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| Elinya | Auteur: Folkvnir | Vue: 14014 |
| [Publiée le: 2008-01-13] [Mise à Jour: 2008-12-29] | ||
| AP Signaler | Heroic Fantasy | Commentaires: 24 |
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Description: Voici la suite et fin du cycle de l'Héritage. Alors qu'une bataille est remportée, le mystérieux roi Galbatorix frappe là où ne l'attend pas. Les nains deviennent sa première cible, ainsi que Murtagh, qui va rencontrer son pire cauchemar... Eragon parcourera ainsi tout l'Alagaësia, afin de connaître jusqu'aux fondements même de la terre qu'il foule depuis toujours. | ||
| Crédits: Ce récit reprend les personnages et lieux des deux premiers tomes de la trilogie de L'Héritage, de Christopher Paolini, qui possède leurs droits exclusifs. Tous les autres créés par mes soins sont donc de ma propriété. |
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Tel est pris qui croyait prendre[8765 mots] |
Publié le: 2008-01-13 | |
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Chapitre 11 : Tel est pris qui croyait prendre
Murtagh était totalement paralysé devant une Undora plus maléfique que jamais. Elle savourait chaque instant avec délectation, ne sachant que trop bien l’angoisse qui s’insinuait en lui.
- Alors comme cela on fourre son nez dans des affaires qui ne te regardent pas, sale Dragonnier. Tu es si pathétique que je me demande bien pourquoi il t’a choisi pour…
- OUI POURQUOI ? Pourquoi a-t-il besoin de moi ? Allez-y soyez franche pour une fois, ça vous changera ! Lui cracha-t-il, un goût amer de haine dans la bouche.
Celle-ci ne répondit que par un sourire narquois, l’air hautain devant le jeune homme. Alors elle projeta violemment son esprit dans le sien, totalement désordonné, embrumé par la peur qui le tenaillait. Elle n’eut donc aucun mal à s’infiltrer dans l’une des nombreuses fissures qui parsemaient de part en part ses barrières mentales, et s’appliqua avec fureur et ferveur à incendier les moindres fibres nerveuses de signaux de douleur, à la limite d’agonie. Le Dragonnier appelait à l’aide son dragon, en vain. Son contact avec lui paraissait pour l’instant interrompu. Il était seul. Alors qu’il souffrait comme un martyr, elle cessa d’un seul coup son entreprise hostile, momentanément distraite par un fait extérieur, assez important pour pouvoir la perturber, elle, la terrible et puissante Undora. Il n’en fallait pas plus pour Murtagh. Il s’élança à corps perdu dans une contre-attaque malgré son évidente faiblesse, mais sa détermination était telle qu’il parvint à briser les défenses de l’Ombre dans une seconde éphémère, mais bien suffisante pour assouvir une vengeance vieille de nombreux jours désormais. Durant cette poussière d’éternité, il s’appliqua à engranger le maximum d’informations sur celle qui le dégoûtait à en vomir, mais surtout comme il venait de le découvrir sur la précieuse nouvelle à propos du traître au rang des Vardens. Cependant il sentait ses forces faiblir sous l’assaut de l’Ombre, il s’attacha donc dans un dernier effort à lui causer le plus de souffrances : il frappa de toute son énergie son cœur, seul endroit où pourrait subsister peut-être une once d’humanité, sentiments reniés par la femme, et donc torturable à souhait. La surprise de l’attaque valut à Undora un cri de pure horreur, vrillant sous l’impact fulgurant de la douleur. Elle ne s’attendait pas à ce genre de coup bas, et allait reprendre le dessus lorsque Murtagh s’évanouit tellement l’effort avait dû être phénoménal, emportant aux pays des songes un sourire moqueur qui en disait long sur ce sentiment de petite victoire, la seule depuis des lustres. Elle le laissa donc là, affalé sur le sol marbré des appartements privés du roi, tandis qu’elle s’empourprait dans une colère noire.
« J’arrive monseigneur » grimaça-t-elle.
Galbatorix semblait enfin de retour à son château d’Urû’baen, mais pas comme Undora s’y attendait. Après dix minutes de marche forcée dans ce dédale de marches et de couloirs sans fin, elle avait enfin atteint la salle du trône dans laquelle siégeait le suzerain autoproclamé d’Alagaësia. Son souffle paraissait saccadé, son rythme cardiaque s’emballant sous l’effort, mais ce n’était en rien comparable avec la vue qui l’attendait : le roi, le maître tout puissant de cette contrée, ressemblait à un vieillard rabougri, ayant perdu sa vigueur et sa gloire d’antan. Il avait certainement dû consommer une quantité folle d’énergie, en dépit de sa condition physique.
- MMM…Maître, comment vous sentez-vous ?
La voix du disciple tremblait sous ce spectacle qu’elle pensait tout bonnement inimaginable.
- J’ai découvert leur emplacement mais je n’ai pas pu y pénétrer. Cette vieille bique est aussi forte qu’elle me l’avait laissé croire. D’ailleurs il faudra récompenser notre loyal sujet comme il se doit très chère.
- Evidemment, cela sera fait selon vos désirs. Mais je pense qu’il sera difficile de l’approcher pour le moment…
- Oui je le sais bien !
Le ton haineux du roi fit trembler l’ombre pourtant si fière à l’accoutumée. Avec une hésitation dans la voix, elle reprit :
- Mon roi, êtes-vous sûr que l’on pourra porter votre projet à terme ? Je veux dire que…On sentait une appréhension et une peur dans sa voix, sentiment insoupçonné chez cet être si vil, …que vous paraissez si … faible…
- MOI, FAIBLE ?! COMMENT OSES-TU ?
Il empoigna sa suppléante et la porta en l’air par sa magie, l’Ombre ne cherchant même pas à résister face à l’assaut du roi. Mais il relâcha soudainement la pression, apparemment sans qu’il ne le veuille vraiment. Avec une voix trahissant sa frustration, sa haine et sa colère envers les autres autant que pour lui-même, il déglutit sèchement :
- Il faut accélérer la procédure, même si cela impose de plus grands risques. Je ne peux pas me permettre d’attendre trop longtemps, sinon cet Eragon va nous opposer trop de difficultés…
- Oui maître, il sera fait selon vos désirs.
Après une longue minute où nul son ne venait troubler ce silence malsain, elle ajouta alors :
- Mon roi, je voudrais vous soumettre une idée qui pourrait grandement nous avantager.
- Et bien vas-y, parle, je t’écoute !
