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Echec à la Dame
[Histoire En hiatus] | Auteur: Celebrian | Vue: 3062 |
| [Publiée le: 2005-07-13] [Mise à Jour: 2008-01-20] | ||
| AP | Romance/Drame/Général | Commentaires: 94 |
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Description: L'Histoire est faite par les vainqueurs. Méfiez-vous de ce que l'on écrit, méfiez-vous de ce que l'on dit. Il existe plusieurs types d'histoires. Celles que tout le monde connait, que l'on peut lire dans les livres. Et il y a les autres, que la plume n'a pas froissé, mais tout aussi subjectives sous les mots de personnages bannis de la mémoire des pierres tombales. Cette mémoire qui fait les choix qui l'arrangent... Car en effet, il y a des choix lourds de conséquences sans que l'on puisse revenir en arrière. Il faut alors chercher le bonheur jusque dans l'Ombre. Narcissa et Lucius en font la douloureuse expérience. La vie va parfois à l'encontre de ce que l'on ressent. Ce qui aurait dû être la plus belle des histoires d'amour vire au drame. Mais au final est-ce le bien ou est-ce le mal qui rit de l'autre? Ces notions existent-elles vraiment... Histoire anciennement nommée: "Pour toi, et malgré toi..." | ||
| Crédits: Aucun des personnages de cette histoire ne m'appartient. Ils sont la propriété de leur auteur J.K.Rowling. Et je tiens à rapeller que je ne tire aucun profit financier de cette fic dont le scénario, et l'histoire en général, m'appartiennent. |
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| << ( Préc ) |
Une pivoine tomba[4934 mots] |
Publié le: 2008-01-20 | |
| Taille du Texte: (+) : (-) | ||
Merci à Clairette pour son aide éclairée et sa bêta-lecture, si indispensable à mes yeux et aux vôtres.
Merci à Mimikaze, ma jumelle adorée, pour son soutient et ses idées.
Merci à Rinne pour ses encouragements.
Merci à tous ceux qui lisent et commentent cette histoire.
Merci à ceux qui ont eut la patience d’attendre la suite… pendant un an.
Bonne lecture à tous.
Celebrìan.
Une pivoine tomba.
L’ombre brune faisait les cent pas dans le sombre bureau. Les quelques chandelles qui lévitaient étaient presque entièrement consumées et l’odeur du souffre flottait dans l’air.
— Il y a un médaillon, probablement celui que nous avons vu dans ce vieux grimoire poussiéreux qui traîne sur vos étagères.
Une deuxième ombre se détacha du mur.
— Tu as probablement raison, le pendentif de Salazar est un bon choix. Reste à savoir où il a bien pu le cacher. Heureusement pour nous, ce vieux fou de Dumbledore a la fâcheuse manie de se débarrasser des souvenirs qui le travaillent trop dans sa pensine. Ses faiblesses le tueront.
La première silhouette, recroquevillée dans son manteau craintif, sembla acquiescer. Puis, elle alla se nicher dans un coin de la pièce si obscur, qu’elle ne faisait plus qu’un avec la cloison. Néanmoins, elle dut murmurer quelque chose puisque son interlocuteur répondit.
— Non, nous ne pourrons pas revenir en arrière et nous sommes seuls. Tiens le coup aussi longtemps que possible. Montre-toi digne de ton nom.
En retour, ce fut presque comme si c’était le faible souffle des cierges qui avait chuchoté.
— Notre nom…
— Oui. Nous agirons lorsque le mariage sera passé.
— Bien sûr.
Puis les voix s’éteignirent, tout comme les bougies dont la cire était entièrement consumée autour de l’antique secrétaire qui meublait la pièce.
…
Le mois de juillet s’annonçait et avec lui la nouveauté. De mémoires de veilles barbes, jamais on n’avait vu mois de juillet aussi pluvieux. Le temps était sinistre, les tempêtes s’enchaînaient et aucun sorcier n’était parvenu à rétablir le beau temps. Si bien que le Ministère avait même envisagé d’offrir une prime à celui qui pourrait restituer un temps de saison. Cependant cette simple rumeur avait suffit à attirer les charlatans de tout le royaume de telle façon que l’idée avait été abandonnée et ainsi, l’Angleterre ne démentit pas à sa réputation en ayant l’été le plus immonde de toute l’Europe et aussi de sa propre Histoire.
