
| Destinées entrecroisées | Auteur: hydraGundam | Vue: 5774 |
| [Publiée le: 2006-12-11] [Mise à Jour: 2008-11-15] | ||
| 13+ | Action-Aventure/Général/Romance | Commentaires: 35 |
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Description: Eldarion, fils d'Elessar, et Eolain, fille de Faramir, n'ont rien en commun. Et pourtant... | ||
| Crédits: Les personnages originaux de l'oeuvre de JRR Tolkien ne sont pas à moi. |
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Veillées d'armes[5072 mots] |
Publié le: 2006-12-26 | |
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Emyn Arnen
Eolain, habillée d’une tunique d’entraînement et tenant son épée en main, enchaîne passe sur passe dans un ordre parfait. Elewinë, fermement tenue dans sa main, brille doucement dans la semi-obscurité, traçant des raies de lumières à chaque fois que les rayons qui viennent de la fenêtre se reflètent sur sa lame finement ouvragée. Ses cheveux blonds attachés en une natte serrée virevoltent et rythment ses mouvements.
Fatiguée et transpirante, elle abaisse son épée et s’approche de sa fenêtre. Voilà déjà trois semaines qu’ont eu lieu les cérémonies du couronnement, et elle ne peut encore croire qu’Eldarion l’ait embrassée. Heureusement, il semble que son père, ni personne, ne les ait vus, il valait mieux, d’ailleurs. Quand elle y pense, son cœur bat plus vite, mais c’est son trésor et elle n’en a parlé à personne…Dieu sait ce qu’aurait pu encore inventer son père s’il l’avait su ! Avec émotion, elle se souvient de la sensation des lèvres d’Eldarion sur les siennes, de ses yeux si bleus, et a enfin admis le fait qu’elle l’aimait…
Pourtant, elle ne sait pourquoi au juste, son père lui a rendu le droit de s’habiller en tunique pour ses entraînements à l’épée, et elle a retrouvé le sourire. Il lui suffit d’ailleurs de penser à Eldarion pour avoir le sourire, et elle supporte donc sans trop protester tous les cours de maintien et les reproches de sa duègne…cependant, elle reste elle-même, Eolain la rebelle et la guerrière, et ne tient pas à renoncer à cette partie-là de sa personnalité, même si elle sait qu’une autre partie, à laquelle elle n’a jamais fait vraiment attention, est en train de s’éveiller…
Dans le jardin, Eowyn s’occupe de son petit carré de plantes médicinales, en arrache les mauvaises herbes et en cueille certaines pour en faire de l’onguent ou des pommades avec lesquelles elle soigne tout le château. Quand elle a renoncé à combattre, elle a choisi de guérir, cette occupation lui convient très bien et sa réputation de guérisseuse est bien connue…
Cela lui procure le repos de l’esprit, et, cette fois, elle sourit en pensant à sa fille qui elle aussi a enfin retrouvé le sourire. Eolain est même un peu trop aimable, ce qui cache probablement quelque chose…elle l’a vu ressortir du balcon à la suite d’Eldarion, le soir du bal, elle ignore ce qui s’y est passé mais s’en doute fortement. Cependant, elle n’en a rien dit à son mari, qui est de nouveau en de bonnes dispositions envers leur fille, cela concerne uniquement Eolain et Eldarion.
Un appel la tire de ses réflexions :
« Maman ! »
Sa fille Arwen arrive, un linge à la main, et lui demande :
« Je n’arrive pas à terminer cette broderie… »
Eowyn prend le tissu, l’aiguille, et démêle les points trop serrés de sa fille, avec patience et application, puis elle lui montre comment faire correctement. Mais elle lui demande :
« Que veux-tu faire de cela ? »
Arwen passe la main dans ses cheveux châtains et répond :
« Un mouchoir pour notre père… »
Arwen n’a jamais été une excellente brodeuse, et Eowyn admire les efforts qu’elle fait depuis deux ans pour se perfectionner. Elle-même n’a jamais été très bonne dans cet art, préférant comme Eolain l’épée et les chevaux, mais elle doit reconnaître qu’Arwen s’en sort de mieux en mieux.