…
…
…
Pendant quatre jours, Undora assouvissait sa vengeance sur le jeune Dragonnier de toutes les manières qu’ils soient d’imaginer, toutes plus cruelles les unes que les autres. Elle commença par une séance d’un après-midi de coup de fouet, durant laquelle elle prenait grand plaisir à épouser la forme de la cicatrice de Zar’roc que portait Murtagh. Mais il gardait néanmoins toujours ce même sourire que lorsqu’il avait réussi à ébranler cette forteresse de malfaisance. Il ne bronchait plus, ce châtiment lui paraissait bien trop doux dorénavant. Elle s’extasia bien évidemment à lancer des esprits en furie dévorer l’âme des deux compères, exercice de plus en plus difficile à mesure que leur nombre augmentait à chaque séance. De plus en même temps que ces formes éthérées elle attaquait le jeune homme et son dragon là où ils ne s’y attendaient pas : tandis que les deux compagnons s’opposaient à l’assaut des diables elle s’amusait à leur envoyer des petites boules d’huile de Seithr qu’elle avait cachées malicieusement dans la salle du trône, ce qui avait pour effet de les déconcentrer et donc de les jeter en pâture aux esprits malins. Le lendemain elle fit de même, sauf que cette fois-ci elle bloquait par magie un ou plusieurs membres de ses deux « disciples », ou quand cela l’ennuyait leur lançait des sorts tous plus sournois les uns que les autres – en invoquant des myriades de boules de feu, ou bien les englobant d’une eau sombre cherchée dans les entrailles de la terre de sorte qu’ils aient la sensation de se noyer. Rien ne semblait satisfaire l’insatiable cruauté de l’Ombre. Le dernier de ces quatre jours, tandis qu’elle allait débuter avec un certain enthousiasme les festivités, Murtagh et Thorn décidèrent de passer à l’acte, comme prévu la veille.
**Flashback**
Les deux compères s’étaient étendus sur leur couche respective, aussi exténués que la veille, mais aussi que de la veille de la veille, et ainsi de suite. Undora avait été encore une fois sans pitié avec eux, surtout depuis qu’il avait réussi à la faire gémir un tant soit peu lors de sa petite escapade nocturne. Le jeune homme s’était mis torse nu, le dos à même le sol tellement il rougeoyait de douleur. Sa peau à cet endroit ressemblait ni plus ni moins à du cuir tellement elle avait dû être modelée avec ténacité par les mouvements délicats de son fouet « préféré ». Le contact avec le froid de la pierre calmait légèrement ses nombreuses meurtrissures, causées pour la plupart par Thorn lorsqu’il était contrôlé par des esprits diaboliques.
« Thorn, il nous faut trouver qui est ce traître, et ainsi prévenir Eragon, je lui dois au moins bien ça ! »
« Parce que tu crois qu’il se préoccupe de nous, lui ! » Rugit le dragon écarlate, la colère sourde qu’il avait accumulée durant la journée ne s’étant pas totalement évacuée.
« Excuse-moi jeune maître, je… »
« Non ce n’est rien Thorn, je comprends ce que tu ressens. Mais vois-tu c’est peut-être la dernière chose de bien que nous pourrons accomplir, car il se prépare quelque chose, je le sens ».
« Comment cela ? »
« Nos entraînements se sont largement intensifiés ces derniers jours. En fait depuis le retour du roi au château. Et je doute que ce ne soit qu’une coïncidence. Il faut trouver le moyen de briser les défenses de cette chienne d’Undora pendant une fraction de seconde de sorte que je trouve ce que je veux savoir ».
Rien que le fait de songer à elle le dégoûtait, chaque nuit il rêvait de mettre fin à ses jours en la torturant de la manière la plus terrible qui soit – il la voyait bien d’ailleurs écartelée entre quatre chevaux la tirant dans des sens opposés, lui faisant tomber des gouttes d’huile de Seithr de ci de là sur son corps.
« Mais ce faisant ne saura-t-elle pas que tu auras pris connaissance de ce secret ? » Une tension apparente dans sa voix caverneuse.
« Oui tu as raison, mon cher ami »
Il lui était reconnaissant d’être là avec lui, à se supporter mutuellement dans cet enfer quotidien.
« Il faut trouver une parade pour servir de diversion afin qu’elle ne puisse se rendre compte de notre manoeuvre » reprit sereinement le Dragonnier, bien que serrant les dents en effleurant le textile pourtant soyeux recouvrant son lit.
« Ah oui, et tu comptes t’y prendre comment ? On a déjà du mal à résister face à ses assauts, alors la piéger c’est carrément mission impossible ! D’autant plus qu’elle est sûrement méfiante depuis cette fameuse nuit… Non Murtagh ce n’est que folie, Eragon devra faire face à cette menace seul ! ».
« Mais je ne peux pas l’abandonner Thorn ! C’est mon frère et…c’est la seule famille qu’il me reste » souffla-t-il dans un dernier chuchotement, expiant la tristesse qui s’emparait de son cœur. Le dragon capta cette sensation, déchirant sa logique entre sa raison et son cœur.
« Très bien Shur’tugal, allons-y ! Alors comment s’y prendre… »
« Et pourquoi pas dès le début lorsqu’elle nous assénera les multiples sorts qu’elle adore nous faire subir ? »
« Non Murtagh, car elle sera alors totalement concentrée sur nous, elle décèlera la moindre tentative et nous arrêtera facilement » objecta le dragon écarlate.
« Mais comment alors… ».
Le jeune homme se creusait la tête dans tous les sens pour trouver une solution à son problème. Au moins cela avait l’avantage de passer en second plan toutes les douleurs qui criaient dans tous ses membres.
« Il faut qu’elle soit occupée à autre chose donc. Hummm… Alors ce ne sera que lors de l’invocation » conclua-t-il.
« J’allais justement te le signifier ! » ajouta alors Thorn, content d’avoir eu le même raisonnement que son partenaire.
« Ce sera très délicat, et d’autant plus dangereux Murtagh. Il faudra faire face à Undora et à ses esprits qu’elle affectionne tant en même temps ». Des volutes de fumées noires s’échappaient des narines volumineuses du dragon en signe de son dégoût pour ses êtres diaboliques.
« Oui et on pourrait tirer avantage de cette situation ! » enchaîna le jeune homme, son cœur s’emballant sur sa récente trouvaille, une joie malsaine dans la voix comparable à la vengeance qui palpitait dans ses veines. Le dragon commençait à voir où il voulait en venir, ce qui lui valut un claquement de mâchoire en signe de ce contentement mauvais.
« Oui, les esprits vont vouloir t’attaquer en premier, comme d’habitude. Et bien nous allons les satisfaire amplement cette fois-ci… »
**Fin du flashback**
Undora entama les festivités avec cette fois-ci une magistrale déstabilisation sensorielle : elle satura tous leurs capteurs sensitifs de signaux douloureux, de sorte qu’ils soient tous deux désorientés à souhait. Aucun des deux partenaires ne pouvait placer un pied – ou patte – devant l’autre, s’écroulant à chaque mouvement. Leurs rétines explosaient devant une lumière aveuglante, tandis qu’un son de cor, bas et puissant résonnait dans leurs tympans. Une odeur âcre, pestilentielle s’infiltrait dans les moindres recoins de leurs parois nasales, leur faisant remonter de la bile dans la bouche. Il semblait brûler de l’intérieur. Undora s’attachait dorénavant à compléter ce tableau. Des boules de flammes fusaient de toute part, rejoignant la position des deux « élèves » avec célérité. Ils s’évertuaient, malgré la douleur affligeante qui les martyrisait, à invoquer un bouclier protecteur entre eux et les missiles flamboyants, bien que cela ne suffise pas toujours. Des brûlures clairsemaient de ci de là leurs corps lorsqu’ils réussirent enfin à lever cette malédiction, repoussant les assauts de l’Ombre. Elle ne répondit que par un petit pincement des lèvres mauvais, ne sachant que trop bien ce qui les attendait.