Ce temps n’était pourtant pas pour entamer le moral d’une demoiselle qui préparait avec ardeur le plus beau jour de sa vie. Narcissa Black avait été largement saluée dans le monde des sorciers pour avoir défait le terrible Grindelwald. Le manoir familial avait été assailli de lettres de félicitations et de remerciements, sans compter les nombreuses invitations mondaines. La Gazette du Sorcier avait même réalisé son plus gros tirage, depuis la première page étalant la démission de l’ancien ministre, en décidant de consacrer une page par jour à la jeune fille jusqu’à son mariage avec Mr Malefoy.
Il s’agissait d’un mariage très attendu. Deux anciennes familles de « sang-pur » s’unissaient en grandes pompes. Et il était de notoriété publique qu’y assisteraient aussi bien des partisans de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, à commencer par la famille de la mariée, que certains de ses plus fervents adversaires. Un affrontement entre les deux parties n’était pas exclu dans les pensées. En vérité on pourrait assister à un véritable carnage et la seule qui semblait ne pas en avoir conscience était celle-là même qui avait insisté pour que ses plus chers amis fussent conviés : Narcissa. Certains murmuraient qu’elle était totalement inconsciente.
Les amis en questions, eux-même, en étaient venus à se demander s’ils devaient ou non venir à la fête. D’un côté ils comprenaient tous fort bien le désir de la jeune fille d’avoir auprès d’elle ceux qu’elle aimait pour ce jour si particulier, mais d’un autre côté… Rien ne leur garantissait de pouvoir repartir en un seul morceau, vivants si possible. De plus, les avis divergeaient et chacun avait son opinion sur la question. Ils décidèrent donc qu’il était plus prudent de se rendre à la cérémonie d’un seul bloc. Tous se rejoindraient au terrier, chez les Weasley, et de là ils transplaneraient dans le jardin des Black.
Le jour venu, il y eut pourtant une vive altercation entre Sirius et Lily. Tout était parti de l’article de la Gazette consacré à Narcissa la veille. Le journaliste avait tenté de comparer les pouvoirs de la jeune fille à ceux de Celui-Dont-On-Ne-Prononce-Pas-Le-Nom. Il était arrivé à la conclusion que si on n’était pas sûr qu’elle pût le battre, elle pouvait néanmoins lui porter préjudice. Lily reluquait le journal et fit part de son avis au compère de son mari.
— Décidément, ils ne savent plus quoi écrire pour faire vendre. Pauvre Narcissa.
— En tout cas, il n’a pas tort. C’est vrai quoi ! Ne me regarde pas comme ça, elle est très forte et elle pourrait le vaincre. J’en suis sûr. Au lieu de ça…
— On était pourtant tous d’accord pour ne pas le lui reprocher. Narcissa va se marier tout à l’heure, tu veux lui dire qu’elle ferait mieux de passer à vie à combattre une ombre contre laquelle Dumbledore lui-même ne peut rien ?
— Mais nous sommes tous dans ce cas : Alice et Franck viennent tout juste d’échapper une deuxième fois à Tu-Sais-Qui. Et toi qui voulais fonder une famille, Lily, quand y arriveras-tu ? Tu peux me le dire ?
— Sirius… Tu veux l’empêcher de réaliser son rêve ? Elle aime Lucius depuis tant d’années.
— J’adore Narcissa mais, parlons-en de son cher fiancé. Je ne lui fais pas confiance, il est trop… dans les petits papiers de Bellatrix. Je mettrais ma main à couper qu’il fait partie des amis de Tu-Sais-Qui.
— Tu n’as aucune preuve, ni pour ta cousine, ni pour Malefoy.
— Ce n’est pas étonnant, ils ne laissent jamais rien derrière eux que des cadavres et cette fichue marque.
— Qui parle de cadavre ici ?
