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Destinées entrecroisées   Auteur: hydraGundam Vue: 5791
[Publiée le: 2006-12-11]    [Mise à Jour: 2008-11-15]
13+ Action-Aventure/Général/RomanceCommentaires: 35
Description:
Eldarion, fils d'Elessar, et Eolain, fille de Faramir, n'ont rien en commun. Et pourtant...
Crédits:
Les personnages originaux de l'oeuvre de JRR Tolkien ne sont pas à moi.

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Commenter: La roue du destin

La roue du destin

[7457 mots]
Publié le: 2006-12-13Format imprimable  
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Chapitre 2 : La roue du destin

 

Palais de Minas Tirith…

 

Le matin ensoleillé inonde de lumière le palais du roi Elessar, en ce matin si gai, mais une ombre l’entache : le prince héritier Eldarion a disparu…il semble que personne ne l’ait vu sortir, car il n’a pas été enlevé, sa chambre est intacte...

Arwen est effondrée mais reste digne, alors qu’Elessar ordonne les recherches…Eladiel s’approche alors de sa mère et dit :

« Il faisait souvent le même cauchemar, ces temps-ci, où notre père proche de la mort l’invectivait en lui disant qu’il ne lui succèderait pas…il est sans doute parti à cause de cela… »

La reine sait que sa fille aînée possède le don de vision, aussi ne la questionne-t-elle pas directement mais demande :

« Pourquoi ne pas m’en avoir parlé quand tu l’as su ? »

Eladiel lève son regard bleu énigmatique sur sa mère et dit :

« Je pensais qu’il s’en rendrait compte tout seul, malheureusement il a pris ce rêve, cristallisation de ses craintes, pour un rêve prémonitoire…il croit qu’il sera l’artisan de la mort de notre père… »

Arwen sait, elle, qu’Elessar mourra de vieillesse après de nombreuses années de règne, elle l’a su dès qu’elle a pris sa décision, et, à la lumière des explications de sa fille aînée, elle comprend mieux la réaction d’Eldarion…

            Elessar, dans la grande salle, donne ses ordres, envoyant des cavaliers dans toutes les directions…Vers midi le héraut annonce un invité inattendu : Faramir. Elessar, surpris, l’accueille et lui demande :

« N’aurais-tu pas vu mon fils ? »

Faramir dit alors :

« Je venais vous poser cette question à propos de ma fille aînée, Eolain, qui a disparu cette nuit…je pensais qu’elle s’était peut-être réfugiée ici… »

Elessar dit alors :

« Non, je n’ai pas vu ta fille…tu penses qu’ils se seraient enfuis ensemble ? Mais ils ne se connaissaient pas ! »

Faramir réfléchit et dit :

« Cela nous ne le savons pas…mais si le prince a touché à ma fille je vous demanderai une juste punition, Majesté… »

Elessar imaginait mal Eldarion se ruer sur Eolain, lui qui était si timide, mais il acquiesça…

De toute façon, il n’était même pas sûr que les fuites des deux adolescents aient un quelconque rapport, mais pour l’instant il importait plus de les retrouver que de parlementer.

 

            Eldarion fuyait droit toujours devant lui, suivant le fleuve…il avait soigneusement évité Osgiliath, où il aurait été reconnu, et longeait le fleuve en direction du Rohan…il savait que là-bas le roi Eomer l’abriterait, parce qu’en Rohan l’hospitalité était sacrée…il l’avait vu plusieurs fois, et c’était un homme affable et aimable…Nul doute qu’il l’écouterait et l’aiderait…

Pour aller en Rohan, il devait remonter le fleuve jusqu’en Anorien, les montagnes blanches, puis ensuite parcourir la grande plaine jusqu’à Edoras, par l’ancienne route qui longe les montagnes. Ce voyage lui prendrait plusieurs semaines, mais il savait trouver de quoi se nourrir seul et survivre, cela on le lui avait appris tôt…dès sa plus tendre enfance, un ami de ses parents, Legolas, lui avait appris à se repérer aux étoiles, à marcher silencieusement comme les Elfes ainsi qu’à tirer à l’arc. Après tout, il était à demi-Elfe, et sa mère avait tenu à ce que son éducation en tienne compte, il avait donc appris le langage des Elfes en même temps que le Langage Commun…

Eldarion arrête son cheval pour lui permettre de souffler un peu, et observe la prairie autour de lui…droit devant lui, les Montagnes Blanches, encore lointaines. Après cela, ce ne sera que de la plaine, beaucoup plus praticable pour son cheval…

 

            Eolain chevauche elle aussi, et a décidé d’éviter au maximum Minas Tirith, où elle devine que son père a dû aller directement la chercher…Vêtue d’une tunique brodée de confection maternelle, elle ressemblait à n’importe quel Rohirrim, nonobstant ses longs cheveux blonds…quoi qu’elle eût pu passer largement pour un homme dans cette tenue.

Elle savait qu’il lui faudrait suivre l’Anduin jusqu’aux montagnes, et là bifurquer vers l’ouest pour prendre l’ancienne route qui longeait les montagnes. Mais, pour l’instant, enveloppée dans sa cape bleu marine, elle passait pour un voyageur normal longeant les rives du fleuve…

 

Emyn Arnen…

 

Eowyn parcourt la pièce commune en tout sens, agitée comme elle ne l’a pas été depuis des années…comment n’a-t-elle pu voir que sa fille allait s’enfuir ? Qu’a-t-il bien pu se passer dans la tête si têtue de sa fille aînée ?

Une furieuse envie de pleurer la secoue, mais elle se retient, elle n’est pas femme à  baisser si facilement les bras…elle décide d’attendre Faramir, mais se jure que s’il revient bredouille elle ira elle-même ! elle ne peut laisser Eolain, si jeune encore, seule dans le vaste monde !