Eowyn se retourne et regarde vers Minas Tirith, là où sont partis quelques heures plus tôt Faramir et Aragorn Theoden, leur fils aîné, convoqués à la demande du roi. Cela n’est pas de si bon augure, et elle le sait…
Minas Tirith…
Eldarion regarde un livre dans la bibliothèque, écrit en elfique. Il ne maîtrise pas cette langue à la perfection mais la comprend assez pour lire le livre…sa mère a insisté pour que chacun de ses enfants le parle et le lise, après tout ils avaient une certaine ascendance elfique, mais Eldarion n’avait jamais été très doué pour cela, en fait seule Eladiel l’était, ce qui n’avait rien d’étonnant vu qu’elle était plus elfique qu’eux tous réunis.
Il se lève alors, referme son livre et se rappelle qu’il est attendu incessamment sous peu pour assister à une réunion. Il gagne sa chambre, met une tunique plus propre que la tunique ordinaire qu’il porte et s’arrange devant le miroir. Il sourit soudain tout seul, se souvenant du goût salé des lèvres d’Eolain sous les siennes, des sentiments qu’il avait pu – ou cru – lire dans son regard gris si beau qu’il aurait pu s’y noyer. Eldarion se rend alors compte qu’il sourit bêtement, et secoue ses cheveux avec ses mains : non, il n’est pas sûr de ce qu’il a lu dans le regard d’Eolain, mais il y avait une certaine tendresse à son égard…
Il tire sur sa tunique et sort de sa chambre pour se rendre à la salle de réunion. Quand il y arrive, il trouve son père en train de parler avec Faramir et son fils aîné. Eldarion les salue courtoisement, et se tient ensuite en retrait pour écouter ce qu’ils disent.
Elessar dit alors :
« Approche-toi, Eldarion, ce que nous disons te concerne également… »
Eldarion s’exécute, et Elessar résume :
« Nous allons faire une campagne contre les pirates d’Umbar qui recommencent leurs agissements…je croyais que la défaite infligée lors de la Guerre de l’Anneau leur avait suffi, mais ils recommencent à ravager la côte, nous devons aller là-bas et les calmer une fois pour toute…Faramir dirigera les Rangers d’Ithilien, moi l’armée de Gondor, et Eomer de Rohan son armée. Aragorn Theoden ainsi que toi, mon fils, nous accompagnerons, il est temps pour vous d’apprendre à mener une guerre… »
Les deux adolescents se regardent, et avalent péniblement leur salive…même si Aragorn Theoden d’Ithilien est plus âgé qu’Eldarion, il n’est pas plus sûr que lui. Il est vrai que tous deux sont héritiers d’une charge importante, ils doivent apprendre à mener une armée, c’est un apprentissage nécessaire pour eux.