James Potter venait d’entrer dans la pièce. Il portait une robe de soirée très élégante qui dépareillait avec la broussaille de ses cheveux.
— Dites, vous en faite un raffut, je vous entends râler depuis la cuisine. Lily, je ne retrouve plus mes lunettes, tu ne les aurais pas vu ?
La jeune femme sourit puis se dirigea vers une commode sur laquelle étaient posées les lunettes en question. Elle le mit sur le bout du nez de son époux et l’embrassa après lui avoir dit qu’elle l’aimait. Lily Potter sortit de la salle à manger, laissant seuls derrière elle les deux sorciers. James encore étonné se retourna vers son meilleur ami.
— J’ai raté quelque chose ?
— Non, ne t’en fais pas James. Allons-y ou les autres vont partir sans nous, Narcissa n’attend pas.
…
Erreur. Elle attendait, justement. Sa chambre était envahie par les fleurs, c’était à peine si elle avait trouvé la place de marcher jusqu’à la chaise pour y trouver deux secondes de répit. Toutes ses affaires personnelles étaient parties la veille pour le manoir du Wiltshire et la chambre qu’elle avait toujours connue lui paraissait bien vide ; déjà, ce n’était presque plus la sienne. Narcissa attendait sa mère d’un instant à l’autre. Celle-ci devait lui apporter sa robe de mariée. D’ici-là, elle resterait seule avec le reflet de son miroir, unique rescapé de ce déménagement.
La jeune fille avait du mal à réaliser que ce dont elle rêvait depuis des années allait enfin se produire, elle allait devenir Mrs Lucius Malefoy. Elle avait imaginé les cent mille causes qui l’empêcheraient de s’unir à l’homme de sa vie, la pire de toute étant le refus final de Lucius. En bonne Serdaigle, elle savait pourtant qu’aucune raison logique ne pouvait interrompre le cours de sa journée. Narcissa était donc plus sereine lorsqu’Elladora entra dans la pièce fleurie.
— Les invités commencent à arriver. Ta sœur et sa famille sont déjà en bas et Avery est avec eux ainsi que les Jones.
Mariage pluvieux, mariage heureux.
Mais le Ciel pleurait trop pour être honnête.
Car, Narcissa, que t’a donc apporté cette journée sinon la mort, au final ?
Le Jardin du manoir était littéralement métamorphosé, Arthus Black avait fait créer un dôme magique qui, bien que laissant entrer la lumière, absorbait la pluie. Ce qui pouvait toujours être agréable pour les invités, et pour lui-même. Quel temps terne…
Tout était fin prêt. Pour lui, l’agitation des dernières semaines retombait, le maître du manoir avait le temps de réaliser qu’il allait perdre sa précieuse fille. C’était un véritable pincement au cœur, même s’il avait longuement étudié la question au cours de cette dernière année, il ressentait un certain trouble et une émotion non négligeable : dire qu’il avait œuvré pour que se fît ce fameux mariage, celui qui lui ôterait la seule personne qui lui apportait de la joie en ce monde. Le sorcier se sentit tout d’un coup très vieux, presque autant que l’affichait son état civil ou même les arbres plantés dans le jardin par ses ancêtres. Il se félicita alors d’avoir déjà mis ses affaires en ordre, il ne manquait plus grand chose pour qu’il eût la conviction d’avoir fait ce qu’il avait à faire jusqu’au bout. Il allait prochainement avoir l’occasion de régler l’un de ces ultimes détails.
Avant toute chose, cependant, il y avait cette journée qui avançait plus vite qu’il ne l’aurait voulu. Depuis le petit déjeuner, il n’avait pas eu une seule seconde pour s’entretenir avec sa fille. Ne serait-ce que pour vérifier, ce qu’il savait être inutile, qu’elle ne regrettait en rien son engagement.