Une nouvelle fois, la pièce s’assombrit soudainement, les yeux presque noirs d’Undora virant au rouge sang à mesure qu’elle invitât l’enfer à venir les rejoindre.
« Pas encore, Murtagh » souffla le dragon en pressentant – ce qu’il fut ravi de pouvoir faire après leur toute dernière épreuve – l’impatience de son Dragonnier.
« Encore quelques secondes… On y est presque, tiens toi prêt ! »
Alors une bonne dizaine d’esprits émergèrent des abysses de la terre, tandis qu’Undora s’attachait à tenir en respect ces êtres abjects et à leur intimer l’ordre de harceler Murtagh.
« Maintenant » crièrent de concert les deux comparses.
Ils déversèrent alors leur magie dans une unique direction, dans une unique pensée, dans une unique voix en ancien langage:
- Par mon pouvoir de Dragonnier, que notre apparence soit inversée et qu’ainsi la confusion domine ces esprits châtiés.
Aussitôt un flux considérable d’énergie s’échappa de leurs corps, piégeant dans une immobilité totale celui des cibles de ce sort, c’est-à-dire ceux d’Undora et de Murtagh. Le Dragonnier croyait mourir sous l’atroce souffrance due à sa transformation : les cellules de sa peau semblaient bouillir à cause de leur mutation, un pigment noir s’affichant de plus en plus pour prendre la teinte sombre de la peau de l’Ombre. Il ne pouvait empêcher un cri atroce de s’échapper, reflet de la douleur immense qui hurlait sur les plus infimes parcelles de sa peau mêlée au dégoût répugnant à l’idée de prendre l’apparence de celle à qui il vouait une haine sans nom. Undora semblait quant à elle totalement éberluée par leur initiative, à la fois admirative et paniquée par la situation. Elle ne paraissait que pouvoir subir sa mutation, empruntant peu à peu les traits de Murtagh. Les esprits quant à eux demeuraient totalement perdus, hésitant à attaquer l’un ou l’autre des deux parties.
Alors les visages se crispèrent, et prirent enfin un air totalement figé : ils avaient réussi leur entreprise. Aussitôt les esprits malins s’acharnèrent sur Undora – avec l’apparence de Murtagh – hurlant de douleur dans un cri à glacer le sang face à l’attaque de ceux qui s’étaient retournés contre elle. Ils assaillirent sa partie la plus sensible : son cœur. Elle vacilla légèrement, posant un genou à terre, tandis que des épines fleurissaient de toute part dans cette contrée pourtant si protégée en temps normal. Le Dragonnier, dans un dernier effort, s’infiltra alors subrepticement dans cette zone de guerre intense, évitant parfois de justesse la trajectoire d’un esprit diabolique. Il ne fallait pas qu’ils comprennent le subterfuge ! C’est ainsi qu’il fouilla une fraction de seconde cette zone dont l’écorce était complètement dévastée, et obtint enfin l’information si ardemment désirée en pénétrant plus profondément, un sentiment de triomphe rayonnant dans tout son être, vite substitué par la surprise puis la colère qui l’envahissait. Le sceau qui ressemblait à un oiseau noir, déchirant l’espace de ses serres d’acier, appartenait à Jormundur, le chef en second des Vardens.
Soudain une autre présence se fit sentir dans ce tumulte désordonné, où se côtoyaient les esprits diaboliques, celui de Murtagh, ainsi que celui d’Undora qui tentait désespérément de reprendre le contrôle de son corps. En un instant, ce nouvel inconnu éjecta toute cette population agressive. Il détruisit en un seul et même coup les êtres provenant des abysses de la terre en les renvoyant pour un aller simple en enfer. Murtagh s’était pressé de recouvrer son enveloppe charnelle au plus vite, de peur que non seulement l’Ombre mais aussi cet étrange visiteur qui paraissait extrêmement puissant ne décelât sa présence.
« Mais comment a-t-il fait pour les abattre tous en un unique sort, qui d’ailleurs était complètement incompréhensible ! » S’interrogea le jeune homme en même temps que son dragon, légèrement vexés par la semble-t-il facilité qu’il avait eue pour les éliminer.
La réponse ne se fit pas attendre très longtemps : ils ne connaissaient qu’un seul être susceptible d’accomplir un tel exploit.
Le roi se tenait au seuil de la lourde porte protégeant fièrement l’accès à la salle du trône, un sourire mauvais aux lèvres. Murtagh aurait donné cher pour avoir accès à ne serait-ce qu’une infime partie de ses pensées en cet instant.
- Et bien, et bien, qu’avons-nous là ? Les petits, et fidèles – le roi avait accentué sur ce mot, une immense défiance envers les deux acolytes – compagnons ont joué des tours à leur précepte ! Moi qui vous en pensais incapables, il faut avouer que je suis assez agréablement surpris. Peut-être arriverons-nous à tirer quelque chose de ces têtes brûlées que vous êtes !
Il fit une pause pour mieux délecter cette scène qui semblait l’amuser grandement : Undora s’était, après son intervention, écroulée sur le sol nacré dans un petit choc sourd correspondant à son crâne effleurant cette surface glacée. Elle était totalement inconsciente, et avec un peu de chance pour les deux disciples serait-elle même morte ! D’ailleurs Murtagh ne tenait debout que parce que Zar’roc le soutenait de tout son poids, des gouttes de sueur parsemant tout son visage dues en partie par la mutation inverse qui faisait son office. Le dragon restait quant à lui impassible malgré l’éprouvante bataille qu’ils venaient semble-t-il de remporter haut la main.
- Allez, la fête est finie, retournez à votre couche respective ! Leur intima le suzerain sans aucune possibilité de réplique.
D’ailleurs les deux amis ne pouvaient qu’en être satisfaits, il n’auraient sûrement pas supporté une autre épreuve, et encore moins si cela avait été le roi en personne qui leur avait enseigné, ou plutôt infligé, la leçon. Le dragon s’apprêta à pousser sur ses pattes puissantes lorsqu’il arrêta le jeune Dragonnier :
- Au fait mon cher ami, n’essaye même pas de retenter une petite escapade pour une quelconque raison comme la dernière fois. Tiens t’en pour averti : si par malheur je le découvrais, le châtiment que vous a réservé Undora serait une douce caresse comparé à ce que je vous préparerais.
- Bien sûr monseigneur, il en sera selon vos ordres, répondit Murtagh, le teint livide. Apparemment le message du roi avait été totalement compris.
Ils disparurent alors de la vue de Galbatorix, celui-ci se retournant alors vers son bras droit.
