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Destinées entrecroisées   Auteur: hydraGundam Vue: 5787
[Publiée le: 2006-12-11]    [Mise à Jour: 2008-11-15]
13+ Action-Aventure/Général/RomanceCommentaires: 35
Description:
Eldarion, fils d'Elessar, et Eolain, fille de Faramir, n'ont rien en commun. Et pourtant...
Crédits:
Les personnages originaux de l'oeuvre de JRR Tolkien ne sont pas à moi.

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Commenter: Une page se tourne

Une page se tourne

[5488 mots]
Publié le: 2007-03-27Format imprimable  
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Chapitre 14 : Une page se tourne…

 

Minas Tirith

 

Il fait encore nuit alors qu’Elessar se lève, doucement, pour ne pas éveiller Arwen qui sommeille encore. Il l’embrasse doucement sur le front, s’habille rapidement de vêtements qui ressemblent à ses anciens vêtements de Ranger, qu’il a préparé la veille, puis sort de la pièce en emportant une pile de ces vêtements…

Il marche le long des couloirs silencieux du palais, puis entre dans la chambre d’Eldarion, qui dort encore lui aussi. Doucement, il lui pose sa main sur l’épaule en disant :

« Debout, Eldarion ! Je t’emmène… »

Le jeune prince s’éveille, regarde son père d’un air égaré mais obtempère néanmoins. Il veut enfiler sa tunique de velours mais son père lui tend les vêtements :

« Mets plutôt cela, nous sortons de la cité… »

Ce sont des solides et rudes vêtements qui lui appartiennent depuis l’époque où il a commencé d’être Ranger, et ils seront bien utiles là où il emmène Eldarion…

Le jour pointe alors que les deux hommes sortent de Minas Tirith et se dirigent vers le fleuve. Eldarion ignore où son père l’emmène, et, les yeux encore embués de sommeil, il regarde autour de lui la plaine qu’il quittera bientôt pour partir chez les Rangers. A cette pensée, sa tristesse le reprend, et il sent les larmes lui monter aux yeux…

Il remarque alors que son père a pris du ravitaillement pour plusieurs jours, ainsi que des couvertures et une tente…Mais où l’emmène-t-il donc ?

Elessar a décidé d’emmener Eldarion là où tout roi emmène son successeur, sur l’Amon Anwar, où fut juré le serment entre Cirion et Eorl. Il tient à le faire avant qu’Eldarion ne s’en aille dans le Nord pour sans doute quelques années…

Vers midi, il décide de mettre pied à terre pour faire boire les chevaux et se restaurer. Eldarion n’a pas encore prononcé un mot depuis qu’il l’a réveillé…dans sa tenue simple, le prince a tout de même une certaine prestance, mais il doit s’y habituer, il va porter cela quand il sera parmi les Rangers…

Eldarion sort de son mutisme et demande alors :

« Où m’emmenez-vous, père ? »

Elessar sourit et dit :

« Pas encore chez les Rangers, Eldarion, si c’est cela que tu crains…non, je dois t’emmener quelque part, mais tu verras bien où… »

Eldarion retombe dans son mutisme, et son père lui dit :

« Je sais que tu dois m’en vouloir, ce qui ne serait que justice, mais je préférerais que tu l’exprimes plutôt que tu restes à bouder dans ton coin… »

Eldarion relève la tête et dit :

« Je ne t’en veux pas, père, je comprends ta décision… »

Elessar sourit largement et dit :

« Tu sais, les Rangers ne sont pas des sauvages, je ne t’envoie pas là-bas pour t’ennuyer mais pour t’aguerrir…tu devras mener des hommes, quand tu seras roi, et tu n’as pas la moindre idée de la façon de faire. De plus, tu dois apprendre à combattre aussi, et je ne connais pas de meilleure école que la pratique régulière… »

Eldarion regarde les montagnes blanches d’Anorien et dit :

« Je sais tout cela, père…mais il me semble que mon cœur va lâcher quand je pense que je ne reverrai plus Eolain… »

Voulant expliciter ce qu’il vient de dire, il reprend :

« En fait j’ai parfaitement compris qu’il ne dépend que de moi de devenir un homme estimable et courageux pour la retrouver…comme vous, père. Mais mon cœur combat ma raison…»

Elessar sourit légèrement à son fils et dit :