Il pensa avec amusement qu’il ne s’en était jamais inquiété pour le mariage de sa fille Bellatrix. Pourtant il ne doutait pas moins des intentions de Narcissa que de celles de son aînée quant à leurs mariages respectifs. Le vieux sorcier savait bien que personne n’était dupe, après tout, Narcissa attirait bien plus la sympathie que la sinistre Bellatrix, et lui-même savait où allait sa préférence. Plus que jamais, en cet instant, il remerciait ce qui avait fait, peut importe le dieu, la providence ou les frasques d’Elladora, que sa vie fût à ce point illuminée par la future mariée.
Il sortit de ses pensées en entrant dans le hall, certains invités étaient déjà arrivés et les elfes de maison s’affairaient dans tous les sens. Bellatrix était là, dans sa robe de corbeau, avec son cher époux et son beau-frère, sans oublier Avery. Arthus était trop lucide pour ne pas apercevoir la grimace qui s’étirait sur leurs lèvres et était sensée représenter un sourire. Le Royal Arthus Black connaissait les activités nocturnes de sa fille aînée et de ses comparses, il devinait parfaitement leur état d’esprit face à l‘arrivée prochaine de ceux qui tentaient de leur barrer la route. Maintes fois il avait failli demander à Narcissa de renoncer à son projet insensé, à ses amis, mais il n’avait pu s’y résoudre.
Le Royal Arthus Black avait une faiblesse.
Certains l’ont si bien exploitée…
N’est-ce pas, Lucius ?
Que lui as-tu dit pour lui dérober son trésor le plus cher ?
Le grand Lucius Malefoy avait donné les dernières directives à ses elfes de maison pour accueillir la future maîtresse du manoir. Il avait veillé à ce que chaque pièce fût parfaitement briquée. En vue de cette journée, il avait passé ses émotions sur les créatures à son service. Il s’était néanmoins quelques peu détendu lorsque celui qui se nommait Dobby s’était volontairement brûlé le bras gauche pour lui être agréable.
Enfin il touchait au but, il allait épouser l’héritière Black. Il savait parfaitement ce qu’il faisait pourtant il restait quelque chose qui courait le long de ses veines et ne voulait pas le laisser en paix ; il n’était pas certain qu’aucun fait divers ne vînt entacher cette journée. Seul un fou ignorerait le danger potentiel que pouvait représenter une « rencontre » entre les deux factions opposées ; et Lucius était quelqu’un d’intelligent. Tellement même, qu’il comptait bien sur une annulation des forces. De toute façon, Arthus ne permettrait jamais qu’une telle chose se déroulât sous son toit, peu importe ses convictions personnelles.
— Tonton Arthus !
Le vieux Black s’en était retourné à l’écart dans le jardin lorsqu’il fut dérangé. La fête pouvait commencer, Sirius annonçait l’arrivée de ses amis, ceux qui refusaient de plier devant le Seigneur des Ténèbres. Si Arthus le savait, il ne pouvait pourtant pas nier que cette ombre ne se reflétait pas sur les lèvres de son neveu. Au moins, il jouait son rôle de cousin insouciant à la perfection, lui non plus n’était pas un Black pour rien. Arthus sourit également.
— Sirius. C’est un plaisir de te voir, cela se fait si rare. Mais cette journée est suffisamment spéciale pour te ramener temporairement parmi nous.
— Je n’aurai manqué ça pour rien au monde. Ah mais mon cher tonton, je ne vois pas ma tendre mère. Serait-elle malade par le plus grand des malheurs ?
— Le ciel nous en préserve, elle ne devrait pas tarder à faire son entrée avec Regulus.
Un bruit léger se fit entendre et un groupe de personnes apparut par enchantement. Les nouveaux venus se rapprochèrent du petit noyau Black.
— Bienvenue au manoir Black ! Je suis votre hôte Arthus Black ! Vous êtes tous là j’espère ? Narcissa va en être ravie.
La bonhomie du maître de maison étonnait souvent. Les gens pensaient généralement avoir affaire à un homme fier et hautain, sûr de sa valeur. Ne fût-ce parce qu’il était le chef de famille de l’illustre lignée des Black : « Toujours purs ». Pour bien des personnes cela représentait un motif suffisant.
Arthus était bien plus doué que ça.