 

Plaines du Gondor

 

Faramir chevauche derrière son seigneur, attentif à tout bruit, à tout signe qui lui indiquerait la présence de sa fille, ayant assez été Ranger pour le savoir. Il soupire discrètement : Décidément Eolain est celle qui ressemble le plus à sa mère, en tout à ce qu’elle était quand il l’avait connu, dure, digne et combattante…c’était une drôle d’ironie, vu le départ difficile qu’elle avait fait dans la vie…

 

Palais d’Emyn Arnen, seize ans plus tôt…

 

Faramir fait les cent pas devant la porte de la chambre où Eowyn est en travail depuis plus d’une vingtaine d’heures…tout à l’heure, il a vu sortir des servantes avec des serviettes tachées de sang, et cela n’est pas de bon augure, il le sait…

Ce qui le soucie encore plus, c’est qu’il n’entend plus Eowyn crier : que s’est-il donc passé ? un courant froid s’empare de lui…si Eowyn venait à mourir…

Il sent alors quelque chose lui toucher le pantalon…il baisse les yeux et voit son fils aîné, Aragorn Theoden, deux ans, seul…l’enfant est proche de pleurer et dit :

« Papa…veux maman… »

Faramir se penche, prend l’enfant dans ses bras, et le serre contre lui. Il ne peut rien lui dire…comment lui dire d’ailleurs que sa mère risque de mourir ?

Il ramène l’enfant à sa gouvernante qui le cherche, et retourne à la porte, errant comme une âme en peine…cette fois, Eowyn crie, ce cri perçant lui transperce l’âme jusqu’au tréfonds…puis le silence, qui s’éternise…

Longtemps après, la sage-femme ouvre la porte, le tablier taché de sang, et l’invite à entrer. Elle dit :

« Je suis désolé, Monseigneur, l’enfant n’a pas survécu car il avait le cordon autour du cou…c’était une fille… la princesse survivra, mais elle a perdu beaucoup de sang et devra se reposer longuement…»

Et elle lui montre un tas de linges, dans un coin, sur lequel est posé un nourrisson mort…Faramir s’approche d’Eowyn, plus pâle que jamais, et l’embrasse tendrement, sans dire un mot, car il en est incapable, puis il s’approche du tas de linges ensanglantés, et soulève l’enfant pour le serrer contre lui une fois avant qu’on ne l’emporte…sa fille…elle était si jolie, avec ses traits parfaits elle aurait ressemblé à sa mère…il baisse la tête alors que les larmes coulent sur son visage. Soudain, un vagissement, très faible, et un mouvement sous ses doigts…il pense rêver, et ouvre les yeux pour s’apercevoir que l’enfant donné pour mort est vivant !

Riant et pleurant à la fois, il s’écrie :

« Vite ! elle vit, réchauffez-la !!!! »

La sage-femme s’approche, et enveloppe l’enfant dans une couverture chaude…réchauffée, la petite fille se met à crier franchement, déclenchant les larmes de soulagement de sa mère…

Faramir la reprend dans ses bras, et l’amène à Eowyn qui la serre contre elle, tellement soulagée de la savoir vivante…puis, laissant Eowyn se reposer, Faramir prend lui aussi sa fille dans ses bras et déclare :

« Tu t’appelleras Eolain, et puisses-tu être aussi forte que ta maman ! »

Eolain ouvre alors les yeux, et un seul regard de son père dans ses yeux gris suffit à le conquérir à jamais…

 

            Faramir secoue la tête…celle qui était la plus chétive à la naissance est devenue la plus forte de ses filles, et elle en remontre même parfois en escrime à son frère aîné. Et pourtant…pourquoi s’est-elle enfuie ainsi ? Il n’avait pas eu l’impression qu’elle était malheureuse…

Soudain, Elessar lui demande :

« Vous n’auriez pas une idée de là où elle a pu aller ? »

Faramir réfléchit et dit :

« Peut-être en Rohan, elle adore son oncle, qui est aussi son parrain… mais la route est longue et dangereuse, il y a les brigands des montagnes d’Anorien… »

Elessar pense qu’Eldarion a pu aller dans la même direction…son intuition le lui dit, et il a toujours appris à l’écouter…s’il pense qu’il sera l’artisan de sa mort, comme le lui a appris Eladiel un peu plus tôt, juste après en avoir parlé à sa mère, il cherchera à s’éloigner le plus possible, et la route du Rohan est la seule qu’il connaisse…

Pourtant, le jour baisse déjà, et il est temps de s’en retourner vers Minas Tirith…Elessar a lancé son parent Halbarad, chef des Rangers, à la recherche d’Eldarion, et Faramir la meilleure garnison de Rangers d’Ithilien à la poursuite d’Eolain parce que tous deux ne peuvent rester absents…et, au fond d’eux-mêmes, ils espèrent que leurs enfants sont rentrés et les attendent…

Hélas ! ce n’est le cas pour aucun des deux…Faramir découvre, quant à lui, avec effarement que son épouse aussi  a disparu ! Eowyn a pris son harnois de guerre, son épée, son cheval et est partie chercher elle-même sa fille !

Alors Faramir s’effondre dans un fauteuil et se met à sangloter comme une âme en peine…il sent soudain des bras autour de lui, ils appartiennent à sa fille et à ses deux fils, tous ont les larmes aux yeux…Faramir regarde alors ses enfants et dit :

« Je vais retrouver votre sœur, ne vous inquiétez pas… allez vous coucher, et priez pour elle… »

Boromir Eomer s’approche et, embrassant son père, dit :

« Comme ça tu auras plein de courage, papa… »

Faramir embrasse son fils cadet et dit :

« Merci, mon garçon… »

Aragorn Theoden intervient :

„Père, laisse-moi aller avec toi !“

Mais Faramir refuse :

« Tu dois rester ici avec ta sœur et ton frère…qui protègerait la famille si je venais à disparaître ? je te les confie, mon fils… »

Aragorn, frustré, obéit cependant à son père…

Les enfants quittent la pièce…Faramir s’approche du feu, et reste là, plongé dans ses pensées…un bruit d’éperons le fait relever la tête, et entre Eowyn, vêtue de mailles, l’épée au côté. Ses cheveux sont dénoués, son visage gris de poussière et décomposé…Faramir vient à elle, et, sans un mot, la prend dans ses bras et la serre contre lui.