Elessar reprend la parole, et dit :
« Nous partirons dans deux jours, le temps de rassembler les troupes… soyez prêts ! Vous pouvez vous retirer, les garçons, Faramir et moi avons encore à parler… »
Les deux adolescents hochent la tête, soudain blêmes, mais ne disent rien tandis qu’ils sortent. Eldarion dit alors en sortant :
« Je me demandais quand cela allait arriver… »
Aragorn Theoden le regarde et répond :
« J’aurais dû m’entraîner mieux à l’épée…je n’ai pas pensé qu’on m’emmènerait si tôt à la guerre… »
Eldarion le regarde en souriant et dit :
« Oh moi je m’y attendais…tu as encore deux jours pour t’entraîner. »
Eldarion l’emmène alors dans sa chambre, et lui montre son épée…Aragorn d’Ithilien reste bouche bée devant la finesse de la lame et des caractères gravés dessus, et il finit par dire :
« Ce n’est pas une lame fabriquée en Gondor…quelle merveille ! »
Eldarion répond, tâtant du fil de sa lame :
« Non, c’est une lame elfique forgée par mon grand-père maternel, elle s’appelle Eärendil… »
Les yeux écarquillés, Aragorn Theoden observe la lame qui brille doucement sous la lumière. Il regarde Eldarion et lui dit :
« Pas de doute, tu vaincras avec une arme pareille ! »
Eldarion sort alors son arc, le pose sur son lit et dit :
« Je n’en sais rien, je ne peux prédire le futur… »
Aragorn Theoden regarde aussi l’arc, et dit :
« C’est aussi une arme précieuse, sans doute de facture elfe… »
Le fils aîné de l’Intendant a toujours préféré l’arc à l’épée, et il sait reconnaître un arc précieux quand il en voit un…Eldarion dit alors :
« Il m’a été donné par mon professeur de tir à l’arc, Legolas…il lui avait été offert par mon arrière-grand-mère Galadriel pendant la Guerre de l’Anneau… »
Aragorn Theoden observa un moment le magnifique arc, sans rien dire, totalement absorbé par sa beauté…puis il regarda Eldarion et dit :
« Vous devez assurément être bon tireur pour recevoir un cadeau pareil… »
Le prince rosit et répondit :
« Oh, pas tant que cela, mais il estimait que cela appartenait à ma famille et devait donc me revenir…je ne l’emmènerai pas en guerre, il est bien trop précieux… »
Il a à peine dit cela que quelqu’un frappe à la porte de sa chambre : Faramir vient rechercher son fils aîné. Eldarion le salue, et tous deux s’en retournent à Emyn Arnen…
Elessar, qui avait accompagné Faramir, regarde alors son fils et dit :
« Viens, nous devons t’équiper pour la guerre… ta simple épée, fût-elle elfique, ne suffira pas… »
Il sort du palais et l’emmène aux forges…là règne une chaleur qui ne retombe jamais, et les forgerons fabriquent les armures brillantes qui habillent les soldats de Gondor, ainsi que leurs armes. Le chef forgeron salue poliment Elessar, qui lui demande :
« J’ai besoin d’une cotte de maille pour mon fils… »
Le forgeron s’incline devant Eldarion et, d’une main sûre, prend ses mesures avant de dire :
« Elle sera prête demain, Majesté… »
Elessar salue les forgerons et ressort…Il sent l’inquiétude croissante de son fils, qui semble s’enfermer dans son mutisme. Soucieux d’éviter une autre crise, il dit :
« Allons, tout se passera bien, Eldarion… »
Eldarion lève la tête vers son père et dit :
« Serai-je assez courageux pour combattre ? pour faire honneur à ma famille et à mon pays ? »
Elessar sourit doucement, regarde son fils et dit :
« Si tu pense que tu peux le faire, alors tu le feras sans aucun doute…La clé est là… »
Arrivé dans la grande salle, il s’assied et invite son fils à en faire autant, puis dit :
« J’étais à peine plus âgé que toi lorsque Elladan et Elrohir ont commencé à m’emmener avec eux combattre les orques…au départ, je faisais le fier-à-bras, mais je me suis vite calmé, lassé de tant d’horreur, de tant de sang. A tout conflit il y a un revers de médaille, et je préfère te le dire afin que tu n’apprennes pas cela seul, comme moi… »
Eldarion écoute les sages paroles de son père, et s’en imprègne pendant que le roi continue :