- Ma foi le sort qu’ils t’ont finalement réservé fut très futé, bien qu’aussi dangereux pour eux. Quels inconscients !
Le roi balbutiait des paroles inaudibles pour lui-même en observant calmement le corps inerte de l’Ombre.
Alors les phalanges de la main droite d’Undora tressaillirent, se pliant légèrement comme pour apprivoiser le sol dur et froid tout de marbre blanc. Elle n’était pas morte, juste un peu sonnée. Son esprit naviguait entre le monde réel et le pays des rêves siégeant dans son inconscient.
Alors le roi dégaina son épée qui sommeillait tranquillement dans son fourreau, révélant ses traits fins qui resplendissaient à la lumière du soleil, alors à son plein zénith. Folkvnir émettait comme à son accoutumée une lueur blanchâtre mêlée audacieusement à des volutes noires, savant mélange qui s’était incrusté dans le fer de la lame elle-même. Son diamant noir, aussi implacable que les intentions du roi, semblait dégager une haine intense, attendant impatiemment que son détenteur exécute sa sentence. Alors d’un mouvement vif et précis, il porta le bout de sa lame sous la gorge d’une Undora qui avait à peine relevé le menton dans son grand état de faiblesse. Jamais elle n’était apparue si faible, à la merci de tout un chacun. Le roi se concentra sur sa tâche, et puisa dans le cristal de Folkvnir l’énergie qu’il s’apprêtait à transférer à Undora. Cet échange paraissait si effroyable que l’Ombre crut de prime abord que le roi allait la punir de la sentence suprême. Mais il n’en fut rien. Il puisait cette énergie avec un plaisir malsain, tandis que la bénéficiaire reprit peu à peu son aplomb naturel, et même plus, débordant dorénavant de vitalité. Il rompit alors ce flux. Ils se tenaient là, debout, au centre de l’immense salle du trône d’où le souverain dirigeait d’une main de fer son empire, là où il faisait germer les idées les plus folles pour les répandre par la suite dans ses contrées. Chacun se faisait face fixant sans interruption le regard noir de leur adversaire éphémère. Et après quelques instants d’immobilité totale, le vice et la sournoiserie qui emplissait l’air environnant furent aspirés par les deux complices, transformés en un sourire tiré, mauvais, jouissif.
Murtagh et Thorn s’étaient envolés en passant par le dôme ouvert de la salle, glissant dans le dédale de tours qui parsemaient le château du roi, en direction du repaire des dragons, où les attendait sûrement Shruikan. Cette perspective ne les enchantait guère, le dragon noir paraissant de moins en moins libre de ses mouvements et pensées depuis son retour de ses péripéties à Tarnag. Cependant ils ne pouvaient freiner un sentiment de tristesse en songeant au calvaire qu’il devait supporter en restant aux côtés de cet usurpateur.
Ainsi après deux bonnes minutes de vol, rare moment de complicité et de liberté dans ce monde oppressif, le jeune Dragonnier mit pied à terre dans la couche de son partenaire et s’apprêta à quitter cette immense partie du château. Il désirait ardemment discuter de leur nouvelle information avec son dragon, et aussi de la marche à suivre afin de prévenir son frère de cette menace, mais il préférait se savoir en « sécurité » dans ses appartements pour en parler. Il prit la poignée en forme d’anneau de fer dans la main droite et tira dessus pour faire apparaître un interstice dans lequel il pourrait se faufiler, lorsque l’immense dragon noir commença à s’agiter dans tous les sens, semblant livrer un combat. Comme la dernière fois qu’il l’avait vu ainsi, Thorn pensa qu’il tentait de se libérer de l’emprise du roi, et communiqua ce renseignement à son partenaire, stoppant nette son avancée.
« Shruikan, est-ce que tout va bien ? » Balbutia prudemment le jeune homme, très méfiant vu ce contexte très particulier.
« Tu y es presque, bats-toi encore un peu, tu vas y arriver » renchérit-il.
Le dragon noir claqua alors violemment sa mâchoire devant un Murtagh qui devint blême sous le coup de la peur et de la surprise. Le grand prédateur s’immobilisa alors, paraissant éreinté par son dernier effort.
« Je sens que je peux t’aider jeune Dragonnier, alors vas-y parle, nous avons peu de temps » souffla-t-il, l’haleine encore haletante.
« Tu peux lui faire confiance mon ami, il semble être redevenu lui-même et peut peut-être nous aider à accomplir la tâche que tu tiens tant à accomplir » lui glissa son dragon à l’orée de son esprit.
« Shruikan, je viens d’apprendre une nouvelle importante et très inquiétante qu’il faudrait communiquer aux Vardens. Jormundur, leur chef en second, est un traître à la botte du roi, et il faut que je prévienne mon frère, Eragon, de ce danger qui peut non seulement faire exploser cette confrérie à tout moment, mais aussi lui nuire ».
« Oui je sais tout cela jeune maître, et je suis heureux que tu l’aies enfin appris. Cependant je ne connais pas la réponse à ta question ».
« Mais vous avez peut-être une idée de comment atteindre mon frère ? » Lança le jeune homme plus sous la forme d’une supplique qu’autre chose, le désespoir envahissant toutes ses pensées.
« Il faudrait pour ce faire que tu saches où Eragon décidera de se rendre, et y poser alors un message approprié qu’il verrait à coup sûr » dicta d’un ton monocorde, sombre, le dragon noir.
« Oui en effet, mais cela ne nous avance pas à grand-chose ».
Tout espoir semblait perdu, et il n’entendit presque pas la suggestion de son interlocuteur.
« Que…Comment ? »
« Je te proposais de m’infiltrer dans ta mémoire, tes pensées pour essayer d’y déceler des indices quant aux probables projets que pourrait entreprendre ton frère. Mais cela n’est pas sans risque : si le roi venait à l’apprendre, il aurait aussi accès à ce que j’aurais vu. A toi de choisir jeune maître, mais dépêche-toi, cet état de fait ne sera pas éternel ».
Le jeune homme retournait la proposition dans tous les sens, parfois penchant pour une solution pour mieux pencher vers l’autre. Son dragon et lui semblaient en pleine réflexion, car par le lien qu’ils partageaient ensemble Shruikan pourrait scruter l’ensemble de leurs connaissances à tous les deux. Cependant le dragon écarlate ressentait l’importance qu’avait cette « mission » pour son Dragonnier, et ainsi il accepta, contre toute attente, la proposition de Shruikan.
« Si tu tiens vraiment à permettre à Eragon d’avoir une chance de sauver les siens, alors il faut le faire. Et d’ailleurs il n’est pas du tout certain que le roi ait accès à nos informations s’il ne vient pas à être au courant de cette « transaction ». Et je crois sincèrement que notre allié éphémère est sincère ».
Cette dernière phrase avait achevé les derniers doutes qui subsistaient dans son esprit, et après une longue minute de réflexion il donna son accord pour cette intrusion forcée mais nécessaire.