Sirius fit les présentations pour ceux qui n’avaient pas encore eu le privilège de rencontrer Mr Black. Le rebelle de la famille Black, ou plutôt un parmi d’autre, avait été envoyé comme « éclaireur » dans le jardin familial, n’étant pas revenu précipitamment, ses amis en avaient conclu qu’aucun danger ne les attendait sur place et qu’ils pouvaient à leur tour, comme convenus, se rendre à la fête.
…
Dans la chambre vide, Elladora contemplait son œuvre. Ou plutôt son chef d’œuvre. De tout ce qu’elle avait créé, sa fille cadette était certainement ce qu’elle trouvait de plus réussi. D’ailleurs, chacun le lui accordait volontiers. Elladora était si fière qu’elle faillit en être émue mais comme cela ne lui ressemblait pas, elle se reprit assez rapidement. La mère inspecta une dernière fois Narcissa et sa tenue. Non, il n’y avait rien à redire. Et surtout, elle n’en avait pas le temps, Lucius devait déjà être dans le jardin, sous le dôme, avec les invités et tous ne devaient plus attendre que la mariée. La future mariée.
— Allons-y Narcissa. Il est l’heure.
La jeune fille le savait bien, depuis qu’elle s’était levée, aux aurores, son cœur n’avait cessé de battre les secondes, chacune restant ainsi gravée dans son esprit. C’était un véritable compte à rebours. Chaque battement la rapprochait du moment où elle serait définitivement unie à l’homme qu’elle aimait. Tout à coup, elle se sentit nerveuse. Comme pour la première fois où elle avait dansé avec Lucius, elle se concentra sur ses pas, avançant lentement jusqu’à l’autel disposé dans le jardin, sa mère sur les talons.
La descendante de Rowena Serdaigle aurait été incapable de dire comment mais elle arriva enfin sur la terrasse. Devant elle se dressaient deux assemblées distinctes, dressées sur leurs chaises, une légère tension survolant le tout. Pourtant Narcissa ne les voyait pas, elle ne voyait pas non plus la pluie qui tombait dru sur le dôme de son père. Elle le voyait Lui, plus droit que la justice, irréel dans sa robe anthracite. La jeune fille aurait voulu courir pour être sûre qu’il ne s’évaporât pas mais sa propre robe ne le lui permettait pas. Son éducation non plus ; elle avait un rang à tenir.
L’héritière Black avança donc, à un rythme qui permettrait à chacun des convives de ne jamais oublier l’événement auquel ils étaient sur le point d’assister. Aucun doute que la Gazette nommerait ça le « mariage du siècle » dès le lendemain, en gros titre. La journaliste promue pour couvrir la journée imaginait déjà la photo de la mariée marchant vers l’autel, dans sa robe blanche savamment plissée et ses cheveux d’un or lustré relevés dans un chignon élaboré.
Narcissa se força à imprimer l’image du bonheur dans son esprit et parcourut l’assemblée très rapidement.
A sa droite, elle pouvait voir chacun de ses amis : Sirius, James et Lily, Remus, Alice et Franck, Arthur et Molly sans oublier leurs garçons qui gesticulaient sur leurs chaises ; caché derrière James, il y avait Peter. Un coup d’œil à gauche lui permit de vérifier que Severus était également présent – la veille encore il avait été impossible d’être certain de sa venue, il était si furtif -, encerclé par Bellatrix et sa triste famille. Juste derrière lui il y avait Regulus pour qui elle avait un peu plus d’estime qu’auparavant – il ne fallait pas oublier qu’il lui avait été d’une aide appréciable l’an passé – et Sinistra, qui pinçait le nez plus que d’ordinaire.
La jeune fille continua sa route, elle ne déviait pas du chemin qu’elle s’était tracé. Narcissa s’arrêta une seconde devant celui qui lui avait tant offert et pour qui elle éprouvait une affection sans borne ; Arthus Black était accablé par sa propre vieillesse mais la dissimula le temps de mettre la main de sa chère fille dans celle de Lucius. Il avait passé le flambeau.