« De ton courage je ne doute pas, mon fils, j’ai vu de quoi tu étais capable quand nous t’avons retrouvé sur les bords de l’Anduin, tous ces cadavres de pirates et de brigands autour de toi, mais tu dois apprendre à diriger les hommes, à établir une stratégie en étant le plus économe possible de leurs vies…Un bon chef doit payer de sa personne, mais je pense que pour toi cela ne posera nul problème… »
Le père et le fils restent longtemps là, en cette matinée ensoleillée, à parler. Eldarion n’hésite pas à poser toutes ses questions, et Elessar y répond toujours posément, calmement, soucieux de calmer l’angoisse – bien légitime – qu’il sent poindre chez son fils…
Dans une autre pièce, la reine, entourée de ses filles, travaille sur quelque chose qui leur tient toutes à cœur : la tunique d’apparat qui recouvrira la cotte de mailles d’Eldarion. Son père en porte une bleue à liséré de velours rouge, et celle d’Eldarion sera de la même couleur mais avec un liséré d’argent. La mère et ses filles se sont partagé les tâches : Elsea et Elya cousent, Eladiel brode car c’est elle qui le fait le mieux, et Eowyn achève de préparer le liséré. Toutes cinq se dépêchent d’achever leur tâche pour l’offrir à Eldarion avant son départ, et se disent qu’il aura vraiment fière allure ainsi vêtu…
Eowyn termine de ranger des plantes médicinales qu’elle a fait sécher quand Faramir entre dans la pièce. Il vient à elle, l’embrasse et dit :
« Notre fils et moi partons à la guerre dans deux jours… »
Eowyn le regarde et demande :
« Qui combattrez-vous ? »
Faramir répond calmement :
« Les pirates, qui ont repris leurs incursions dans nos terres…nous sommes tous concernés, cette fois, le Gondor et le Rohan… »
Eowyn se contente juste de hocher la tête, mais n’en pense pas moins : cette fois encore, des êtres chers vont aller combattre, et elle devra rester derrière, à espérer qu’ils reviennent…mais elle n’en ressent pas la même frustration qu’autrefois, elle a renoncé à manier l’épée il y a bien longtemps. Mais elle sait cependant que son fils aîné n’est pas un excellent combattant…elle regarde alors longuement dans les yeux bleus de son mari et dit :
« Veille sur Aragorn Theoden, il est bien qu’il apprenne mais pas aux dépends de sa jeune vie… »
Faramir prend son épouse dans ses bras et dit :
« Crois-tu que je ne l’aurais pas fait ? je sais qu’il n’excelle pas à l’épée, et qu’il a parfois tendance à paniquer facilement…mais cela ne peut que lui permettre de s’affirmer un peu. Il a l’âge maintenant de m’accompagner, et le roi l’a demandé… »
Mue par une intuition soudaine, Eowyn demande :
« Le prince viendra-t-il avec vous ? »
Un peu surpris par la question, Faramir acquiesce et répond :
« Oui, pourquoi ? »
Trouver une réponse plausible, vite ! Souriant, Eowyn dit :
« Il est plus jeune que notre fils, je ne pensais pas qu’il l’emmènerait… »
Faramir accepte la réponse, et Eowyn respire de nouveau…il n’est pas encore temps de lui dire que sa fille soupire après le prince héritier, peut-être après la bataille.
Faramir lâche son épouse et dit :
« Je dois aller préparer mes hommes, je serai de retour tard dans l’après-midi… »
Il l’embrasse tendrement, et sort de la pièce, laissant Eowyn seule avec ses pensées…la seule évocation de guerre la ramène presque vingt ans en arrière, à l’époque où elle était une fière vierge guerrière qui pouvait en remontrer à n’importe quel guerrier sur le maniement de l’épée ou la charge de cavalerie. Le destin a quelquefois des retours imprévus…à l’époque, elle n’aurait pas imaginé se marier et devenir une respectable mère de famille pourvue de quatre enfants, elle ne pensait qu’à mourir quand Faramir avait croisé son chemin et l’avait si bien comprise. Il avait été franc avec elle, et seul avait su voir qu’elle n’aimait pas vraiment Aragorn lui-même, mais une image idéale de lui…il n’avait pas craint de lui avouer son amour à ce moment-là, et elle-même, en regardant dans ses yeux bleus, avait enfin compris qu’elle l’aimait aussi, chose qu’elle refusait d’admettre depuis des jours.