« Je risque de vous blesser un peu, car je n’ai pas beaucoup de temps pour accomplir ce que je m’apprête à faire. Êtes-vous toujours d’accord ? » Interrogea dans une dernière demande de confirmation le dragon noir.
« Oui allez-y » répondirent en chœur les deux compères.
Ils ouvrirent donc leur esprit pour que cet étranger puisse s’y faufiler, et ainsi connaître les moindres secrets qui reposaient en ce lieu si protégé d’habitude. Le dragon noir s’y projeta, et tentait de ne pas blesser les deux amis, ou du moins physiquement, car il savait très bien que violer leur intimité demeurait quelque chose assimilable à de l’outrage. Cependant Shruikan semblait n’observer que les morceaux de souvenirs à partir du moment où le jeune homme avait rencontré Eragon. D’ailleurs cela paraissait logique, il ne pourrait trouver un indice sur les futurs projets de son frère que dans cette partie de sa mémoire, et Murtagh lui en était reconnaissant. La rencontre avant la mort de Brom, le sauvetage de Gil’ead, les joutes et les longues discussions lors de leur voyage vers la capitale naine, la bataille de Farthen Dûr, puis sa capture et enfin tous les moments passés ici à Urû’baen. L’œil du dragon noir ne laissait échapper aucune bribe d’information, de sorte qu’en deux minutes seulement, il avait enfin accompli sa besogne ingrate, un air serein dans l’expression de son visage.
« J’ai découvert une petite chose qui t’a peut-être parue insignifiante mais qui pourrait vous aider dans la quête que vous désirez tant accomplir, même si ce n’est que folie que de défier le roi ».
« Oui allez-y, dites-nous, et nous en assumerons les conséquences » renchérit de suite le jeune homme, son cœur palpitant sauvagement à mesure que son excitation, mêlée à une anxiété due au fait de transgresser encore une fois les règles, augmentait à chaque seconde de cet interminable silence.
« Eragon t’a parlé de l’éclosion de Saphira, sa dragonne, et des événements qui se sont déroulés à Carvahall et qui l’ont obligé à quitter son village comme un voleur ».
« Oui je sais tout cela. Les Ra’zacs sont allés quérir des informations sur une éventuelle apparition d’une pierre bleue dans toutes les contrées du nord, ayant perdu l’œuf de la dragonne en capturant l’elfe Arya. Ils ont appris qu’un dénommé Eragon vivant chez son oncle Garrow en avait trouvée une. Ils ont alors tué son oncle en le brûlant à l’huile de Seithr, obligeant de ce fait Eragon à partir en hâte du village afin de rejoindre un certain Jeod il me semble ».
Murtagh sentait la colère couler dans ses veines à mesure que le souvenir de ces êtres si vils, qui avaient tué Brom le Dragonnier se faisait plus persistant.
« En effet jeune maître. Et penses-tu qu’Eragon voudra assouvir sa vengeance envers les Ra’zacs ? »
Le jeune homme réfléchit alors à cette nouvelle interrogation, comme si un éclair de lucidité transperçait le voile opaque qui enveloppait son esprit et qui l’aveuglait.
« Il est puissant dorénavant. Très puissant. Je pense que oui Shruikan ».
Le dragon noir allait répondre quand soudain il reprit.
« D’ailleurs je ne serais pas étonné que ces êtres abjects aient mis d’autres bâtons dans les roues d’Eragon. Après tout c’était leur mission de récupérer l’œuf de Saphira, puis de ramener la dragonne et son Dragonnier au château du roi ».
« Nous sommes donc d’accord ».
La mine de Murtagh s’assombrit alors en comprenant un nouveau volet de cette réflexion.
« Mais il me faudrait connaître le repaire de ces maudits Ra’zacs pour que je puisse l’atteindre et espérer qu’Eragon s’y rende et trouve enfin mon message ! ».
Le désespoir commençait à envahir le cœur du jeune homme, ne voyant aucune issue favorable à son épineux problème.
« Jeune maître, je connais la position de leur repaire » glissa le dragon noir lentement à l’oreille du Dragonnier de sorte qu’il apprécie la profondeur de chacun des mots.
« Elle se situe sur les hauteurs de Helgrind, près de… »
« Dras-Leona ! » finit Murtagh, presque en criant.
« Il me faut donc préparer mon message pour Eragon. Mais je dois l’inscrire sur quelque chose qui attire l’attention de mon frère pour qu’il le repère, sinon nous aurons pris tous ces risques pour rien. Hummmm… »
Le jeune homme réfléchissait intensément. Comme depuis son retour des Plaines Brûlantes, il portait sa main à son cou, comme si la toucher lui conférait une sorte de clairvoyance extérieure.
« Jeune maître, tu tiens là une chose rare et puissante. Je pense que cela ferait très bien office de support à ton message ».
Le regard du Dragonnier se portait alternativement entre le dragon du roi et l’objet qu’il tenait fermement dans sa main droite. Cela semblait être quelque chose d’une grande valeur pour que Murtagh hésitât tant à s’en séparer. Seulement il ne voyait aucune autre alternative, et il dut bien se résoudre à l’utiliser pour mener à bien son plan.
« Très bien, je l’utiliserai » répondit tout simplement le jeune homme, en faisant une petite moue, dernière marque de contestation.
« Murtagh, comment allons-nous pouvoir rallier Helgrind avec cette vipère qui reste collée à nos basques ! » rugit Thorn en évoquant cette femme, origine de tous leurs maux ces derniers temps.
« Mais oui pourquoi n’y ai-je pas pensé avant ! Et maintenant le roi est rentré, donc si on veut sortir d’ici il va nous falloir les duper tous les deux ! C’est carrément mission impossible ! »
Le jeune homme appuyait frénétiquement sur le bas de son cou pour extérioriser un temps soit peu la colère qui foudroyait toutes ses pensées.
« Shruikan, peux-tu nous venir en aide ? On ne peut pas aller à Dras-Leona sans l’accord du roi ! » Dit le Dragonnier quasiment en suppliant le dragon noir.
« Je vais essayer de l’influencer, mais c’est encore plus dangereux que tout ce que nous avons pu faire jusqu’à présent. Il y a de grands risques qu’il repère ma tentative, et alors il ne mettra pas très longtemps à comprendre ma manœuvre. Vous pourrez donc dire au revoir à vos petits secrets. Mais si vous décidez malgré tout de tenter le coup, il faut que j’agisse maintenant. D’ailleurs le roi parlait récemment de problèmes à Dras-Leona avec son dirigeant, Marcus Tábor. Peut-être pourrais-je intervenir en ce point précis… ».
« Très bien Shruikan, allez-y. De toute façon nous n’avons pas d’autres choix ».
Le dragon noir allait diriger son esprit vers celui de son Dragonnier lorsque Murtagh l’interrompit :
« Merci beaucoup. Je sais que nous vous demandons beaucoup, et que vous prenez énormément de risques, peut-être plus que nous. Je tenais sincèrement à vous en remercier ».