« Pendant longtemps, le mien a combattu, aussi…j’aimais ta mère mais je savais aussi qu’elle devait rester avec son propre peuple avant que mon destin ne soit rempli et que je soie monté sur le trône. Il m’a donc fallu la sacrifier jusqu’au moment des retrouvailles. Je suis parti de Rivendell le cœur lourd, comme toi… »

Il se lève, tend sa main à son fils et dit :

« Allons-y, nous devons reprendre notre route… »

Eldarion reste muet : jamais il n’avait su tout cela. Bien sûr, il savait que ses parents s’étaient mariés tard, après la guerre de l’Anneau, mais pas que son père était parti à cause de sa mère…le fait que son grand-père Elrond se soit opposé à l’union de ses parents lui était connu, mais pas tout ce qui s’en était ensuivi. Mais son père ne paraissait pas disposé à parler de cela maintenant.

Le voyage fut long, mais, le lendemain, après un voyage sans histoires, les deux hommes descendent de cheval auprès de l’Amon Anwar. Il a été préparé sur ordre du roi, quelques jours auparavant, les marches en ont été dégagées.

Le roi demande alors à Eldarion de monter la tente, puis lui donne un paquet de vêtements :

« Tiens, change-toi… »

Eldarion entre dans la tente, ouvre le paquet pour s’apercevoir qu’il contient une de ses tuniques de velours noir et argent, et le reste de sa tenue princière, y compris sa cape bleue à galon d’argent. Rapidement, il enfile cela et reboucle Eärendil autour de sa taille.

Son père l’attend dehors, prêt lui aussi à se changer. Il s’approche de lui, quelque chose de brillant dans sa main, passe derrière lui et l’attache à l’arrière de sa tête. Il sourit et dit :

« Cette gemme m’a été donnée autrefois par Elladan et Elrohir, pour porter dans les fêtes, à Rivendell. Elle est à toi à présent, elle marque ton sang et ta dignité royaux… »

Eldarion sourit, pour la première fois depuis sa ‘sentence…

Quand Elessar sort de la tente, il porte sa tenue royale légère, sa cape de cérémonie bleu marine et porte l’Elendilmir au front ainsi que sa gemme verte, qui ne le quitte jamais, autour de son cou. La gemme brille au soleil, rappelant celle que porte Eldarion. Le roi regarde son fils, lui sourit et dit :

« Allons-y… »

Le roi et le prince commencent l’ascension du tertre, et, arrivés au sommet, Elessar montre une antique stèle et dit :

« Regarde ces trois lettres…lnd et l…ici repose le fondateur de notre dynastie, Elendil. »

Eldarion s’approche, et incline la tête en signe de respect envers son ancêtre. Elessar continue :

« Il est d’usage pour un roi régnant d’amener son héritier ici, pour l’instruire de son métier de roi, mais je tenais à le faire avant que tu ne partes pour le Nord…ici se trouvent les racines de notre dynastie. »

Il regarde son fils et dit :

« Mon père est mort trop tôt pour m’y emmener, aussi n’ai-je jamais subi cela, mais je m’étais juré que le jour où j’aurais un fils, pour peu que je sois roi, je l’emmènerais ici… »

Eldarion acquiesce, et regarde autour de lui, la plaine qui se déploie…au-delà commencent les territoires appartenant au Rohan, donné par Cirion l’Intendant à Eorl justement à cet endroit, lors de son serment, pour services rendus lors d’une guerre contre les Wainriders. Un court instant, il lui semble entendre les mots mesurés du serment, la grave voix de Cirion, la rude réponse d’Eorl…il y a comme un parfum d’éternité sur ce tertre.

Elessar reprend :

« Si j’ai voulu que tu te changes pour venir ici, c’est que je veux que tu te sentes prince dans tout ce qui tu diras et feras, toujours, même chez les Rangers, même s’ils ne te connaîtront pas sous ta véritable identité…je suis Elessar Aragorn fils d’Arathorn, roi de Gondor et d’Arnor de la lignée d’Elendil, et toi ? Tu dois savoir qui tu es, également, pour en avoir bien conscience. »

Alors Eldarion se redresse et dit, de sa voix la plus assurée possible :

« Je suis Eldarion Arathorn Elrond, fils d’Aragorn Elessar, de la lignée d’Elendil, prince héritier de Gondor et d’Arnor… »

Elessar acquiesce et dit :