Jamais elle n’avait regretté de l’avoir épousé pour mener une vie calme en Ithilien, à portée des murs de la cité mais à part. Il avait su lui offrir une stabilité et une reconnaissance dont elle avait besoin…
Elle fut tirée de ses pensées par le bruit de la porte qui s’ouvrait pour laisser passer Aragorn Theoden, habillé d’un lourd harnois de guerre, et ses sœurs après lui. Il s’écria :
« Maman ! Dis-leur que je ne peux pas porter cela ! »
Derrière lui, Eolain et Arwen se récrièrent :
« Il ne peut pas aller à la guerre sans un harnois convenable ! »
Eowyn leva les mains pour avoir le silence et dit à son fils :
« Effectivement, il te faut un harnois, mais peut-être plus léger que celui-ci vu que tu n’es pas habitué à en porter un…voyons voir… »
Elle s’approcha d’un coffre, chercha un moment dedans et sortit une cotte de mailles brillantes. Elle aida son fils à enlever son lourd harnois et lui enfila la cotte en disant :
« Bien, celle-ci t’ira à merveilles… »
Elle tira alors deux brassards de cuir du coffre, les mit à ses poignets, et dit en sortant autre chose du coffre :
« En dessous de la cotte de mailles tu mettras ces vêtements de cuir… »
Les deux filles admirèrent leur frère aîné en silence, et Eolain dit :
« Il lui manque encore quelque chose… »
Et, débouclant son épée, elle la lui donne en disant :
« Tiens, prends-la, grand frère, et qu’elle te ramène sauf auprès de nous… »
Eowyn admire la grandeur d’âme de sa fille aînée, qui est capable pour son frère de se séparer de quelque chose auquel elle sait qu’elle tient énormément…Eowyn dit alors en s’approchant de sa fille, avant qu’Aragorn Theoden puisse répondre :
« Elewinë est ton épée, elle t’appartient, garde-la… »
Elle sort alors du coffre une autre épée, au fourreau de cuir ouvragé mais usé, et la tend à son fils :
« Celle-ci est pour toi, mon fils…elle s’appelle Herugrim. »
Aragorn Theoden sort alors l’épée de son fourreau, et contemple sa garde ornée de têtes de chevaux ainsi que sa ligne fine…Eowyn reprend :
« Elle appartenait à mon oncle, dont tu portes le prénom, le roi Theoden de Rohan…mon frère l’a récupérée sur le champ de bataille, après sa mort, et il m’en a fait cadeau quand tu es venu au monde, afin qu’elle te revienne quand tu en aurais l’âge ou que j’estimerais le moment venu… »
Les yeux de l’adolescent tremblent, mais il ne laisse couler aucune larme et se contente de remercier sa mère en disant :
« J’essaierai de me montrer digne de lui, maman… »
Tous restent silencieux en ce moment chargé d’émotion…Eowyn se souvient du dernier regard que Theoden lui lança, juste avant sa mort sur les champs du Pelennor, ce regard bleu bienveillant qui a toujours été rempli de tendresse envers elle. Les filles ne disent mot non plus, respectant l’émotion de leur mère et de leur frère…
Eowyn dit alors :
« Je vais m’occuper de finir de rassembler ce qu’il te faut, Aragorn… »
Elle l’aide à enlever sa cotte de mailles, qu’elle pose soigneusement sur une chaise, puis le renvoie, mais elle retient ses filles :
« Restez, Eolain et Arwen, j’ai du travail pour vous… »
Elle attend que son fils aîné soit sorti et leur dit :
« Nous allons finir la tunique de guerre que j’avais commencé pour lui… »
D’un autre coffre, elle sort une tunique rouge foncé, sur laquelle il y a un début de broderie…Arwen dit alors :
« Je vais finir les broderies… »
Et Eolain :
«Et moi de monter les galons… »
Eowyn termine de ranger ses herbes tout en aidant ses filles quand le besoin s’en fait sentir et, en début de soirée, les galons sont montés et Arwen continue les broderies qui sont presque achevées.
