a fallu aussi devenir une princesse responsable, me maîtriser pour ne pas me laisser aller à mes instincts…et je te prie de croire que cela n’a pas été facile… »

Elfwine jette un regard interrogateur sur sa cousine, et Eolain pense alors qu’elle doit une partie de la vérité à son cousin pour lui faire bien comprendre où elle veut en venir :

«Il n’y a pas si longtemps encore, je rejetais tout en bloc, refusant le destin qu’on voulait m’imposer, voulant être guerrière à tout prix, pas princesse. Je me suis même enfuie…et pourtant, alors que je n’y croyais plus, mon destin m’a rattrapée, et j’ai compris que je pouvais garder ma personnalité tout en devenant cette princesse que je ne voulais pas être… »

Elfwine regarde alors sa cousine, se rendant compte qu’elle vient de lui dire là quelque chose de très personnel, il reste silencieux puis lui dit :

« C’est que je ne veux pas être roi… »

Alors qu’Eolain attend qu’il continue, il précise :

« Je veux être écrivain… »

Et il sort quelques feuillets de sa poche, les tend à sa cousine d’un air timide. Eolain les prit, et lut des vers, écrits d’une écriture maladroite mais d’une indéniable qualité. Manifestement, Elfwine avait un don pour la poésie…

Eolain lui dit alors :

« C’est magnifique, mais, tu sais, un roi poète, cela ne déparerait pas la collection des courageux rois de Rohan. Tu pourrais ainsi écrire tes propres exploits… »

Le visage du jeune prince s’éclaira alors, mais fugitivement, et il dit à Eolain :

« Tu crois ? Je sais que mes ancêtres sont des hommes forts, des guerriers, non des poètes…mon père n’accepterait jamais que je ne sois pas comme eux. »

Eolain concevait bien le problème que cela posait dans une civilisation telle que celle des rohirrim, où l’on accordait tant d’importance aux exploits guerriers, sans toutefois dévaloriser les arts et les lettres, mais il n’était pas d’usage pour un roi d’être écrivain.

Eolain réfléchit un instant et dit :

« Tout cela n’est pas incompatible, Elfwine…apprend à devenir un roi selon les rohirrim tout en cultivant ton don d’écriture, les deux ne sont pas incompatibles. »

Alors le regard d’Elfwine s’éclaira et il dit :

« C’est une solution… »

Mais il se rembrunit vite et dit :

« Mais comment devenir un roi capable ? je ne me tiens pas trop mal à cheval mais combattre c’est une autre histoire…mon maître d’armes dit que je suis désespérant… »

Eolain sourit à son cousin et lui répondit :

« Pour cela je peux t’aider, je ferai de toi un maître d’armes… »

Elle se leva, et dégaina Elewinë en disant :

« Allons, prince Elfwine, en garde ! »

Elfwine se leva, et sortit assez maladroitement son épée. Voyant cela, Eolain se dit que ce n’était pas gagné mais elle y arriverait, et à ce prix elle regagnerait aussi l’estime d’elle-même…

 

Anorien…

 

Eldarion marche dans la forêt silencieuse, aussi léger qu’un elfe, comme le lui a appris son parrain Legolas. La nuit est tombée, mais il n’a pas peur de l’ombre…

A travers les arbres, il voit les feux allumés par les Rangers, et frissonne sous sa cape de chaud lainage. Il entend alors un craquement derrière lui, sort immédiatement Eärendil de son fourreau mais l’abaisse aussitôt en reconnaissant son ami Arador. Celui-ci parle alors et lui demande en chuchotant :

« Cette forêt ne te fait pas peur, Galneth ? Moi elle me porte sur les nerfs… »

Eldarion secoue la tête : il se sent calme, la vieille affinité elfique avec la nature refait surface. Mais les deux garçons n’ont guère le loisir de parler, arrive le signal du rassemblement, les Rangers vont aller s’embusquer près des contreforts des montagnes où se cachent les brigands. Eldarion fait un signe à son ami, et tous deux rejoignent le camp, où leur affectation leur sera donnée.

Dans le silence le plus total, marque des Rangers aguerris, Arbarad désigne à chacun son chef de compagnie, et sépare Eldarion et Arador. Il sait qu’ils sont liés par une franche amitié, mais il veut voir comment se comporte Eldarion en situation de stress et de combat.