Eowyn lève la tête et dit :

« J’ai parcouru tout l’Ithilien, pas une trace d’Eolain ! »

Faramir regarde au fond des yeux gris de son épouse et dit :

« Nous la retrouverons…et nous l’écouterons… »

Des larmes montent aux yeux d’Eowyn, mais elle se maîtrise rapidement et dit :

« Nous ne pouvons plus rien faire pour l’instant… »

 

Anorien…

 

Eldarion a fait un feu, a capturé un lapin et le fait cuire…seul dans la plaine, d’un coup sa famille lui manque, Eladiel, Eowyn, les jumelles, mais il se reprend vite, c’est pour les sauver qu’il est parti…

Derrière lui, les montagnes noires semblent se rapprocher…

 

            Eolain, elle, continue sa chevauchée, mangeant même à cheval les quelques biscuits qu’elle a emportés…elle sait qu’il y a des brigands, et elle veut passer le plus vite possible l’Anorien. Une fois dans la grande plaine du Rohan, elle ne risquerait plus rien…

 

·        Enlevés !

 

Soudain, Eolain s’arrête : elle a entendu quelque chose, derrière elle…mais ensuite, quand elle s’arrête, plus rien…

Elle sort son épée, prête à parer à toute éventualité…mais le bruit s’arrête, étrangement…cependant, Eolain garde son épée en main, on ne sait jamais…

Soudain, des torches s’allument, et son cheval est encerclé…Tempestwind hennit, se cabre, mais ne peut plus avancer ni reculer…

Un homme s’avance, en haillons, l’air effrayant, le visage couturé de cicatrices et un sourire méchant sur le visage :

« Où vas-tu à cette heure, beau et riche cavalier ? »

Eolain répond, avec autant de noblesse qu’elle peut :

« Où je vais ne regarde que moi, mais, si tu ne me laisses pas partir, tu le regretteras ! »

Tempestwind encense, et Eolain tient ferme la garde de son épée…mais l’homme reste devant le cheval…alors Eolain n’hésite pas, elle lève son épée et hurle :

« Pour Eomer et pour Rohan !! »

Et elle part droit en avant, bousculant l’homme…son cheval semble voler au-dessus de la plaine, mais il ne va pas loin, des bolas lui coupent l’élan et Eolain, projetée à terre, s’assomme…

Quand elle se réveille, elle s’aperçoit avec honte que ses vêtements lui ont été retirés, et qu’elle est couchée sous une tente…son lit lui-même est d’une propreté douteuse. Avec panique, elle s’interroge : que lui ont-ils fait ?

Les échos d’une conversation lui parviennent alors :

« Tu es sûre qu’elle est vierge ?

-Absolument sûre…

-Alors elle vaudra encore plus cher…va t’occuper d’elle, et prends-en soin, mon petit doigt me dit que cette prise-là est la prise de notre vie… »

Une femme entre alors dans la chambre, et dit :

« J’vois qu’tu es réveillée, ma jolie…tiens, enfile ça ! »

Et elle lui jette ses vêtements…Rouge comme une pivoine, Eolain se rhabille rapidement. L’autre femme lui demande alors :

« Tu viens du Rohan ? »

Mais Eolain refuse de répondre, tentant de ne pas céder à la panique qui l’envahit de plus en plus…elle est prisonnière d’une troupe de brigands qui veulent la vendre…mais ce qu’elle a entendu l’a rassurée, il ne lui ont rien fait…

Cependant, la situation n’est pas encourageante, comment s’échapper d’ici ? de plus, elle n’a aucune idée d’où cet ‘ici’ se trouve…

Elle a soudain l’impression qu’il lui manque quelque chose, et tâte frénétiquement son cou…son médaillon ! il n’est plus là ! ce bijou lui est très précieux, elle l’a depuis sa naissance, son père le lui a offert…tous ses frères et sœurs ont le même, avec leur nom marqué dessus, et de l’autre côté les armoiries de l’Ithilien. Une voix ironique vient alors de derrière elle :

« C’est ça que tu cherches ? »

Elle se retourne, et voit la femme qui tient le médaillon d’argent dans sa main…celle-ci la regarde et dit :

« Mon œil me dit qu’on a fait meilleure prise qu’on pensait… »

Elle s’approche d’elle et dit :

« Qui es-tu alors, ma jolie ? »

Mais Eolain refuse de répondre…cette femme ne l’intimide pas le moins du monde ! alors Eolain comprend : elle ne sait pas lire, sinon elle aurait lu son prénom sur le médaillon…elle doit gagner du temps, vite, et donner un faux nom…quel est son second prénom, déjà ? ah, oui, celui de sa grand-mère maternelle…cela fera croire qu’elle vient du Rohan, et brouillera les pistes…comme à contrecœur, elle répond :

« Je suis Thenon… »

La femme réfléchit et dit :

« Encore un nom impossible, ça, bien du Rohan… »

Malgré l’insulte faite à la mémoire de sa grand-mère maternelle, Eolain ne dit rien…l’urgent maintenant était de se sortir de là, de récupérer son cheval et son épée et de filer d’ici le plus vite possible…

 

Anorien

 

Eldarion continue, vaille que vaille, dans la plaine, malgré sa fatigue…il a enfin trouvé la longue route qui mène à Edoras au moment où le soleil se lève sur le second jour de son périple…il sait, pour l’avoir entendu dire, qu’il faut trois jours pour aller de Minas Tirith à Edoras. Il est à peu près à mi-chemin de son périple, mais sait que ces alentours sont dangereux, alors il presse l’allure…mais pas assez, apparemment, lui aussi se retrouve entouré de brigands, qu’il n’a pas entendu arriver et qui lui coupent la retraite…Le chef dit alors :

« Eh bien, dire qu’on ne voit jamais personne et que c’est notre deuxième prise en peu de temps…eh bien, riche jeune homme, tu me parais bien pressé…où vas-tu donc si richement vêtu ? »