Elles travaillent encore quand Faramir, épuisé et poussiéreux, revient. D’un regard, il comprend ce qu’elles sont en train de faire et demande :
« Et moi ? n’ai-je pas droit à une tunique neuve ? »
Eowyn lève les yeux de son ouvrage et dit :
« Tu en as déjà une… »
Faramir, souriant pour bien montrer qu’il se moquait gentiment, embrasse alors ses filles et les félicite pour leur travail…
Pâle et silencieux, Eldarion regarde le soleil qui se couche sur les champs du Pelennor. Encore une journée à passer, et il sera temps de partir en guerre…il pense aussi à Eolain : plus il réfléchit, plus il est sûr de ses sentiments, et croit en avoir vu le reflet dans les yeux gris de la princesse d’Ithilien. Il se jure que, s’il revient vivant de la bataille, il lui écrira et lui avouera tout…
Il est tellement absorbé par ses pensées qu’il n’entend pas arriver Eladiel tout de suite, puis se tourne vers elle et demande :
« Toi qui peux lever le voile de l’avenir, peux-tu me dire ce qui va m’arriver au combat ? »
Eladiel pose gentiment son châle sur les épaules de son frère et dit :
« Non, je ne peux te le dire, Eldarion, mais je suis sûre d’une chose : tu feras honneur à notre famille, comme tu l’as toujours fait… »
Et, baissant la voix, elle continua :
« Et elle ne t’en aimera que plus… »
Eldarion rougit brusquement : comment sa sœur peut-elle savoir ?Eladiel sourit doucement et dit :
« Je n’ai pas eu besoin de regarder dans l’eau pour cela, il suffisait de voir comment tu la regardais…mais ne t’inquiète pas, je ne trahirai pas ton secret. »
Eldarion sourit légèrement lui aussi et dit :
« Peut-être trouverais-je dans le combat la force qui me manque pour lui avouer mes sentiments ? »
Peu de choses peuvent être cachées à Eladiel, Eldarion s’en rend compte à ses dépends quand sa sœur l’embrasse doucement sur le front et lui dit :
« Tu as déjà eu le courage de l’embrasser une fois, je pense qu’elle aura compris… »
Eldarion rougit de nouveau, mais ne répond rien…Eladiel rit alors doucement devant l’embarras de son frère et dit :
« Allons, viens, nous t’attendons pour dîner… »
Un peu plus tard, Arwen est assise sur le balcon, respirant les effluves parfumés qui montent de son jardin. La lune est pleine, éclairant le palais et la cité de sa fantômatique lumière blanche et avivant la couleur naturelle de la pierre.
Elessar vient s’asseoir près d’elle et dit :
« Quel calme…cela ne pouvait-il donc durer ? demain soir je devrai de nouveau revêtir mon harnois de guerre et combattre… »
Arwen le regarde et dit :
« Nul monde n’est fait pour une paix perpétuelle…mais ce n’est pas là le même type de combat que celui que tu as mené autrefois… »
Doucement, Elessar prend la main de son épouse et dit :
« S’il ne s’agissait que de moi, je n’aurais aucun problème, mais il s’agit d’Eldarion…je sais qu’il est assez âgé pour que je l’emmène, mais une autre partie de moi me hurle qu’il va lui arriver quelque chose… »
Arwen sourit légèrement et dit ;
« C’est ton cœur de père qui parle, mais j’ai confiance en lui, et en toi, je sais qu’il ne vous arrivera rien…Eldarion est un bon combattant, il ne lui manque que l’expérience maintenant… »
Alors Elessar sourit franchement et dit :
« Que ferais-je si tu n’étais pas là, ma tendre Arwen ? »
Et il l’embrasse…
Dans sa chambre, Eldarion s’est endormi sur un livre…un peu plus tard, Arwen, entrouvrant la porte, sourit et pose sur ses épaules une couverture, ne voulant pas le réveiller. Dans le sommeil, il a encore l’air d’un petit garçon, oubliant tout ce qui l’agite. Elle dépose doucement un baiser sur son front, et se retire pour aller se coucher…
Eowyn porte dans ses bras son fils puîné, Boromir Eomer, qui s’est endormi lors de la veillée dans le salon. Tous ses autres enfants sont couchés, mais lui voulait entendre une histoire et s’est endormi avant la fin. Doucement, elle l’allonge dans son lit, le borde, l’embrasse et sort de la chambre pour rejoindre Faramir, qui lit encore près de la cheminée. C’est alors qu’elle remarque un rai de lumière venant de la chambre de son fils aîné…elle entrouvre la porte, et voit Aragorn Theoden, torse nu, s’entraînant à l’épée. Il transpire, et ses cheveux châtains clair sont poissés de sueur, qui coule aussi le long de son dos et de son torse. Emue par une telle bonne volonté mais ne voulant pas qu’il épuise ses forces, elle entre et lui dit :