Eldarion suit alors le chef de compagnie qu’on lui a affecté, et commence la marche qui le mènera au pied de la montagne…

 

Minas Tirith

 

Le temps a tourné, et il pleut sur la cité blanche. Dans la grande salle du palais, Arwen est assise avec ses filles ainsi qu’Arwen, la fille d’Eowyn et de Faramir, et son petit frère Boromir-Eomer. Tout ce petit monde étudie soigneusement sous la férule d’un précepteur, alors que la reine brode…

L’atmosphère est morose, les enfants détestent la pluie mais Arwen sait qu’elle est nécessaire aux végétaux qui lui sont si chers…pourtant, elle ne peut s’empêcher d’être morose elle aussi, pensant à son fils et à son époux, et elle sait que les enfants y pensent aussi, qu’il s’agisse des siens ou de ceux de Faramir.

Un héraut annonce alors l’arrivée de la princesse d’Ithilien. Eowyn entre alors dans la pièce, portant quelque chose à la main. Arwen se lève pour l’accueillir, et Eowyn s’incline avant de dire :

« Je suis venue voir si vous aviez eu des nouvelles du Sud, Majesté… »

Arwen secoue la tête, elle n’a pas encore eu de messager venu du Sud et est elle aussi très inquiète, mais elle ne veut pas en parler devant les enfants, elle verra Eowyn seule plus tard. Jetant un regard derrière Eowyn, elle voit le petit Boromir-Eomer regarder sa mère furtivement, il reste digne mais il rêve de pouvoir se jeter dans ses bras.

Arwen dit alors à Eowyn :

« Boromir-Eomer est la joie de ses professeurs…vous pouvez être fière de lui »

Et elle lui sourit, alors qu’Eowyn tend les bras à son dernier-né. Elle l’embrasse et ébouriffe sa chevelure châtain clair. L’enfant dit alors en souriant:

« Je suis le premier de ma classe, maman… »

Elle lui sourit et lui dit :

« C’est très bien, continue comme cela… »

Le sourire de son fils la frappe au cœur, car c’est celui de son père, mais elle ne laisse rien filtrer de son trouble et embrasse ensuite sa fille. Arwen a encore changé, elle devient une femme qui sera très belle, elle lui ressemble davantage que quand elle était enfant mais elle a une grâce différente, la grâce des gens nobles du Gondor. Une grande complicité la lie à la princesse Eowyn, et sa mère sait qu’à la Cour elle sera à sa place, elle a le maintien inné que n’avait pas Eolain…

Un peu plus tard, les deux femmes sont seules, alors que les enfants prennent leur goûter…Arwen dit alors :

« Je n’ai aucune nouvelle. Tout ce que je sais est que le roi voulait tenter la négociation avant de faire quoi que ce soit de belliqueux, car il ne comprend pas pourquoi les haradrim attaquent ainsi après plusieurs années de paix… »

Eowyn hoche la tête et dit :

« Oui, Faramir disait cela aussi…mon frère Eomer, accompagné de mon fils aîné et de quelques eored, devait les rejoindre là-bas, je suppose qu’il doit être arrivé. Nous verrons bien… »

Arwen comprenait l’inquiétude d’Eowyn, qui avait son époux, son fils et son frère sur le champ de bataille, mais elle savait qu’elle avait l’habitude de cela…elle lui dit alors :

« Vous devez vous sentir bien seul, là-bas, à Emyn Arnen…pourquoi ne viendriez-vous pas vivre au palais un moment ? »

Eowyn posa ses yeux gris sur la reine, et lui dit :

« Je vous remercie, Majesté, mais je me trouve très bien dans ma maison…il est de mon rôle d’y rester en attendant que mon époux revienne. »

Cette réponse n’étonnait guère Arwen, qui commençait à connaître le caractère fier et ombrageux de la princesse d’Ithilien. Eowyn continua alors :

« Mais je vous remercie de veiller sur mes enfants, Majesté… »

Arwen sourit et dit :

« Ce n’est vraiment pas un problème, ils ont tous deux un excellent caractère…Arwen est jolie et gracieuse, et Boromir-Eomer m’étonne tous les jours par la quantité de connaissances qu’il possède. Mais je crois savoir que son père est également érudit… »

Eowyn sourit et dit :

« Oui, Faramir aime à lire les anciennes légendes, et il les raconte aux enfants depuis qu’ils sont petits, mais Boromir-Eomer a toujours été le plus intéressé de tous… »

Elle sourit d’attendrissement en pensant à son tout-petit qui selon elle est devenu grand un peu trop vite…

Le regard d’Arwen tombe sur la fenêtre, et elle pense à son fils, qui doit lui aussi être sous cette pluie interminable. Eowyn, comprenant ce à quoi la reine pense, demande :