Maintenant il n’y avait plus qu’elle, et lui. A présent, il n’y avait plus qu’eux deux. Le dôme empêchait le Ciel de s’exprimer de trop vive voix mais c’était bien de l’eau qui coulait sur le visage de la jeune femme. Une perle liquide s’était échappée des yeux bleu nuit de la jeune mariée.
La seule chose qu’elle retenait de la cérémonie était le regard que Lucius avait posé sur elle. Une vraie tendresse, plus même, quelque chose qui la retiendrait pour toujours. Puis il l’avait embrassée. La descendante de Rowena Serdaigle était devenue Narcissa Malefoy. Si on pouvait mourir étouffé de bonheur, alors elle pouvait bien être frappée par la foudre des Dieux.
Or, ceux qui furent frappés étaient dans l’assemblée car certains espoirs secrets s’étaient envolés à jamais. L’heure n’était plus à la déconfiture mais à la fête, c’était du moins ce que l’on pouvait lire sur le visage du maître de cérémonie : Arthus lança la réception.
Les félicitations affluaient de toutes parts. Des visages connus succédaient à ceux que l’on n’avait jamais croisés, des sourires amicaux succédaient à d’autres qui l’étaient beaucoup moins. Une routine chez les nantis. Après ces échanges traditionnels, Narcissa se sépara momentanément de Lucius, d’autant plus facilement qu’elle savait fort bien que cette journée qui devait être la leur ne le serait véritablement qu’à la nuit tombée, lorsqu’ils ne seraient plus que tous les deux.
Elle rejoignit ses amis, bouleversée et émue. Ils étaient là. Malgré le danger, car il y en avait un et la jeune sorcière en était consciente : ils étaient venus, même Lily. Surtout Lily. Une sang-de-bourbe au milieu de cette société de sangs pur, soi-disant bien pensant, avec leurs idées bonnes à vomir. Avec cela, c’était un véritable baume au cœur de pouvoir serrer sa meilleure amie dans ses bras, pour oublier juste une demi-seconde que le monde n’est pas une image idéale de douceur comme on en voit sur les livres d’images et que les adultes mentent aux enfants en leur promettant une vie belle et sans nuages. Des nuages il y en a toujours. Mais un sourire peut les chasser. La nouvelle Mrs Malefoy en aurait pleuré de joie si Lily ne lui avait pas rappelé que par une telle journée c’était dommage et que le ciel se chargeait déjà de verser des larmes plus que de raison. Par ailleurs la jeune femme devait se reprendre car elle était attendue pour ouvrir le bal.
Le conte de fée continuait pour l’ancienne Serdaigle. Elle tourbillonnait littéralement de bonheur, enfin elle était sa femme, sa femme ! C’est pourquoi elle ne se privait pas de lui dire qu’elle l’aimait. Ce à quoi Lucius répondait par un sourire ou un baiser.
…
Narcissa ne valsait plus dans les bras de Lucius, elle virevoltait au milieu de la foule. Après avoir été conduite sur la piste par un Arthus plus ému qu’il ne voulait bien le montrer, elle papillonnait des uns aux autres comme le demandait son nouveau rôle de femme du monde parfaite. Elladora pouvait sourire devant ses « amies », sa fille avait bien appris sa leçon.
Cette dernière profita d’un instant de répit où Severus était seul pour aller le voir. Il n’avait jamais été charnu mais décidément, il fondait à mesure qu’elle le voyait. Il était si maigre que c’est à peine si son visage conservait les vestiges d’une humanité quelconque. Rogue faisait peur à voir, il paraissait si sombre que la couleur de sa robe était bien lumineuse en comparaison, toute noire qu’elle était pourtant.
— J’ai eu peur que tu ne viennes pas Severus…
— Je suis désolé Narcissa, je suis très occupé tu sais. Enfin non, tu ne sais pas et c’est tant mieux.
— En tout cas, je suis heureuse que tu sois venu. Ca me touche beaucoup. A vrai dire je me fais du souci pour toi, tu as l’air si fatigué.
— Princesse, ne t’occupe pas de moi, je vais très bien : c’est normal non, tu es si rayonnante ce soir.