« Bien ! N’oublie jamais cela…tu dois toujours en avoir conscience. Le premier devoir d’un roi est de se connaître lui-même, pour mieux ensuite offrir sa compassion à ses peuples. Etre un roi juste ne consiste pas seulement à donner la justice, mais à la pratiquer sur soi-même… »

Eldarion acquiesce, et regarde son père, qui a l’air plus royal que jamais. Comment imaginer qu’il a été un Ranger errant, se souciant peu de son apparence ? Pourtant, même dans cette tenue, sa mère lui a dit une fois qu’il avait une prestance hors du commun. Clairement, il avait quelque chose de plus…et là, Eldarion comprenait pourquoi. Ce n’était pas quelque chose de physique, mais une aura qui se dégageait de lui, quelque chose d’impalpable qui le plaçait nettement au-dessus des autres hommes…royal de naissance, voilà ce qui le caractérisait.

Elessar regarde encore son fils et dit :

« Tu es peut-être encore jeune pour appréhender toutes ces choses, Eldarion, mais je pense tu peux les comprendre…beaucoup de choses m’ont manqué quand je suis devenu roi, personne ne m’avait expliqué comment faire, en quelque sorte, même si ton grand-père m’avait plus ou moins formé dans ce sens. Aussi je veux que tu sois préparé du mieux possible quand mon heure viendra. Mais je pense qu’être roi ne s’apprend pas vraiment, on le devient avec l’expérience… »

Pour la première fois, le roi se livre, se dévoile en présence de son fils…il continue :

« Tu devras régner sur plusieurs peuples, et tenir compte de leur vécu, de leurs traditions, pour éviter de les froisser…tu assimiles assez bien les choses, sers-toi de cette bonne mémoire que tu as pour retenir cela dès maintenant. Cela comporte encore plus de devoirs, je le sais bien…il est vrai que j’avais déjà cette expérience, ayant voyagé aux quatre coins de la Terre du Milieu, ce qui m’a bien aidé quand il a fallu que je gouverne effectivement. »

Sa voix devint plus profonde alors qu’il racontait son accession au trône :

« J’ai reçu une excellente éducation dans la maison d’Elrond, mais il ne m’a révélé qui j’étais que lorsque j’en ai eu l’âge…Puis il y a eu ensuite mes années chez les Rangers, qui m’ont énormément appris, puis la Guerre de l’Anneau. Je suis ensuite monté sur le trône du Gondor après tout cela, et je me suis aperçu que commander des hommes en guerre n’avait rien à voir avec gouverner. Il fallait tout rebâtir, tenir compte de tout ce qui s’était passé avant et satisfaire tout le monde…j’ai travaillé énormément, au point que je ne voyais qu’à peine ta mère, qui attendait Eladiel à cette époque. Je me suis épuisé ainsi et, un jour, elle est venue me voir et elle m’a dit que je ne servirais plus à rien aux Gondoréens si j’étais mort d’épuisement. Alors, depuis ce jour-là, j’ai compris qu’être roi c’était être certes dévoué, mais aussi respectueux de sa propre personne… »

Il sourit légèrement en regardant le soleil descendre vers l’horizon, et dit :

« Je ne l’ai jamais regretté, comme je n’ai jamais regretté le chemin parcouru pour en arriver là…il était peut-être pavé de souffrances, de blessures et de larmes mais c’était mon chemin, et j’avais à le parcourir pour enfin remplir mon destin. Le tien sera différent, tu seras mieux préparé que je ne l’ai été pour devenir roi mais tu auras aussi tes épreuves, tes fureurs et tes larmes, c’est cela qui te construit et qui te construira tout au long de ta vie… »

Puis, se taisant, le roi et le prince fixèrent l’horizon…Elessar dit alors :

« Nous passerons la nuit ici, puis nous rentrerons, je ne voudrais pas que ta mère s’inquiète… »

Eldarion acquiesce…Pour la première fois, son sang princier lui paraît non plus comme une croix à porter, mais il s’en sent digne, comme si son ancêtre, qui dort ici depuis des siècles, l’avait aidé à comprendre enfin qui il était…

 

            Au palais, Arwen a sorti les vêtements d’Elessar quand il se nommait encore Aragorn, ses chemises rapiécées et usées jusqu’à la corde, ses chausses de laine noire qui ont connu tant de combats, ses tuniques de cuir, ses gantelets usés d’avoir tenu l’épée, ses bottes, sa cape de Lorien…tout ceci a été gardé soigneusement durant toutes ces années, et, si elle les ressort, c’est qu’elle en a besoin pour les vêtements que portera Eldarion chez les Rangers. Elle lui en coudra, il n’est pas question qu’elle le laisse partir là-bas sans des vêtements décents. En tout cas, elle pourra juste coudre des chausses et des chemises, le reste lui sera fourni par les Rangers eux-mêmes.