Eldarion retient son cheval, et sort son épée, prêt à charger…il ne sera pas dit qu’un prince de la maison d’Elendil se rendra sans combattre ! il n’a pas l’intention d’épargner qui que ce soit…et surtout pas de répondre non plus ! Soudain, il fait cabrer son cheval et s’élance droit devant lui, en donnant un coup d’épée à chaque brigand qui lui barre le passage…il est précis et ils tombent, lui libérant le passage où il s’élance…des bolas passent à côté de lui, mais il parvient à les éviter car il les entend avec son ouie de demi-elfe…mais il ne peut éviter le piège qu’il ne voit pas ! il a à peine le temps de s’en rendre compte qu’il est au fond d’une fosse, tombé sur son cheval…par chance, la pauvre bête n’a rien de cassé, et a amorti la chute de son maître…Eldarion pose sa main sur sa tête, la secoue et entend un rire sardonique au-dessus de lui :

« Eh bien, le petit monsieur ne fait déjà plus le fier ! sortez-le de là ! »

Deux hommes descendent, qui ligotent Eldarion malgré tout ce qu’il fait pour se défendre…le chef tâta de l’étoffe de la tunique de velours de l’adolescent, puis remarque :

« Tiens, le noir et argent ainsi que l’Arbre du Gondor…serais-tu un messager ? »

Mais Eldarion refuse de répondre…le chef dit alors :

« Emmenez-le ! »

Ils le jettent sans ménagement sur le bât d’une mule, puis sortent son cheval à l’aide d’un palan de bois et prennent une direction inconnue…

Eldarion se rend compte de sa situation…Pourtant, il sait bien que garder sa tunique de velours, si elle lui a servi pour sortir sans encombre de Minas Tirith, n’était pas une bonne idée pour voyager si loin ! il a entendu son père parler des brigands d’Anorien à plusieurs reprises, qui apparaissent et disparaissent comme un souffle d’air, et voilà que c’est lui-même qui en est la victime…

Arrivés au camp, des cavernes dans la falaise, on le descend sans ménagements de sa monture, on le transporte et on le jette comme un sac à l’intérieur d’une grotte fermée par une solide porte de fer…il s’assomme légèrement en tombant sur le sol, mais reste conscient.

La pièce est éclairée par une seule torche et, quand il s’assied, il peut voir que son mobilier est des plus rudimentaires, trois lits, une table et deux tabourets…

Sur l’un des lits, quelqu’un est assis…Eldarion s’assied tant bien que mal, et regarde la personne, une jeune fille, qui le regarde aussi…il lui semble qu’il la connaît, mais ne sait pas d’où, car elle est vêtue à la mode de Rohan. Mais la jeune fille demande alors :

«Êtes-vous de Gondor, comme je le vois à votre livrée ? »

Eldarion acquiesce, et demande à son tour :

« Je suppose que vous êtes de Rohan ? »

Mais Eolain secoue la tête :

« Non, je viens d’Ithilien, et je me rendais à Edoras quand les brigands m’ont prise… »

Décidément, le visage d’Eldarion lui rappelle quelqu’un…Eldarion, de son côté, a la même impression…Soudain, le regard d’Eolain tombe sur le médaillon que porte Eldarion, l’Evenstar, elle s’approche et demande :

« D’où tenez-vous ceci ? »

Surpris, le prince répond :

« De ma mère… »

Alors l’évidence saute aux yeux d’Eolain qui s’écrie en mettant genou à terre de façon plus digne, contrastant complètement avec les élégantes révérences qu’on lui a apprises :

« Prince Eldarion ! »

Alors Eldarion reconnaît la jeune fille qui est devant lui…

« Eolain d’Ithilien ! ça alors ! vous aussi ils vous ont pris… »

Bien que ce ne fût absolument pas le moment, Eldarion se dit qu’Eolain n’avait plus rien à voir avec la petite fille farouche qu’elle était lors de leur dernière rencontre et à laquelle il s’était amusé à mettre le feu aux cheveux, aidé par son frère, Aragorn Theoden…

Eolain dénoue les liens d’Eldarion et dit :

« Ils vont nous vendre aux pirates d’Umbar… »

Le prince se masse les poignets pour y rétablir la circulation et demande :

« Combien sont-ils, dans ce camp ? »

Eolain secoue la tête en signe de dénégation :

« Je ne sais pas, Altesse… »

Eldarion dit alors :

« Pas de révérence inutile, nous ne sommes pas au palais…appelez-moi tout simplement Eldarion et tutoyez-moi… »

Eolain sourit  et dit :

« Seulement si vous…enfin tu…me tutoies aussi et que vous…tu m’appelles Eolain… »

Disant cela, elle se sentait horriblement gênée…on lui avait toujours appris à se comporter correctement en face d’une personne de la famille royale, et à plus forte raison en face du prince héritier, et elle découvrait que justement ce fameux prince héritier n’avait pas l’air d’aimer les cérémonies ni l’étiquette…

Mais elle n’a pas le temps de se poser davantage de questions, la porte s’ouvre, un énorme brigand charge Eldarion sur son dos et l’emmène auprès du chef…celui-ci regarde longuement l’adolescent, puis demande :

« Où te rendais-tu, mon joli ? tu m’as l’air richement vêtu, pour un messager, peut-être es-tu de famille noble, dans ce cas nous pourrions peut-être nous arranger… »

Mais Eldarion ne répond rien…juste avant d’être emporté, il a pris la précaution de glisser dans sa poche l’Evenstar, qui ne manquerait pas d’attirer l’œil du brigand, elle lui est trop précieuse…droit et digne, il ne répond pas…peu lui chaut d’être frappé.

Le brigand dit alors :

« Quel est ton nom, jeune garçon ? »

Eldarion a la même réaction qu’Eolain : donner un faux nom, le sien étant par trop rare et connu…il table sur son second prénom, qui est celui de son grand-père paternel…

« Je suis Arathorn, fils d’Elrond… »

Un léger mensonge, mais il savait que, vu la situation, son grand-père paternel, maintenant vivant au Valinor, ne lui en voudrait pas du tout…ni son grand-père paternel, d’ailleurs, qui fut un courageux guerrier du Troisième Age.