Il hésita un instant avant de reprendre.
— …Tu ne fais pourtant pas l’unanimité, tu le sais ? As-tu pris la potion que je t’ai préparée en cas de tentative… d’empoisonnement.
— Oui, cette fois c’est à toi de ne pas t’en faire. Tout va bien se passer aujourd’hui.
Ce n’était malheureusement pas ce que pensait une longue figure noire présente dans la grande salle en cet instant. Elle exécrait cette journée. Narcissa réussissait un coup de maître en passant la corde au cou de Lucius Malefoy mais elle avait aussi invité tous ses amis si… encombrants. C’était une occasion rêvée. Son bras la démangeait, ils étaient tous en groupe, ce pourrait être si simple. Ils seraient faits comme des rats si ses amis agissaient avec elle. L’ombre jeta un regard furtif autour d’elle mais tomba sur celui du marié.
La figure se sentit oppressée, acculée et dénudée. Il savait, il avait lu en elle, et il condamnait ses pensées. Rastaban Lestrange dut sortir pour se contenir. Certes le Maître était impressionnant, plus que cela même, mais Lucius était également quelqu’un avec lequel on ne discutait pas.
Narcissa ne s’était douté de rien, n’avait rien senti, elle était en pleine conversation avec son cousin favori.
— J’aurais tellement voulu qu’Andy puisse être là. Elle avait sa place…
Sirius soupira gentiment.
— Tu sais bien que ce n’était pas possible. Il y a des choses contre lesquelles on ne peut pas lutter. En tout cas, elle pense très fort à toi ; elle m’a demandé de te transmettre tous ses vœux de bonheur et ceux de Ted. Ils espèrent vraiment te voir heureuse.
La vie est faite d’espoir.
La mort les efface.
Mais ce n’est pas pour tout de suite.
Pas encore.
Un peu de patience
…
Patience.
J’aimerais que cette journée ne finisse jamais et que les choses soient toujours ainsi. Continue à me faire danser mon amour, ne t’arrête pas. Lucius, regarde-moi, ne laisse pas tes yeux aller à la dérive ; en cette minute il ne peut plus il y avoir que nous. Toi et moi.
Narcissa n’avait jamais été aussi ivre de joie, cela se voyait et ceux qui l’aimaient étaient heureux pour elle. Tous avaient dû consentir à certains sacrifices pour être présents à cet événement si marquant pour leur princesse.
— Tu crois que ça ira, Remus ?
De tous, Sirius était peut-être le plus inquiet. Les familles au sang-pur, il connaissait, il avait donné. Il avait sondé les profondeurs de leur âme et il était certain que derrière le regard tranchant de l’époux de sa cousine, se cachait le même démon qui semblait tous les posséder : de Bellatrix à Regulus, en passant par Servillius. L’enfant rebelle ne pensait pas se tromper : il avait vu la même chose chez son frère. La même suspicion envers tout le monde.
— Sirius, ne reviens pas là-dessus, tu veux ? Regarde le bras de Lucius, il n’a pas lâché Narcissa de toute la soirée… ou presque.
— A moins que ce ne soit Narcissa qui ne l’ait pas lâché. Mais parlons-en, de son bras, quelle marque cache-t-il ? Tu peux me le dire ?
— En tout cas, je dis qu’il ne lui fera pas de mal. Maintenant rends-moi ma bierreaubeurre...
― Non. Tu en as trop bu. Au fait, il paraîtrait également que Servilius ait lui aussi l’alcool triste, ça fait au moins deux bonnes heures qu’il n’a pas décollé de l’ombre du mur. Je serais incapable de faire la différence entre les deux maintenant, si jamais il y en avait eu une, d’ailleurs.
James, le chef de file de la soirée, vint voir ses deux amis et complices pour les prévenir du départ imminent : il se faisait tard et Molly ne tenait plus les enfants. Comme au retour il leur faudrait se tenir sur leurs gardes mais Franck Londubat, qui était auror et connaissait la façon d’agir des mangemorts, avait prédit qu’il y avait peu de chance pour qu’ils fussent attaqués le soir du mariage de Narcissa Black et de Lucius Malefoy.