« Tu en as assez fait maintenant, va dormir… »
L’adolescent baisse son épée et dit :
« Je ne suis pas encore assez bon, maman… »
Eowyn dit alors :
« Ce ne sont pas des passes académiques qui sont utilisées en combat réel, mon fils…la victoire dépend surtout de ta capacité à réagir vite, et un combattant fatigué n’a plus cette capacité ! allons, va dormir, maintenant… »
Elle sort, le laissant se sécher et se coucher, et rejoint son époux dans la grande salle. Faramir se tourne vers elle et demande :
« Tout le monde est couché ? »
Elle s’assied près de lui et répond :
« Oui, il ne restait qu’Aragorn qui s’entraînait. Il veut vraiment bien faire, même s’il n’excelle pas à l’épée, mais je le sens tendu… »
Faramir sourit et dit :
« Dire qu’à son âge je suppliais Boromir de m’emmener avec lui…Aragorn ne me ressemble pas tant que ça… »
Eowyn sourit légèrement et dit :
« Si, il te ressemble, mais il est né en des temps moins troublés que toi…tu as eu à combattre très jeune, alors que lui est né en temps de paix… »
Faramir demande alors :
« Penses-tu qu’il est encore trop jeune ? »
Eowyn réfléchit un instant et dit :
« Non, il est temps pour lui, il doit apprendre à se démarquer de toi et à prendre de l’assurance, il est trop dans ton ombre… »
Faramir s’assombrit et dit :
« Ce que j’essayais de faire pour gagner l’amour de mon père, mais je n’y ai jamais réussi…Boromir a toujours seul compté à ses yeux. »
Malgré les années qui se sont écoulées, Faramir souffre encore de cela, et Eowyn le sait. Elle lui prend la main et dit :
« Tu n’es pas ton père… »
Faramir serre la main de son épouse dans la sienne, et dit :
« Non, effectivement…et je te jure de te ramener notre fils indemne ! »
Eowyn sourit et dit :
« Je sais que tu le feras…tu es un vaillant guerrier, cela je l’ai compris au moment même où je t’ai vu, même si je ne t’ai jamais vu combattre. »
Il sourit, et ses yeux bleus se voilent légèrement alors qu’il dit :
« Ah, les jardins des Maisons de Guérison…j’étais seul, n’ayant aucune nouvelle de l’Est mais ne pouvant pas exercer mon mandat, et tu es apparue, ta robe blanche flottant dans le vent…je crois que je suis tombé amoureux tout de suite. »
Il rit doucement et dit :
« Je me demande bien comment j’ai eu le courage de te demander en mariage, tu avais un air si sauvage sous ta beauté… »
Eowyn rit franchement et assène une petite tape à son mari en disant :
« Sauvage ? ah tu t’es bien gardé de me le dire… »
Faramir est un grand timide, et son épouse le sait, il cache parfois des choses importantes qu’il veut dire sous des tours ironiques. Mais, cette fois, il est parfaitement sérieux et regarde son épouse de son regard bleu soudain endurci :
« Nul ne peut lire dans son propre avenir, et j’ignore si je réchapperai de cette bataille, un mauvais coup est si vite arrivé…si je devais ne pas revenir, tu devras assumer la régence le temps qu’Aragorn Theoden - ou Boromir Eomer – ne soit en âge de devenir l’Intendant. »
Eowyn sent le cœur lui manquer, et répond :
« Ne raconte pas de bêtises ! tu as survécu autrefois, je ne vois pas pourquoi tu ne survivrais pas cette fois… »
Une ombre passe dans les yeux bleus de Faramir qui dit :
« J’ai vu la mort de trop près pour ne pas savoir qu’elle vient rapidement, et tu le sais aussi…mais, si je dois mourir, je voulais te dire que je ne regrette aucune des minutes passées auprès de toi, et que tu es la meilleure chose qui me soit arrivée… »
Les yeux d’Eowyn se remplissent de larmes, elle n’a pas l’habitude d’entendre cela venant de son mari…Faramir sourit doucement et caresse la joue de son épouse en disant :
« Non, ne pleure pas, je ne veux pas garder de toi ton visage larmoyant mais ton visage souriant… »
Il se lève et dit :
« Viens, allons nous coucher… »
Eldarion, debout, est vêtu de sa cotte de mailles neuve et de la tunique que viennent de lui donner ses sœurs et sa mère. Son père y a ajouté des brassards de cuir, et Elsea achève de lui mettre à la ceinture son épée.