Le brigand le regarde et dit :

« Mmm, tu descends des Elfes, il suffit de voir le nom de ton père…que viens-tu faire par ici… »

Là encore, Eldarion décide de gagner du temps :

« Je me rendais à Edoras pour rendre visite à de la famille que j’ai là-bas… »

Le mensonge est plausible…le chef des brigands le renvoie alors, et il est de nouveau jeté sans ménagements dans la cellule froide et humide…

 

Minas Tirith…

 

Elessar fait les cent pas, il n’a pas dormi, et Arwen non plus…les enfants impuissants devant l’inquiétude de leurs parents ont finalement fini par tomber de sommeil sur les petites heures du matin…

Arwen s’approche de lui, et le serre contre elle, espérant ainsi le calmer…mais Elessar n’a pas été dans cet état depuis la naissance des enfants, et elle sait que rien ne le calmera que le retour de son fils…il se sent terriblement coupable de ce qui est arrivé…

La matinée est maintenant bien avancée, mais aucun Ranger n’est encore rentré…pourtant, malgré sa tristesse et sa culpabilité, Elessar doit assumer son métier de roi…laissant Arwen là, il se dirige d’un pas lourd vers son bureau…

Un froissement derrière elle…elle se retourne et voit là Eladiel et Eowyn, ses deux filles aînées…elles ont peu dormi, cela se voit à leur visage…elles se contentent de regarder leur mère sans rien dire…

Les jumelles arrivent enfin dans la pièce, encore froissées de sommeil, mais, dès qu’elles voient leur mère, elles ne peuvent s’empêcher d’éclater en sanglots…Arwen s’approche, et serre ses filles dans ses bras, ayant bien envie elle aussi de pleurer…

 

Ithilien…

 

Faramir, les yeux grands ouverts, tient dans ses bras Eowyn, qui a fini par s’endormir…il a beau se dire qu’Eolain est une maîtresse à l’épée et à cheval, cela ne le rassure pas vraiment, car il connaît les brigands de l’Anorien, elle serait une proie de choix pour eux…

Eowyn bouge doucement contre lui, et ouvre les yeux avant de dire, d’une voix ensommeillée :

« Tu n’as pas dormi, n’est-ce pas ? »

Faramir secoue la tête…Eowyn dit alors :

« Fais confiance à ta fille…comme tu le dis toujours elle me ressemble, à son âge je me débrouillais seule depuis longtemps… »

Mais Faramir sait bien qu’Eolain n’est pas Eowyn…il se lève, boucle son ceinturon et sort de la pièce d’un air morne…Eowyn reste seule, à réfléchir : bien que Faramir aime tous ses enfants de la même façon, il a toujours eu une préférence-consciente ou inconsciente-pour Eolain, la miraculée…elle ne peut l’en blâmer, elle-même s’en est beaucoup occupée pendant sa petite enfance…

Un adage populaire dit qu’une mère préfère toujours son enfant le plus fragile…et pourtant, Eolain est devenue la plus forte de ses filles, comme pour faire un pied de nez au destin…

Elle entend soudain la porte s’ouvrir, et des petits pas…Boromir Eomer, sept ans, entre dans la pièce en se frottant les yeux…il sourit en voyant sa mère, et vient se blottir dans ses bras…Eowyn le serre contre elle en se disant que son dernier fils, malgré les allures de grand garçon qu’il se donne, a encore besoin de la tendresse de sa maman…

Boromir lève alors la tête vers sa mère et demande :

« Où elle est partie Eolain, maman ? »

Que répondre à cela ? elle voudrait rassurer son fils cadet, mais elle estime qu’il a le droit de savoir une partie de la vérité…elle regarde l’enfant et lui dit :

« Eolain est partie mais ne t’inquiète pas, elle reviendra bientôt… »

Boromir semble se satisfaire de l’explication maternelle…il se serre contre sa mère et se rendort, satisfait…

Faramir arrive alors, et ne peut s’empêcher de sourire en voyant le joli tableau formé par l’enfant endormi et sa mère qui le regarde tendrement…il vient s’asseoir doucement près d’eux et embrasse son fils, puis son épouse, sans dire un mot…

 

Anorien…

 

A l’aube, les brigands éveillent brutalement les deux adolescents, les ficellent soigneusement et les jettent sans ménagements sur le bât d’une mule…avec colère, Eolain aperçoit son épée, Elewinë, qui lui est si précieuse, au côté d’un des truands, et elle n’a qu’une envie : la récupérer pour qu’elle ne soit pas davantage déshonorée par les sales pattes de cet homme…mais comment faire ?

Eldarion a la même réaction en voyant sa propre épée, Eärendil, dont le pommeau précieux brille au côté du chef des brigands…

Quelques heures de marche et l’on atteint le fleuve…Là est ancré un bateau aux voiles noires : les pirates d’Umbar sont au rendez-vous…

 

Palais de Minas Tirith…

 

Halbarad se tient agenouillé devant son parent et seigneur…ses vêtements et son visage sont poussiéreux, il vient visiblement de faire une longue chevauchée…

« Majesté, j’ai retrouvé le prince, il a été fait prisonnier par les brigands de l’Anorien qui se dirigeaient vers le fleuve, sans doute dans l’intention de les vendre aux pirates d’Umbar…j’ai laissé quelques hommes là-bas, ils le délivreront dès que l’occasion se montrera… »

Faramir, assis sur son siège, en bas du trône, demande alors :

« Ma fille n’était-elle pas avec lui ? »

Halbarad regarde alors l’Intendant et lui répond :

« Justement, j’y venais, Altesse…l’un de mes hommes l’a reconnue, elle est là bas aussi… »

Faramir respira, tout en se rendant bien compte que la situation n’était pas gagnée : il fallait maintenant les libérer…

Elessar se leva, et dit d’un ton sans appel :

« Rassemblez les unités d’élite, nous y allons ! Faramir, tu prendras le commandement des Rangers…droit à l’Anduin et sus aux pirates !! »

 

Rives de l’Anduin

 

Eldarion et Eolain sont jetés à bas de la mule, et emmenés dans une tente, non loin de là…celle-ci est séparée en deux, et Eolain est emmenée d’un côté.