Tendrement, comme elle a autrefois brodé les chemises d’Aragorn, elle coud les chemises d’Eldarion, aidée de ses filles. Même si elle ignore exactement où les deux hommes de sa vie sont allés, elle en a une vague idée, et pense qu’elle doit employer le temps de leur déplacement à faire ce qu’il est de son devoir de faire : vêtir son fils.

Pourtant, le fait de le voir partir la chagrine énormément, voilà le deuxième de ses enfants qui quitte la maison, son seul fils de plus, et elle sent que ses filles sont tristes aussi de devoir quitter leur frère. Mais elle sait que cela est nécessaire, Eldarion doit se construire ailleurs à présent, pour revenir ensuite plus fort. Alors, pourquoi cette douleur qui lui taraude le cœur ? Elle a beau être une Elfe, elle est avant tout une mère dont le cœur saigne…

 

            A Emyn Arnen, Eowyn coud elle aussi le trousseau de sa fille, qui est en train de préparer ses bagages. Faramir l’emmènera en Rohan dans deux jours, où Lothiriel l’attend pour lui apprendre les devoirs des princesses et des reines. Depuis deux jours, Eolain n’a pas dit un mot, une décision paternelle, surtout entérinée par le roi, ne se discute pas et elle le sait. Elle entasse les choses les plus précieuses qu’elle a dans quelques sacs, et sa mère fait mine d’ignorer les sanglots qu’elle entend à intervalles réguliers. Que pourrait-elle dire, d’ailleurs ? Comment réconforter sa fille qui s’en va loin d’elle pour longtemps ? Eolain est blessée dans son amour, dans son amour propre…

Elle se contente juste d’être là pour elle, tentant d’oublier qu’elle-même est triste de quitter sa fille aînée. Elle a toujours été à ses côtés depuis les circonstances dramatiques de sa naissance, maintenant sa fille doit apprendre seule, loin des bras maternels, à gérer sa vie et à devenir une femme…

Elle s’approche d’elle, et, sans un mot, lui tend un mouchoir, sachant la douleur que traverse sa fille. Elle aussi s’est désolée pour un homme, autrefois…

Eolain serre dans son poing ce qu’Eldarion lui a donné avant leur séparation, un bracelet qu’il avait compté lui offrir en guise de présent de fiançailles. Mais, quand elle le regarde, elle ne peut s’empêcher de pleurer davantage…

Elle n’a jamais été dans un état pareil, elle guerrière et épéiste, et, même si elle essaie de rester digne, elle sait très bien qu’il y a certaines choses contre lesquelles sa volonté ne peut rien…elle n’a pas choisi d’aimer Eldarion…

Pourtant, elle est résolue : elle en passera par les fourches caudines, deviendra une princesse qui connaît ses devoirs et qui sera digne d’être épousée…

 

Minas Tirith

 

Eldarion, habillé des vêtements que sa mère vient de lui coudre, sourit tout en remarquant l’air fatigué de ses sœurs…en effet, toutes ont travaillé toute la nuit pour qu’il ait assez de vêtements pour partir. Discrètement, Eowyn baille, et les jumelles ont bien du mal à garder les yeux ouverts, mais elles voulaient voir l’effet de leur travail sur leur frère aîné.

Eldarion a l’air plus adulte dans ses chausses de laine noire, sa chemise rouge foncé soigneusement brodée. Il manque le reste de l’équipement, mais il aura l’air d’un vrai Ranger dedans…

Demain, Arbarad arrivera avec le reste de l’équipement, mais Elessar a résolu d’offrir quelque chose à son fils. Il a été prendre ses gantelets et les lui tend :

« Ils m’appartenaient lorsque j’étais Ranger, mon fils, prends-les…ce sera plus confortable que des neufs. »

Eldarion enfile les gantelets, qui sont un peu grands pour lui mais lui protègent bien les mains, et saisit Eärendil de la main droite. Il la fait tourner dans sa main, et se fend de manière impeccable, à la grande admiration de ses sœurs…Le cuir des gantelets, assoupli par les longs et difficiles combats de son père, ne gêne en rien ses mouvements.