Le dragon noir ne lança qu’un faible bougonnement rauque en signe de satisfaction, avant de se lancer dans son entreprise périlleuse.
Le temps semblait se dilater indéfiniment tandis qu’un silence implacable régnait dans ce repaire pourtant assez bruyant en temps normal. Les deux amis n’osaient bouger un membre, la peur au ventre. Tout dépendait de ce moment présent, leur réussite éclatante comme leur échec retentissant. Cinq secondes s’écoulèrent, puis cinq autres, et encore une fois cinq.
Et alors le dragon commença à s’agiter.
« Murtagh, j’ai fait ce que j’ai pu et ça a peut-être marché, mais il veut reprendre mon contrôle, je ne pourrais pas lutter bien longtemps. Murtagh ! » Le dragon prenait une voix alarmante, très étrange de sa part.
« Murtagh ! N’oublie pas ce que tu as vu la première fois dans l’esprit d’Undora. Sers t’en pour aider ton frère, car… »
Sa voix se perdit en même temps que son corps s’immobilisa dans un bruit sourd. Aussitôt le jeune homme prit congé de son dragon écarlate, de peur d’éveiller les soupçons de Shruikan de part sa présence prolongée dans l’antre qu’il partageait avec Thorn. Il arpenta les longs couloirs et les escaliers escarpés à une allure forcée, impatient de se retrouver dans son « habitat » afin de débuter son travail sur le message pour Eragon. Il arriva enfin devant la porte de sa chambre qui dorénavant ne supportait plus le sort qu’Undora avait placé pour l’y cloîtrer, et pénétra dans un immense soulagement dans cette atmosphère si étrange et pourtant maintenant si familière, synonyme de calme et sérénité, même éphémères. Dans un mouvement vif il tira sur la petite chaîne qu’il portait au cou, la brisant, et libérant de ce fait l’objet auquel il tenait tant.
« Thorn, que mettrais-tu comme message ? »
« Tu n’as pas beaucoup de place pour inscrire tout un texte. Il faut y graver quelque mot de sorte que ton frère comprenne le message ».
« Oui tu as raison. Alors…que penses-tu de « Jormundur est un traître » ? »
« Mouais, pas mal… Moi je pencherais pour « Jormundur traître » tout simplement, Eragon sera assez malin pour comprendre ».
« D’accord Thorn ».
« Maintenant il va nous falloir penser à ce que l’on va faire à Dras-Leona, à supposer qu’on en ait la possibilité… »
« Comment ça ? C’est simple pourtant ! On le dépose en haut des Portes Noires de sorte qu’il soit bien caché et en même temps que mon frère puisse le localiser assez facilement en ouvrant son esprit ».
« Tu oublies un petit détail Murtagh ! Les Ra’zacs seront aussi sûrement là-bas, ainsi que leurs montures volantes, et tu penses bien que je ne passe pas très inaperçu ! »
« Oui c’est vrai tu as raison. Ecoute on agira en temps voulu, on sera déjà assez chanceux si on arrive à duper ces deux ordures ! »
« Très bien alors applique-toi bien car ce sera d’un enjeu crucial pour Eragon, et peut-être pour nous qui sait… »
« Je ferai de mon mieux. Merci Thorn pour être à mes côtés ».
Le dragon ne répondit pas mais c’était tout comme pour le jeune homme.
Murtagh mit à peine cinq minutes pour achever son œuvre, s’allongea dans un léger souffle de contentement sur son lit et contempla son travail durant des heures, le tourna dans tous les sens entre les paumes de ses mains. Peu à peu son esprit s’enveloppa d’un voile de brume de plus en plus épais, jusqu’à le tirer dans le domaine des songes, pour un voyage très agité.
« N’OUBLIE PAS CE QUE TU AS VU LA PREMIERE FOIS DANS L’ESPRIT D’UNDORA ! MUUUURTAGH ! »
Le jeune Dragonnier se réveilla en sursaut, totalement en sueur. Son cœur battait la chamade sous le coup de ces récentes émotions, la voix de Shruikan résonnant encore dans sa tête. La dernière phrase du dragon noir ne l’avait pas marqué outre mesure lorsqu’il se trouvait dans le repaire des dragons. Alors pourquoi le hantait-elle avec tant de fureur dans ses rêves ?
Il n’eut malheureusement pas le loisir d’y réfléchir plus de temps, trois petits coups réguliers ayant ébranlé la porte de ses appartements. La servante « personnelle » du roi, si on peut le dire ainsi, se tenait droite sur le seuil dans l’attente d’une permission d’entrer. Murtagh avait déjà rencontré Fatia lorsqu’il était revenu des Plaines Brûlantes. C’était elle qui avait apporté le fouet et la gourde d’huile de Seithr pour ne pas avoir ramené Eragon à son roi et ainsi anéantir le mince espoir des rebelles de devenir libres. Et cette fois-ci elle lui dicta un message urgent du suzerain :
- Monseigneur, le roi Galbatorix vous fait mander immédiatement devant lui pour une audience de la plus haute importance. Veillez à être accompagné de votre dragon lors de votre entretien. Il vous attendra dans quinze minutes exactement.
- Très bien, vous pouvez disposer, dit-il d’une voix neutre, dénuée de tout sentiment.
Celle-ci ne se le fit pas dire deux fois, et tourna les talons à une vitesse hallucinante. En quelques secondes elle avait échappé au regard du jeune homme, ce qui l’amusa légèrement.
« Elle doit avoir l’habitude avec Galbatorix, il vaut mieux qu’elle sache disparaître instantanément si elle veut rester en vie assez longtemps ici ! » se dit-il.
Il prévint alors son dragon écarlate, s’affaira à paraître le plus présentable possible durant le court laps de temps qui lui était imparti, puis, Zar’roc reposant dans le fourreau accroché sur son flanc gauche, grimpa l’escalier en colimaçon qui lui donnait accès aux espaces vastes, à l’air libre, depuis lesquels ils pouvaient rallier bientôt la salle du trône. Il voyait l’heure tourner à mesure que ses pas frénétiques retentissaient sur le sol de marbre, et après cette course effrénée dans laquelle il avait usé par deux fois des passages inconnus de tous, peut-être même du roi, pour tenir coûte que coûte l’horaire imposé de leur entrevue. Il n’allait tout de même pas lui donner cette satisfaction s’il arrivait en retard ! Devant la gigantesque porte noire et blanche protégeant l’accès à la salle du trône il semblait hors d’haleine, mais surtout pétrifié par la gravité de cet instant.
« Où es-tu Thorn ? » Réprimanda le jeune Dragonnier, mécontent du retard apparent de son dragon.
« Mais derrière toi, tu aurais remarqué mon arrivée si tu n’étais pas si tendu ! »
« Tendu ? Non mais rends-toi compte Thorn, derrière cette porte on saura enfin si notre plan a excellé ou lamentablement échoué. Si Shruikan n’est pas parvenu à le duper, alors je ne préfère même pas imaginer ce qu’il adviendra de nous ».