Là, des femmes l’attendent, elles tiennent un costume d’un bleu diaphane, destiné sans nul doute à mettre en valeur les formes juvéniles de la jeune fille afin d’en tirer le meilleur prix…

Eolain rougit jusqu’à la racine des cheveux …elle est femme depuis plusieurs années déjà mais c’est une chose à laquelle elle déteste penser et qu’elle cache soigneusement sous des vêtements d’homme. Pourtant, malgré sa résistance, elle se retrouve vite dépouillée de ses vêtements et habillée d’une sorte de shalwar de voile bleu, d’un soutien gorge orné de perles pendantes du même bleu et d’une chemise transparente qui lui couvrait le torse sans toutefois cacher l’essentiel et dont l’une des femmes noua les pans autour de la taille de l’adolescente.

Puis elles s’attaquent à sa longue chevelure blonde nattée, la dénouent et la brossent soigneusement avant de la coiffer et de poser dessus un léger voile bleu qui complète la tenue.

Eolain est atterrée, essayant de retrouver un semblant de maîtrise d’elle-même…mise ainsi en valeur, elle était belle, mais elle avait toujours refusé cette idée, se voyant plutôt comme une cavalière et une guerrière. Et voilà que ce costume la révèle dans toute sa féminité, dans tout ce qu’elle ne veut pas être, qu’elle se refuse à être !

De l’autre côté de la tente, on nettoie le visage d’Eldarion et on lui enlève sa tunique, le laissant juste en pantalon. Eldarion garde précieusement dans sa poche l’Evenstar, chose la plus précieuse qu’il possède en dehors de son épée.

Puis on le pousse dehors, toujours ligoté…le chef des brigands est en grande conversation avec celui des pirates, mais il n’entend pas de là où il est ce qu’ils se disent. Il tourne la tête, cherchant du regard Eolain. Que peuvent-ils bien en avoir fait ?

Soudain, elle apparaît, captant tous les regards comme la Dame de la Forêt d’Or…ses cheveux blonds brillent au soleil, et elle marche droit, digne, comme une princesse elfe tout droit sortie de la Lothlorien. Captivé, Eldarion reste les yeux fixés sur elle, incapable d’en détacher ses yeux écarquillés…

Le chef des pirates s’approche, lui  relève le visage assez rudement, sourit méchamment et demande au brigand : 

« Combien pour cette petite merveille ? »

Eolain sent ses jambes se dérober sous elle…elle réfléchit rapidement à un plan d’action, mais son esprit reste désespérément vide.

Le chef des brigands dit alors :

« 30 barres d’or pour elle. »

Le pirate répond :

« C’est trop cher… »

Mais le brigand ne se laisse pas démonter et déclare :

« Elle est vierge et elle vient du Rohan, cela devrait te satisfaire et donc valoir ce prix-là… »

Soudain, Eolain s’aperçoit qu’Eldarion la regarde, et, terriblement gênée, rougit. L’adolescent est tout aussi gêné qu’elle en se rappelant qu’il est aussi assez peu vêtu.

Les deux hommes palabrent encore, ce qui permet à Eldarion d’échafauder un plan…étant demi-elfe, il possède quelques petits pouvoirs, entre autres celui de dénouer les cordes, sans avoir bien sûr les pouvoirs de divination de sa sœur aînée. Mais dénouer les cordes lui suffira pour cette fois. Pourtant, il n’arrive pas à se concentrer, la vision d’Eolain vêtue-ou plutôt dévêtue, en fait- ainsi est trop proche de lui, il peut même sentir son parfum…son cœur bat à tout rompre et il s’aperçoit -non sans honte- d’une manifestation imprévue d’une partie de sa personne. Pris de panique, il respire à fond et parvient à endiguer l’éveil de ses hormones masculines pour enfin parvenir à réfléchir clairement…

 

Plaines du Gondor

 

Elessar et Faramir, à la tête de plusieurs dizaines d’hommes, essentiellement des Rangers mais aussi des soldats, chevauchent en suivant l’Anduin. Les deux pères sont résolus, aucun pirate n’en réchappera…

Au côté d’Elessar, pend Anduril, brillante, l’Epée Reforgée qui accomplit autrefois tant de bons et loyaux services pendant la Guerre de l’Anneau, et il n’a pas l’intention de la laisser au fourreau cette fois encore, les brigands ont du souci à se faire, dans cette arme réside l’esprit de sa dynastie, il doit la transmettre à Eldarion…après lui avoir dit sa façon de penser, bien sûr. Ce garçon lui aura donné bien des cheveux blancs, cette fois.

Faramir, lui, est habité d’une sourde rage envers ceux qui ont enlevé sa fille, mais Eolain aura droit elle aussi à une explication salée, après tout c’est elle qui s’est mise seule dans cette situation en s’enfuyant…

Les deux hommes se croient revenus dix-neuf ans auparavant, à l’époque où ils devaient défendre le Gondor contre Sauron. Elessar porte d’ailleurs la même armure, bleue à liséré argent avec l’arbre blanc du Gondor et les sept étoiles brodées sur la poitrine…

Quant à Faramir, il porte sa tenue de guerre blanche et bleue ornée de l’arbre blanc du Gondor…

Tous chevauchent en silence, mais la tension est bien palpable…de plus, cela fait des mois qu’ils courent après les pirates d’Umbar et les brigands d’Anorien, et en éliminer un des deux rendrait leur confiance aux hommes…

 

Camp de l’Anduin

 

Eolain, si gênée qu’elle est incapable de bouger, observe le pirate qui la déshabille lentement du regard, détaille ses formes juvéniles…il soulève le voile, caresse ses cheveux blonds brillants, observe les yeux gris de la jeune fille avec un rictus de satisfaction…

Eldarion, lui, a fermé les yeux pour se concentrer et dénouer le nœud de la corde qui retient ses mains et ses pieds. Sa mère lui a toujours dit qu’il fallait pour se concentrer imaginer des lieux chers au cœur ou des personnes aimées, devant ses yeux défilent alors le palais de Minas Tirith, le jardin, le bureau de son père, les visage souriants de ses parents, de ses sœurs.