Elessar admire son fils et dit :
« Parfait, tu as tout ce qu’il te faut, maintenant…va te reposer, nous nous mettrons en route vers minuit… »
Il attend que l’adolescent sorte, puis regarde son épouse et ses filles avant de dire :
« Vous avez fait là un beau travail… »
Les filles sortent, et il reste seul avec Arwen…elle paraît calme, mais il la connaît assez pour voir son agitation intérieure. Il s’approche d’elle, lui prend les mains et dit :
« Je n’ai pas besoin de te dire que je te nomme régente en mon absence…comme d’habitude, tout ira bien. »
Arwen sourit malgré la tristesse qui la point et dit :
« Nous ferons en sorte que tout aille bien, ne t’inquiète pas pour nous…nous prierons pour ton retour et celui d’Eldarion. »
Elessar s’approche de la fenêtre et voit, sur les champs du Pelennor, le début du rassemblement qu’il a ordonné. De tout son royaume affluent ses vassaux, avec des hommes d’armes…soudain, les cors sonnent, et une clameur monte :
« Les cavaliers de Rohan ! les cavaliers de Rohan ! »
Eomer arrive, avec mille lances. Autrefois il a juré de venir quand son ami l’appellerait, et il s’y tient. De plus, les pirates commencent à ravager ses terres…
Laissant ses hommes s’installer, Eomer entre dans la cité et met pied à terre devant la cour de l’Arbre blanc. Elessar vient à sa rencontre, et les deux hommes s’étreignent en souriant…
Eomer salue son vieux compagnon d’armes, et dit :
« Nous venons t’aider…je me suis dit que quelques hommes de plus ne te dérangeraient pas… »
Elessar rit et répond :
« Là je suis assuré de la victoire…nous chevaucherons côte à côte, comme autrefois, et nul pirate n’en réchappera… »
Faramir boucle son ceinturon sur son harnois de guerre, il est temps pour lui de partir pour être à Minas Tirith avant le coucher du soleil. Derrière lui, Eowyn aide Aragorn Theoden à finir de s’équiper, et suspend Herugrim à sa ceinture…
Comme le veut la tradition, elle leur apporte une coupe, la coupe de la séparation, et ils la boivent sans mot dire. Les filles, ainsi que leur petit frère, s’inclinent alors…
Eowyn embrasse alors son mari et son fils, et les accompagne avec ses filles jusqu’au perron, devant la maison. Faramir embrasse alors chacun de ses enfants, les bénit, serre son fils cadet en larmes dans ses bras puis monte à cheval.
Il lève le bras, et la Compagnie de l’Ithilien se met en route…au dernier moment, il se retourne et regarde ses filles alignées sur le perron, son fils en larmes dans les bras de sa mère qui, elle, reste digne, comme elle l’a toujours été…se détournant brusquement, il lance son cheval au galop, suivi par son fils et toute la compagnie…
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