« Alors n’y pense pas, restons droits et avançons fièrement vers le roi, la réponse ne viendra que bien assez rapidement » conclut le dragon d’une manière définitive ce petit débat.
Dans un mouvement vigoureux, Murtagh lança ses bras en avant de manière à ébranler cette gardienne, laissant croître rapidement un interstice entre ses deux battants. Après un soufflement d’appréhension, le Dragonnier reprit son air impassible qu’il avait hérité de son père pour affronter son tyran. Il se tenait sur son trône, éclatant de par les nombreuses pierres précieuses qui étaient incrustées sur son siège, le regard froid et dur, peut-être un peu plus qu’à l’accoutumée. Le jeune homme pensa immédiatement que cela n’était pas de bon augure. A la droite du roi se tenait Undora, qui elle aussi arborait un air impassible de circonstance.
A plus ou moins un mètre de leur suzerain, les deux compères s’arrêtèrent, attendant patiemment qu’il ouvre les festivités, ne laissant pas entrevoir la crispation qui s’emparait de leur cœur. Le roi se leva alors de son siège moelleux et déclara enfin :
- Et bien vous voici enfin devant moi, j’ai bien cru un instant que vous oseriez me faire attendre.
Les deux partenaires ne répondirent pas, préférant laisser continuer ce qui apparaissait plutôt comme un monologue qu’une discussion ouverte.
- Vous ne devinerez jamais mais j’ai pris connaissance de certaines informations ces derniers temps…
Murtagh semblait sentir son cœur saigner sous le coup de ces dernières paroles. Le roi avait compris leur manigance, et ils allaient le payer très cher. Il ne leur restait plus qu’à subir leur futur châtiment la tête haute.
- Voyez-vous, Nasuada, dirigeant ces chiens de rebelles, projette en ce moment même de retourner les villes de mon royaume proches du Surda pour les rallier à sa cause. Les bourgades éloignées de Kuasta ou encore de Mélian ne sont pas très importantes à mes yeux, ainsi qu’ils aillent au diable !
Il fit une pause pour que sa colère s’imprègne bien dans ses deux serviteurs, mais en vain. Ils savaient dès à présent qu’ils avaient réussi.
- Cependant la grande cité de Dras-Leona m’inquiète. Comme vous le savez, c’est le carrefour principal des marchandises de l’empire, c’est pourquoi je ne peux pas me permettre de la perdre. Et cette fripouille de Tábor est aisément influençable du moment qu’on fait carillonner assez d’or à ses oreilles. C’est pourquoi je vous ai convoqués pour que vous vous rendiez au cœur de ce problème. J’attends de vous de résoudre cette situation. C’est-à-dire obtenir la certitude que le « maire » se rappelle de ses anciens engagements envers moi et qu’il s’y tienne. La méthode m’importe peu, mais j’exige des résultats. Soyez créatifs !
- Utilisez par exemple ce que vous avez acquis ici depuis votre dernier échec, ajouta subrepticement Undora avec un ton acide.
- Vous partirez d’ici une heure, compléta alors le roi.
- Fatia ! Hurla le roi d’une voix qui glaçait le sang de la servante avant même qu’elle ne pénètre dans cette salle.
- Oui mon roi ? Dit-elle d’une voix légèrement tremblotante.
- Veuillez préparer le voyage du Dragonnier Murtagh vers Dras-Leona. Que tout soit prêt dans une heure.
- Très bien, il sera fait selon vos ordres.
Le roi la congédia d’un signe de main, et elle disparut comme elle l’avait fait avec Murtagh.
- Très bien, vous avez vos directives, vous pouvez donc d’ors et déjà vous préparer. Cependant une dernière chose Shur’tugal : je ne souffrirai plus aucun échec de ta part, tiens t’en comme prévenu.
Le menace du roi semblait faire pâlir la salle blanche tellement elle tonnait dans sa voix, mais aussi dans les esprits des destinataires. Le message était parfaitement clair, sans équivoque.
Alors les deux amis, soulagés de sortir quelque peu victorieux de cette joute, firent demi-tour dignement, et calmement ils avancèrent vers la sortie, prêts à en découdre avec Marcus Tábor, mais surtout excités de partir à l’aventure sans avoir sur le dos quotidiennement ni Undora ni Galbatorix. Thorn se posta donc au niveau du jardin pavé de l’aile ouest, se faisant harnacher des sacs de provisions que Fatia s’évertuait à fournir avec la plus grande célérité. Murtagh quant à lui se rendit dans ses appartements afin de préparer, à l’aide de Malara, une autre servante, les effets personnels qu’il allait emporter pour leur future escapade. Evidemment il touchait avec insistance le bas de son cou, s’assurant presque maladivement à chaque seconde que cet objet si précieux l’accompagnerait bien. Durant une petite heure, il s’occupait des préparatifs, discutait avec son dragon du plaisir prochain qu’ils allaient partager prochainement, et bien d’autres choses qui encombraient son esprit en totale ébullition, sous le joug d’une excitation extraordinaire.
Pendant ce temps, une autre discussion battait son plein non loin de là…
- Quelle tristesse de voir ce petit Dragonnier se pavaner comme cela comme s’il avait terrassé un dragon à lui tout seul ! Quelle naïveté !
Undora se terrait dans un air de dégoût extrême, en même temps que dans une colère froide.
- Le principal est que ton plan ait fonctionné à la perfection. Je dois dire que tu as fait preuve d’une ingéniosité telle que j’en fus très surpris, et plus encore lorsqu’il est devenu réalité. Je te félicite ma chère pour cette éclatante réussite !
Le roi, en observant la moue que se complaisait à faire l’Ombre, reprit alors, d’une voix plus calme, douce, comme pour reposer l’âme de son « amie » si l’on peut dire ainsi. Cependant ce mélange semblait étrange dans la voix caverneuse du souverain.
- Allons Undora, mets pour une fois ton orgueil de côté. Tu sais bien que ceci était nécessaire pour la totale application de ce projet. Te faire battre par ces deux vaniteux a du être très éprouvant. Te laisser faire ainsi était d’un courage admirable, et tu en seras remerciée grandement.
- Merci monseigneur, ajouta-t-elle d’une voix assez terne.
**Flashback**
Quatre jours plus tôt, au même endroit…
- Et bien vas-y, je t’écoute !
- Juste avant de vous rejoindre je me trouvais à l’entrée de vos appartements privés, et à l’intérieur s’y était subrepticement glissé Murtagh.
- QUOI !?! VA ME LE CHERCHER IMMEDIATEMENT !!!!
- Monseigneur, j’ai quelques réticences sur ce que vous vous apprêtez à faire. Voyez-vous il existe un autre moyen d’assouvir votre vengeance.
- … ?
- Comme vous vous en doutez, il a découvert l’existence d’un traître au sein des Vardens, jouant le rôle d’espion. Je parie que, curieux comme il peut l’être, la connaissance de cette information est son vœu le plus cher en ce moment.