Son pouvoir se révèle alors, et les cordes se dénouent. Profitant que l’attention de tous est attirée par Eolain, il rampe vers l’abri le plus proche, une tente. Regardant par l’ouverture entrebâillée, il repère son cheval et le brigand qui porte son épée, puis examine autour de lui pour trouver une arme ou quelque chose…il ne trouve qu’un bâton, mais c’est mieux que rien.

Il sort l’Evenstar de sa poche, le remet autour de son cou, le serre dans son poing et observe ensuite ce qui se passe dehors…le pirate lutine toujours Eolain, et tous les brigands se sont rapprochés de lui, ce qui facilite sa tâche.

Alors Eldarion ne doute plus : il franchit la porte de la tente, encore torse nu, et étale raide assommés les premiers brigands qu’il rencontre. Le chef des brigands s’écrie alors :

« Rattrapez-le !! »

Mais Eldarion, plus léger qu’eux, est également assez bien entraîné à l’art de la guerre. Il fauche d’un geste preste le chef des brigands, et lui reprend Eärendil dans son fourreau elfique. Il tient énormément à cette épée, elle fut forgée par son grand-père, Elrond, le jour de sa naissance. Il court à Eolain, tue le chef des pirates qui a attenté à sa pudeur et la pousse derrière lui…puis il regarde les pirates et les brigands ricanants qui se rapprochent de lui et dit, l’épée fermement tenue en sa main :

« Vous n’aurez pas le dessus, hommes vils, car je suis Eldarion, fils d’Elessar le Régénérateur, et je vais désormais vous empêcher de profiter de la faiblesse de voyageurs sans défense…La lumière d’Eärendil vous brûlera ! »

Mais Eolain n’entend pas se faire défendre ainsi sans rien faire. Elle bondit prestement, arrache Elewinë des mains du brigand qui la tient et se met en garde à côté d’Eldarion en disant :

« Mon nom est Eolain, fille de Faramir, et la lame de mon épée Elewinë finira tachée de votre sang, au nom de ma mère et de la Marche ! »

Elle sait qu’avec sa tenue transparente elle n’est pas vraiment en condition pour combattre, mais elle ne veut pas se laisser défendre, ça jamais ! il ne sera pas dit qu’elle devra son salut à un homme, dût-il prince héritier…

Mais cette fois Eldarion ne se laisse pas distraire, il est concentré, l’œil aux aguets et observant les pirates et les brigands s’approcher…le chef de ceux-ci dit alors :

« Ce n’est pas deux enfants, fussent-ils princes, qui vont nous faire peur, nous allons vous faire rentrer vos bravades dans la gorge et venger notre camarade !! »

Mais les deux adolescents sont résolus, ils s’échapperont ou vendront chèrement leur vie. Eldarion pare, se fend, esquive avec une agilité diabolique, profitant de la lourdeur des brigands qui chargent sur lui. Eolain combat elle aussi, et on reconnaît la marque de sa mère dans sa technique : léger, précis. Ils ont choisi de combattre dos à dos pour mieux pouvoir se défendre, et nombre de brigands et de pirates tombent sous leur lame…cependant, ils sont à deux contre cent, et se laissent déborder.

Pendant que les brigands se rapprochent lentement, pour mieux jouir de leur victoire, Eldarion se retourne, regarde Eolain, lui prend la main et lui dit :

« Vous êtes la meilleure et la plus belle combattante que j’aie jamais vu…si je dois mourir, je suis heureux que ce soit en si belle compagnie… »

Eolain rougit violemment, mais n’a pas le temps de répondre, la bataille reprend de plus belle…Eldarion, crie alors le cri de guerre de sa famille :

« Elendil !! Eärendil pour Gondor !!! »

Eolain hurle alors après lui :

« Elewinë pour la Marche et l’Ithilien !! »

Eärendil scintille dans le soleil, brillante et brûlante comme lui…plusieurs fois, Eldarion sent la morsure de l’acier sur sa peau, et commence à ruisseler de sang, mais ce ne sont pas de graves blessures et il sait qu’il peut résister bien plus longtemps qu’un homme normal à cause de ses ascendances. Eolain elle aussi est blessée, à cause du peu de vêtements qu’elle a sur le corps, mais cela ne l’arrête pas elle non plus, elle veut être digne jusqu’au bout, digne de son père qui combattit l’Ennemi jusqu’au bout au risque de sa propre vie, digne de sa mère qui tua le Roi-Sorcier d’Angmar et manqua mourir…

Mais, aussi déterminé qu’ils fussent, leur résistance faiblit, les brigands et les pirates commencent à avoir l’avantage…

C’est alors qu’un bruit formidable ébranle la plaine, le cor sonne, et Eldarion s’écrie :

« Elessar ! Elessar pour le Gondor !! »

Faramir et Elessar ont ordonné la charge à la vue du camp des brigands, ce qui a produit ce formidable ébranlement…tous deux ont levé leur épée et chargent droit devant, tuant les pirates et les brigands qui essaient de s’enfuir. Ils ont ordonné à dix hommes de sécuriser la zone où se trouvent Eolain et Eldarion, mais ne s’attendent pas du tout au spectacle qu’ils trouvent : Eldarion, torse nu, l’épée à la main, ruisselant de sang, et Eolain, presque dévêtue, les voiles déchirés et toute aussi sanglante que son compagnon d’infortune.

Elessar et Faramir savent que le temps des explications n’est pas venu, pas encore tout du moins, il importe maintenant de mettre en sécurité les deux fuyards et de les faire soigner. Envoyant une escouade poursuivre les derniers survivants, ils mettent pied à terre, demandent des couvertures et enveloppent les adolescents qui n’ont plus la force de se défendre ni même de protester. Puis ils font récupérer les deux chevaux qu’ils avaient, et prennent la route du retour…

Eldarion et Eolain, épuisés par le combat et les émotions, sombrent vite dans le sommeil, et leurs pères respectifs chevauchent sans mot dire, plongés dans leurs pensées. Faramir regarde la tête blonde de sa fille qui brinquebale sur son épaule, et se demande ce qui a bien pu la pousser à s’enfuir ainsi…a-t-il à ce point été un si mauvais père ? a-t-il favorisé son aîné, comme son propre père l’avait fait ? Comment n’a-t-il pu voir la souffrance de sa fille ?