« Et le prince, Majesté ? comment se porte-t-il ? »

Arwen dit :

« D’après Arbarad, à merveilles…la vie militaire semble lui convenir. Il est parti en Anorien combattre les brigands, aux dernières nouvelles. Et votre fille ? »

Eowyn sourit et dit :

« J’ai reçu une lettre de Lothiriel ce matin, elle y disait qu’Eolain se fait bien à sa nouvelle vie, malgré quelques heurts. Elle me dit aussi qu’elle se transforme de jour en jour, qu’elle devient plus belle, plus noble…la chrysalide est en train de devenir papillon… »

Les deux femmes se regardèrent en pensant au couple formé de leurs enfants respectifs…oui, un jour eux aussi parleraient ainsi de leurs propres enfants. Mais beaucoup de temps passerait avant cela, Arwen le savait…

 

Edoras

 

Elfwine et Eolain sont en train de s’entraîner sur la petite esplanade située sur le côté du palais, habillés tous deux de tuniques de laine brodées, car le vent est frais…

Elfwine esquive le coup porté par sa cousine, et s’essuie le front en disant :

« Hé, tu as vu, je t’ai contrée… »

Eolain regarde son cousin en souriant et lui dit :

« Oui mais, si tu abaisses ta garde, moi j’en profite… »

D’un geste preste, elle enroule l’épée d’Elfwine, la fait voler à plusieurs mètres avant de se reculer et de dire :

« Tu ne dois jamais abaisser ta garde, jamais… »

Le prince hoche la tête, montrant qu’il a bien assimilé ce que vient de lui dire sa cousine…mais il n’a pas le temps de répondre, Lothiriel appelle :

« Eolain ! Rentre maintenant, nous devons partir… »

Eolain abaisse son épée, s’écrie :

« J’arrive, tante Lothiriel ! »

Elle sourit à son cousin, remet Elewinë au fourreau et rentre dans le palais pour se changer. En un tournemain, elle a enfilé une robe, refait sa coiffure et est prête pour accompagner sa tante visiter les pauvres de la ville. Ne ménageant pas sa peine, elle nettoie les plaies, nourrit les enfants, ayant conscience de sa chance d’être née dans une famille princière sans avoir jamais manqué de rien. Cela ne la rebute pas, et elle sait qu’il s’agit d’un des devoirs royaux et princiers…

        Elfwine est resté seul au palais, et s’est mis en devoir d’étudier ce que lui a demandé son précepteur, à savoir l’histoire du serment de Cirion et d’Eorl. Cirion, Intendant régnant du Gondor, donna à Eorl, l’ancêtre de la famille royale, le pays de Calenardhon qui devint le Rohan. Mais il n’arrive à pas à se concentrer, il revoit le combat, les gestes précis mais souples d’Eolain, et décide que lui aussi y arrivera, il le faut ! Il deviendra un bon combattant, digne d’être roi, comme son père…

Mais c’est loin d’être gagné, il le sait, il a encore du mal à combattre à cheval, à tirer l’épée sans lâcher les rênes et à utiliser la lance, mais il apprendra, il n’a pas le choix…

 

Anorien

 

Les Rangers sont en embuscade depuis un long moment, l’unité d’Eldarion surveille l’entrée d’une des grottes qui servent de repaire aux brigands. Le chef observe attentivement l’entrée, puis la configuration des lieux, voulant leur tendre un piège…

Eldarion se sent la gorge sèche…il a déjà combattu mais il y avait son père et Faramir pour l’aider et le protéger. Il avale avec difficulté, et sent une grande impression de solitude le gagner progressivement…

Pour se rassurer, il serre davantage dans sa main gauche la poignée de son arc et assure sa prise. Il va falloir agir vite, dès que les brigands sortiront…

Silencieusement, car leurs cordes sont graissées et ils ont des peaux posées sur les branches de l’arc pour faire le moins de bruit possible, les Rangers tendent leurs arcs, attendant ceux qui ne manqueront pas de sortir pour aller perpétrer leurs crimes et leurs rapines.