Le roi dégaine alors Anduril, qui pend comme toujours à son côté gauche, et la saisit des deux mains en disant :

« Généralement les Rangers n’ont pas d’épée, mais des arcs et des couteaux, seuls certains en possèdent une et il s’agit généralement d’une épée longue du type d’Anduril…ton épée courte elfique les surprendra à coup sûr, même s’ils en ont déjà vu… »

Eldarion avait un style de combat bien à lui, déjà affirmé. En effet, la nature même d’Eärendil lui avait permis de créer son propre style, plutôt elfique.

Alors Elessar tente d’asséner un coup d’épée à son fils, mais Eldarion pare d’un geste sûr, puis rompt. Le roi sourit et dit :

« Très bien !C’est une rapidité pareille qu’il te faudra encore augmenter chez les Rangers, car ta survie en dépendra lors des opérations… »

Il observe la façon dont son fils tient Eärendil et ajoute :

« Tu es droitier, comme moi, ce qui fait que ton avantage tient dans ton bras droit…mais tu ne dois pas oublier de renforcer le gauche pour pouvoir t’en servir si tu es blessé… »

Eldarion écoute les sages conseils expérimentés de son père, pour s’en souvenir quand il en aura besoin. Il range Eärendil dans son fourreau, puis va embrasser sa mère et chacune de ses sœurs en les remerciant…Elessar lui dit alors :

« Tu devrais aller préparer tes bagages, je te verrai plus tard, j’ai encore à te parler… »

Les filles sortent pour aller se coucher, et Elessar reste seul avec son épouse…Arwen n’a encore rien dit à propos de sa décision, mais il sait qu’elle l’approuve, même si cela la rend triste de se séparer de son fils. Il s’approche d’elle et dit :

« Il sera en de bonnes mains avec Arbarad… »

Arwen regarde son époux et dit :

« Je ne mets pas en cause ce fait, mon époux… »

Elle n’exprime pas ce qui la taraude, mais il se doute qu’elle est triste de devoir se séparer d’un autre de ses enfants en si peu de temps.. .cependant, elle reprend :

« Eldarion va-t-il devenir comme toi, un combattant errant ? Tel n’est pas son destin…il n’est pas toi, Aragorn ! »

Et deux larmes jaillissent de ses yeux…

Elessar, ébranlé par le fait qu’elle l’appelle par son ancien nom, pose ses mains sur les épaules d’Arwen et lui dit :

« Eldarion n’est pas moi, je ne l’ai jamais cru…cependant, en tant que roi, il devra savoir commander des hommes. On ne peut savoir commander qu’en ayant été soi-même un homme de troupe, aussi sera-t-il anonyme au milieu des Rangers, ni prince ni chef… »

Arwen acquiesce, et elle reprend :

« Tu as donc résolu de le laisser monter les échelons tout seul ? C’est bien cela ? »

Elessar hoche la tête et dit :

« Tout à fait. Il devra devenir chef et mener les hommes non parce qu’il s’appelle Eldarion de Gondor mais parce qu’il aura lui-même réussi à le faire, par ses propres capacités… »

Un petit sourire éclaire alors le visage d’Arwen, qui fait fondre le cœur de son époux, et elle dit :

« Cela je ne doute pas qu’il y arrive, il a autant de caractère que toi…mais je veux que, le moment venu, il puisse redevenir Eldarion de Gondor, prince héritier de ton royaume… »

Elle s’approche d’une table, et soulève un paquet enveloppé, qu’elle présente à son époux :

« Je me doutais de tes desseins, aussi ai-je préparé ceci pour lui… »

Elle déballe le paquet soigneusement emballé, et Elessar peut voir une tunique de combat neuve, aux armes du Gondor mais faite dans des teintes vertes et dans une coupe propre aux Rangers. Une fois de plus, Arwen a fait preuve d’une clairvoyance remarquable…

Elessar se contente de sourire…

 

            Eldarion, dans sa chambre, emballe les choses auxquelles il tient le plus dans un sac, sachant qu’il devra porter sur lui toutes ces choses la plupart du temps. Outre ses vêtements, il prend sur une étagère un bracelet de laine offert par les jumelles, et met autour de son cou un médaillon offert par Eladiel, censé le protéger…Ce sont des cadeaux qu’elles ont fait elles-mêmes, et cela a une grande signification pour lui.