Cela l’agite tellement qu’il sent les larmes lui venir aux yeux…

Elessar tient fermement le corps de son fils endormi devant lui, et le regarde en désirant savoir ce qui s’est passé au fin fond de cette tête brune pour le pousser à partir du château. Eldarion est un adolescent équilibré, un simple rêve, fût-il horrible, n’aurait pu le jeter ainsi sur les routes…se souvenant brusquement de la description que sa fille aînée lui en a faite, il comprend qu’en fait ce rêve cristallise toutes les peurs et les craintes d’Eldarion, il n’est en rien prémonitoire, car lui-même sait quel sera son destin. Eldarion craint d’être indigne de son père, d’être un mauvais roi, c’est cela que le rêve veut dire, et, au vu des pouvoirs prémonitoires qui se transmettent de la famille depuis des générations et dont il pense avoir hérité, il a vu dans ce rêve la signification qu’il n’avait pas.

Elessar a compris la leçon : désormais Eldarion fera les choses à son rythme, il est peut-être encore un peu tôt pour lui apprendre certaines choses. Le plus urgent est de poursuivre son éducation, en faire un roi capable viendra plus tard. Pourtant, il a été impressionné par la maîtrise de l’épée que son fils a démontré, et il se promet de ne pas oublier de le lui dire, il sent aussi qu’Eldarion a besoin de se sentir valorisé. Il est vrai également qu’il n’a pas encore vraiment de  pouvoirs elfiques à l’âge où ceux de sa sœur aînée s’étaient manifestés, peut-être cela le tourmente-t-il aussi.

            Au palais, tout en haut de la Tour Blanche, Arwen attend le retour des deux hommes de sa vie. Elle a laissé les jumelles sous la garde de leurs sœurs aînées, et elle attend, scrutant l’horizon de ses beaux yeux bleus. Son cœur de mère est inquiet, mais elle sait qu’Eldarion est vivant…

Elle se souvient de sa naissance comme dans un songe, le cri triomphant du nouveau-né au bout de dix-sept heures de travail, l’exclamation de la sage-femme qui annonce avec joie que c’est un fils, l’ordre d’Elessar à son aide de camp et le début des cent un coups de cloche saluant la naissance d’un fils. Puis la clameur du peuple au vingt-sixième coup, découvrant que le royaume de Gondor avait un héritier légitime…

Puis on lui avait apporté Eldarion, tout lavé de frais, beau bébé au duvet brun et aux yeux bleus, et elle avait su à cet instant que son destin était rempli, la vision qu’elle avait eu autrefois se réalisait. Elessar était alors entré, s’était assis près d’elle et l’avait serrée contre lui, il était tellement ému qu’il était proche des larmes. Il l’avait embrassée, puis avait regardé longuement son héritier avant de le prendre dans ses bras traditionnellement et de dire :

« Tu t’appelleras Eldarion, mon fils… »

Ce prénom, lourd de sens car il signifiait ‘fils des Eldar’, avait été choisi de concert par les deux parents, et il avait été décidé, comme second et troisième prénom, de lui accoler ceux des deux grands-pères, Arathorn et Elrond.

Il y avait une phrase traditionnelle à prononcer, mais il ne le put pas…il se contenta de dire en elfique :

* « Bienvenue sur cette terre, mon fils, puisse-t-elle porter tes pas le plus longtemps possible » *

Arwen se souvenait de ce jour avec la même intensité qu’elle se souvenait de ses épousailles, en ce jour du Mitan de l’Année 3019 du Troisième Age, la clameur du peuple, le soleil, les bannières flottant dans le vent, Minas Tirith resplendissante de blancheur, la couronne brillante d’Elessar…

Elle n’eut pas le temps de poursuivre plus avant ses pensées, elle vit arriver l’escadron qui accompagnait Faramir et Elessar, et vit avec soulagement qu’ils avaient les enfants avec eux. Elle courut jusqu’au palais, prévint ses filles et attendit. Elessar entra alors, suivi de Faramir et de deux civières portant les enfants…Arwen s’approcha de son mari qui lui dit :

« Ils ont vaillamment combattu contre les brigands, mais ils sont blessés, il faut les soigner… »

Elessar était poussiéreux, fatigué, ce n’était pas le moment de lui parler…ils emmenèrent Eldarion dans sa chambre, alors qu’on étendait Eolain dans une autre. Là, les pouvoirs guérisseurs d’Elessar entraient en action : il descendit dans le jardin, cueillit des feuilles d’athelas fraîches et les chauffa dans sa main. Il rentra alors, alla s’asseoir auprès du lit de son fils, demanda de l’eau chaude et commença à écraser l’athelas, puis la répandit dans l’eau chaude. L’odeur fraîche et vivifiante de la plante se répandit alors dans toute la pièce. Il attendit que la décoction se fasse, puis nettoya avec un linge imbibé de cette potion les blessures de son fils, qu’il pansa soigneusement.

Puis il se rendit dans la chambre d’Eolain, dont il pansa également les blessures. Eowyn, qui avait été prévenue et était arrivée entre-temps, était assise au chevet de sa fille aînée sans dire un mot, elle le regardait faire. Quand il eût fini, elle lui demanda :

« Survivra-t-elle ? »

Car Eolain avait été blessée plus gravement qu’Eldarion. Elessar tourna son regard bleu vers Eowyn et lui dit :

« Ses blessures ne sont pas mortelles, tout dépendra de sa volonté maintenant… »

Eowyn hocha la tête…pour ces deux enfants, le temps des explications allait commencer, dès qu’ils seraient remis…

 

A suivre…

 

 

 

 


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