Peu de chance.
Cela aurait pu être pas de chance du tout,
Vu autrement.
Mais il eut raison
…
Cette fois-là.
Ils avaient fait leurs adieux au jeune couple et furent suivis très rapidement par Narcissa et Lucius qui firent rapidement le tour de la réception, laissant les autres, la bonne société, ce qu’il y avait de famille, et quelques amis continuer à fêter pour eux le plus beau jour de leur vie. Narcissa fit ses adieux à ses parents, bien qu’elle sût qu’elle les reverrait sous peu, mais cette fois elle quittait leur toit. Elle n’était plus leur petite fille mais une jeune femme qui allait construire sa vie en adulte responsable de ses actes. Finie l’époque où au moindre chagrin Arthus remuait ciel et terre pour redonner le sourire à son enfant chérie. La jeune Mrs Malefoy ne devait plus compter là-dessus.
Avancer seule sur son chemin de cendres.
Son chemin de sang.
Je vous l’ai dit.
Ne l’oubliez pas.
Jamais.
Lucius prit la fine main dans la sienne et fit monter sa femme à l’étage, dans l’ancienne chambre de celle-ci. C’est à peine s’il pouvait distinguer les murs au milieu de ce véritable champ de fleurs. Il en rit et fit remarquer à la jeune épousée qu’elle était fort populaire avant de piquer une pivoine dans son vaporeux chignon. Un baiser rapide précéda un léger bruit dans la pièce.
Ils avaient quitté le manoir Black. Un autre les attendait à présent, le leur, le manoir du Wiltshire que Narcissa allait découvrir.
Elle n’avait pas desserré l’étreinte, après tout, elle n’avait jamais été dans cet endroit et si elle lâchait prise, elle risquait gros. De plus, elle ne voulait pas que Lucius disparût. Idée redondante et stupide, il est vrai.
Lorsqu’elle ouvrit les yeux, Narcissa fut éblouie par toutes les lumières qui flottaient dans le hall. Celui-ci ressemblait beaucoup à celui des Black : une vaste pièce qui donnait sur un grand escalier à double révolution, au-dessus apparaissait la seule différence notable : les armoiries des Malefoy qui trônaient, imposantes et sévères ; un dragon d’argent sur fond de sable[1].
Signe d’une dualité constante entre le blanc et le noir.
Ou d’une sorte d’équilibre entre l’ombre et la lumière.
Lentement ils gravirent les marches, une à une, sans un murmure. La visite attendrait le lendemain. Etait-ce l’humidité de l’Angleterre ou toutes ces bougies qui brûlaient silencieusement qui rendaient l’air si chaud ? Quoi qu’il en soit, ils arrivèrent à destination.
Enfin.
Les couleurs de la chambre étaient à l’image des armoiries, avec tout de même un très large avantage pour le blanc. Du moins c’est ce que crut percevoir Narcissa à travers la lumière tamisée des bougies, également présente dans la pièce. Ses pensées se dirigèrent vers le lit dressé au milieu de la pièce, légèrement surélevé, et dont les tentures immaculées formaient une sorte d’alcôve. Souvent elle avait songé à cet instant mais sans y penser vraiment. Ses mains tremblèrent.
— Tu as peur ?
Pour toute réponse, la jeune fille enfouit son visage dans le torse de son époux. Il caressa ses cheveux alors qu’elle murmurait :
— Je t’aime Lucius.
— Comment pourrais-je l’oublier ?
Un baiser. Une caresse. Une robe qui tombe au sol dans un bruissement d’eau. Une découverte commune, lente et délicate. Un rougissement contre un sourire. Des mains qui voyagent. Un râle étouffé par une épaule. Puis des gémissements, des soupirs et une pivoine qui s’échoue sur le lit. Deux prières vers un seul but. Les aiguilles du temps qui deviennent folles de tourner, tourner et tourner encore et encore, sans fin ni but.
Celebrìan.
[1] En langage héraldique (la science des blasons et armoiries), la couleur sable désigne le noir. Et argent représente le blanc.
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