Il enlève l’Evenstar de son cou, et le range dans une petite bourse qui sera suspendue à sa ceinture, il ne peut s’en séparer car ce médaillon est lié à l’histoire de ses parents et il pense qu’il a des pouvoirs particuliers. En effet, le médaillon brille parfois d’une douce lumière venue d’on ne sait où…cependant, il préfère le ranger, car il dévoilerait sans aucun doute sa véritable identité à quelqu’un d’un peu observateur.

Il a déjà choisi son nom de Ranger, il sera Galneth, ce qui veut dire en Sindarin ‘héritier de la lumière’. Les vêtements faits par sa mère et ses sœurs sont posés près du sac, ils seront ses compagnons de tous les jours pendant longtemps…

Suspendue près du médaillon d’Eladiel, la boucle d’oreille qu’Eolain lui a donné, il y tient énormément, elle sera sa raison de tenir là-bas. Il deviendra un grand Ranger, comme l’était son père, pour ensuite devenir un homme capable et épouser Eolain…

Il range les objets dans le sac, puis regarde avec une bouffée de tristesse le décor familier de sa chambre. La quitter signifie quitter le monde de l’enfance et le cocon dans lequel il a vécu pour enfin entrer dans le monde des adultes, devenir un homme mais, arrivé au moment qu’il a tant désiré, il n’en a plus très envie…

Tentant de garder son calme, de ne pas éclater en sanglots, il s’approche de la fenêtre, et regarde longuement le paysage, comme pour s’en imprégner…

 

Rivendell…

 

Eladiel, vêtue de ses longues robes elfiques, ses cheveux sombres réunis en une grande natte, observe calmement l’eau dormante d’une vasque. L’eau se reflète dans ses yeux bleus-violets, et elle est parfaitement immobile, faisant le vide dans son esprit…

Elle voit dans l’eau Eldarion, plus âgé, levant son épée Eärendil qui brille, il porte des vêtements usés de Rangers…il est à cheval, et charge en criant quelque chose.

Eladiel sait plus ou moins ce qui s’est passé, Eldarion lui avait écrit sa décision, et elle en découvre là les suites : leur père va l’envoyer chez les Rangers.

Elle se relève, et regarde droit devant elle, le regard perdu dans le vague, accoudée à la vasque.

Depuis qu’elle est arrivée ici, malgré son passage à vide, ses pouvoirs se sont bien développés, et elle en rend grâce à ses oncles et à l’apparition de Celebrian et Galadriel. Elles étaient apparues alors qu’elle sombrait, qu’elle ne savait plus que faire…

Elles l’avaient aidé à comprendre que, malgré tous ses raisonnements, ses pouvoirs étaient aussi assujettis à ses émotions, et sa tristesse avait provoqué leur baisse, puis leur inhibition. A la tristesse d’avoir quitté les siens s’était ajouté celle qui régnait à Rivendell, ce qui n’avait rien arrangé…

Mais enfin Eladiel semblait avoir trouvé la paix du cœur, et affinait ses perceptions dans ce havre de paix  qu’était Rivendell. Il restait peu d’elfes ici, mais elle les croisait rarement…ceux qu’elle croisait le plus étaient ses deux oncles, Elladan et Elrohir, qui lui apportaient aide et soutien de leur mieux. Elladan était revenu de Minas Tirith la veille, et elle ne l’avait pas encore vu, il se reposait…

D’un geste lent, elle se releva et, remettant sa mante, se dirigea vers le jardin pour y marcher un peu. C’est alors qu’elle aperçut un Elfe qu’elle n’avait jamais encore rencontré ici, mais qui lui paraissait familier. Il marchait lentement, perdu dans ses pensées, et tenait à la main un livre…

Il avait un beau visage triste, des cheveux blonds, et un air doux mais néanmoins puissant. Elle ne voulut pas le déranger, et se disposa à partir de l’autre côté quand il parla et dit :

« Approche-toi, jeune fille… »

Eladiel s’approcha de lui, l’air le plus assuré qu’elle put, et enfin il tourna la tête vers elle et lui dit :

« Viens, asseyons-nous… »

Et il désigna un banc. Eladiel obéit, et s’assit gracieusement…L’Elfe la regarda faire avec un léger sourire puis dit :

« Tu ne me connais pas, nous ne nous sommes encore jamais rencontrés…je suis Celeborn de Lothlorien, ton arrière-grand-père… »