Pourtant, pour la première fois, le malaise d’Eldarion le quitte, il se sent homme, adulte et sûr de lui, tel qu’il voudrait être vu par Eolain. D’un geste précis, il encoche sa flèche, positionne ses doigts sur la corde de chaque côté de la flèche, et attend, le souffle suspendu, les muscles bandés par la tension de l’arc…

Cette fois, pas de malaise d’avant combat, il sait pourquoi il est là, ce qu’il a à faire et comment il doit le faire, et espère cette fois ne pas ressentir cette horreur qui suit le combat, l’odeur du sang, ce malaise général qui s’empare de tout le cœur et provoque cette faiblesse, ces tremblements…

A cette idée, des souvenirs désagréables remontent à la surface mais il regagne vite sa tranquillité d’esprit, ce calme qui le gagne, comme si la nature, alliée de ses ancêtres, déposait un baume sur son cœur agité. Il assura de nouveau sa prise sur la poignée de l’arc, sur la corde et attendit avec les autres…

 

Rivendell

 

Celeborn marche dans le jardin, accompagné d’Eladiel et d’Elrohir. Il devise avec la jeune princesse de Gondor, qui lui répond calmement, comme à son habitude. Eladiel est redevenue elle-même, aussi calme qu’avant mais avec quelque chose de supplémentaire, cette aura particulière qui s’exhale d’elle, cette force qu’elle n’avait pas avant, ou qui ne se manifestait pas…

Elle a eu vingt ans quelques semaines auparavant, et sa beauté juvénile éblouit tout le jardin de Rivendell, rayonnant de toute sa force. Pourtant, l’expression de ses yeux bleus qui semblaient vous percer l’âme était bien toujours la même, Eladiel donnait toujours l’impression de savoir…

Celeborn demande alors :

« Alors, tu vas nous quitter ? »

Eladiel acquiesce : 

« Oui, mon destin n’est pas de rester ici, mais de rejoindre le peuple auquel j’appartiens par naissance… »

Celeborn acquiesce, et, sortant quelque chose de sa poche, le passe au coup de son arrière-petite-fille en disant :

« Ce pendentif appartenait à Galadriel, elle serait heureuse que tu l’aies… »

La pierre, d’une teinte vert pâle, est petite, et pend au bout d’une chaîne de mithril brillant finement ouvragée…un bijou fort ancien, sans aucun doute, du temps des royaumes elfes. Eladiel, sans voix, regarde Celeborn puis finit par dire :

« C’est…c’est trop beau…je… »

Mais Celeborn sourit et dit :

« Elle aurait été heureuse de te l’offrir elle-même…accepte-le en mémoire d’elle, elle est fière de toi, cela j’en suis sûr… »

Eladiel se souvient alors du doux sourire de Galadriel, de sa main fraîche sur son front, de sa démarche éthérée et de ses longs cheveux blonds semblant faire une aura dorée autour d’elle, et elle sourit, pensant qu’elle garderait toujours cette image dans son cœur…

Elrohir intervint alors :

« Notre mère aussi aurait été fière de toi, Eladiel… »

Il lui pose alors un châle sur les épaules en disant :

« Il lui appartenait, elle le mettait quand elle nous racontait des légendes du temps jadis, au coin du feu…prends-le, et emporte sa bénédiction chez toi…»

Eladiel sent une larme couler sur sa joue, et ne peut répondre, submergée par l’émotion…Elrohir prend alors le bras de sa cousine et lui dit :

« Va vers ton destin, et rappelle-toi que nous serons là quand tu auras besoin de nous… »

La jeune femme sourit à travers ses larmes, à ces deux êtres qui lui sont devenus si chers, et sait que jamais elle n’oubliera cela, la partie elfique qui vit en elle et demeurera un des derniers souvenirs quand ils seront partis, qu’ils auront quitté la Terre du Milieu à jamais…

Et ce sera à elle de maintenir leur souvenir vivace…

 

Harad

 

Elessar et Faramir, debout, attendent les envoyés des haradrim, avec lesquels une trêve de quelques jours a été signé. Eomer n’est pas encore arrivé, et ils souhaitent n’avoir pas besoin de ses troupes, le combat serait par trop inégal…

Mais, pour l’instant, les choses ne semblent pas si mal engagées…Elessar va cependant devoir faire appel à ses dons de diplomatie, acquis autrefois, pour éviter que le Harad s’enflamme de nouveau.

Il jette un regard à Faramir, et voit que l’Intendant du Gondor pense à la même chose que lui. Le prince d’Ithilien regarde alors le roi, et sa résolution ferme se voit dans ses yeux bleus, accentuant sa ressemblance avec son frère Boromir. Il y a dans ce regard une immense force mais aussi une grande sagesse…

Il hoche la tête, et Faramir lui rend son mouvement en murmurant :

« Pour le Gondor, Majesté… »

Le destin du Gondor était à nouveau suspendu à leurs actions…

 

A suivre…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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