- Undora il ne faut pas qu’il sache, s’il parvient à prévenir par on ne sait quel moyen son frère je perdrais un avantage certain, même si elle pourra rattraper la chose.
- Et bien voyez-vous, je pense qu’il faut au contraire le lui dire, mais d’une manière que nous contrôlerions parfaitement.
- C’est-à-dire ? Vas-tu enfin me dire le fin mot de tout ceci ?
Le roi commençait à perdre patience à mesure que sa colère envers les deux compères croissait.
- Si nous parvenons à lui faire croire qu’il obtienne de nous cette information, il voudra accourir auprès de son frère pour le prévenir, l’envoyant directement dans la gueule du loup, auprès de vos fidèles serviteurs que sont les Ra’zacs. Ils seront probablement ravis de devoir momentanément se priver pour assouvir leur soif de vengeance.
- Hummm, je commence à voir où tu veux en venir. Cela me parait fort excellent. Cependant comment comptes-tu t’y prendre pour qu’il acquière cette information tout en pensant que nous ne l’avons pas remarqué ?
- Et bien, Murtagh doit d’ors et déjà fomenté un petit complot afin de percer mes défenses et m’arracher ce petit aveu. La difficulté au sujet de ce transfert qui ne doit pas être perçu par la partie adverse est une subtilité qui ne leur sera probablement pas étrangère, à lui et à son dragon. Faisons donc confiance en leur ingéniosité pour croire briser mes défenses !
- C’est une très bonne idée en effet. J’imagine que tu comprends ce qu’il t’en coûtera. Tu devras te laisser faire souffrir physiquement mais aussi psychiquement, et jouer parfaitement la comédie malgré la très certaine envie de vengeance qui vibrera dans tes veines à ce moment-là.
- Oui maître. Si vous permettez donc cette entreprise, je serais fière d’accomplir mon devoir envers vous, et ainsi démontrer une fois de plus ma loyauté.
- Evidemment que je la permets !
- Alors tout cela est clair dorénavant. J’ai hâte que le moment soit venu de voir son apparente victoire briller dans ses petits yeux arrogants !
- Undora, que se passera-t-il par la suite ?
- Comment cela ?
- Et bien il lui faudra un moyen pour communiquer avec son frère, ce qui lui paraîtra sûrement insurmontable vu notre présence au château. Il faut trouver un moyen de l’envoyer à Dras-Leona.
- Il y a Tábor monseigneur. Envoyez Murtagh et Thorn là-bas soit disant pour raffermir votre autorité sur ce chien galleux. Vous savez bien que les Vardens cherchent à apprivoiser les villes voisines de l’empire.
- Oui c’est une idée. Mais ne sous-estimons pas nos adversaires. Ils comprendront notre manœuvre si on les expédie là-bas sans aucune « vraie » raison. Cela serait bien trop grossier et réduirait notre travail à néant. Il faut agir avec doigté et finesse, nos intentions doivent être cachées de leurs yeux aveuglés par cette croyance de « bonté » qu’ils pensent subsister en eux.
- Monseigneur, je sais que vous n’appréciez pas d’en parler, mais il serait peut-être bon d’utiliser Shruikan…
- QUOI ! Ah non, il est hors de question qu’il soit dans le coup, il leur déballerait toute la vérité s’il en avait l’occasion, bien trop content de pouvoir aider sans briser ses serments !
- Justement sire, pourquoi ne pas leur faire croire que Shruikan se serait momentanément libéré de votre emprise et ainsi qu’il leur donne un coup de main plus que bienvenu dans leur situation qui sera alors certainement désespérée.
Le roi réfléchissait intensément à la proposition de l’Ombre, pesant le pour et le contre de ses arguments.
- Très bien, il est clair que cela serait un coup de maître. Il n’aura qu’à lui dire où devraient se trouver les Ra’zacs, son frère Eragon devant mûrir de plus en plus sa haine envers eux depuis la mort de son oncle et l’enlèvement de sa future belle-sœur. Je verrai bien pour les détails au moment venu. Cela m’amusera beaucoup de jouer la comédie devant ces deux niais ! Il ne reste plus qu’à attendre que ce fichu Murtagh passe à l’action et alors nous vérifierons si notre plan était assez audacieux…
- Comme vous le désirez monseigneur.
- Encore merci Undora pour cette délicieuse discussion, tu seras récompensée à la hauteur de tes capacités lorsque le moment viendra…
- Vous êtes trop bon mon roi.
Alors Galbatorix congédia délicatement sa partenaire malfaisante, un sourire sournois et une lueur de démence dans les yeux complètement figés sur son visage.
***Fin du flashback**
- Je vois que tu n’es pas décidée à fêter notre victoire !
- Je ne pensais seulement pas qu’ils oseraient tenter un tel sort. Heureusement que j’ai pu très vite rétablir la situation et prendre le contrôle des esprits noirs afin qu’ils n’interviennent pas dans la recherche effrénée de Murtagh. Cependant je n’aurais pas pensé user d’une telle quantité d’énergie lors de cette épreuve.
- N’en sois pas atteinte Undora, j’étais là pour couvrir nos arrières, et c’est tout ce qui compte. Les deux idiots paraissaient bien frêles après leur soi-disant exploit ! Et puis j’ai appris des choses que nous n’espérions pas obtenir. Ton idée a porté ses fruits au-delà de nos espérances !
- Comment cela ? Répondit-elle, maintenant piquée par cette curiosité nouvelle née.
- Et bien lorsque je contrôlais l’esprit de Shruikan sans qu’ils ne s’en rendent compte, Murtagh m’a laissé fouiller le moindre de ses secrets depuis sa rencontre avec Eragon, mais aussi bien plus… J’ai donc appris beaucoup de choses intéressantes. Mais il me fallait être bref, le subterfuge se devait d’être plausible, car ce satané dragon voulait me résister. Il a bien failli à la fin. D’ailleurs j’ai eu l’impression qu’il a réussi à dire une phrase par lui-même finalement, mais je n’en suis pas très sûr, et cela n’a pas d’importance, vu la réaction de ces deux benêts ce matin lorsqu’ils ont cru que Shruikan était parvenu à m’influencer un peu !
- Oui tout a fonctionné selon vos plans monseigneur, il ne reste plus qu’à attendre que le poisson morde à l’hameçon.
- C’est exact.
Il éleva alors la voix, une vérité implacable semblant sortir de sa bouche :
- J’ai frappé les clans nains dans un premier temps. C’est maintenant au tour des rebelles de vriller sous ma puissance, en détruisant leur confiance mutuelle en dévoilant le secret de Jormundur, mais surtout en abattant leur icône, ce petit Dragonnier de pacotille ! Je ne crains que cette chère Nasuada ne supportera pas cette nouvelle épreuve très longtemps, n’est-ce pas ?
A nouveau ravie d’elle-même, elle acheva la discussion avec toute la folie et la cruauté qui transparaissaient dans sa voix :
- Oui ce sera le coup fatal qui l’achèvera. Notre fille est bien trop faible pour nous résister…
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