Eladiel le salua alors avec respect, en s’inclinant, sans rien dire de plus…Celeborn reprit alors, avant qu’elle ne se présente à son tour, comme il convenait :

« Je sais qui tu es, Eladiel de Gondor, fille d’Elessar et d’Arwen…j’étais présent le jour où mon épouse et ma fille te sont apparues… »

Alors Eladiel comprit pourquoi il lui semblait le connaître : ce devait être lui qui l’avait soulevée après son évanouissement, et remise au lit. Si elle ne se trompait pas, c’était donc l’époux de Galadriel, le père de Celebrian et donc par là même le grand-père de sa propre mère, Arwen. Elle ignorait qu’il fût encore en Terre du Milieu, et à Rivendell…

Celeborn observa son arrière-petite-fille…en effet, elle avait vraiment l’air d’une jeune Elfe, et, à part quelques caractéristiques humaines, on eût pu la prendre pour l’une d’entre eux. Pourtant, il savait que le destin d’Eladiel n’était pas de passer sa vie parmi eux…son destin était ailleurs, chez les Hommes, car elle était avant tout une princesse de Gondor…

Cependant, née avec des pouvoirs elfiques, quelle serait sa place là-bas ?

Celeborn reprit :

« Tu as hérité du pouvoir de divination de ton arrière-grand-mère, Eladiel, ni Celebrian ni Arwen n’en avaient hérité, et tu as appris en partie à le gérer seule, ceci n’est pas commun… »

Eladiel savait que les plus anciens des Elfes étaient clairvoyant…mais comment savait-il cela ? Elladan et Elrohir le lui avaient-ils dit ?

Celeborn reprit :

« Bientôt, tu n’auras plus aucun problème à gérer ta clairvoyance, même si tu penses le contraire…tu as toujours été la sœur aînée parfaite, aidant tes frères et sœurs de tes conseils éclairés, sans penser à toi. Mais, te retrouvant ici seule, tu as bien été obligée de te regarder en face, atteindre les tréfonds de ta personnalité pour mieux discipliner ton don…et qu’y as-tu trouvé ? Toi-même, avec tes doutes, tes attachements, ta tristesse…et tout cela ne correspondait pas avec l’image de toi que tu projetais, d’où ton désarroi…tu as rencontré ta partie humaine. »

Comment peut-il en savoir autant sur elle ? Eladiel reste bouche bée devant une telle clairvoyance, une telle sagesse…

Celeborn sourit à Eladiel et dit :

« Allons, jeune princesse, ne t’inquiète pas, tu vas déjà beaucoup mieux, et bientôt tu seras parfaitement sûre de toi. Pendant le temps que tu resteras ici, j’aimerais mieux te connaître, si tu le veux bien, bien sûr… »

Eladiel sourit alors, de son sourire qui ressemblait tant à celui de sa mère, et dit :

« Avec plaisir, arrière-grand-père… »

Celeborn sourit lui aussi…

 

Minas Tirith

 

Eldarion, qui vient d’enfiler la tenue de cuir amenée par Arbarad la veille, se regarde dans le miroir. Avec ses canons d’avant-bras de cuir et sa grande cape sombre, il ressemble terriblement à son père tel qu’il était autrefois…

Alors on frappe, et entre sa sœur Eowyn, qui porte quelque chose dans sa main. Elle regarde son frère et dit :

« Tu as l’air très brave, mon frère…tu seras un bon Ranger, nous serons bien protégés avec toi. »

Eldarion sourit à sa petite sœur et dit :

« Je tenterai de l’être… »

Il prend sa sœur dans ses bras, et l’embrasse alors que les larmes lui viennent aux yeux. Elle lui donne alors ce qu’elle tenait en main :

« Il y a tes initiales dessus… »

Il s’agit d’une pochette de tissu fin, où il pourra ranger son Evenstar et qui le protégera. Eowyn a mis tout son cœur à broder les runes elfiques en fils d’argent, cela le touche énormément, et il lui dit au bout d’un petit moment :

« Je t’écrirai, petite sœur…je te remercie pour ce magnifique cadeau.. »

Eowyn sourit à travers ses larmes et dit :

« Tu ne peux pas laisser l’Evenstar sans protection…qui te protègerait alors ? »

Alors on frappa, et entre Elessar, qui tient lui aussi un paquet dans la main. Eowyn s’incline devant son père, Eldarion l’embrasse et elle sort, éclatant en sanglots.

Elessar dit alors à son fils :

« Tu es parfait, Eldarion, mais il te manque encore quelque chose… »

Et il lui tend le couteau offert par Celeborn autrefois…Eldarion le prend, le sort du fourreau et reconnaît là du travail elfique, aussi soigné que son épée. Il regarde son père et dit :

« Je ne peux accepter, père… »

Elessar dit alors :

« Si, tu peux, et ne discute pas ! Je sais que tu t’en serviras aussi bien que moi…Celeborn, ton arrière-grand-père, me l’avait offert autrefois… »

Eldarion regarde alors son père et, sans un mot, glisse le couteau à sa ceinture. Elessar dit alors :

« Tu seras maintenant le Ranger Galneth, anonyme parmi les Rangers, mais n’en oublie pas ta véritable identité, agis toujours avec noblesse et sincérité, ne tue que lorsqu’il n’y a pas d’autre solution… »

Eldarion hoche la tête pour montrer qu’il a bien compris, et Elessar dit :

« Allons, viens, ta mère et tes sœurs nous attendent… »

Eldarion saisit le baluchon qui contient les quelques affaires qu’il emmène, et, le cœur gros, quitte sa chambre sans se retourner. C’est une page de sa vie qui se ferme…

Arbarad les attend dans la grande salle, près du feu. Il a la même tenue qu’Eldarion, mais l’Arbre du Gondor couvre sa poitrine…ses yeux bleus, semblables à ceux de son cousin, regardent le jeune prince, mais il ne dit rien…

Arwen, digne, est assise près de la cheminée elle aussi, elle essaie de réconforter Eowyn qui pleure toujours. Les jumelles sont silencieuses et graves, ce qui donne la mesure de leur tristesse…

La reine s’approche de son fils, et lui tend la tunique qu’elle a faite :

« Pour ne pas oublier qui tu es, mon fils… prend soin de toi, surtout… »

Eldarion tente de sourire à sa mère, mais deux larmes coulent de ses yeux alors qu’il la serre contre lui.

Eowyn vient embrasser son frère, et enfin les jumelles, qui lui tendent chacune un mouchoir qu’elles ont fait. La broderie en est inégale, mais Eldarion le prend avec plaisir et les embrasse…

Elsea et Elya éclatent alors en sanglots et vont se réfugier dans les bras maternels. Mais Eldarion reste digne, comme il se doit…

Arbarad dit alors :

« Viens, Ranger Galneth, allons-y… »

Désormais, c’est à ce nom qu’il répondra, qu’il sera connu de tous…Eldarion s’incline alors devant le roi, puis devant sa mère et ses sœurs, puis sort dignement…quelques instants plus tard, Arbarad et lui, chevauchant, sortent de Minas Tirith, et se dirigent vers le Nord, vers l’Arnor…

 

Emyn Arnen

 

Eowyn serre dans ses bras Eolain en tenue de cheval…près d’elles, Faramir, déjà prêt, attend que sa fille ait fini ses adieux. Eowyn embrasse sa fille et lui dit :

« Tu te plairas en Rohan, tu verras…si je le peux, je viendrai te voir… »

Elle le cache bien, mais elle aussi est pleine d’émotion…elle pose la main sur le front de sa fille en signe de bénédiction et l’embrasse de nouveau.

Boromir-Eomer, derrière elle, pleure à chaudes larmes, et Arwen en est bien près, mais elle ne veut pas ajouter à la tristesse de sa sœur. Elle les serre tous les deux dans ses bras…

Alors Eowyn dit :

« Ceci est pour ton frère, tu le lui donneras de ma part, et tu lui diras que je pense bien à lui…et ceci est pour le roi… »

Aragorn-Theoden est maintenant aide de camp du roi Eomer, et Eolain, malgré sa tristesse de quitter sa famille, se réjouit de revoir son frère aîné, cela met un baume à cette douleur qui lui taraude le cœur. A son poignet, le bracelet d’Eldarion, elle a résolu de ne pas le quitter pour toujours se rappeler son souvenir et tenir le coup…

Elle range dans les bagages ce que sa mère vient de lui donner, puis enfourche Tempestwind et chevauche à la suite de son père en direction du sud, en tenant la longe de son cheval de trait…

Une nouvelle vie s’amorce pour elle, où elle sera actrice de son propre destin, mais il n’y a aucune épreuve qui lui fasse peur…

 

 

 

A suivre…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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